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REVOLUTION DE 1848 : DEUXIÈME RÉPUBLIQUE

Au moment où le parti de la résistance croyait Louis- Philippe solidement affermi sur un trône environné d'héritiers en âge de régner, par conséquent inébranlable dans le présent et dansPavenir, le parti du mouvement, qui veillait et conspirait toujours, soulève de nouveau le flot populaire, incessamment prêt à détruire, et qui cette fois, par le perfectionnement de l'expérience, devenu plus expéditif dans son action, emporte en un seul jour cette monarchie citoyenne qu'il avait mis trois grandes journées à constituer.

Le 24 février 1848, dans la chambre des députés, envahie par cet irrésistible torrent, est acclamé, par la populace armée, un gouvernement provisoire. Le roi, si facilement éconduil, marche à son tour en exil ; et, comme triste mais juste expia tion, va, sous le titre de comte de Neuilly, souffrir, pendant deux ans, et mourir ensuite à Glaremont, en Angleterre.

Une lettre particulière de Dreux donne les détails suivants sur ce triste départ : « Hier soir, 24 février 1848, à dix heures et demie, un courrier, arrivant à Dreux, est venu donner Pordre au gardien du château d'attendre quelques personnes.

À onze heures, un misérable omnibus arrive, amenant le roi, la reine, la duchesse de Nemours, ses enfants, les généraux Dumas et Rumigny ; c'était là toute la suite. Le gardien, tout ébahi d'un pareil attelage, reçoit des mains de la reine son cabas, seul bagage des fugitifs, et se trouve en face du roi qu'il n'avait pas reconnu d'abord, parce qu'il était sans chapeau, couvert d'un manteau à collet rabattu.

« Onze heures sonnent à la chapelle du château, la reine croit que, suivant la coutume, on tinte la cloche pour annoncer l'arrivée du souverain : « Qu'on ne sonne pas, dit-elle avec l'accent d'un effroi concentré. C'est inutile, repartit Louis- Philippe, avec un accent douloureux : Je ne suis plus roi !... »

Ce fut ainsi qu'il fit connaître sa déchéanee. Toute cette malheureuse famille n'avait rien pris depuis neuf heures du matin ; un triste souper fut rapidement improvisé. Le départ avait été si précipité, qu'on s'était pourvu seulement du linge et des vêtements indispensables , et de quelques pièces de monnaie. Il fallut emprunter ces objets pour les besoins de la route ; car le roi, qui croyait attendre les nouvelles à Dreux, ayant aussitôt reçu, par un courrier, l'avis qu'on venait de proclamer la république, donna immédiatement l'ordre du départ. Ainsi disparut cette royauté naguère si puissante et si riche; aujourd'hui, pauvre, abandonnée, sans amis, sans escorte, obligée sur son chemin de demander l'aumône !

Charles X, au contraire, avec ses gardes-du-corps et son cortège de députés, a pu se croire, du moins, roi jusqu'à Cherbourg. Mais Louis-Philippe!... Il est parti seul, déguisé, sans qu'il lui restât môme le prestige de ses infortunes royales! Quelle sévère leçon pour les têtes couronnées !...

Ce fut alors surtout que, dans la province du Maine, comme dans toutes celles de la France, on vit des représailles bien fâcheuses, et des abus de pouvoir bien déplorables.

Qu'attendre en effet de cette improvisation gouvernementale si fausse dans son principe, si précaire dans son avenir, si désastreuse dans les conséquences dont elle devait nécessairement être suivie?

Rien de plus essentiellement impolitique n'avait été voté depuis 1793. Comment espérer que cette malheureuse utopie, rêvée dans les abondantes libations des banquets nationaux, produirait autre chose que les orgies patriotiques du Luxembourg ; que cette puissance éphémère, composée d'hommes honorables, sans doute pour le plus grand nombre, mais aussi, pour le plus grand nombre, qui, n'ayant pas su gérer leurs propres affaires, ne devaient pas mieux administrer celles de l'Etat , n'enfanterait pas des exactions et des anomalies telles que les dilapidations du Trésor, des impôts arbitraires, onéreux, le droit au travail, les ateliers nationaux, le suffrage universel à un seul degré : toutes les excentricités gouvernementales enfin qui, pendant quatre mois, signalèrent particulièrement le règne de ces grands citoyens ; en apprenant à la France, par l'enseignement de l'expérience et des faits, ce qu'elle pouvait attendre de leur capacité administrative et de leurs plus sublimes efforts?

Au point de vue capital de l'origine du nouveau pouvoir exécutif, nous le demandons à tous les hommes sages, consciencieux, de toutes les opinions, vit-on jamais, dans aucun temps et dans aucun pays, une improvisation gouvernementale plus illégale et même plus irrégulière?

Ainsi, dans l'inqualifiable séance de la Chambre des députés du 24 février 1848 , c'est lorsque la salle est envahie par une populace armée, qui menace de tirer sur les représentants mêmes du peuple; lorsque M. Ledru-Rollin a fait entendre ces effrayantes paroles : « Aujourd'hui le Pays est debout, et vous ne pouvez rien faire sans le consulter. Je demande donc, pour me résumer, un gouvernement provisoire, non pas nommé par la Chambre, mais par le peuple !!! »

Lorsque M. Sauzet, président en titre, après avoir essayé vainement d'apaiser le tumulte, a levé la séance, abandonné le fauteuil ; que la plupart des députés sérieux et sages ont quitté la Chambre ; que les meneurs de la multitude ont fait asseoir M. Dupont de l'Eure, comme président populaire ; on a tout simplement désigné par un appel nominal, au milieu des

cris et des vociférations de cette populace, les noms de MM. de Lamartine, Ledru-Rollin, Arago, Marie, Dupont de l'Eure.

Voilà ce que l'on appelle nommer un gouvernement par le peuple!... Une pareille élection serait déjà sans portée légale et même rationnelle, pour imposer un Conseil municipal à la ville de Paris; et voilà comment on procède pour imposer un gouvernement provisoire à la France entière ! C'est la populace de Paris, seulement, en dehors de la volonté nationale, exprimée régulièrement par les Chambres législatives, qui soumet, par l'ascendant aveugle de ses vociférations et de ses menaces, 36 millions de Français au pouvoir exorbitant dont, sans leur aveu , pendant quatre mois entiers , ils supportèrent l'énorme fardeau !!!

L'on avait trouvé sous l'Empire, sous la Restauration , sous la Royauté de Juillet, l'autorité des préfets despotique et trop étendue ; sous le gouvernement provisoire de 1848, on institua des commissaires , espèces de dictateurs provinciaux , avec pouvoirs à peu près illimités, et comprenant jusqu'à trois départements sous leur direction.

A peine le gouvernement provisoire eut-il pris séance, que l'administration municipale du Mans fut destituée, comme on devait bien le prévoir ; et, dès le 25 février 1848, se composait ainsi : M. Richard, maire ; MM. Trouvé-Chauvel et Sévin, adjoints; ces derniers, avec le titre de commissaires provisoires, se trouvèrent en môme temps mis à la place de M. le préfet Ménard, pour l'administration du département, et chargés de recevoir l'adhésion, à la république, des fonctionnaires publics dont on n'avait pas encore effectué la destitution. Mgrl'évèque du Mans, MM. le général commandant le département de la Sarthe, les présidents du tribunal civil, de commerce, le procureur de la république, etc., exprimèrent cette adhésion en termes dont on blâma la portée trop sévèrement peut-être, et sans tenir un compte nécessaire des exigences du moment.

En reproduisant ces actes particuliers aux fonctionnaires principaux de notre ville, nous n'ajouterons aucun commentaire ; ils sont, en général, trop significatifs, par eux-mêmes

G38 révolution de 1848:

pour en avoir besoin ; et font assez comprendre, par leurs manifestations diverses pour la forme, à peu près identiques par le fond, les regrets sérieux et tardifs que durent, en les formulant, éprouver quelques-uns de leurs auteurs, des tristes

et pénibles obligations qu'ils avaient contractées avec le principe révolutionnaire.

Le Courrier de la Sartke, de F Orne et de la Mayenne, dit en effet, n° du 1er mars 1848 : « Les fonctionnaires publics de notre ville et du déparlement s'empressent de donner leur adhésion au gouvernement républicain !... Le Mans, 28 et 29 février 1848 : A MM. Trouvé-Chauvel et Sévin, administrateurs provisoires du département de la Sarthe : »

« Messieurs, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire pour m'annoncer que vous aviez pris possession de l'administration du département, et je m'empresse de vous répéter ce que je vous ai déjà dit : que vous pouviez compter sur mon concours le plus complet. L'esprit de la garnison est excellent ; sa discipline parfaite ; son patriotisme répond à celui de tous les citoyens ; et elle est prête à défendre courageusement le gouvernement que la France vient de se donner. Recevez, etc. Desmottes, général commandant le département de la Sarthe. »

« Messieurs, le grand intérêt de Tordre auquel vous attachez si justement tant de prix, demandait en effet que l'administration départementale ne fût pas interrompue. J'applaudis franchement à la mesure que vous avez adoptée provisoirement dans la vue du bien. Mon concours, Messieurs, vous est acquis, et je vous le prêterai, dans la sphère de mes attributions, sans aucune arrière-pensée. Il ne peut plus y avoir que deux partis en France : celui du bon ordre et celui de V anarchie. La religion chrétienne, principe de la vraie liberté, est essentiellement opposée à tout ce qui est vicieux, injuste et désordonné. Que le nouveau gouvernement, institué d'une manière si étonnante, garantisse tous les intérêts, comme il Va promis, il aura les sympathies universelles, et deviendra très-fort : c'est mon voeu sincère'.... J'ai la confiance que, par nos procédés mu-

tuels, les bonnes relations qui existent entre nous depuis longtemps, ne feront que se fortifier. Agréez, etc. Jean-Baptiste, évêque du Mans. »

« Messieurs, un même sentiment doit animer aujourd'hui tous les bons citoyens : celui du maintien de l'ordre dans le pays. Les membres du tribunal du Mans en sont vivement pénétrés, et tous ont tenu à continuer leurs travaux, afin que le cours de la justice ne fût pas un instant interrompu. Le Gouvernement peut donc compter sur la sincérité de ces dispositions, comme vous, Messieurs, vous pouvez compter sur notre concours et celui de tous les honnêtes gens pour vous seconder dans la tâche difficile que vous avez à remplir et que votre dévouement vous a fait accepter. Agréez, etc. Bourcier, président du tribunal civil. »

« Messieurs, je crois, comme vous, qu'il importe à l'ordre et à la tranquillité publique que les fonctionnaires à qui les circonstances permettent de rester à leur poste, continuent à y remplir leur devoir : j'ose assurer que mes collègues partagent ma conviction. Pour mon compte , Messieurs , soutenu par votre confiance, magistrat ou simple citoyen, fai le ferme désir de seconder, par mon concours le plus loyal, vos intentions généreuses et votre patriotique dévouement. Agréez , etc. E. P. Dubois, procureur de la république. »

La nouvelle république allait marcher plus vite, mais aussi moins longtemps encore que la première. Par arrêté du 28 février 1848, M. Trouvé-Chauvel est nommé commissaire du Gouvernement dans le département de la Sarthe, investi de toutes les fonctions attribuées aux préfets. Mais cette simple autorité préfectorale ne suffit bientôt plus au gouvernement provisoire dans ses représentants, il crée contrairement à ses principes, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, des espèces de dictateurs provinciaux avec des pouvoirs exorbitants. Ainsi, pour notre pays, tel fut le dispositif de cette création :

« République française, liberté, égalité, fraternité : au nom du peuple, le citoyen Trouvé-Chauvel est nommé commissaire général dans les départements de la Sarthe, de la Mayenne et

de Maine-et-Loire. Il y surveillera les opérations dos commissaires et des sous-commissaires; les révoquera au besoin; exercera leur pouvoir ou les remplacera. Les autorités civiles et militaires sont placées sous ses ordres : il les requerra pour toutes les mesures de salut public, et fera tout ce que les CIR- CONSTANCES nécessiteront, tant pour le maintien de V ordre que pour le triomphe des principes républicains. Paris, 20 mars 1848. Signé : Ledru-Rollin , membre du gouvernement provisoire , ministre de l'intérieur. » Tout cela au nom de la liberté, égalité, fraternité !...

Nous ne suivrons pas la révolution de 1848 dans toutes ses excentricités; dans les éloges q> elle se donne avec tant de générosité sur les bienfaits d'améliorations merveilleuses qui, pour le plus grand nombre, sont heureusement restées à l'étal de simples projets : mais il nous est impossible de ne pas accorder quelques instants d'attention à plusieurs faits d'un intérêt local, dont les uns sont assez plaisants, et les autres assez graves pour trouver place dans notre Histoire du Maine.

Les révolutions populaires ne sont, en général, que des copies ou tout au moins des imitations les unes des autres : ainsi 1793 parodia la république romaine ; celle de 1848 offrit plus d'une reproduction de celle de 1793 : on y trouve aussi des Girondins et des Montagnards; seulement, et nous le dirons à sa décharge, à sa louange même si l'on veut, on n'y voit point apparaître sur la scène gouvernementale des acteurs semblables à Danton, Marat, Saint-Just, Fouquier-Tinville, Robespierre, etc. Les Girondins , éclairés par l'expérience , ne se laissant point dominer par les Montagnards: les échafauds révolutionnaires ne sont pas relevés; on ne joue plus avec la vie des hommes; il n'en est pas tout à fait ainsi de leurs/brtaes.

Mais, pour être juste, nous devons, dans cet aperçu de l'Histoire de la révolution de 1848, distinguer trois périodes, assurément bien différentes par leurs caractères : 1° Le gouvernement provisoire; 2° la dictature de M. Eugène Cavaignac: 3° la présidence de M. Louis Bonaparte. Un mot sur chacune de ces périodes.

§ 1° Gouvernement Provisoire.

Composé de MM. Dupont de l'Eure, Lamartine, Marie, Garnier-Pagès, Ledru-Rollin, Arago, A. Crémieux, Louis Blanc, F. Flocon, Albert, ouvrier; né par une acclamation tumultueuse au milieu de la chambre des députés, comprend parfaitement qu'il a deux instruments essentiels à ménager, à faire agir pour se soutenir et marcher : aussi l'institution des fameux ateliers nationaux, et les abondantes gratifications à l'armée, destinées, avant tout, à s'emparer du peuple et du soldat, offrent-elles l'objet de ses plus sérieuses préoccupations. Mais il fallait ici beaucoup d'argent : le Gouvernement provisoire se donnera seulement la peine de se baisser.

« Citoyens, dit en effet, à ses collègues du pouvoir exécutif, M. Garnier-Pagès, ministre des finances, dans son rapport du 16 mars 1848 : vos décrets du 9 mars ont décidé que les diamants et les domaines de la couronne seraient vendus au profit du trésor de la république. Vous avez autorisé, en outre, V aliénation d'une partie des biens de VÉtat, jusqu'à concurrence de 100 millions... Aujourd'hui, de plus urgents besoins se manifestent : il ne faut pas s'en étonner; il faut y pourvoir. Les deux grandes nécessités de la situation sont le travail, l'armée... Le gouvernement provisoire doit demander à l'impôt les ressources dont il a besoin. »

M. le rapporteur « ne compte pas assez sur la confiance que peut inspirer le Gouvernement pour proposer un emprunt; » il pense que l'impôt sur le revenu serait beaucoup trop tardif dans l'urgence actuelle. 11 conclut pour l'impôt direct, et, d'après sa détermination, le pouvoir exécutif, sans autres formalités, édicté dans ces termes le plus étonnant de ses innombrables décrets.

« Le gouvernement provisoire, considérant que l'intérêt de la république exige que de puissants secours soient immédiatement donnés au travail, à l'industrie, au commerce; consin 41

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dérant qu'il n'est pas moins nécessaire, ni moins urgent de réorganiser les forces militaires de la république, décrète : ïl sera reçu temporairement, et pour l'année 1848 seulement, quarante-cinq centimes du total des rôles des quatre contributions directes de ladite année; les centimes portant sur la contribution foncière seront à la charge du propriétaire seul, nonobstant toute stipulation contraire dans les baux et conventions. Le montant des centimes temporaires sera immédiatement exigible, sans qu'il soit besoin de nouveaux avertissements aux contribuables... Fait en Conseil de Gouvernement, le 16 mais 1848. Les membres du gouvernement provisoire : Arago, Dupont de l'Eure, Ledru-Rollin, Lamartine, etc.

Dans ce fabuleux décret, l'habileté mercantile vient le disputer au plus despotique arbitraire gouvernemental. Ainsi Ton impose de sa propre et seule autorité, sa?is consulter personne, 45 centimes avec cette ruse des marchands les plus malins qui cotent leurs objets à 1 fr. 95 c. pour ne pas effrayer par le chiffre rond : en exigeant en effet 50 c, tout le monde eût compris de suite que dans celte exaction il s'agissait tout simplement de la moitié de l'impôt ordinaire, déjà si lourd, et qu'au mépris de toutes les stipulations antérieures on faisait porter exclusivement sur le propriétaire, dont on n'avait rien à craindre. Cette inqualifiable mesure est digne de toutes celles qui la suivent. Quant aux autres abus de pouvoir, aux démonstrations patriotiques, aux fêtes nationales, etc., ce sont toujours les mêmes formules et les mêmes naïvetés, sans parler des travestissements et des changements à vue de la scène et des acteurs. Nous avons déjà fait connaître la touchante, l'intéressante et célèbre fête patriotique de Laval, du 8 juin 1794 ; celle du Mans, du 16 avril 1848, après 54 ans d'expérience et de progrès, n'offrira pas moins de touchant intérêt et de célébrité!... Pour conserver, dans le récit, toute la valeur du fond et de la forme, nous citerons textuellement, à cette occasion, le Courrier de la Sarthe, journal de la République, n° du 18 avril 1848.

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Fête républicaine du Mans.

« Une de ces belles et grandes fêtes populaires qui élèvent toutes les âmes, qui confondent toutes les préoccupations en un sentiment commun de patriotisme, a eu lieu hier dans notre ville • nous voulons parler de ta plantation de V arbre de la liberté l...

« Dès samedi soir, une salve d'artillerie avait annoncé la fête du lendemain. Hier, le soleil, caché depuis plusieurs jours derrière des nuages qui nous inondaient de pluies torrentielles, s'est levé resplendissant et n'a cessé d'éclairer , de ses chauds rayons, la fête du peuple !...

« A une heure, toute notre garde nationale, compris le bataillon de Sainte-Croix, présentant un coup d'œil et un ensemble imposants, un fort détachement de carabiniers à pied, et les compagnies de ligne, en garnison dans notre ville, étaient massés dans le quinconce des Jacobins, au milieu duquel une estrade avait été élevée pour les autorités. Une foule immense, dont la physionomie reflétait la satisfaction et la cordialité, garnissait la promenade ou se pressait autour des troupes.

« Après l'arrivée du commissaire du gouvernement, des autorités et de Tévêque, suivi processionnellement par son clergé, V arbre de la liberté s'est élevé dans les airs!... tout pavoisé de drapeaux tricolores, au bruit des salves d'artillerie! Et le commissaire du Gouvernement a pris la parole à peu près dans ces termes :

« Magistrats, clergé, garde nationale, armée, citoyens, autrefois divisés par corps, par classes, ne sont plus aujourd'hui que les membres égaux d'une seule et même famille : le peuple de France : la France républicaine /...

« Sous la robe, sous la soutane, sous la cuirasse, sous l'habit, ne bat plus qu'un seul cœur dans des millions de poitrines, que rapproche, unit et confond la fraternité. Le christianisme reconnaît, dans la république, sa fille, et l'embrasse avec une joie toute paternelle !... Après dix-huit siècles de conception

un jour a .s///// pour l'enfantement du nouveau Messie !... Le Christ avait scellé, de son sang, l'affranchissement de l'esclavage; le peuple a scellé du sien la libellé universelle. C'est toujours le sang des bien-aiméS de Dieu, que sa main répand pour V accomplissement de ses éternels desseins!... »

A celte magnifique épopée religieuse et révolutionnaire tout à la fois, succède immédiatement une véritable idylle non moins naïve et moins étonnante ; comme pour démontrer que l'enthousiasme républicain embrasse tous les genres avec une égale supériorité!... Achevons de le prouver parla pièce ellemême.

« Liberté, Égalité, Fraternité, ajoute M. le commissaire du Gouvernement!... Cet arbre, en montrant le jeune peuplier qui représente l'arbre de la liberté, qui va recevoir les bénédictions de la religion chrétienne, est le symbole de ce triple dogme. Le signe réprésente fidèlement la chose : l'arbre est, dans la nature, un des meilleurs amis de l'homme : il se nourrit de notre haleine, pour nous la rendre après l'avoir purifiée ! Il abrite, contre les ardeurs du soleil, le repos du laboureur, les douces et tendres causeries de l'amitié , les chastes et mystérieuses rêveries de V amour ! Si la pluie tombe à torrents, il étend avec complaisance ses rameaux sur V homme qui s'approche de lui! Que le tonnerre éclate, il ouvre ses entrailles a la

FOUDRE, POUR QU'ELLE S'ENFONCE DANS LA TERRE, EN LE TRAVER- SANT, SANS ATTEINDRE L'AMI QU'lL PROTÈGE !!!

« Ah! qui n'a pas pour ami d'enfance un arbre à la porte du toit paternel?... Ami que l'écolier embrasse au départ pour le collège, au retour en vacances; ami que le conscrit arrose de ses larmes en quittant sa mère; ami que le soldat couvre de baisers, quand , revenant des combats , il le retrouve et son vieux père assis au pied , qui s'entretenaient ensemble des

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