‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 2 sur 93 · VI · texte numérisé non relu

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2 ii]hroLirno!v française.

rir la capitale. Ces mesures, bonnes en elles-mêmes, étaient bien loin de ramener l'abondance, et le peuple, irrité de SCS défaites, mécontent de Toir ses amis dans les fers^ sentsiit encore plus vivement ses cruelles souffrances à Faspe^ct de la réaction flagrante qui semblait encore insulter à sa misère. En effet, cette jeunesse dorée, que les thermidoriens avaient enrôlée pour la lancer contre lui , se vengeant avec fureur des outrages qu'elle avait éprouvés dans le faubourg Saint - Antoine , s'abandonnait à toute la licence possible. Les spectacles étaient sans cesse troublés par le» clameurs qu'elle poussait, en demandant à grands cris le jReVciï du peuple à la place de XHyinne national^ que nos armées chantaient avant et après leurs combats de géants contre les ennemis de la France. A la place de l'ancienne gendarmerie , on avait créé une légion de police à la tête de laquelle figuraient les réacteurs; aussi, dès Tinstant qu'il y avait un conflit entre des jacobins et des muscadins ^ les premiers se trouvaient toujours arrêtés, quels que fussent les torts de leurs adversaires. Par suite de ce système dominant , et de la guerre que les réacteurs faisaient chaque jour dans son sein aux révolutionnaires , la Convention nationale semblait tendre une main presque amie à la Vendée, épuisée de sang et encore affaiblie par les dissentions des principaux cheik royalistes^ qui se disputaient avec acharnemeût.

Pui6ayë,ea partant pour aller chercher à Londres les secours que demandait son entreprise et relever la guerre civile, remit môineiitanément le commabdement supérieur de la Bretagne au prétendu baron de €ormatin, dont le véritable nom était Desoteux. Ce chef intrigant, sans eonvictien oomnie sans loyauté , prenant tantôt les apparences d'une opinion, tantôt celle d'une autre, ne songeait véritablement qu'aux moyens les plus rapides pour arriver à la fortune. Il ne possédait ni les dons extérieurs ni les

BRKTAGKE. jj

qualités mtollecluelles de Puisaye, ni son adresse à manier les esprits î il manquait de tact Aussi, bientôt les Bretons se séparèrent de lai, et ne tardèrent pas à pencher pour un traité avec un gouvernement dont les principaux chefe avaient été les amis des fédérés de Caen et de Brest. D ailleurs Csmelaux ayant reçu quelques renforts, avait réorganisé son armée presque épuisée par la guerre civile , repris le camp des Sorinières , et occupé , avec des forces considérables , les rives du Layon, dans le haut Anjou ; et, de cette position, il menaçait Stofflet. Hoche commandait la seconde armée républicaine dans Touest. Homme de ffueire et négociateur, vigilant et patient à la fois, doue d'une rare beauté;, d'un esprit plein de séductions , philosophe à la Hotamèro de Catinat, au milieu des anncs, il semblait formé pour vaincre tontes les résistances et fair^ cesser toutes les haines 5 mais avant de parvenir à ce but coiistant des plus généreux efforts , il avait encore des combats à livrer. Sa faible armée de quarante mille hommesi au plus gardait les côtes immenses qui s'étendent de Cherbourg à Brest. Par ses ordres on avait formé beaucoup de petits camps situés de manière à pouvoir se prêter un mutuel secours 5 en recommandant avec soin à ses troupes de bien étudier le pays, chose aussi non moins nécessaire au soldat qu'au général il les exhortait I) la discipline avec des paroles graves et sévères, et fçûsait) ^u besoin, des exemptes. Mais, en punissant, il était prêt à niodérer la rigueur par une indulgence fondée sur la çonnaiss^pce des honunes et sur une haute raisoQ. L'un de ses lieutenans avait sévi coAtre des volontaires qui s'étaient enivrés, a Hé! dfic^ ami, lui écrivait Hoche, si les soldats étaient philosophes ib ne se battraient pi^s ! Corrigeons cependant les ivrognes, si livresse les fait nianquer au devoir. )> Il savait d'ailleui^ tout ce qu'on pouvait obtenir d^ soldat frani^is par un mélange adroit de doqceiir et de, fermeté; il avait aussi

étadié avec attentioQ le caractère des YcndéeDS, et, comme un sage médecin qui a cherché long-^terops le siège du mal pour le guérir, il voulait qu'on laissât à ces populations religieuses et croyantes, comme les générations du moyen -âge, leurs prêtres et la liberté du culte. Il était persuadé qu'avec des ménagemens, avec des égards , avec de rhumaaité , avec une administration active et paternelle', Ton pouvait utiliser les masses vendéennes, u Rappelez «vous, disait-il, les bandes du connétable Duguesclin, allant détrôner Pierre-le-Gruel, et le régiment levé par Yillars dans les Gévennes ! » Hoche répandait sans cesse des invitations à la concorde et à la paix. Profitant habilement de la réaction dont tant d'autres abusaient par lâcheté, par imprévoyance ou par entraînement , il annonçait aux Vendéens la fin des rigueurs contre les suspects, Tannulation des condamnations non exécutées, la juste punition de Carrier, et enfin, la délivrance de madame de Bonchamps, rendue à la liberté par un décret qui n'était que l'acquit d'une dette sacrée. Bonchamps, au lit de mort, avait payé d'une manière sublime la rançon de sa compagne. L'ensemble de cette conduite', dont tout le monde ne sentait pas alors le prix, produisit l'effet attendu par le général. Une partie des soldats vendéens déserta ; Charrette, pressé par nos troupes, voyant d'ailleurs s'éteindre chaque jour les passions qui avaient créé l'insurrection , errait dans un pays où l'opinion commençait à l'abandonner. Les princes de Bourbon lui écrivaient des lettres flatteuses^ ils le nommaient le second fondateur de la monarchie, mais ne le secondaient ni de leur bourse ni de leur épée. Bientôt réduit à la dernière extrémité. Charrette avait envoyé un de ses aides-de-camp à Londres j pour demander des secours, tandis qu'à Nantes sa sœur avait des entrevues avec les commissaires de la Convention. A Bennes aussi, les chefs royalistes faisaient des ouvertures de paix. Là, une négociation fut entamée d'abord

LA JAUNAYB. tt

afec Botidonx et Mauduit, et enfin arec Cormatin, le Heatenant infidèle de Puisaye. Le comité breton s'aperceyantque Gormatin trahissait la cause de la réyolte, écrivit en hâte à Paisaye « Venez vite, les chefs se laissent séduire -, arrivez avec de Fargent, des prêtres et des émigrés ! arrivez ayant la fin de janvier ( pluviôse ). Paisaye n'arriva pas -, profitant de son absence, Gormatin, qni avait facilement obtenu de Hoche une trêve provisoire, parcourrait la Vendée pour voir les che& royalistes et les exciter à la paix. Le général républicain se méfiant à bon droit du négociateur, lui avait adjoint le fidèle et courageux Humbert, ancien maquignon ^militaire des plus braves, né avec Tinstinct du commandement , et unissant à des formes simples en apparence beaucoup de sang-froid et de finesse. Après avoir entendu Gormatin , qui se trouvait dans une position d'autant plus fausse, que , devant ses anciens camarades, il prétendait jouer les généraux de la république^ après s'être laissés convaincre par la bonhomie de Humbert, les cheCi vendéens et bretons résolurent de se réunir au château de la Jaunaye^ près de Nantes, le 24 pluviôse ( 12 février).

Là, Puisaye compatriote d& Ganclanx, avait adressé i Gormatin, pour la remettre au général républicain, une lettre dans laquelle on l'engageait à quitter la cause du peuple ) toujours ingrat envers ses serviteurs. Gormatin eut la maladresse de laisser prendre cette lettre , et , se voyant dès lors sou&le coup de la vengeance des républicains, il dût tout tenter pour amener la conclusion^de la paix. Bientôt les chefs royalistes, en attendant des secours d'outre-mer, convinrent entre eux designer une paix que le parti était décidé à^ rompre dès qu'il se sentirait assez fort pour le faire impunément.

A l'ouverture des conférences, Gormatin etGharrette demandèrent la liberté des cultes, des pensions alimentaires pour les prêtres , une exemption pendant dix

0 RÉVOLVTtÛN FRANÇAISE.

nos de toui jtnpôict de loctt service militaire > f acquittement des engagemeas contraetés povr la guerre , par les chefs royalistes , le rétablissement de l'ancienne dmsion lerritoriale, Tçloignement des armées répablicaiaes , une amnistie générale , commune aux émigrés et aux Yendéens; etc. C'était beaucoup plus que les commissaires de la Gonyention ne pouvaient accorder', Toici les concessions auxquelles ils parurent consentir : La liberté du culte f des indemnités pour les Vendéens dont les chaumière^ avaient été brMées , Texemption poer la prochaine réquisition, l'acquittement des bons signés par les généraux insurgés jusqu'à la concurrence de deux millions, enfin une amnistie complète. Ces conditions acceptées, on convînt que toutes les concessions faites par la république seraient rendues publiques et exécutoires par des décrets ^ qu'il n*y aurait pas de traité , car la Convention ne pouvait honorablement négocier avec des rebelles^ que les chefs rédigeraient et feraient paraître une proclamation dans laquelle ils déclareraient reconnaître. la république. Ces conventions, auxquelles StofQet refusa son adhésion et sa signature , forent arrêtées entre les représentans du peuple et les Vendéens CharjRette^et Sapinaud^ le ^9 pluviôse (15 février).

La pacification de la Jaunaye combla de joie tous les habitans des malheureuses provinces do TOuest dévastées depuis si long temps par le fer et le feu. La ville de Nantes refusait de croire à unesi bonne nouvelle ] ce n'est que lorsqu'on vit Charrette à cheval , entouré des généraux républicains, des représentans du peuple , et des bleus , qu'on osa espérer en des jours plus prospères. Les habitams saluèrent sur son passage le chef Vendéen , en criant: « Vive la république! vive Charrette! » Charrette , saluant de la main la population de la commerçante cité , parut sincère dans son retour ^ et, comme il avait &u gagner la confiance des représentans, on poussa l'im-

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