TROISIÈME PARTIE
Dans la deuxième phase de notre histoire de la province du Maine, dans le moyen-agc, nous avons vu les Gaulois en général, et les Qénomans en particulier, déjà très-civilisés, en môme temps affranchis de la domination romaine, et replongés dans la barbarie par l'invasion des Francs. Nous avons vu, par la fusion de ces derniers avec les Gallo-Romains, un peuple nouveau recommencer la civilisation; mais, cette fois, avec le concours puissant du christianisme, avec cette impulsion heureuse, qui devait, au milieu des tribulations, des misères, des calamités, de l'ignorance, de la grossièreté, de la superstition il 1
et du fanatisme, le conduire, par degrés insensibles, aux progrès des lettres, des sciences, des arts et des industries. Enfin, nous avons vu, par un enchaînement presque nécessaire de causes et d'effets, s'établir, avec ses avantages primitifs et ses graves inconvénients ultérieurs, ce régime féodal, assez généralement apprécié plutôt avec passion qu'avec sagesse et discernement; qui, par ses abus, morcela, pour ainsi dire, la puissance, en créant autant de petits foyers d'absolutisme et d'intolérance qu'il existait de justices particulières : ecclésiastiques, seigneuriales, etc.
Dans cette troisième et dernière partie, nous allons voir les lettres, les sciences, les arts, les industries atteindre aux degrés les plus merveilleux de leur développement ; le pouvoir suprême absorber tous les autres par la domination exclusive d'un ministre ambitieux, d'un roi dont les plus nobles qualités seront faussées par les dangereuses insinuations des flatteurs et des courtisans, au milieu même des splendeurs illusoires de cette époque, nommée peut-être, avec un peu de prévention, a le grand siècle : » puisque, de son despotisme et de ses abus, sont nés les abus et Y anarchie d'une autre époque, dont le souvenir seul fait horreur !... Nous allons voir une puissance nouvelle et redoutable se placer, avec la dénomination de tiers État, entre la noblesse et le clergé ; faire une guerre incessante et funeste aux privilèges de l'une et de l'autre. Nous allons voir, enfin, cette nouvelle aristocratie, justement nommée Y aristocratie de la richesse, tomber dans tous les excès qu'elle reprochait aux deux autres, marcher, avec elles, dans les voies fatales de la corruption, sous les inspirations destructives de l'égoïsme et de l'amour de l'or.
Gomme les individus, les siècles ont, en effet, leur physionomie particulière : constituée par les influences principales et réciproques des mœurs, de la religion, des hommes de génie, de la civilisation, etc. Au milieu de ces influences, la littérature est l'expression de la société : c'est elle qui, par son élévation et sa noblesse, formera le trait saillant du siècle de Louis XIV, sous les inspirations combinées du grand souve-
rain et des illustres écrivains de cette époque. La Régence, le règne de Louis XV, avec des causes différentes, produisirent des effets opposés : d'où résultèrent la licence de la littérature et de la révolution débraillée de 1793 : tristes conséquences dont la populace fit prévoir le développement, en insultant aux convenances le jour même de l'enterrement de Louis XIV. « La monarchie, ditLacretelle, avait déjà reçu quelque atteinte le jour où le deuil d'un tel monarque fut profané. » Sans vouloir dire, avec le cardinal Mauri, que « le petit carême de Massillon, malgré son admirable perfection, marque le premier degré de décadence d'un genre qui s'était élevé si haut sous Louis XIV; nous admettrons que celle de la littérature provoquée par Chateaubriand, mise en œuvre par Victor Hugo, son imitateur un peu travesti, se consomma chez des auteurs, qu'à ce titre, nous éviterons de nommer ; ne voulant ici ni faire delà personnalité, ni soulever une discussion purement scien tifique, et, par conséquent, étrangère à notre objet.
Pour donner toute la précision, toute la clarté nécessaires à l'exposition d'aussi graves sujets, nous les rattacherons, pour tout ce qu'ils ont de relatif à l'histoire de la province du Maine, à huit chapitres : 1° Règnes de Louis xiv, Louisxv et Louis xvi. II0 Révolution de 1793 : première république. III0 Réactions
POLITIQUES ET RELIGIEUSES I GUERRES I 1° DE LA VENDÉE ; 2° DES PROVINCES DE L'OUEST. IV0 PREMIER EMPIRE. V° RESTAURATION. VI0 RÉVOLUTION DE 1830 : RÈGNE DE LoUIS-PlIILIPPE. VII0 RÉVO- LUTION DE 1848 I DEUXIÈME RÉPUBLIQUE. VIII0 DEUXIÈME EMPIRE.
Notre ouvrage n'étant point une œuvre politique, nous suivrons dans l'exposition de ces graves matières l'ordre naturel et logique des faits; la plus impartiale vérité sera notre guide, et nous éviterons, avec le plus grand soin, tout ce qui pourrait conduire à des inductions passionnées, que nous serions le premier à désavouer. Nous aurons assurément le courage de notre opinion, mais sans vouloir jamais en faire un instrument de désordre. Enfin, nous resterons constamment dans le domaine particulier de l'histoire du Maine, tant que la nécessité du sujet ne nous forcera pas d'en sortir.