HEUR DE LA FRANCE NE SERONT PLUS TROURLÉS
Il faut avouer que si Fauteur de cette délicieuse bucolique était un remarquable écrivain , il ne fut pas un prophète bien véritablement inspiré.
« Après le commissaire du Gouvernement, dont l'allocution a été accueillie par les cris de : Vive la République ! ajoute M. le rédacteur du Courrier, Mgr l'évoque du Mans s'est exprimé à peu près ainsi : » On avait fait monter Monseigneur sur V estrade administrative, simple échafaudage en planches de sapin.
« En venant représenter l'Église, au milieu de cette imposante assemblée, nous répondons à l'invitation de nos magistrats, nous croyons remplir le vœu de tous nos concitoyens; car nous supposons qu ils sont tous satisfaits de voir la signification sainte et élevée qui est donnée à cette fête populaire. Tous les hommes'sont frères : aimez-vous les uns les autres : tels sont les sublimes enseignements de l'Église; telle est la noble origine de la religieuse fraternité que nous avons la mission d'accomplir et de persuader. La fraternité, telle que nous la comprenons, est basée, non sur la ruine des rangs et des distinctions que les besoins de la société rendent indispensables, mais sur les affections, sur la réciprocité du dévouement des hommes entre eux ; sur ce précepte de l'Évangile : Faites pour les autres ce que vous voudriez qu'ils fissent pour vous.
« Le sentiment que nous vous exprimons est puisé au fond de nos cœurs; la religion nous dit que nous sommes tous frères, et c'est pour nous un bonheur de concourir à tout ce
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qui vous est bon et avantageux. Dans ee but, nous allons invoquer les bénédictions célestes sur vous et sur cet arbre qui va être au milieu de vous le symbole de la liberté CHRÉTIENNE ! Il y a dix-huit siècles, au pied de la croix, Jésus-Christ disait aux hommes : « Aimez-vous les uns les autres! » Pensée divine, glorieuse, qui renferme tous les sentiments généreux, vrais et justes : qui renferme l'égalité raisonnable, la fraternité raisonnable, qui n'ont d'appui que dans la religion. Liberté î Égalité î Fraternité! tels sont les vrais principes qui, par une application universelle bien comprise dans notre belle patrie, devront la rendre heureuse ! ... Cest notre vœu sincère, notre espoir, celui de l'autorité publique, celui de ces phalanges guerrières dont les étendards brillent à nos côtés; celui de cette milice citoyenne dont la vue inspire une sécurité complète à tous les habitants de cette cité. Nous sommes tous une famille de frères, nous voulons tous vivre en frères /... »
On a blâmé, avec trop de rigueur, ces paroles de Mgr l'évoque du Mans, en leur prêtant un sens révolutionnaire qu'elles ne pouvaient avoir dans sa bouche. Ainsi, les trois mots trop fameux, trop complètement appropriés au style des Sans- Culottes de 1793 : « Liberté! Égalité! Fraternité! étaient formulés par lui au point de vue religieux, chrétien, mais ne dénotaient pas, comme on a prétendu l'insinuer, des tendances républicaines.
Il est donc seulement permis d'ajouter, pour être sincère et juste, que ces mots sacramentels de l'anarchie ne devaient peutêtre pas être ainsi prononcés par un évêque, dans une parade patriotique, au milieu d'une population dont la majeure partie ne pouvait pas comprendre une distinction alors si nécessaire ; et dont l'autre était fière de la faire disparaître pour approprier ces paroles du prélat à leur doctrine ; faire de Jésus- Christ un socialiste, et trouver dans le christianisme lui-même la sanction de toutes leurs excentricités : « Non erat hic locus. » Assurément non, ce n'était pas ici le lieu.
Ces imputations d'attachement à la royauté citoyenne d'abord, à la république de 1848 ensuite, trouvèrent d'autant
plus d'écho, parmi les légitimistes surtout, qu'elles étaient fortifiées par un fait que rapporte l'auteur de la Biographie du clergé contemporain, et dont le cœur de notre digne évêque dut avoir à souffrir.
« Dans mes conditions de véracité, dit-il, je ne puis taire ce qui suit : M. Bouvier, lors de son second voyage en Italie, assistait à une cérémonie en société de plusieurs prélats. Le hasard voulut qu'il se trouvât placé à côté de Mgr le duc de Bordeaux, qui passait lui-même à Rome. Le jeune prince, l'apercevant, demande son nom aux personnes de sa suite, et s'attendait probablement, comme prince français et comme exilé, à quelques démonstrations. M. Bouvier se tint sur la réserve et ne dit mot!... » Était-ce timidité, était-ce calcul? On peut aussi bien supposer l'un que l'autre : les réflexions de l'auteur ne sont pas dans la première hypothèse. Mais revenons à notre fête patriotique.
Suivent les allocutions de M. le maire et de M. le colonel de la garde nationale, que nous pouvons nous dispenser de citer. Il n'en est pas de même pour celle de M. B..., président de la Société populaire du Mans. Parti de ces principes du christianisme républicain, il en déduit les conséquences avec une si merveilleuse logique, en termes d'une éloquence à la fois si naturelle, si parfaite, qu'en y faisant grâce à quelques légers anachronismes de quatre à cinq cents ans, nous la rapprocherons des autres documents, comme type, et comme excellent modèle du genre, pour compléter la physionomie révolutionnaire de notre époque ; démontrer, par les faits, sa remarquable analogie avec celle de toutes les autres.
« Citoyens, la croix du Christ, d'une part; I'arbre de la Liberté, de l'autre ; voilà les deux grands symboles du monde! La croix, c'est l'agonie volontaire, le sacrifice volontaire de la vie fait à la cause de la Rédemption ; c'est la noble conviction, l'ami clouée sur le poteau !... Il y a plus de dix-huit siècles, Jésus-Christ, fils de Dieu, Dieu lui-même, l'un des termes de la Trinité divine, fut envoyé par son père pour briser la chaîne de l'esclavage. Il partagea notre nature, se fit homme comme
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nous, sensible comme nous aux douleurs du supplice. 11 dit au riche : Sacrifie ton superflu, si tu veux être agréable à celui qui m'envoie; au pauvre: Sois patient, tu trouveras, dans un autre monde, la large compensation de tes douleurs dans celui-ci ; tu entreras le premier dans le royaume de mon père. Il dit à tous : Partagez la fraternité : il était Dieu pour la sentir. Je m'appuie, non pas seulement sur ïautorité des Écritures saintes, mais encore sur V autorité profane, sur V autorité de la philosophie : J.-J. Rousseau et Napoléon ! Ces deux grands génies qui se sont approchés le plus près de cette cloison qui nous sépare de Fin fini ! qui auraient franchi cette barrière, si elle pouvait être franchissable, nous ont dit : Nous nous connaissons en hommes ; il y avait là plus que de L'humanité, il y avait, dans le fils de Marie, le caractère incontestable de la divinité.
« En effet, on a pu, dans quelques circonstances particulières, imiter Jésus-Christ ; Socrate, Platon et d'autres sages l'ont tenté avec quelques succès !!! Nous-mêmes, dans notre rude carrière démocratique, nous pourrons aussi rencontrer la croix ; et s'il nous était donné de partager la gloire de ce supplice, nous aurions peut-être aussi la force de dire, avec une ineffable douceur : Oh! ma Mère, sainte République ! pardonne à mes ennemis; ils ne savent pas ce qu'ils font. Mais cette haute sagesse de tous les instants, cette constante et inépuisable bonté, cette perpétuelle infaillibilité : de tels exemples ne pouvaient provenir que de Dieu : donc Jésus-Christ n'était homme que passagèrement ; donc sa mission était divine !
« L'arbre de la Liberté, c'est le symbole de la vie de tous pour tous ! C'est l'immense feuillage abritant toute l'humanité ! C'est l'immense produit pouvant suffire a tous les besoins des enfants de la terre !!! Nos pères l'appelaient l'arbre de la Liberté, cela suffisait alors ; mais, aujourd'hui, je voudrais qu'on l'appelât l'arbre de la Fraternité, parce que, dans notre trilogie démocratique, ce dernier terme implique nécessairement les deux autres : qui dit Fraternité, dit évidemment Liberté, Égalité.
« Renversé par Forage contre-révolutionnaire , il était presque oublié, presque mort. Tout récemment les héros des barricades sont venus le relever, réchauffer sa sève et nous dire : Replantez-le, et faites qu'il ne tombe plus. Voilà notre devoir à nous désormais, nous V accomplirons. Maintenant que la terre a été profondément labourée, et par la glorieuse épée de F Empire , et par le soc puissant de l'idéalisme ! sa racine nourrie de la chair de Jésus-Christ ! arrosée du sang de son martyre, va descendre, avec une rapidité prodigieuse, au fond des entrailles de la terre ! Tandis que sa cime s'élèvera jusqu'au pied du trône de Dieu, qui le bénira, parce que la Fraternité c'est la pensée, la volonté de Dieu !!! Vive la République ! »
Revue, défilé, etc.. Ainsi finit cette magnifique solennité républicaine, dont M. le rédacteur du Courrier termine le récit en apprenant aux habitants de la ville du Mans les résultats de ses observations individuelles : « Pendant toute la journée, dit-il, la foule, rayonnante de joie, a parcouru nos rues; le soir toute notre ville a ^'splendidement illuminée! Et la foule a de nouveau sillonné la ville qui présentait un air de fête, auquel nous n'avions pas été habitués sous le régime déchu. »
Malheureusement pour ce pauvre petit peuplier, devenu tout à coup « le symbole du triple dogme, Liberté, Égalité, Fraternité, » « de la vie de tous pour tous , V immense feuillage abritant toute l'humanité: » malgré tant de vœux, de prophéties, de bénédictions; malgré les avantages d'un sol « profondément labouré par le soc puissant de l'idéalisme, » arrosé d'une manière si merveilleuse, les racines de cet arbre de la Liberté ne descendirent point « au fond des entrailles de la terre ; sa cime ne s'éleva point jusqu'au trône de Dieu ! » Il mourut, comme tous ses frères, assez longtemps même avant la République, dont il était la sauvegarde ; qui du reste finit par le suivre dans la tombe, en nous faisant payer d'avance et même, comme nous le verrons, un peu cher, les frais de son enterrement.
La commune de Sainte-Croix, près le Mans, fut bien mieux avisée dans son inauguration d'un arbre de la Liberté. Au lieu d'en planter un tout exprès, avec la certitude positive de le voir bientôt périr : la république n'ayant pas le talent des plantations durables; voici ee qu'imagina, d'une manière aussi facétieuse que sensée, M. Tireau, maire de cette commune, bien capable d'y avoir mis un peu de malice :
« Le dimanche, 4 juin 1848, dit le Courrier de la Sarthe, la commune de Sainte- Croix aura sa fête patriotique. La garde nationale, à 4 heures du soir, ira, musique en tête, prendre, à l'église de la Couture, le clergé de la paroisse qui procédera à la bénédiction du premier peuplier sur le côté droit de V avenue de Paris ; adopté par la commune de Sainte- Croix pour son ardre de la Liderté ! » Rien d'aussi intelligent n'avait été fait jusqu'à présent dans l'espèce. Aussi le robuste fils adoptif de la république, planté dans de meilleures conditions, bien autrement vivace que tous ses frères, enfants naturels de cette bonne république, n'est-il mort que beaucoup plus tard, à peu près de vieillesse. Celui du Mans, au contraire, a succombé dans les premiers jours de son enfance, après nous avoir occasionné, comme tous ceux de la même création , d'inutiles et dispendieux frais de culture ; sans compter ceux que sa mère exigea pour son entretien personnel et pour ses obsèques.
En effet, même avant cette auguste cérémonie, on vit se multiplier et s'imposer par une intimidation calculée, dans le Maine, comme dans toute la France républicaine, les souscriptions pour habiller, équiper la garde nationale, pour établir la noble et digne institution des ateliers nationaux, etc. Et lorsqu'on s'aperçut que la peur ne produisait point assez, on eut recours au plus révoltant arbitraire!
Dans l'impossibilité d'apprécier, même approximativement, la richesse des citoyens, on s'abandonne aux suppositions du bon plaisir ; on les range alors par catégories d'après leurs fortunes présumées, et, sans aucune disposition légale, au mépris de toute équité, de tout droit positif, on les somme de venir
payer leur cote individuelle, formulée d'après cette improvisation arbitraire d'un impôt aussi étrangement progressif. Ainsi, dans le n° du mercredi 12 avril 1848, du Courrier de la Sarthe, journal de la République, on lisait cette inqualifiable résolution :
« Le Conseil municipal a adopté hier, 10 avril, une mesure rigoureuse, mais qui lui était impérieusement commandée par la nécessité de créer des ressources pour couvrir la dépense des ateliers communaux. Il a décidé qu'il serait demandé à tous les citoyens considérés comme possédant au-delà du nécessaire, une contribution basée sur l'importance de leur revenu. Que cette contribution serait établie ainsi qu'il suit : 1° Les personnes ayant un revenu au-dessous de 3,000 fr. : un pour cent du revenu ; 2° de 3,000 à 6,000 fr. : un et demi ; 3° de 6,000 à 10,000 fr. : deux pour cent; 4° de 10, et au-dessus, trois pour cent. Qu'une liste des imposés, indiquant les sommes demandées et celles payées, serait rendue publique par des insertions dans les journaux de la localité. »
Une aussi étrange mesure, édictée sous le coup de la terreur, n'a pas besoin d'explication ; elle était digne du gouvernement qui la commandait ou la tolérait; de ï objet auquel était destiné le produit illégal de cette exaction.
11 s'agissait, en effet de solder, avec ces deniers arrachés à la propriété des citoyens paisibles, non point le travail consciencieux d'honnêtes pères de famille dans le besoin : le bon emploi des revenus de la mesure en eût presque justifié l'illégalité; mais de soudoyer la paresse et d'alimenter les vices du plus grand nombre de ces prétendus travailleurs, admis dans les ateliers nationaux, dont l'institution remontait au fameux décret du 29 février 1848.
Il n'est heureusement plus aujourd'hui nécessaire de prouver, par le raisonnement, combien cette création et celles du môme genre , dans lesquelles on vit le gouvernement provisoire déployer tant d'imprévoyance et d'ineptie, étaient immorales et contraires aux véritables intérêts des bons travailleurs; la
plus triste et la plus ruineuse expérience a parlé trop éloquemmenl sur toutes les parties de la France.
Au Mans, par exemple, des actes sont venus se produire, en plein jour, au milieu de ces foyers de la corruption et de la fainéantise, avec tant de dissolution et d'impudeur, qu'il nous devient impossible d'en retracer les honteux détails. « Toute la ville s'est émue, dit à cette occasion V Union de la Sarthe, n° du 15 avril 1848, depuis quelques jours, d'un acte de sauvage brutalité, commis, mardi 11 avril, par quelques ouvriers employés par la mairie, aux travaux du boulevard, près du champ de marine. Une fdle se promenait de ce côté, etc. » La suite inspire à la fois le dégoût et l'horreur!...
Ajoutons seulement ce qui termine ce monstrueux attentat : « Celte malheureuse fille a été traitée avec une telle cruauté que, portée à l'hôpital, elle y a succombé!... » Nous avons entendu contester cette fin tragique : le fait n'en reste pas moins criminel.
« On nous assure que plusieurs personnes ont encore été insultées ces jours derniers, en passant devant les ateliers de travail : ceci n'est pas tolérable... Les travailleurs honnêtes ne demandent qu'à être délivrés des obsessions dont les entourent ces artisans de désordre... qui les déshonorent. »
Pour en finir avec le Petit-Génie, comme on nommait cette onéreuse collection d'ouvriers révolutionnaires, et rappeler à nos concitoyens l'usage que l'administration municipale faisait des fonds qu'on leur demandait chaque jour avec tant d'instances, qu'ils s'empressaient de verser avec une générosité digne d'un meilleur sort, nous citerons, au milieu de beaucoup d'autres, ces détails consignés dans le journal Y Union, n° du 11 mai 1848.
« Le Mans. — Lundi matin, 8 mai 1848, une partie des ouvriers occupés dans les chantiers de la mairie ont été surpris couchés, pendant le temps qui devait être consacré au traçait, et ont été congédiés, par punition, jusqu'à jeudi. L'annonce de cette juste mesure a excité parmi les hommes qui en étaient l'objet une vive irritation. Divisés par bandes, ils se sont répan-
dus, en chantant, de divers côtés pour débaucher les ouvriers employés dans les ateliers, et les contraindre, avec menaces, à quitter le travail. » Ces démonstrations émeutières sont alors devenues assez inquiétantes pour que l'autorité ne les ait pu réprimer qu'au moyen de la garde nationale et des troupes de la garnison. « L'oisiveté encouragée, payée, primée, ajoute M. le rédacteur, c'est de nos jours le plus grossier contre-sens, et beaucoup d'autres plus graves encore ont existé de nos jours sous le gouvernement provisoire. »
Ce n'était pas du travail que Ton voulait donner à ces héros de Fémeute et de l'insurrection : c'était une aumône déguisée pour solder leurs services passés; pour les retenir ou les faire agir suivant les besoins du moment : ce bon Petit-Génie était un instrument, qu'on n'osait pas encore briser, qui pouvait encore trouver son application à toute autre chose qu'à des travaux utiles, pour lesquels il n'avait pas plus de bonne volonté que d'aptitude; auxquels du reste on n'avait pas l'intention de l'employer sérieusement : car nous avons entendu répondre, à des personnes qui faisaient observer le peu d'activité de ces prétendus travailleurs, au milieu des besoins locaux : « Nous sommes enchantés qu'ils n'aillent pas plus vite, car, lorsqu'ils auraient fini là où ils sont, nous ne saurions pas où les placer! »
Une telle condescendance aurait au moins dû produire quelque peu de modération et de gratitude chez ceux qui s'en trouvaient si regrettabJement l'objet : ce fut tout le contraire, ils prirent cette condescendance pour de la faiblesse, et, comme toujours, voulurent procéder par intimidation, en venant, en troupes, armés de leurs instruments de terrassiers, demander impérieusement à l'autorité municipale un salaire supérieur à celui dont se trouvaient satisfaits ceux qui travaillaient réellement, et d'une manière utile.
Mais le gouvernement provisoire avait pris, avec cette classe d'hommes essentiellement corrompus, des engagements trop sérieux; il comprenait trop cette regrettable nécessité pour ne passe résigner à la supporter ; aussi fut-il indispensable de passer par une l'évolution sanglante, nouvelle, celle du
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24 jutn 1848, pour obtenir, comme nous le verrons, la suppression définitive de coite onéreuse organisation de la grève et de la paresse; à l'encouragement, à la solde ruineuse de laquelle passa la majeure partie des produits des nombreuses souscriptions de notre fameux impôt progressif local, et peutêtre aussi de l'exaction inouïe des 45 centimes!... C'est vraiment dommage que les leçons d'un pareil cours de politique et de morale coûtent aussi cher aux peuples; car il n'en faudrail pas beaucoup de semblables pour les ramener dans les voies de la raison et de la vérité!...
Nous voyons, en effet, déjà, non-seulement dans la faction victorieuse au 24 février 1848, mais encore dans le parti démagogique tout entier, s'établir deux camps, essentiellement ennemis, comme en 1793 : les noms seuls ont changé, les rôles sont restés les mêmes : c'étaient autrefois les Girondins et les Montagnards; ce sont aujourd'hui les républicains du lendemain, et les républicains de la veille.
Les premiers voulaient des réformes sans anarchie populaire; ils veulent encore la tranquillité, l'ordre, plutôt qu'ils n'ont les moyens de les maintenir.
Les seconds voulaient du sang, des richesses, des orgies, le règne exclusif de la force brutale, de la licence : ils veulent encore l'anarchie, le mépris des lois, de la morale, de la religion; ils veulent toujours des richesses et du sang.
La seule différence, dans la phase républicaine où nous sommes arrivés, c'est que les républicains du lendemain parviendront à comprimer les républicains de la veille, de manière à prévenir les terribles réactions pour lesquelles ils sont constamment disposés; en garantissant le pays d'un retour complet à la plus sauvage barbarie.
Le gouvernement provisoire n'avait ni la puissance, ni l'homogénéité de composition nécessaires pour lutter avantageusement contre les républicains de la veille, ses plus implacables ennemis. En effet, il y avait dans son sein, dans ses relations intimes , des éléments essentiels de destruction , comme le prouvent, jusqu'à l'évidence, les mesures qu'il prit
au moment du danger : ainsi, un décret du 27 mai 1848 : « autorise des poursuites contre le citoyen Albert, député, membre du gouvernement provisoire, et sa mise en arrestation. On avait fait, du grand citoyen Barbes, par décret du 2 mars 1848, le gouverneur du Luxembourg; par décret du 27 mai 1848 : « des poursuites sont autorisées contre les citoyens Barbes et Courtais, représentants du peuple, et leur mise en arrestation. » Ils ont été condamnés à la déportation.
Il est du reste vraiment curieux de voir comment nos grands hommes d'Etat passaient leur temps à décréter et de connaître, par la citation de quelques-uns de ces principaux documents, les importants services qu'ils ont rendus à la patrie, durant les quatre mois de leur omnipotente administration» gouvernementale.
Décrets et arrêtés du Gouvernement provisoire. — 1848 : février : 29. Les Tuileries serviront désormais d'asile aux invalides du travail. — Id. Abolition de la royauté. — Id. Engagement du Gouvernement de fournir du travail à tous les ouvriers. - Id. Établissement immédiat des ateliers nationaux.
— Id. Deux déclarations sur les dispositions et Tordre des Trois-Gouleurs du drapeau national.
« Mars 2. Abolition de tous les anciens titres de noblesse.
— Id. Palais du Luxembourg mis à la disposition de MM. Louis Blanc et Albert, ouvrier, son ami. — Id. Nomination de M. Barbes au titre de gouverneur du Luxembourg. — 4. Faculté donnée à chaque ministre, en particulier, de décider les affaires de son emploi, sans ordonnance préalable. — Id. Abolition du marchandage des travaux; ou, en termes socialistes : de « l'exploitation de V homme par V homme. » — 7. Suffrage universel, direct à un seul degré, l'élection ayant pour base la population. — 9. Aliénation des diamants, des forets de la couronne de l'État. — 14. Changement de nom des chasseurs d'Orléans. — Id. Mise en liberté des détenus pour dettes, etc.
— 24. Bépression de l'exploitation de l'ouvrier par le marchandage. — Id. Abolition du travail dans les prisons. — 26. Révocation de l'affectation donnée aux bâtiments du Temple.
656 révoli î ion de IN'jH :
Suivent une foule de décrets sur Fouvérture des crédits extraordinaire, l'organisation de la garde nationale urbaine, etc.
« AvitiL, 18. Retour des biens-meubles et immeubles de la liste civile à l'Etat. - 19. Suppression des droits d'entrée pour Paris seulement, et pour compensation assez significative impôt sur la propriété, le luxe, etc., etc. — 22. Protection spéciale des clubs. — Id. Règlement détaillé des fêles nationales, etc.
« Enfin, Mai, 27. Pour compléter bien dignement cette longue et remarquable énumération d'importants et utiles travaux : déclaration solennelle que le gouvernement provisoire a bien