‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 28 sur 93 · FINANCES · texte numérisé non relu

FINANCES

des mandais et déclaré leur cours forcé. Ces mandats» après avoir servi à Tacquisition des biens nationaux , rentraient dans le trésor, et le. gouvernement se voyait dépossédé des biens nationaux livrés par lui contre une monnaie qui se trouvait sans valeur. . Aussi , tous les services étaient-ils dans Tétat le plus déplorable. Les armées du Rhin et dltalie, vivant sur le territoire de Tennemi, avaient du moins d'abondantes rations; mais celles qui occupaient l'intérieur étaient tombées dans ui| état de misère impossible & décrire. La gendarmerie, mal payée et dont on ne remplaçait pas les chevaux morts , laissait les routes infectées de brigands, qui, à chaque instant, arrêtaient les diligences et les dépêches. Le service des postes se faisait aussi mal que tous les autres *, le. gouvernement s'était même vu forcé, plus d'une fois, de re-. tarder le départ des courriers, faute de pouvoir leur donner ce qui eût été nécessaire pour leurs frais de route. Les fournisseurs , auxquels des sommes considérables étaient dues pour des approvisionnemens de toute espèce , refusaient de faire de nouvelles avances. Par suite de ce refus, le service des étapes manquait souvent, et deshôpi^ taux militaires avaient été fermés parce que Fétat ne pouvait les entretenir.

La classe des gens riches autrefois en rentes sur rétat», se trouvait complètement ruinée,, ainsi que le gouveraement, tandis que le commerce et l'industrie ne faisaient que de commencer à se relever up peu , grâce au retour du numéraire dans les transactions. Le Directoire^ fatigué^ d'une crise aussi déplorable, et comprenant enfin l'inutilité de vouloir ipaiptenir le cours forcé des mandats , déclara, le S8 messidor (16 juillet), que tout le monde traiterait avec le signe monétaire qu'il lui plairait de stipuler, et que lui-même ne recevrait en paiement des impôts que du numéraire ou les mandats au cours. Les Anciens comprirent que c'était une faute que do vouloir accepter

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des mandats., puisque leur Taleur , Tariant sm to^tc la surface de la France^ allait compliquer d'une manière extraordinaire les comptes du ti:ésQr, qui en outre ne retirerait aucune utilité de ce papier monnaie. Il fut décrété que le gouvernement, dans les départemens frontières, pourrait percevoir Timpôt en nature. Ainsi tombait chaque jour le papier*monnaie^ qui se trouvait remplacé par degrés.

Cependant, malgré cette détresse du gouyernement, le trésor possédait des ressources immenses -, mais la difBcuIté se trouvait dans la réalisation et l'émission des valeurs. Les dépenses pour la fin de l'exercice courant exigeaient quatre cent millions. Pour couvrir ces dépenses, il restait à Tétât : trois cent millions de la contribution foncière de Tannée , vingt-cinq millions de la contribution mobiliaire» tous les fermages des biens nationaux, et Tarriéré de ces fermages s'élevant en tout à soixante millions ] enfin trpis cents millions de TimpOt forcé, plus quatre-vingts millions de papier sur Tétrangcr, formant une masse de onze cents millions. Pourtant, avec cette somme, on ét^it grandement embarrassé de trouver les quatre cents ipilUpus en valeur émissïble et réelle. Les. conseils , pour aiderj^e Pjfecjojre, Fautorisèrent' à engager les biens qationaui;, iusqu'^ la concurrence de cent millions çn ^v,n)érajrç. MaijS; fin. attendant Ta rentrée des çontribu.liops, Iç fruit de§ qiitfç^ perceptions et les cent millions en numérairp . le Dicject/)ire n avait pour toute ressource pjfésente .qq'up. papier.pye? que S^ans valeur et les. envois d'argent du jeqQ§ tfiçippbateur

^éïitaiîe.' ' ; ' .' ^ .

Au milieu d'une semblable misère dans L'intérieur , on comprend' sans peine la déconsidération , la faiblesse du gouvernement, la tiédeur des fonctionnaires , le relâchement de tous les ressorts, la facilité que les corrupteurs royalistes et les agcns de Télrangcr avaient pour gagner une partie des employés, égarer l'opinio^i discréditer je

PROGLAlIfyVXMW De BONAPARTE. M7

poaToif ) et présenter la^ monarchie comme jane tessource contre tant de maux. La fureur des plaisirs, qui s'était emparée d'une partie de la société à laquelle la cour de Barras semblait donner le signal et l'exemple , ajoutait encore un dangereux fermept à la haine des patriotes et h la colère du peuple, 4^^^ ^ semblait qu'on YOulût braver le malLeur. Aussi prenait-il secrètement parti pour Babeuf, que la haute cour, assemblée à Vendôme, allait enfin juger, et surtout pour les victimes du coope-gorge du camp de^GreneUe, si funeste à des hQm*<* mes qu il regardait comme des martyrs de leur attache* ment à sa cause. Nous reviendrons bientôt sur le procès de Babeuf..

De Milan, Bonaparte, qui avait vii l'élan qu'une parole de lui imprimait à $es soldats , mit à l'ordre du jour une proclamation dont voici la plus grande partie : a Sol^ dats , vous TOUS êtes précipités comme un torrent du haut de TApennin. Vous avez culbuté , dispersé tout ce qui s'opposait à votre marche. Le Piémont, délivré de la tyrannie autrichienne, s'est livré ^ ses sentiinens natunb de paix et d'amitié pour la France. Milan est à vpus, et lu pavillon républicain flotte dans tout^.JI^ Lpn^ardie. Les ducs de Parmç et de Modène.ne do.iyen;t leur ewteiice politique, qu'à votre gépérosité.,,.. Le Pjli, le^ Tésin, TAdda , n'ont pu vous arrêter un i$eul jpqt \ ce$ houley^rts vantés de l'Italie ont été insuffisans-, vous les avez franchi^ aussi rapidement que l'Apennin. Tant .de succès iM9t porté la joie dans le sein de la patrie ; vos r^çprésents^p^ ont ordonné une fête dédiée à vos victoires , célébrée dans, toutes les communes de la République* Là, vos pères ^ vos mères, vos épouses, vos sœurs, vos amantes, se réjouissent de vos succès et se vantent avec orgueil de vous appartenir !.. Oui , soldats , vous avez beaucoup fait.... Mais ne vous reste-t-il donc rien à faire?... La postérité nous reprochera-t-elle d'avoir trouvé Capoue dans la Lombar-

168 ttÉVOLUTlON FRANÇAISE.

die?.... Parlons, nous avons encore des mhrcfaes forcées i faire/ des ennemis à soumctlre, des lauriers à cueillir , des injures h venger. Que ceiix qui ont aiguisé les poignards de la guerre civile en France , qui ont lâchement assassiné nos ministres, incendié nos vaisseaux à Toulon tremblent... Theure de la vengeance a sonné. Mais que ks peuples soient sans inquiétude. Nous sommes amis de tous les peuples , et plus particulièrement des descendans des Brutus , des Scipioiis et des grands hommes que nous avons pris pour modèles. Rétablir le Capitole , y placer avec honneur les statues des héros qui le rendirent célèbre; réveiller le peuple romain engourdi par plusieurs siècles d'esclavage , tel sera le fruit de nos victoires \ elles feront époque dans la postérité : vous aurez la gloire immortelle de changer la face de la plus belle partie de TEu- . rope. Le peuple français, libre, respecté du monde entier, donnera h l'Europe une paix glorieuse , qui Findemnisera des sacrifices de toute espèce quil a faits depuis six mois. Vous rentrerez alors dans vos foyers, et vos concitoyens diront avec admiration, en vous montrant : // était de r armée (tJtaliel » . ■ ^

Effrayé de ce langage, dans lequel Bonaparte révélait toute la grandeur de son génie , le Directoire vôulat diviser l'armée d'Italie entre deux chefs. Bonaparte devait, suivant les plans de Gamot, passer le Pô avec vingt mille hommes et marcher sur Naples, tandis que Rellermann, à la tête d'une force égale, commanderait, sur la rive gauche du PO, et couvrirait le blocus de Mantoue. Bonaparte, en recevant l'avis de ce nouveau plan , conçu par Tombrageose inquiétude des directeurs, leur envoya sa démission, se refusant à un partage qui pouvait faire per« dre à la République le fruit de tant de courage et de travaux. «Un mauvais général, disait-il, vaut mieux que deux « bons. » Effectivement, le projet de division aurait été mauvais I même quand le second général en chef se serait

PROJET M DIVI^I<HI ÏÏÈ L*ARMKg 0*iTALIE. I6d

trowé an homme supérieur ] mais c'était une yéritablo dérision que d'enTôyer Bonaparte au fond de TKalie avec la moitié de Tairmée française , et de confier la garde do lakaote Italie^ et la fortune de nos armes sur ce point, à un homme tel que Ketlermann , qui n'avait rien d'un grand capitaine et manquait surtout des qualités nécessaires pour appeler à lui et retenir sous notre drapeau les peuples de la péninsule. 6n ne ' concevra jamais cette invention de Garnot. Tout était perdu si Bonaparte avait eu la faiblesse d'obéir. Il résista en parlant le langage de la raison. Le Directoire insista de nouveau, mais Bonaparte ne tint aucun compte de cette tentative faite pour le détourner du projet qu'il avait conçu. Le Directoire sentît enfin que l'ouvragtî de la conquête dé l'Italie ne pouvait être achevé que par celui qui l'avait commencé avec tant d'éclat, et auquel on devait laisser le commandement de toutes les forces françaises dans la péninsule. Il ne s'occupa plus des troupes sous les ordres de Bonaparte que pour louer leur courage et applaudir au talent du général en chef qui les guidait.

Les triomphes de Bonaparte semblaient avoir donn4 un nouvel élan à l'ame ardente et généreuse de Hoche» Pacificateur de la Vendée , ainsi que du Morbihan et de la Bretagne tout entière , le général n'avait plus qu'à distri* huer ses cent mille hommes en divers cantonnemens pour sarveiflerlepays, et faire subsister plus aisément les soldats chargés de maintenir l'ordre. Celle précaution prise , ît avait employé toutes les ressources de son esprit , et l*infloenee de son autorité morale et politique à rattacher les cœurs à la cause de Tordre. Dans ses négociations avec les rebelles, il avait tiré un grand parti de plusieurs femmes , belles , habiles et dévouées -, il sut se contilier on secours encore plus puissant , celui du clergé , qui dontaait à son bienfaiteur tous les rcnseigùemens dont il avait besoii< pour consommer son glorieux ouvragé ; }sk

179 RÊvourrKNn «tANoaisB.

coodoUe de Hopbe dans cette circonstaDoe est qd oMMlèle de sagesse, et fera toujours bénfr son nom. Mais en même temps qu'il méritait ainsi de son pays et de Thumanité, il roulait dans sa tête une de ces entreprises héroïques et périlleuses qui laissent un étemel soutenir: il suggéra au Directoire la pensée de reporter en Angleterre , par de trop justes représailles , la guerre qui avait si long-temps désolé la France. La proposition de Hoche fut acceptée avec enthousiasme par le gouvernement , qui sentait com-* bien Teiipédition projetée serait nationale i une époque où la France entière croyait qu'un duel à mort était com-* mcncé entre les deux peuples , et que nul espoir de tran^ quillité n'était permis tant qu'on n'aurait pas été attaquer Garthage dans Garthage même. Nos triomphes nous avaient d'ailleurs rendu des alliés. L'Espagne , insultée fréquemment par TAngleterre, ^iquiétée en Amérique par l'agrjindissement que prenait chaque jour la domina** tion britannique , conclut avec le Directoire , le 19 août , un traité .offensif ejL défensif. Outre des troupes qu'elle mettait à nos ordres, l'Espagne, encore puissance mari-: fj^me^^ promet^it i la Répi4)UquQ quinze v;ii^eaux'de haut-bord» quinze vaisseaux de; 74 9. six frégates etrquatjre ÇQrvett^s^. Qet aocrpissement.de forces ai^meptaîA Jh^B'* çoup^ les chances 4e succès qu'offrait l^enjLreprisç pf^fiif! par L'habile Hoche. Il voulait, d'après son plan., débarquep PU Irlande, soulever le pays opprimé depuj;» si Umg-tep^p^i! ^ allumer une Yei^dée plus terri^lie.quç; la nôtre ^laask sein 4çs trois royaumes.

Xrugoet, ministre de l^ marine aumon^t d^ la p^ch ppsitlon de Hoche , se hâta de réunir à Brest tous Us mqyensde transport. Pendant ce temps. Hoche rassemblait tout ce qu'il y avfut de meilleures troupes dans son arméfl et les rapprochait de Brest. Pittfut bientôt informé dçces préparatifs^ mais comme le Directoire avait eu soin de répandre l.e brui^ que l'expédition deyait ttre difig^?

Bocm. m

d*iri)ord sur Saiat-Domingue, cosuitc eoUtccXisboBDc^ poar V^emparer du Portugal de concert avec TEspa^aef le cabiaet de Saiût - James , quoique soupçonnant jea intentions de Hoche ^ était livré i la plus btigante in-i carlilude. Il jBfvait. d'ailleurs de très grancbs embarras : les finances de l'état ne se trouvaient pas dans un état pros^ père ; la banque éprouvait une gêne véritable \ on 9vait arrêté Temprùnt ouvert par rAutriche, de peur, de l^iis^e^ sortir dea eafÂtaux qui devenaient de jour en jour pl^gis rares. En outre ^ le premiec ministre pressentait avec terreur que Tltalie allait être interdite au commerce an-r gbis y ainsi que rE$pagne et les Pays-Bas. Il voyait de plus s'approcher l'époque de la réunion du npuveaa parlement, où le peuple ne portait que des ennemis du ministère. Enfin l'empire abandonnait par degré la coalî* tion : les prinçe$ d/e Bade et de Wiirteiouberg venaient do. traitée avec la République. Tout autre homme que l'inflexible fils de k}?4 Cbataon i^urait fléchi devant la grau-' deur dds obstoole^ | Pitt persista 4sj^s la résolution de le» braver^ : il mettait ^lors toute sa confiance dans les arméesde TAutriche, et se {(attMl 4ç T^^oir qu une défaite^ sidit, sur le Rhin , soit vers l'Italie, forcerait le Directoire à rj^-r p^r. seii troiçes isuf les ^.Ip^ 9" ^M^ euyi/*9qs dç la Bifeij|$j$>,piit Ae^co^naissaitni Moreau » ni.Hoche , ni Bop^ri, parie i ni p^.soldat^ frai^çai$ avec Jjesquels il y a toujours, une moisson do. trioippbes. assurée tQuti^3,Les fois q^'oi^, sait le|ir p?^^er la^lfingif^Q de^eur génie ^.^^ouver^prlj^iifirt aodj|Çi» eir Tes^citan^;}

Joupdan. qui i^e ^yait pas encore l^^passagp du Bhi> par Moreau,. résolut de le franchir^ coAformément à 1% volonté d|i gouvernement. Le 2 juillet, presque toute son, armée avait passé le fleuve , Neuwied était de nouveau ea notre pouvoir^ et l'ennemi fuyait en déroute. GoUaudy Ghampipnnet , Lefebvre, se montrèrent braves, résolue c( pleina de cette activité iiitelligente, l'ua def premierp

17!) RÉVOtUTION FRANÇAISB,

caractères des ohefe de nos années répablicainéë. Bientfti» malgré la résistance de Werneck, de Kray el da généralissime Wartensleben, la Lahn fat franchie. Uneombat» livré dans la plaine de Botzbach, mit au jonr la sapériorité do nos soldats et Tinconcevable intrépidité de Tadjudant* général Ney.

Wartensleben rétrogradait toojoura pour éviter une action générale. Cependant le combat de Friedbérg y dans lequel notre aile gauche, engagée seulement, écrasa Ten*nemi, eut tous les résultats d'une grande bataille. L'armée autrichienne fut forcée de se replier jusque dans les environs de Francfort \ puis, profitafit d'une inaction forcée de nos soldats, elle traversa le Mein à Francfort , à Gostheim , à Russelheim , à Offenbach. Jourdan, au contraire, pressé d'ag{r, résolut d'attaquer Francfort, où Wartensleben avait laissé deux mille quatre cents hommes.

Le 19 juillet , Fartillerie commença son feu, et fit taire les batteries ennemies. Le général français'somma les magistrâts d ouvrir les portes de la ville» qui, sanft une prompte obéissance à cet ordre, allait être réduite en eendres. Le 16, Francfort a'étiût retidu par capitula* tion. , ; . . '.,

Pendwt que la vigueur de Jourdan faisait une dîver* lion si utile pour l'armée du Rhin, Moineau lassait lé prince Charles se retirer d'abord à Pforzhéim; ensuite derrière le Neckfer , et îpréparer tranqûitlément î'^xécutioh d'un plan qui devait être Si fatal aux Français. Férino, chargé du commandement de l'aile^ droite de râi^iÉéè de Rhin et Moselle ,^«t trop fidèle aux exemples de la funeste lenteur de Moreau, ne se hâtait pas d'opérer le mouvez ment qu'on lui avait ordonné pour gagner la droite dû Danube et traverser les montagnes dé la Forêt-Noire. Ce* pendant, après la batafille d'Ettlingen, ce général rcpritde Ténergie. Admirablement secondé par les Laborde ^batucci^ les Vandamme^ il emporta de vive force la

iNSun&EcnoN de pavib. 178

yallée de Eintzig, s'empara des villes forestières et chassa Fennemi du Brisgaw et du Margraviat.

Le 18 juillet y le centre de notre armée se rendit maître de Stuttgard*, mais^ pour se donner le temps défaire ses dispositions sur Tautre côté du Necker, le prince Charles avait laissé sur la rive gauche de cette nvière un corps nombreux occupant une position formidable sur les hauteurs de Felsbach et de Ganstadt. Douze bataillons et vingt* six escadrons défendaient les approches d'Esslingen.

Morcan sentit qu'il fallait vaincre ce corps, et qui! était impossible de le faire en Tattaquant de front; en conséquence, il eut recours h d'habiles manœuvres, et parvint à balayer la gauche du Mecker. L'archiduc, abandonné successivement par les contingens de l'Empire , quitta les bords de la rivière» où il n'était plus en sûreté. Jusque-là tout est succès pour Jourdan et Moreau. Ne nous h&tons pas d'attrister nos lecteurs par le tableau des revers qui vont arriver; retournons en Italie, où la, fortune prend plaisir à marcher de compagnie avec l'un de ces hommes extraordinaires qu'elle aime à suivre dans leur rapide ascension vers la glaire et la puissance.

Bonaf»arte , pendant le repos qu'il avait été forcé d'ac« corder i ses soldats et à l'ennemi , s'était occupé i bien connaître les intérêts divers des petits états de ritalie« Le S8 mai , il lev4)i les cantonnemens de l'armée française. Le général Dcspinois fut laissé à Milan en qualité de gouverneur* Une brigade investit la citadelle. Les divisions d'infanterie et de cavalerie formèr^t de petits dépOts de; convalescens et d'hommes fatigués qui tinrent garnisoB^ dans les points les plus importans. Le dépôt de la division Augereau» fort de 300 hommes, demeura dans la citadelia de Pavie , pour garder cette ville et lopont du Tésin. Le quartier-général se trouvait, le 24, à Lodi; c'est là que Bonaparte apprit Finsurriection de Pavie, et U légère conii* motion qui s^^t waniTestée àJttU»* ÂxmWp pénéûré de

|74 RevoLtmôiv pRAivçiasÊ.

nminînence du péril qui pouyait s'agrarer & chaque heure^ il accourut avec trois cents chevauic , six pièces d'artillerie et un bataillon de grenadiers à Milan , où tout yenait de rentrer dans le calme. Impatient de tout retard^ il continua sa route sur Payie , ayant soin de se faire précéder par le respectable archeyêque de Milan. Les insurgés de Payie^ quideyaientfaire leur jonction aycc la garnison du château de Milan, ayaient poussé une ayant-garde de huit cents hommes & Binasco. Lannes les attaqua, brûla la yille après Tayoîr pillée. On ayait|espéré terrifier Payie par cet exemple -, il n'en fut rien.

Le S6, les Français qiûttèrent les cendres de Binasco, et arrivèrent à quatre heures deyant les portes de Payie. Bonaparte n'ayaît que quinze cents hommes; comment oser assaillir, avec si peu de monde , une yille de trente milfe âmes entoui^ée de murs, en pleine réyolte, défendue encore par huit à dix mille paysans armés, qui s'étaient tendus maîtres de la citadelle à la suite d'une capitula-^ tion? Le tocsin sonnait dans tous les yillages enyiron" lians; Bonaparte sentit qu'un pas en arrière augmenterait la yiolence de Tinsurrection , et qu'il ne pouyait sortir de ce grand danger que par un coup d'audace. A Tinstant même six pièces d artillerie (brent mises en position, et ne tardèrent pas à forcer les insurgés à abandonner les remparts ; mais elles ne purent abattre les portes de la yille , que la hache de nos intrépides sapeurs panrint enfin i renverser.' Cette issue ouverte j notre feible troupe s'élança au pas de charge , déboucha sur fà place , tandis que là cavalerie continuant sa course, se potta au pont S tir 1^ Tésin. Les insurgés, doublement effrayés parla bru^^tre attaque de finfenterie, et par l'arrivée de là cavalerie qui pouvait leur couper toute retraité, gagnèÉ'cnt là campagne eA ils dirent Cabrés sans miséricorde. Alors les magistrats et' le clergé dePavievInreiit demander grftce. La réponse in général itit mmaçante. Surces entrefaites ^ tes prisort'^

IlVSVBBBCTiOli M PAVm. Hé

mets fdils à la citadelie parareat tout & CMp ; îli ayaienl bientôt reconquis leur liberté à la farénr de la diversio» opérée par leurs camarades, it Lâcbesf , leur dit Bonaparte, je Toasayais confié nn poste essentiel an saint de Tarmée, YousFavez abandonné à de misérables paysans sans opposer la moindre résistance ! » Aussitôt H fit arrêter ie ca^ pitaipe qui avait signé là capitolati^ , et le lÎTra k un conseil de guerre : ce malheoreûx officier paya de èon san^ Éà coupable faiblesse.

Cependant des feux étaient allumés dans les eartefburi de Payie, comme si le général eût résolu dlnccnclier cette importante €ité. Leé soldats fréinlssdnsréctamaient lé pillage. Bonaparte l'accorda pendant trois heures , afin dé jeter l'^uvante dans les populations qui seraient tentéeà de se révolter. Les maisons de Spallaùzati et de YoUa furent préservées par la généreuse admiration dé nosoffi^ ciers, qui gardèrent eux-mêmes ces demeures qu'illustrait la présence de deux hommes célèbres dans la science: A la suite de cette vengeanee, nécessaire peut-être , maid qui tient pourtant à un reste de barbarie dont Fh^imanité s'indigne, des colonnes mobiles envoyées dan^lèscara^ pagnes opérèrent un désarmement général, et prirent des Otages dans knites les principales famittea de la Lom^ bardie.

Après avoir assuré ainsi la'sécurité de ses s6lâat^ et là liberté de ses opérations ultérieures ^ Bonaparte; retenant sur ses pas, rejoignit son armée q^i atait t^ôfitimié dé marcher sûr 1 O^lio. M entra avéd elle à Brèscia ; Punè des plus graûdês vlltes de là terre ferme vénitiéiiiiei : il y fit afficher une proclaitiationdans laquelle 11 disait qiié nous combattions pour affranchir rttalie^ et que les peupicii devaient demeurer sans inquiétude. Hé dSiiat d6 Venise envoya au conquérant des prové^teuts pouf prt^ tester de la neutralité de la république. Bonaparte de^ manda: Mssit&i qi|*0B loi fournit 4« sùbsiàtandea qâ^il

176 Rivoftunoai nANÇAiSE*

paierait plus tard. De son c&té , BeanHen^ sans avoir éffard aux prptestalioDS des Vénitiens^ força les portes de la forteresse de Peschiera. Résolu à défendre les bords du Mincio pour empêcbet rinveslissement de llantôae, il appuya sa droite à Petohiéra \ ioû eentre fut placé à Yalleggio et Borghetto; Sei>aUeDdorf occupa Pozzolo/GoUi , Goïto ^ Mêlas , av^ une belle réserre dé quinze millo bommes, campait à Yilla-Franca.

Le 80 9 rarmée française s'étendait de Dezenzano à Gastiglione ^ son centre était à Montechiaro. . Le 50^ à la pointe du jour^ ayant, après des démonstra* li(ms habiles, attiré la réserve de son adversaire du côté de Peschiera, où il semblait vouloir franchir le Mincio , Bonaparte fit déboucher ses soldats sur Borghetto. Aux approches de ce village , notre avant-garde trouva trois à guatre mille chevaux napolitains et autrichiens , et quatre mille fantassins qui avaient crénelé toutes les maisons et élevé des retranchemens sur les hauteurs de Yalleggio. Morat s'élança sur Tennemi avec quelques régimens, qui , dans une charge brillante et vigoureuse , lui prirent deux é.tendards, neuf pièces de canon, deux mille chevaux, et en outre le général commandant de la cavalerie napolitaine. Non moins heureux , le colonel Gardanne enleva Borghetto au pas de charge ^ lennemi se retira en brûlant le pont qu'il fut impossible de penser à rétablir sous le feu des hauteurs de Yalleggio. Gardanne se précipita dans Teau, ses soldats le suivirent*, Tennemicru voir la terrible çplonne de Lodi et battit en retraite; à dix heures, Yalleggio était à nous. Bientftt le pont rétabli, les troupes françaises pur^t franchir le Mincio. A leur tête , le général Serrurier se mit à la poursuite des Autrichiens, qui, abandonnant Yalleggio, se repliaient sur Yilla*Franca. Bonaparte suivit U division Serrurier tant que les AUeinands forent en. vue; dès qu'on ne les aperçut plus , il .lovini & YaUpggiO; oji était indiqué le quartier^général. Li

PRISE DE VKHONE. l^f

diyision Masséna^ qai devait le garder , s'était arrêtée sur la droite du Mincio pour se reposer un peu et faire la soupe. Sebatlendorf; ayant entendu la canonnade de Valleggio, avait marché au feu en remontant la rive gauche duHincio. Ses coureurs arrivèrent jusqu'au logis de Bonaparte sans rencontrer un seul poste. Le piquet d'escorte n'eat que le temps de fermer la porte cochèré en criant : aux faisceaux ! Bonaparte s'élança sur un cheval et sortit parles jardins de derrière. Les soldats de Masséna coururent aux armes 9 la générale retentit^ la division tout entière renversa les marmites , et chassa vivement Sebattendorf, qui perdit beaucoup de monde. Ce fut à la suite de cette échauffourée que Bonaparte comprit la nécessité de se créer une garde d'hommes d'élite, chargés de veiller à la sûreté de sa personne. Les guides furent institués , et mis sous le commandement du chef d'escadron Bessières y officier brave, calme dans le péril, trop prévoyant peut-être^ mais rempli d'affection pour le général en chef.

Pour couvrir le siège de Mantoue, il fallait encore marcher en avant et occuper la ligne de l'Adige , ainsi que les ponts de Vérone et de Legnago. Dès l'instant où Venise put entrevoir que Bonaparte pensait à s'emparer de Vérone , elle eavoya le provéditeur Forcarelii au quar* tier-général.

L'ambassadeur était mal choisi : Bonaparte, doublement mécontent , laissa éclater sa colère contre le gouvernement vénitien qui, ayant juré de garder la neutralité, n'avait pas su arrêter Beaulieu qui voulait s'emparer de Peschiera -, il ajouta que c'était en vain que l'on voudrait empêcher larmée française d'entrer dans Vérone, pour punir cette ville qui avait donné asile au prétendant à la couronne de France. Le provéditeur eut recours eux prières-, Bonaparte, feignant de s'adoucir un peu, déclara que Ton était venu trop tard, et qu'à l'heure présente Masséna avait déjà fait son entrée dans Vérone. Forcarelii VI. la

178 RivOLCTIOll FRANÇAISE.

chercha encore à émouvoir le général, qui répondit qu'il ne pouvait retarder la marche de sou lieutenant que de vingt-quatre heures, et que, passé ce délai, il lui ordonnerait de pénétrer, h quelque prix que ce fût, dans Vérone. L'envoyé de Venise , consterné, écrivit aux magistrats de cette ville que tonte résistance était inutile, qu'il fallait ouvrir les portes.

Le 5 juin, Masséna entra dans Vérone. Bientôt Porto- Legnago fut mis en état de défense ^ et Tarmée d'observation, sa gauche à Montebaldo , sa droite au bas Adige, couvrit le siège de Mantoue. Deux sénateurs vénitiens se rendirent à Vérone auprès de Bonaparte. Le gouvernement avait fait choix de deux partisans de la France \ aussi le général les reçut-il avec cette grâce pleine de dignité qui le servait si bien quand il voulait imposer et séduire. U demanda que la république de Saint-Marc reçut les troupes qu'il appelait déjà les siennes , les deux sénateurs consentirent à cette condition sévère -, ce fut alors que le vainqueur entretint les envoyés dun traité d'alliance qu'il leur fit envisager comme capable de rendre à la ville, hors de terre ferme, toute l'ancienne splendeur dont elle avait joui dans les temps de sa prospérité, a Nous voulons, disait-il, refouler la puissance autrichienne dans ses justes limites, et laisser à chaque peuple la liberté et ses richesses. Que ne pourrait pas devenir l'Italie , affranchie du joug de Tétranger par la France! Que Venise, ajoutait-il, arme cinquante mille hommes pour défendre sa neutralité coutre les armées de Beaulieu , au moment même je lui rends Vérone et Porto-Legnago ! » Les envoyés de la république se retirèrent, frappés d'étonnement et charmés de leur conférence avec Bonaparte, ne sachant ce qu'ils devaient le plus admirer, ou du caractère, ou de ladresse , ou de la raison éloquente, ou des grandes vues d'un homme de vingtsept ans, qui ne semblait avoir de la jeunesse que l'audace et l'impétuosité qu'elle met aux ordres du génie pour don*

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ner la rapidité de la foudre à ses conceptions. Cet homme, écrivirent- ils au sénat , le S juin 1796 , aiira un Jour une grande influence sur sa patrie. Boniqparte occupait enfin cette ligne de l'Adige tant désirée par Ini y à présent il deyait commencer le siège de Mantoue^ et le presser si yiyementyqae la forteresse fât réduite ayant Tar* liTée d'une nouvelle armée que rAutriche n'allait pas manquer d'envoyer en Italie , pour essayer de ckerdier à la reconquérir.

IfantouCy assise au milieu d'un lac iorméparle Hincio, etne communiquant avec la terre ferme que par cinq chaus*» sées, passait pour le boulevart de l'Italie. Le 15 prairial ^ Bonaparte fit attaquer les têtes des chaussées pour rejeter les Autrichiens dans la place. L'attaque ayant réussi y Ser* rorier se hâta de se fortifier dans les positions qu'il occupait, et qui lui permettaient de tenir les ennemis enfer* mes, de manière à ne leur laisser aucuti moyen de se répandre au-dehors. Dès ce moment , lltalie fut tout entière conquise -, il ne s'agissait plus que de s'y maintenir : mais cette seconde tâche ne paraissait pas moins difficile (jue la première. En effet , que dlntérêts à concilier^ de passions ft ménager, que d'obstacles à vaincre! Naples ennemie , Ron^e disposée à seconder les vues ambitieuses de l'Autriche , et à se servir du prétexte de la religion pour exciter les populations contre nous \ Parme , Modène et Florence, qui saisiraient avec joie une occasion de rompre une paix imposée par la terreur ; Venise, au fond, presque aussi hostile que l'Autriche elle-même ^ le Pié* mont, qu'un revers de nos armées jetterait dans les rangs de cette même Autriche \ Grênes, que l'exemple et l'autorité du Piémont ne tarderaient pas à entraîner : par-dessus tout cela, un peuple mobile et passionné dont une partie pou* Taitêtre remuée par le fanatisme, et armée du poignard pour de nouvelles Vêpres Siciliennes*, en face , les légions sans cesse renaissantes de Tempereur François \ sur l'un de nos;

flancs, rinsnrrection menaçante da Tyrol *, derrière nons, les Alpes qai y couronnées de nationaux et d'étrangers, nous fermeraient le chemin de la patrie y si nous éprouvions un de ces revers que Charles YIII, Louis XII, et François I«r nous montraient comme des fatalités de la France ! Yoilà ce qui occupait profondément la pensée de Bonaparte.

Le général ne pouvait quitter la ligne de l'Adige , si heureusement obtenue ^ d'un autre côté ^ il ne devait pas laisser former sur ses derrières des insurrections qui compromettraient son armée. Les dispositions de Tesprit public en Lombardie et dans les états vénitiens le rassuraient sans doute , mais Naples et Rome dissimulaient à peine leur haine; Taristocratie génoise soldait des bandes de partisans qui parcouraient TApennin y pillaient les convois et massacraient les petits détachemens qui venaient de la France pour rejoindre l'armée d'Italie. Les Anglais étaient maîtres du port de Livoume y et promettaient de soutenir la ligue des petits états d'Italie contre ce qu'on appelait la tyrannie française.

Dans ce temps , quelques renforts étant parvenus an général y il détacha une de ses divisions vers le fond de la péninsule italique, afin d'en finir avec toutes les espérances des partisans des cours de Vienne et de Saint- Janies : ses ordres donnés , il courut à Milan pour faire ouvrir la tranchée autour du château, et prescrivit à Augereau et à Yaubois de se diriger, l'un sur Bologne , l'autre sur Modène. Bonaparte se préparait à agir, lorsque le prince napolitain Belmonte Pignatelli se présenta au quartier-général pour négocier la paix. Le général, ne pouvant traiter définitivement, accorda seulement un armistice, à condition que les ports napolitains seraient ouverts au pavillon français , que la flotte de Caroline cesserait de faire cause commune avec celles d'Angleterre, et que les deux mille quatre cents chevaux napolitains, qui se trouvaient dans

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