‹ Histoire complète de la province du Maine depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 6 sur 45 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'origine des Cénomans, comme celle de presque tous les peuples, ne se trouvant pas formulée dans une charte incontestable, reste nécessairement, pour sa détermination précise, sous l'empire nébuleux des conjectures. Nous savons seulement , d'une manière positive , que les Manceaux actuels descendent, en directe ligne, des anciens Cénomans, qui faisaient partie des Celtes gaulois. Mais aussitôt que nous cherchons d'où viennent ces derniers, nous sommes réduits aux suppositions, nous entrons dans le domaine de la fable.

Ainsi les uns ont dit sérieusement : « Hercule revenant d'Afrique, passant par les Gaules, épousa la nymphe Gelto ; et, de ce mariage, naquirent les Celtes, nos aïeux. » Les autres leur donnent une origine également illustre, mais aussi contestable , en les faisant descendre d'Ascagne , ou même d'Enée. D'autres, enfin, soutiennent que nos ancêtres furent, dès l'origine, des Celtes gaulois, véritables sauvages libres, tatoués, nomades, venus d'orient, et fuyant devant la civilisation jusqu'aux limites occidentales de notre continent. Une opinion moins conjecturale , sans être encore suffisamment historique, semble établir que vers une époque indéterminée, mais bien antérieure à la venue de Jésus-Christ, les Scythes, habitants des forêts septentrionales, en chassèrent les Celtes,

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qu'Hérodote, l'un des premiers , fait connaître sous le nom de Cimmériens; que ces peuples fugitifs se partagèrent en deux grandes familles, dont Tune se porta vers l'Asie-Mineure, l'autre vers l'Occident; que cette dernière vint s'établir dans la Gaule, et, par sa fusion avec les indigènes, constitua les Celtes Cimmériens, occupant, à l'arrivée de César dans notre pays, cinquante-huit ans avant Jésus-Ghristr, ces contrées connues sous les noms de Gaule et de Grande-Bretagne.

Ainsi, d'après ces inductions, dont il ne faut qu'avec réserve accepter la responsabilité, des Celtes seraient venus : 1° les Gaulois, habitants de la Gaule proprement dite; 2° les Kimris, de l'Armorique ; 3° les Cambriens, de l'Angleterre.

En remontant aux premières manifestations positives de l'existence de ces peuples, on trouve que, sous le règne de Tarquin-l'Ancien, six cents ans avant l'ère chrétienne, Ambigat, chef de la Confédération celtique, dont le centre était à Bourges, roi des Béruyers, dans la nécessité de fonder plusieurs colonies pour garantir ses États des graves dangers d'une population exubérante, qui ne trouvait plus moyen de vivre par les seules ressources du pays, lève deux armées, chacune de cent cinquante mille hommes ; en donne le commandement à ses deux neveux : Sigovèse passe le Bhin , marche vers la Forêt-Noire, et fait, par ses exploits, trembler toute la Germanie; crée plusieurs établissements sérieux en Bavière, en Bohême, en Moravie, etc.

Bellovèse, dont la division comprend les Celtes, franchit les Alpes; s'empare de la Haute-Italie; s'y fixe; bâtit les villes de Milan, Vicence, Bergame, Padoue, Vérone, etc. Dès cette époque, lesCénomans, d'après Tite-Live, de tous ces peuples conquérants, furent les plus connus, les plus distingués, ceux qui se montrèrent les plus attachés aux Romains, lors même que les autres Gaulois rompirent toute alliance avec eux, depuis la mémorable victoire de Trébie, remportée par Annibal, 536 ans après la fondation de Rome; ceux que les Romains, de leur côté, placèrent toujours, dans leur opinion, au plus haut degré de confiance et d'estime.

10 ORIGINE DES CÉNOMÀNS I

Une seconde expédition, plus particulièrement effectuée par les Celtes gaulois, sous la conduite d'Elitovius, leur chef, se dirige aussi, quelque temps après, vers l'Italie. Tite-Live, Pline surtout, lui donnent pour motif l'éloge que les compagnons de Bellovèse firent des vins, des fruits, du climat de ce beau pays, en comparaison des maigres et cbétives productions du sol inculte et sauvage sur lequel ils avaient pris naissance. La nouvelle colonie fonda Mantoue, Crémone, et même, d'après quelques historiens, plusieurs des villes que d'autres attribuent à la première. La constitution de la Gaule cisalpine résulta de ces invasions.

Nous trouvons ici la preuve incontestable de l'importance que présentait déjà la province du Maine; du rang distingué que tenaient les Génomans au milieu des Gaulois, dans la forte proportion des contingents qu'ils fournirent à ces deux expéditions, et dans le nom de Cœnomani, donné sur les anciennes cartes à l'une des principales divisions de la Gallia cisalpina.

A cette époque, chaque ville des peuples belliqueux n'était en réalité qu'une forteresse, qui, sous le nom d'oppidum, se trouvait naturellement placée dans les lieux les plus favorables à la défense ; où les chefs armés pouvaient, le plus sûrement, appuyer le centre de leurs opérations.

Le Maine, comme les autres provinces des Gaules, présenta de bonne heure son oppidum que nous trouvons désigné par les noms de Suindiîium, sur les cartes des temps anciens ; de Cœnomanum, sur celles du moyen-âge ; enfin de Le Mans sur celles des temps modernes.

C'est un fait acquis à l'histoire. Mais aussitôt que l'on veut établir l'origine et môme le siège précis de cette première ville, on trouve presque partout le doute ou les contradictions.

Si l'on s'en rapportait à quelques vieux chroniqueurs, la capitale du Maine serait beaucoup plus ancienne que Rome. Ainsi, F. de Belleforest dit qu'elle fut bâtie par Sarrhon, petitfils de Samothès, premier roi des Celtes, qui régnait dans le Maine au temps de Noé ; qui, de plus, d'après Bérose, y fonda plusieurs collèges, académies, etc.; que ruinée par les

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Druides, elle fut réédifiée par Lemanus dont parle aussi Manéthon , et d'après Trouillard, prit le nom de son dernier fondateur.

Dans cette hypothèse, Suindinum aurait en effet été bâtie vers Tan du monde 2026, ruinée par les Druides et les Sarrhonides ; réparée par Lemanus, roi des Gaules, qui lui donna son nom, 400 ans avant Jésus-Christ; tandis que l'édification première de Rome ne remonterait qu'à l'an du monde 3253; 751 avant Jésus-Christ. Aussi Duchêne, dans ses Antiquités des villes de France, la distingue-t-il par son fameux distique au nombre des quatre villes rouges : « Bourges, Autun, Le Mans avec Limouges, — Furent jadis les quatre villes rouges. » Cette dénomination leur venait de la construction en briques particulière aux antiques cités, et qui leur donnait en effet la couleur par laquelle on les désignait.

Pline, en parlant des Cénomans, ajoute : « Venetos Cœnomanos trojana stirpe ortos. » Il soutient que les Vénètes, anciens esclaves sortis des monts Taurus et des rivages de la mer Caspienne, plus de douze siècles avant Jésus-Christ, formaient déjà, quatre cents ans plus tard, une division des Aulerces, et que leur première cité fut nommée Windinum : ville des Windes.

Mais si la question d'origine peut encore être douteuse , la question de localité du moins nous semble résolue, comme nous espérons le démontrer, en prouvant que le vieux Suindinum exista, dès le principe, sur l'emplacement où, dans le nouveau Mans, on voit encore cette partie de la ville qu'on nomme la Cité.

Dans les temps anciens, la partie des Gaules nommée Celtique se trouvait comprise entre la Seine, la Garonne et l'Océan. Elle se divisait en deux parties : Tune orientale : Gallia braccata; de braca, braie, haut-de-chausses, vêtement en usage dans cette région ; l'autre, occidentale : Gallia comata, de coma, chevelure : d'après l'abondance et la longueur de celle de ses habitants. La province du Maine appartenait à cette deuxième partie. La Gaule cisalpine, qui avait adopté la toge romaine , recevait le titre de Gallia togata.

Zauchius de Bergame nous fait descendre du héros Cydmus, e par des métamorphoses, des contractions grammaticales forcées, pense remonter à l'étymologie du nom de nos aïeux, en trouvant dans Cijdmus : Cydnomans, et dans ce mot : Cénomans : c'est une prétention que nous ne cherchons pas à soutenir plus que celle qui tendrait à rapporter le nom de la ville du Mans à celle d'un certain Lemanus, son prétendu fondateur.

« Le pays du Maine, dit F. de Belleforest, étant habité des premiers de la Gaule et ayant eu le peuple autant hardi qu'autre de la Gaule, fut jadis d'autre estendue qu'il n'est a présent. Ce qu'aisément se peut recueillir de ce que Tite-Live , Polybe et Justin tiennent de l'entrée de ce peuple en Italie, les forces duquel falloit que fussent recueillies des Angevins, Tourangeaux et Manceaux. Or, l'antiquité de ceux-cy se cognoit en ce que Rome ne faisant presque encore que naistre, ceux-ci vinrent en Italie, et establirent leur siège en ce pays qui ores se nomme la Lombarclie, outre le Pau, y bastissant plusieurs villes telles que sont Bergame et Bresse; chassant les Toscans ou Ethruriens, lesquels possédoient alors la monarchie de presque toute l'Italie... D'un autre côté, les antiquitez du Mans portent que auant que Léman feit clore l'enceinte de cette ville, elle avait déjà été bastie par Sarrhon, petit-fils de Samothé,... qui la nomma Sarrhe ou Sarthe. Mais longtemps après, la division alla si auant entre les anciens Druides et les Sarrhonides, que la querelle fut vuidée par les armes ; de sorte que la ville fut ruinée et du tout démolie... Léman, fils de Paris, réédifia cette ville ; et lui changeant son titre ancien de Sarthe, voulut qu'elle fût nommée le Mans comme luy; et le nom de Sarthe demoura à la riuière qui l'auoisine. Et telle fut la renouation de cette ancienne cité, mise au ranc des quatre citez rouges et pour lesquelles est fait vn petit distique françois qui dit : « Bourges, Lyon, le Mans auec Limouges, — Furent jadis es quatre villes rouges. »

Les faits nous paraissent beaucoup mieux établis sur la nature du langage des Celtes que nous retrouvons à peu près conservé dans le dialecte bas-breton; et sur les traits princi-

paux de leur caractère, dont Ammien Marcellin, qui écrivait en 370, nous retrace ainsi le portrait: « Les Gaulois, dit-il, sont en général de haute taille ; ont la peau blanche, les cheveux blonds. Agiles, bouillants, fiers, dédaigneux, terribles, redoutables surtout au premier choc; ils font entendre une voix forte, rude, menaçante, lors même qu'ils ne sont pas en colère. Plusieurs étrangers auraient peine à soutenir l'effort d'un seul d'entre eux; et si, dans une dispute, il appelait au secours, sa femme, plus robuste, plus violente que lui , plus formidable surtout lorsque, grinçant les dents, enflant le gosier, elle brandit ses bras musculeux aussi blancs que la neige. Les coups de poing d'une Gauloise semblent partir d'une catapulte, machine employée dans la guerre pour lancer les pierres et les dards. Les Gaulois sont braves, quel que soit leur âge. On ne voit jamais chez eux, comme chez les Italiens, des jeunes gens lâches et timides se couper le pouce afin d'échapper à l'obligation du service militaire. Adolescents et vieillards combattent avec la même énergie. Endurcis par le froid, le travail, les privations, ils méprisent tous les dangers. » Amollis par la corruption romaine, surtout dans la classe aisée, leurs descendants perdirent une partie de cet héroïsme national ; et, chez eux, la mutilation du pouce : pollice truncato, d'où l'on a fait poltron, devint si fréquente pour s'affranchir du métier des armes, qu'on se crut obligé de la punir par le supplice du feu. La religion fondamentale des Celtes était le Druidisme, dont la sérieuse influence eut une si grande- portée sur leur avenir, sur le développement du christianisme et l'abolition de l'idolâtrie; dont les anciens monuments sont encore si nombreux dans la province du Maine, que nous devons au moins faire connaître d'une manière suffisante à notre sujet les principes constituants de l'une, et les caractères essentiels des autres.

Les Druides , ol Apuïoai ; de, r\ opuç, chêne , ^ opuïvoç, bois, forêt de chênes; ou bien encore, de 8pu«, je cache; étaient les prêtres des Gaulois, dont le culte, nommé Druidisme, se pratiquait en effet dans la profondeur et le secret des forêts, avec une vénération particulière pour le chêne sur lequel on cueillait, en grande cérémonie, le gui sacré, au moyen de la serpe d'or.

Cette religion était celle des premiers Génomans et des Celtes gaulois, leurs aïeux. Les Cimmériens en auraient, d'après M. A. Thierry, puisé les principes dans le culte mystérieux de l'orient pendant leur séjour en Asie, pour les répandre dans la Gaule. D'un autre côté, les vieilles traditions de ce peuple nomade nous enseignent : « Que ses premières tribus, conduites par Hu-Gadam, Hu-le-Puissant, leur prêtre-Dieu, traversant la mer brumeuse, apportèrent la religion druidique à ces mêmes Gaulois, alors plongés dans les ténèbres du Polythéisme..y>

Il ne faut pas, en effet, confondre le Druidisme, sévère dans sa morale, grand dans ses dogmes religieux, profond dans son principe d'unité divine ; avec l'idolâtrie , si relâchée dans les satisfactions de la sensualité, si poétique dans son culte, si fabuleuse dans l'admission et l'établissement de ses innombrables divinités.

Sans doute le premier n'était pas , comme nous le verrons pour le christianisme, la vérité même dans toute sa perfection ; sans doute, il portait quelquefois une atteinte coupable et cruelle aux plus justes lois de l'humanité, mais son influence avait du moins pour effets assez ordinaires d'épurer les cœurs, de porter les esprits à la réflexion , d'élever les courages au difficile niveau des épreuves de la vie, quelquefois même aux sublimes inspirations de l'héroïsme; tandis que la seconde, en faussant l'esprit par le mensonge, en corrompant le cœur par

a tolérance des passions, en amollissant, énervant les courages par l'abus des jouissances qu'elle semblait encourager, poussait le peuple à la décadence, les empires à la ruine : comme, dans cette histoire même, nous en trouverons un exemple trop fameux!...

Du reste, la religion druidique, sans caractères suffisants dans son unité fondamentale; sans formules dans ses rites assez nettement établies par des traditions écrites, varia nécessairement beaucoup en raison des pays, des peuples, des temps et des institutions ; il ne faut donc en exposer les dogmes, les pratiques et les cérémonies qu'avec discrétion et réserve, dans leurs conditions absolues ; aussi ne les envisagerons-nous qu'au point de vue des notions certaines et des monuments positifs que cette religion a laissés dans la Geltique en général, et dans la province du Maine en particulier.

Le Druidisme ainsi considéré présente, comme dogmes fondamentaux : l'unité de Dieu; l'éternité de l'esprit et même de la matière ; l'inaltérabilité du monde universel dans sa substance et dans ses modifications de forme, sous l'influence des deux agents essentiels : le feu et Veau; le passage de l'âme, lorsqu'elle abandonne le corps, dans une sphère inférieure ou supérieure, suivant qu'elle a bien ou mal fait. Dans la sphère supérieure, l'homme devait reprendre ses instincts, ses passions; retrouver les objets auxquels il s'était le plus attaché : superstition d'autant plus dangereuse , qu'elle amena trop souvent à consumer, sur le bûcher du défunt, ses armes, son coursier, ses esclaves, ses clients, sa femme, etc. Dans l'espoir de correspondre avec les habitants de cette sphère privilégiée, on confiait aux flammes des tablettes chargées du message à transmettre.

D'après cette croyance, il n'existait qu'un Dieu, Hu-Gadam, Hu-le-Puissant : ayant la faculté de revêtir autant de formes qu'il offrait d'attributs. Il avait pris pour femme : Koridwen; dans leur postérité s'était trouvé un enfant maudit par son père, mais tendrement protégé par sa mère ; sauvé des eaux

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ainsi que Moïse, pour devenir, sous le nom de gwion, le premier législateur de tout un peuple.

Les forêts consacrées par ce culte inspiraient une grande vénération, une terreur profonde; y porter la hache eût été regardé comme la plus criminelle des profanations : le chêne devenant ici l'inviolable sanctuaire du Dieu qu'on y révérait.

Ces dogmes étaient inédits , et les néophytes , instruits par un enseignement oral et par les cérémonies du culte, ne parvenaient au sacerdoce qu'après un noviciat de vingt ans.

Le personnel de cet institut sérieux et redoutable se divisait en trois ordres, bien distincts par leurs attributs, mais rattachés à l'ensemble par un lien commun : l'intérêt et la prospérité de l'association.

1° Les Druides, — ou prêtres, législateurs, vêtus d'un uniforme composé par la robe et le manteau de lin blanc; portant, comme ornements distinctifs, des bracelets en or. Le chef suprême, nommé par élection, sous le titre d'archi-druide, présentant, comme signes caractéristiques, la ceinture d'or, la couronne de chêne; et comme sceptre, la serpette également en or, devant servir à la récolte du gui sacré.

II0 Les Ovates, — ou devins, astrologues, sacrificateurs et médecins, vêtus de la robe sacerdotale seulement; ils étaient encore employés à la rédaction des actes privés , religieux et civils.

IIP Les Bardes, — ou poètes, improvisateurs sacrés, vêtus d'un pourpoint court, portant l'épée, quelquefois la cuirasse ; tantôt" chantant les louanges de Dieu; tantôt célébrant les grandes actions des souverains, des héros ; tantôt s'attachant, comme preux, aux nobles exploits des riches et puissants guerriers.

Dans les temps anciens, cet institut fameux était seul dépositaire et dispensateur des enseignements scientifique, littéraire, philosophique et religieux ; seul possesseur de la richesse territoriale; seul, en réalité, véritablement investi, sinon du droit, au moins du pouvoir de faire la guerre ou la paix. Sa puissance était redoutée même des chefs éphémères et soumis

de la nation : chefs qu'il nommait ou renvoyait à son gré : malheur à celui que frappait son implacable et terrible anathème!... Sa morale valait mieux que ses dogmes religieux; aussi naturelle que simple, elle se réduisait à ces trois prescriptions : 1° adorer Dieu; 2° s'abstenir du mal; 3° être brave et généreux da?is toutes les occasions.

Indépendamment de ces éléments essentiels à sa constitution, ce personnel offrait encore à l'état de simple association accessoire, et sous le titre de Druidesses, des espèces de magiciennes ou Pythies, renommées dans Fart de prédire l'avenir. De môme que les Druides, elles faisaient ordinairement vœu de célibat ; mais, dans quelques occasions, on les vit contracter des mariages avec eux.

Leur culte disparut avec celui de l'institut qui les avait reconnues, mais l'intérêt, la confiance, la crainte même du prestige superstitieux qui les environnait, survécurent à cette chute : aussi les retrouverons-nous, dans le moyen-age, sous le nom de Fées, et, dans nos temps modernes, sous celui de Sorcières.

Les cérémonies de la religion druidique offraient presque toutes un caractère grave, mystérieux, imposant. Il n'appartient pas à notre sujet de les étudier dans leur ensemble et surtout de les décrire dans leurs détails : nous craindrions d'y trouver un trop grand nombre de ces barbares et sanglants sacrifices humains dont, cependant, on l'accuse peut-être avec une certaine exagération. Nous rappellerons dès lors seulement ici la Récolte du gui de chêne, de toutes les cérémonies du druidisme la plus solennelle et surtout celle qui nous semble mieux le caractériser.

Récolte du gui sacré. — Ordinairement, au solstice d'hiver, le sixième jour de la lune, toute la population se rendait processionnellement, avec la plus grande pompe, dans la forêt où se trouvaient les chênes sur lesquels croissait le gui dont on voulait faire provision. Les bardes ouvraient la marche; venaient ensuite les chœurs des jeunes filles chantant des hymnes; les ovates ou sacrificateurs, une torche ardente à la

main et conduisant, en silence, les taureaux blancs qu'ils devaient immoler sur l'autel nommé dolmen; les délégués des villes, portant un rameau de chêne, symbole du pouvoir; le corps des druides, suivis de leurs initiés; deux commissaires de la congrégation, portant, le premier, l'œuf de serpent, généralement vénéré; le second, la main de justice; l'archidruide, la tête ceinte des bandelettes sacerdotales, et la main droite armée de la serpe d'or; les druidesses, couronnées de verveines; la noblesse de la province, les guerriers équipés en costume de combat ; enfin, toute la population du pays.

Le cortège arrivé sous les chênes dont on avait fait choix, un druide y montait, cueillait, avec la serpe d'or, le gui reçu dans un voile de lin blanc, que tendaient au-dessous quatre des initiés; ce végétal précieux ne devant jamais toucher le sol. Il était enfin porté vers l'archi-druide, qui procédait à sa consécration ; puis, moyennant rétribution, on le partageait à la multitude convaincue de ses vertus sans bornes pour guérir toutes les maladies, assurer l'heureux succès de toutes les entreprises : la cérémonie se terminait par le sacrifice des victimes.

Le conquérant des Gaules, par une prévention naturelle contre cette religion si différente pour le fond et pour la forme de celle que professaient les Romains, a probablement, dans ses Commentaires, exagéré la fréquence des sacrifices humains sur le Dolmen; toutefois, il est malheureusement impossible de contester aujourd'hui, sérieusement, la réalité de ces fanatiques et barbares exécutions.

Telle était la religion des Celtes dans les temps anciens. Des monuments nombreux en ont consacré le souvenir, surtout dans le Maine et dans la Bretagne. Nous en donnerons une idée générale, à titre d'utile complément des notions positives de cette imposante religion.

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