‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 65 sur 93 · NOMINATION DES TROIS CONSULS. « 4SI · texte numérisé non relu

NOMINATION DES TROIS CONSULS. « 4SI

clamations dos généraux. Brune, ancien Jacobin;, mécontent sans doute an fond du cœnr^ Moreau^ engagé phis qu'il ne YÔuIait par- sa participation an 18 brumaire , et déjà secrètement jaloux du rôle qu'il n'avait pas osé prendre, annoncèrent pompeusement la nouvelle organisation poiitiqae« A la Boiivèlle du 18 bi'nmaire, Masséna qui était en: Suisse, avait laissé éclater, au milieu d'un rïepas,' un-mouvement d'extrême colère; mais un des convives» effrayé de cette imprudence, lui dit tout haut : n Mais, général, faites attention que c'est Bonaparte qui se trouve àla tête des affaires. — ' Afa! Bonaparte! c'est différent, reprit Masséna , frappé de Timpèrtance de l'avis ; citoyens, à la santé du premier consul. » La proclamation la pins apologétique suivit cette scène que le premier consul feignit d'ignorer.

On n'attendit pas les suffrages du peuple : on mit l'acte constitutionnel à eiécutiod, comme d'il eiït été adopté par le pays-, il nommait Bonaparte premier consul, Gambacérès second consul , et Lebrun troisième consul. Bonaparte offrit à Sieyès , désolé d'avoir vu échouer encore une fois ses prétentions de législateur suprême, la seconde place au consulat \ Sieyès refusa. Nommé au Sénat conservateur, il organisa ce corps, dont il fut le premier président-, il reçut bientôt la terre de GrOsne comme une récompense que l'opinion régarda comme un salaire peu honorable. Plus fier et plus sage, Sieyès serait rentré dans la vie privée. Gambacérès, homme timide , sdtiple et insinuant , royaliste au fond, révolutionnaire par peur et par conviction, jurisconsulte d'une grande instruction, avait joué un rôle sévère dans la Convention , mais il était partisan du pouvoir^ il avait des lumières et un caractère facile à manier, il devait plaire à Bonaparte , qui l'avait goûté et jugé. Lebrun, élève diu^hancelier Meaupouc, dont il avait été le confident et Tinterprète, constamment opposé à la révolution, dont il délestait les défenseurs, cher aux par-

4tt8 • RÉVOLUTION FKANÇAISE.

Usant des Boorbons, avec lesquels il n*a pas cessé d^enlretenir • des rapports, caractère opinittre^ esprit éclairé^ écrivain plein d'élégance et de gofit» fat choisi comme propre à rallier le parti royaliste ao gouvernement. Bonaparte qui) peut-être^ n'avait pas beaucoup de penchant pour cet honraie silencieux et concentré, savait bien qu'on n'en avait à craindre aucune contradiction, et qu^il serait docile par calcul, comme Cambacérès Tétait par nature.

Le Directoire avait occupé le Luxemboui^ ; Bonaparte préféra les Tuileries. Le 30 pluviôse, jour de la translation, je vis le premier consul, seul dans un carrosse à six chevaux : sa maigreur était extrême ^ il avait h la fois le teint jaune que donnent les maladies du foie, et ce ton cuivré qu'on rapporte d'Orient; il portait un habit écarlate, dont la brillante couleur jetait sur sa figure un reflet étrange : on l'aurait dit menacé d'une fin prochaine. Caché an fond de sa voiture, il ne s'avançait pas pour regarder, Au reste, il n'aurait vu que la solitude sur sa route. Nulle curiosité publique. A peine, quand il parut à la descente du Pont- Royal, quelques perscmnes s'arrêtèrent pour jeter un coap d'œil. Aucune trace de cet enthousiasme dont les historiens nou^ entretiennent. La masse n'en était encore qu a rindifférence pour ie nouveau gouvernement. Les consuls s'installèrent le 50 pluviôse aux Tuileries, Bonaparte seul y établit sa demeure. A peine eut-il pris possession du palais des rois, dont il semblait essayer la couronne, qu'il monta k cheval et passa les troupes en revue. Ensuite; chacun des ministres lui présenta les fonctionnaires de son département. Le 2 ventôse, il reçut , au milieu d un cortège qui n'était pas encore une cour , les ambassadeurs d'Espagne et de Rome^ les ministres de Prusse et de Danemarck , de Suède , de Bad et de Hesse-Cassel , les envoyés des jeunes républiques formées par lui, et qui aHaient bientôt entrer dans son nouveau système, absolument opposé à ce qu'il avait fait au temps où il ne paraissait occupé

RELEVÉ DES VOTES SUR LA CIONSTITUTION. 4tt3

que de combattre poor la cause des libertés publiques, et de fonder des gouvernemeDs républicains.

Tout prenait un aspect nouveau sous la cpndnite de Bonaparte, qui tendait, par tous les moyens possibles^ à rétablir Tordre, en s'éloignant des choses et des hommes de la révolution. Il crut néanmoins dissimuler cette tendance en faisant quelques choix parmi les Jacobins , et se priva debeaucoQpde force en éloignant presque tout ce parti, qui avait du courage, de Taudace, du dévouement, et auquel on devait toutes les grandes choses qui avaient été fitites avec Tappui du peuple. On pouvait , on devait employer ces hommes sans prendre leur enseigne, et alors rien n'eût été plus sensé que les projets de fusion annoncés par ces paroles de Bonaparte : c< Gouveroer par un parti, c'est se mettre sous sa dépendance. On ne m'y prendra pas; je suis national. Je me sers de tous ceux qui ont de la capacité et la volonté de marcher avec moi. Yoili pourquoi j'ai composé mon conseil d'état de constituans, qu'on appelait modérés ou feuillans, comme Defermon, Rœderer , Régnier, Regnaud ; de royalistes, comme Devaines et Dufresne-, de jacobins, comme Brune, Real et Berlier : j'aime les honnêtes gens de toutes les couleurs. »

Les changemens opérés dans les ministères ne furent pas considérables*, seulement, Lucien Bonaparte, qui venait de rendre à son frère un si grand service, remplaça Laplace , grand et beau génie , mais impropre à conduire un ministère \ Abrial prit à celui de la justice la place que Gambacérès laissait vacante. La révolution a peu vu d'hommes plus' candides qu'Abrial et Berlier. Après ces divers actes , on publia le relevé général des votes sur la constitution, comparés avec les votes émis sur les précé-

De 1705.

Acceptans i,80l,9l8.

Refusans 11,600.

454 RlivOLUTION FRAflÇAiSE.

. Db L A»| 111.

Acceptaos. i,0S7,590.

Rcfusaos 40,977.

Db L Ai« vni.

Acceptaos. ....... . 5,011,007.

Rcfosaiis. . 1,562.

. Il faut bien ajouter qu auciioe ÎDtrigue ne fut employée pour obtenir ce résultat, dont Bonaparte se montra toujours si fier avec raison. En effet, racccp(a( ion était pour lui une véritable adoption nationale;

COikPITRË UOLl.

Oàverilinp ât 1» iession iégistttif e. -^Breàiière oppoiM^o dU'IVîbiOAtt

— PubUcaûoD do* réMilUta d»B vot«f sur la constitution* — ^in«ficfi^.-

— Approbation donnée par le puUic aux mesures sévères, du gou- ▼ernemênt. — Vendée . — 'Hédouvîlle, Brune, généraux en clief, — Les chonans. — Frotté , ftisillé. — George» pose le» armes, — Deuil de Wasingthonpor^ enFraaoe; son 'éloge prononoé ans Invalîdet

. par Fontanes. ^— Reconciliation avec l'Amérique. — » Sage conduite envers les neutres, — Honneurs rendus aux généraux Joubert et Bu-

• puis. — Proclamation, aux armées. — • Armée d'Italie dans un état affreux de dénuement, — Gènes menacée. •*- Masséna, général en c3ie/« ^— Enquête sur lea causes de nos désaçtres en Italie. — Moireau commande, les armées do Bbin et d^Helvétie.

La session législative s'ouvrit le il nivôse (51 janvier): Dès le premier jour, le Tribunal résista. Daveyrier qui, depuis 1789, n'avait pas cessé de servir la grande cause, osa même parler d*une idole de quinze jours comme plus facile à renverser qu'une idole de quinze siècles : éclair de courage et de vertu républicaine dont le peuple ne sentait plus le prix. Du reste^ pendant toute cette session, le gouvernement conserva dans toutes les questions vitales' la majorité mêtne au sein du Tribunat. Benjamin- Constant soutint à la tribune sa réputation de talent qu'il s'était faite par ses écrits-, et, sans passer pour éloquent^ il se montra comme un adversaire habile et dangereux. Avec Daùnou, Garnot, Duveyrîer,'Chénier, Andrîeux, il devint Tespérance des patriotes, remplis <Ju pressentiment d'une domination qui pouvait se changer en tyrannie, car ils €omprenaient'qué rien n'était désormais impossible à la volonté du premier consul.' Bonaparte ne parut point indif-

4S6 RÉVOtUTION FRANÇAISE.

fëreat à ces premières attaqaes, auxquelles il réponde pur des articles du Moniteur^ écrits sous la dictée du pouvoir, et empreiats d*uue sorte de mépris pour les débals de la tribune. Non conteat de ces représailles, il ne manquait aucune occasion de se plaindre aux membres du Tribunal qui allaient lui itndie visite. « À peine le gouvememeat est établii leur dismt-il, et déjà vous voules lereovener : voua avet dune onUié Tétnt tibmai dont noua novlonsd Le gouvernement repose sur in pointe d'une aiguîile; nje vous laissais aller, joxuf lui aariei bientftt ^it perdre rééquilibre, a. Andrieuix comiiAtiait îei reproches, a Vppîpi^a de Bonaparte consul, et ' voulut lui prouver lu nécessité d*9iie opposition parées mots aussi judicieux que spirituels : 9. Citoyen pceniMT coimpU m m «'appmt; vn^m cç v^i résiste. »

Une foi sur l'organisation judiciaire fat votée i peu près telle que la voulait te pouvoir, qui avait amendé lui-même ses premières propositions, rejeties par le Corps législatif. Ififli; Ifi tâç^ la ^U3 ^ci|^ que Bpçi^rte ^ût i rempUr, é^t le r^t4l!^Bsem6Ut desj fini^çea, que l'on avait 9^ sçf|Vffi^^ et si |i9ii|ti}ement cherché &^ régler depuis les premiers jours dq la révolution. LeSO brnn)aire, le trésor public ne contenait q^e 167,000 fr., reste d'une avance de 30^,009 qui lui «▼aiil| é^ffit^ I9 1^. Çne foMle d'ordonufiiijçeif délivrées étaies^t du^s^ aux par^^, pçf nantes. Hais Pfr le 9fin\ {^i de If^ r^yolutioii noj^telle^ le tiers cpiisolidé, tffjfà^ iyi-4e99ou& d^ 12 fr., monta sur-le-champ à 18. GoififonQ^fiiej^t wx nais jprineipes de réco^Q»miç politique, 1^ coijPimiMpçs Ijégisls^tives sujpprûpèreiit HmoM forcé, ei^ le rempl^içfiiit par an|e subvei^tion extraordinaire : c'étajit Sfibçtit^eur la ri||p;le l^rarbitrairç^ i^ie perception k ^^e spoliation. Des banquiers firent^ ui)e avance de douze ipill^^us sur cette subvention. Les commissaires de U tréf^oi!^^, '9??li? dés9rmais iputile dans v^^ gouvernement tçpfic à un homme atteu|if et sévère^ qui, ayant le

MBëUEES FINANCIERES. 4i(7

dUftQr4r<e en h^tre^f, ne permettait jania^ à des généraux on 9 Âee inmtre» 4Wtre-pMf»er leur crédit, et de détoofoef tes fonds de lenr destination » forent nupprinié^. Dca laif c<npibi|iées avec mem» exéçatéen fiyec v|g^mar« eontiaigw^pt le^ ^bitenrs 4« gouYeniement,^ i quelque titre qw pe. fiH» 4$ s^ libérer enyen loi par des çédnlea pqfeUe^ à époques &fj^, ou par.de^ resciipUon; a4wî«ff eenime iipoiérairA en pairaient des demainepi natiqqi^, Qn pnt «|Msi 4^ mesnresi én^qpes w-i-^yis des çompta- ^mm d^t. Çnf 4fs pliff uppor^ntes op^ratipip^ de V^PQqpe ramena ^iqtep les, recettes ^a trésor pobUç. E;n m^e (f^nips. It^ i(ei(te d^ marais salans, que Tétat possér 4f|it 4flW. l'pc^0 et fiir l^s b^rda 4q la ]V[é4iterniiiée^ fut ^uto^e^ et une ps^tie. du prjx pajjie ei| obli^aUomi. A çeji. fnef«refl|se joigniit ja. çréati|C>^ d*uiie directjipn générale» ^il^g^e, 4? cqnfii^ctioiipejr ^9. rOles de TimpOt, Qrftce i| ^^ ?rg^ i^fti^ptiio? > V^tAt obtint, dans le çoors de Tipi \m, ti^t^-Tfj^nq mille r&Iea en içel^f^. Le pjsiement 4ff . eoiitri]|i|Dti(p|is dût êtrç. opéré par doa;0^inf. ^t d'à- Tance. Çfie, loj étendit Ip; s^rst^pe de caationnen^ens aux MÇÇ^ptepT? tiJf^^^^ ifpuyellenient réta^ii, apx notaire^i ^ ^Qx efi|p|o];éa des ^iy^^W^ admipjst^^tiOD^ finai^cièreii. P^R9^teîV<?9 à'nfffi pariiç de (a fortune po]i»)ii(|ue, ils de- ^Wrt 4en gaçifH^çs, il Tétç^^. L'e^écut|oq sUxjM^ltanée de ^M^ PJW^^ptiqpi générjile,. qui ipit ^ la^ dispp^ition de l'é^fit^ ij^ ^ja^es consid^aj^^lcs, 4®yint une des sources 4fi Tor^e ^(jl^ir^ljle qu^ Bonaparte, parvipt enfin ^iiitro- 4flire di^v?|S|f^n, SJs.^n^jÇ 4^ fi^oaiççes, soi^ cpmme consul , «PH ÇWnpiÇ ^W»^^^^'^- -^^ ^^V^ cppqoç>^ des banquier» réuni^ étabUi;e]^j^ la ba/nque 4^ France. $on fond capitstl é^t djB ti:ente ipillioi^ts ep ipoppaiç méta^ljljii^ue, divisé enj tr^QjtP i^lle action^. Çe$i opérations devaient se bpracr à ^conipteiT} k recouvrer les effets l| recevoir en comple^ (puisant topt djèjfPi e^ toute copsignatiouj i ouvrijr upe caisse de pls^eogien^ et d'épargnes ^ et à émettre des bjl-

458 nGVOLiîTio.>r fka!>çai$e.

leU au porteur et à rue €*élaH aue entreprise qui prouvait le retour de la conGance, et prédisait celui du crédit. Le 6 ventôse , les censeurs et le régent de la Banique se présentèrent devant le premier consul, pour lui soifmeltre lès statuts de la Banque. Bonaparte leur promit que le gouvernement favoriserait de tout son pouvoir 'cet établissement, non pour faire un usage pai^ticuUer du crédit qitll pourrait en obtenir, mais pour atteindre de grands résultats d'utilité générale. Plus éclairé sur la matière , il aurait pu , dès l'origine , rendre la Banque plus profitable an commerce et à l'industrie. Il fit encore plusieurs antres choses sages, entre lesquelles il faut compter le prélèvement sur la recette des cautionnemens de cinq noiliions qui furent donnés en échange de cinq millions d'actions* de la Banque ; le versement à cette même Banque des réserves déposées à la caisse de la loterie nationale pour la garantie des lots, le traité qui chargea la Banque du recouvrement des sommes à verser par les receveurs de cette môme loterie, et de payer les rentiers et les pensionnaires de l'état en numéraire. Mais le crédit avait reçu' dé si profondes atteintes , la libre disposition des ressources était si peu censurée y que pendant un certain temps , le gouverneinent eut la plus grande peine à suffire aux dépensés les plus indispensables. Enfin , l'établissement de la comptabilité par exercice, la résolution de séparer les services antérieurs de celui de l'an IX , où l'on allait entrer^ de n'admettre dans les recettes , comme dans les paiemèns , que le numéraire effectif, la prorogation des contributions de l'an yin pour l'an IX, et beaucoup d'autres mesures adoptées après de mures délibérations, produisirent par degrés une amélioration sensible dans les finances , et relevèrent à la fois toutes les valeurs du gouvernement comme toutes celles du commerce' qu'une caisse spéciale va secourir,'en escomptant les effets à sept huitièmes par mois. C'est h celte époque que se rapportent les prc-

MBSVRBS FINANClèllES. 4150

micres séTcrilés de Bonaparte contre les fournisseurs dont la fortune était un scandale. Elles commencèrent par ce fameux Ouyrard , qu'aucun gouvernement n*a pu forcer à restitution, malgré les poursuites les plus sévères. Le public prenait hautement parti contre le prévenu ^ mais comme il avait beaucoup de complices , comme ses pareils formaient une ligue puissante par Tinfluence de Tor , il trouva d'abord des défenseurs qui alléguaient l'arbitraire de la fortne dans les recherches du gouvernement , et s'dibrçaient de dissimuler ainsi Teffroi que leur causerait UB examen trop approfondi des traités passés avec eux , et de la manière dont ils avaient profité de la gêne du trésor pour s'assurer des profits aussi monstrueux qu'illégitimes. L'opinion soutenait Bonaparte contre les sangsues publiques, et approuvait avec raison le nouveau gouvernement. En effet, on n'avait jamais vu de pareils exemples depuis le grand comité de salut public; une telle application aux affaires, tant de vigilance et d activité , une imt>ulsion si forte imprimée à l'administration. Tout marchait rapidement au but , et par la seule influence d'une volonté puissante , sans être tyrannique. Toutes ses vues d'ordre et ses pensées d'améliorations , tous ses travaux si utiles pour la France , n'empêchaient pas lé magistrat suprême de la république de veiller sur la conduite des ennemis du dehors , et de ceux du dedans. La Vendée avait attiré ses premiers regards. Le 8 ni- Tose, iladressa une proclamation aux provinces insurgées : « Les artisans de troubles sont des traîtres vendus à l'Angleterre , et des instrumens de ses fureurs , ou des brigands qui ne cherchent dans les discordes civiles que l'aliment et limpunité de leurs forfaits. A de tels hommes le gouvernement ne doit ni ménagement ni déclaration de ses principes. — Le gouvernement pardonnera; il fera gtftce.au repentir; l'indulgence sera entière et absolue ; n^ais il frappera quiconque , après cette déclaration ( la

400 UVOLUXION FRANÇAlftft,

liberté de calte et de conscience), aurait encore résisté k )a souveraineté nationale. » En mfioie temps , Bonaparte s'adressait à Tarmée qui se trouvait en Vendée : « Faites une campagne courte et bonne \ sojez inexorables pour les brigands, mais observes une discipline sévère. » Ua arrêté bien nécessaire défendit 9V^ généraux républicains de correspondre avec les cbe£i des rebelles , ordonna aax gardes nationales de marcber contre eux, et annonça quQ les habitans pris les armes à la main seraient paasés aq fil de Tépée. Hédouvilie , que Brune fut bientôt appelé k remplacer, prit des mesures si sages , que les Cbâtil- Ion , les Suzanaet , les d'Auticbamp , déposèrent )es armes i lAonlIattcon le 97 nivôse. Le curé Bernter, qui fit aqssi sa soumission ^ contribua beaucoup au succès des mesures par lesqueUes la rive gaucbe de la Loire se troata enfin affranchie des horreurs de la guerre civile. Brune repdit lui-même la plus éclatante justice k Hédouvilie , et ce qui il'est pas n^qina à remarquer^ (e mpdes^ I}4douvil)e consentit à être le lieutenant du pouves^u gé9éi:al en chef.

Sur )a rive droUe , les chouans, qu'U £B^i|t bien, $e garder de confondre avec les Ycjndéens , les chouans^ qui n^étalent pour la plupart qae des Toleur^k yniqueinent occupés de? rançonner les acquéreurs de domaines na^tionaux ,: de vqler les diligences,^ de piller les» caisses pi^bliques, voulsiient contiauer leurahrigandagjç^jt 9)i,aisi on leur (t Inj^n^ guerti^-) et poursuivis d*un çQité aiVCK^ vigu^r, de l'autre abandonnés, par Bourp(iont et. La Çr<4valaje, ils se troqTère^t bientôt réd,uit$ aux ab<4^ Uw ni Frotté, qai ocQupait la IJîormandie , qi Georges, q^ii t^ait, en ]^r^iag«e^ ne voulurcAt 9fà,\t^ leç e^eoi|^s,4e la i^mmî^ion de M» anciens eompUces. Biei^Ot le premier d/e cea devx cbe&, délaissé des siens, comme Charrette dont il rappelait Tactivité infatigable , trahi , suivant les ipns , par son ami le général Guidai, livré, suivant les autres, pai: rii^pipr^dence d un officier qui se tua de désespoir en voyant les

RENVOI DES PMSONVflEHS ROSSES. 461

eonséqiiences de son crime involontaire; fut pris et fasillé. A la suite de cette exécution , Georges» cerné par lé général BraHc, posa* enfin les armes , et promit de rivré' tranquille. On le Tit à Fdris avec les d'Àntichamp , les Pi'éyalaye , lès CIifttHloû , et le ciiré de Saint«>Lo y derenti dès ce moment le senritetl^et Tagent le plue déyoaé de Bonaparte. Georges, fidèle à sa haine et cotiséquent & ses principes , partit bienlAt pour Londres, où il allait prendre les nooyeaax ordres des Botirbons. Malgré les traces de ces princes , et tous les nouveaux ettbrts de leurs affidés pour rompre la pacification , elle fut terminée en (^elqnc semaines par Brune , qui cependant se vit remplacé dans le Commandement de Tarmée de Tooest par le général Bernadotte, trop prudent pour rester eii hostilité avec le gouvernement consulaire , trop ambitieux pour se condamner à rinactivfté.

Patmi toDs les âoins da gouvernement, Bonaparte hë négligeait aucune des choses propres à lui concilier Topinioti au dedans et mtme aii dehors. Ainsi , eii même temps qu'il prescrivait au ministre de l'intérieur de placer dans la grande galerie des Tuileries les bostes dés grands honimes de l'antiquité auprès de ceux de Gustapho Adolphe , de Turenne» de Coudé , du maréchal de Saxe, dé Frédéric n, de Mirabeau, de Dugommier, de Marceau, de Joubert , de Hoche, et de Wasingthon, il portait et faisait porter par les autorités civiles et militaires le deuil de ce célèbre fondateur de rindépendance des EtatsUbis , avec lesquels nous commencions à renouer les relations d'une intime amitié. Un nouvel honneur attendait le Gineinmitns américain. Son éloge fut prononcé dans le temple de Mars el de la Victoire ( les Invalides ), le jour mêntie de la présentation des soixante -donze drapeaux conquis à la bataille d'Aboukir. I^i cette cérémonie eitt on asset beau cavattère , elte n'excita pas les ëpphudisseinens dn peujile. On savait que Wasingthon seul avafit résisté aû^ résolu-

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lions des Américains , qui voulaient embrasser notre cause en 1798 contre rAngieterre, et d'un autre côté, Fontanes, chargé de roraison funèbre, passait pour un royaliste et un rëacteur. Malgré des pensées libérales et presque des leçons données au pouvoir , peu de personnes goûtèrent Tapothéose de Wasingthon, et surtout celle de Bonaparte que Forateur célébrait en &ce et du ton de Bossnet le panégyriste. La cérémonie de la réception des drapeaux était plus en rapport avec les sentimens qui régnaient dans les cœurs ^ mais les honneurs rendus à Wasingthon avaient un avantage inappréciable, celui de favoriser notre réconciliation complète avec l'Amérique. Le premier consul gagnait aussi les états neutres *, il levait l'embargo mis sur leurs bfttimens dans nos ports, et reconnaissait la neutralité des cargaisons sous pavillon neutre. En même temps , pour faire honte à la barbarie anglaise envers les Français que le sort des armes avait mis entre ses mains , il chargea le ministre de la guerre d'assurer par tous les moyens la subsistance et rhabillemênt des prisonniers de guerre tombés en notre puissance. Rien de plus noble encore que sa conduite envers le général Mack, qui , libre sur parole à Paris, avait pris la fuite. La pensée du consul n enfantait alors que des inspirations généreuses , témoins les tributs d'honneurs payés à la mémoire du général Joubert, qu'il avait regretté si amèrement , et au général Dupuis, tué dans la révolte du Caire. Fidèle à la reconnaissance envers ceux de nos défenseurs qui n'étaient plus, il n'oubliait pas de récompenser. les braves qui restaient à la république. Le général du génie Darçon , l'un des plus grands militaires de l'Europe, Lefèvre, couvert de tant de lauriers, qui cachaient sa faute du 18 brumaire ^ le général Yaubois, illustré en Italie, étaient présentés au Sénat, qui se hâtait de les adopter. ' '

.Au moment môme de l'accqptation de la constitution, Bonaparte avait adressé aux armées uncproclamalion qui

VEK0ÉE, Pnp^ÇTÉ;^ GBOnOES. 405

JSnia^it patip pcjs mpts :. « Svtidat&t Ip^^flu'il ^Q ^^^ temps , je serai 9l^ v^ilieM i^ yous, çt Tflurppç étoDitée se sou- TieDdra qiie yqps.fAfis d^ la f^pe d€}$ braves. » Ds^s ce momQq^y Bûtre situ^tUm ^n Italie appelait toute la soUicitudpda gopiveraernept : aa foiid de la PéDÎnsule nops perdipos AnoOne, dépendue aye(;.la pla9 rare râleur , par le géoéral IHonnier : Championnet, auquel Moreau ayait remis le çeanmandemeot de Tannée d'Italie, après avoir en vaip ypolii i^onseryer Goni et le Piémont , s'était vu forcé de se réfugier aur les sommets glacés des montagnes de Gênes, et du comté de Nice, où le plus affreux dénûment nous faisait une guerre plus cruelle que celle du glaive. Encouragés par leurs succès , les Autrichiens tentèrent un coup de main surGênes y le général Saint-Cyr lesrepoussa, et leur fit quinzecents prisonniers. Le premier consul , attentif sartoot à récompenser un général qui avait servi sous Moreau^l'aççueillitavec distinction, et lui donna le titre de premier lieutenant de Tarmée d'Italie. Hais alors cette armécy dont il fallait s'occuper sans retard , sans solde depuis cioq mois, manquait de tout : les soldats mouraient de faim et de froid, une épidémie les décimait dans les hôpitaux déoués de provisions et de remèdes. La i7« légère et la 7^e de ligne, jadis honorées do toute la confiance de Bonfiparte, s'étaient insurgées par désespoir. Rien de plus urgent, que ^e faire cesser cet horrible état de choses. Bpuaparte cQiQ.menca par confier le commandement de larmée d'Italie an vainq^eur de Zurich, etaccompagpa.ee choix, popularisé par la gloire, d'une proclamation empreinte d'une sévérité, d'une chaleur et d'une éloquence qni ne manquent jamais leur effet sur des soldats. Personne, excepté Bonaparte en Italie et en Orient, n'avait parlé un tel langage; il fut entendu. L'armée , que le consul se hâta de secourir, rentra dans le devoir, et se sentit portée à de nouveaux prodiges sous les ordres de l'intrépide Masséna. Dans ce temps, Ghampionnet mourutà Nice des suites

484 IIÉVOLUTION FRANÇAISE.

de répidémid dont il ârait été âttdnt en irifliUiit les camps et les hôpitaux , et en eherehaUt i soatetiir le eMrage de ncé soldats. Pendant sa maladie, CSlàtopiOÉii^tl^tit reea dû ptemier cotisul une lettre Remplie ffeipreMMs d'e^infè et dé reconnaissance. Ce général, Vàné de* gloire de notre année républicaine de Sambre-ét-lfettsè , àyàii dèft talens, des vertus 9 et surtout nn ccear dlkommè; il portait une affection paternelle isescômpâgnoiisd'àrniés -, Il fut pleuré. Les consuls ordonnèrent tine étiqueté lur lek cèiAses de nos désastres en Italie. Des ordres particuliers tràduirirent en jugement le général Latour-Foiéèâé, HiA àyail livré Mantoue par une capitulatioù honteuse. Cependant, malgré sa demande, on ne lai donna pas de jugeS , oh se éôhtèùta de le déshonorer par un de ces actes arbitràireé qin cofttent quelquefois la vie 2i leur auteur. Fèissac se tut et obéit att décret qui lui défendait de porter aùènn habit d'ufiifdrme. Augereau fut mis à là tête de TaYméé dé Hollande , |yar uhe conséquence de Tcsprit de conciliation qui ptésidait k la politique intérieure dé Bôna^rte. Ifofeadreecrtlcfcon^màudement des armées du llfain et d*Belfétie , réunies eu une seule. La proclamation du ûOuTeaù géiféral aux ha* bitans de la Suisse respii^ait des sëtttîtneb^ d^àdmifalion et d^attachemeùt qui durent toucher ce peuplé !(imple et généreux, auquel nons protnettîotis d'alléger par tons le^ moyens possibles les maux inévitables de \H guerre. Bfèreao ^e trouvait mieux ()artagé que Masséna ; on liii donnait le pi'emier des commandemens , on lui offrait des moissons de gloire dans un pays riche et facile à maniei', tandis qii'oo envoyait le vainqueur de Zurich réparer d'affretix malheurs, avec une armée décimée par la guerre! et la firitfinè', et affronter des périls dont il ne pouvait sortir (fité pHv des prodiges d'héroïsme et de constance.

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