‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 82 sur 93 · TOUSSAINT-LOUVERTURE. 5S · texte numérisé non relu

TOUSSAINT-LOUVERTURE. 5S

des forces capables de suffire à tous les besoins de sa défense. ÀTant d'entrer dans Ics.détails.de la rupture qui se prépare, nous dëTons rapporter ici un événement qui vint jeter une ombre.de deuil sur notre brillante prospérité.

Depuis la révolution de 1 789^ la plus belle de nos colonies, déchirée par les troubles dont nous avons retracé les tristes commencemens, avait fini' par se séparer complètement de la' métropole. Les deux chefs de cette grande insarrection étaient le mulâtre Rigaud qui dominait dans le sud, avec les mulâtres, et Tpussaint-Louyertureqnis^était mis, dans le nord, à la têtedes nègres. Ce dernier avait assuré au directoire que son intention était de demeurer fidèle à la mère patrie. En* conséquence, on envoya auprès de lui lé général Hédouville. Quand cet officier arrriva il trouva Toussaint repoussant avec fermeté les attaques que quelques corps anglais débarqués tentaient pour s'emparer de la colonie, Hédouville voulut réconcilier Toussaint et Rigaud, il ne put y parvenir, et laissa percer sa préférence pour le chef mulâtre. Cette conduite était de la dernière imprudence, car des deux rivaux, Toussaint était de beaucoup le plus habile et le plus redoutable*, d'ailleurs les Anglais, qui ne voulaient que nous enlever à jamais Saint- Domingue et nous empêcher d'y rétablir Tancienne richesse^ offraient à ce noir ambitieux , qu'ils n'avaient pu vaincre, de. le soutenir et de le reconnaître .comme souverain de Haïti, et: ne voulurent remettre qu'à lui le Port-au- Prince et le môle Saint- Nicolas. ToussaintrLouverture, avec ses noirs , força le général Hédouville à quitter la colonie. Une guerre civile éclata alors avec fureur entre Toussaint et Rigaud, ils s'attaquèrent et se battirent coynnle desbêtes féroces. Dès que Ronaparte futfermement assis au pouvoir, il résolut de rappeler Rigaud et chargea un officier de porter à Toussaint son brevet de général en chef , nouvelle qui répandit la terreur, parmi les colons. Toussaint reçut avec froideur l'envoyé du pre-

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mierconsnl, qoi néanmoins fit perdre beaneaap d'infloence k Rigaad. Dis ce moment , Toussaint fat le roi de Itle. il disait alors : a J*ai mon vol dans la région des aigles. » Toussaint atait la prétention d'être le Bonaparte des noirs, et k l'exemple dn premier consul, SI se fit nommer gouyerneur à vie de Saint-Domingue, par line assemblée centrale qn*il ayait convoquée. Irrité du parallèle et de Tandace avec laquelle un esclave semblait braver le ehef de trente millions d'bommes, Bonaparte résolut de renverser Toussaint^ vainement le colonel Vincent, qui venait de voir Tétat des choses, annonça-t-il au consul les malheurs que son projet préparait à la Finance ; les funestes conseils des colons qui, aveuglés par lédr orgueil et leur cupidité^ regardaient la défaite des noirs cohime tme chose certaine et facile , prévalurent^ l'expédition fut réiMïlae et confiée ab général Leclerc» beau-frère du ptremier consul.

Elle mit à la voile dans lëS derniers jours de frimaire an X. L'armée navale était forte de trenle-cinq vasseaux de ligne et de vingt-trois frégates commandés par les contre-amiraux Latouchc-TrëVillé, Ghktina, Liffois, Gantheautne, soùs les ordres du vice-amiral Yillaret- Joyeuse-, elle portait environ vingt taille botnmes% Leelerc avait pour lieulenans les généraux Bondet , Roehambeao , Desfourneaux, Qtientin. Le 17 pluviôse il entra dans le Cap incendié par Christophe, lieutenant de Toussaint. L'armée française né trouva partout que des ruines et des cendres. En vain essaya-t-on de toucher le ebëf noif en lui présentant ses fils qui, élevés patrtnl ilous^ adoraient la France, Touissàint était ambitieux ëf 1^61 âtàht d'être père, rien ne put Tébranlef, Christophe et lui per^sfèreim i nous montrer une attitude menaçante. Dans cette ëxti^élnité, Leelerc crut devoir mettre ces deux chefs hors la M. Celait uub imprudente et maladroite imitation des rigueurs de la Convention nationale, qui était toute-puissante quand elle usait 4e ce remède extrême ettoujours victorieux des rebelles. Des

TOUSSAINT LOUVfikTURfe. 8)t9

combats sanglans et la latte ta plos affreuse n'abattirent pas le courage du cbef noir, on fut forcé de révoquer le fatal arrêt qui airait excité sa fureur au plus haut degré. Et comme il savait se îlaénager, pour reprendre dos forces, il consentit à une espèce de pacification qui ne fût qu'une trêve., Un allié terrible vint au secours de ce redoutable ennemi ^ la fièVrc jaune se déclara daAs Tarrnée française, Toussaint, saluant avec joie ce fléau, écrivait de sa demeure de Sancéy : « La Prot^idence vient enfin a mon secours, » Il demandait combien on faisait par nuit de voyage à la Fossette (lieu où Ton portait les morts). Ces mots et une lettre à double sens qui révélait des intentions perfides et de dangereux projets, déterminèrent Leclcrc à faire arrêter le chef noir. Malgré son caractère défiant et sa prévoyance exttrênie , Toussaint tomba dans un piège qu^on lui tendit. Pris par le général Brunet , il ftit embarqué sur le vaisseau le Héros, Toussaint connaissait bien lé peuplé indompté auquel nous allions avoir affaire. « En me ren- Tersant , dit-il au capitaine de ce navire, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de Tarbre de la liberté des Noirs*, il repoussera par les ratines, parcequ'elles sont nombreuses et profondes! )> L'aide-decamp de Toussaint, Fontaine, fut jugé comme espion, et passé par les armes.

La prédiction de Toussaint lie tarda pas à s'accomplir. Tandis que le malheureux captif faisait voile vers la prison oà il devait mourir, victime d'une politique safas générosité, les Mulâtres se joignirent anx Noirs, et bientôt ^\\e fut en feu comfne tin volcan qui vomit dés flammes de tous côtés.

La Guadeloupe avait tenté de s'iilsut*ger sbtlls leÉi ordres d'un Mulfttre nomtné Pélagè. Lé contrè-amiràl Lacrosse , surpris par une insurrection , fut ëtj^blsé de l'île. Mais bientôt une exj[iédition , dirigée par Richépaii^e , rétablit le calme et la paix. Malheureusement pour la République, t'illnstre général paya de sa vie cette dernière palme^ mais

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le goaTerncmeni français victorieux d abolit pas Tescla- ▼dge. QaaDd cette nouvelle parvint à Saint-Domingue , elle accrut l'irritation des Noirs ^ qu'une affreuse barbarie porta bientôt au plus baut degré. Le 3i fructidor» ils avaient attaqué le Gap et failli enlever la place. Pendant Taction , les chefs de la marine, craignant pour nos équipages, firent jeter vivans à la mer mille deux cents noirs, détenus sur la flotte. Il y eut encore d'autres excès qui, quoiqu'ils ne fussent que des représailles contre les noirs, n'en font pas moins frémir Ihumanité. Tout fut affreux des deux côtés ^ mais la lutte était inégale-, nous avions à combattre le climat, la maladie, les privations, et la rage sans cesse renaissante, la valeur désespérée d'un ennemi cent fois supérieur en nombre ^ nous devions succomber. De vingt mille hommes débarqués avec lui, Leclerc n'avait plus que deux mille cinq cents combattans. Le reste était mort dans les batailles ou périssait dans les hôpitaux. Les généraux Debelle, Ledoyen) Hardy, Watrin, Dngua, et beaucoup d autres, n'existaient plus. Leclerc, à son tour, tomba malade et mourut, le 10 brumaire an XL Bochambeau prit la place de Leclerc , homme courageux et ferme. Rochambeau, l'ennemi des Noirs, était peu propre à calmer .l'irritation des populations de couleur. On a dit sur les moyens inventés par ce général , pour détruire ses ennemis , des choses que nous n'osons pas rapporter, tant elles sont contraires au caractère français.

Bonaparte dut éprouver de profonds regrets de l'expédition de Saint-Domingue^ qui humiliait nos armes, et justifiait la sagesse des conseils qu'il n'avait point voulu écouter. D'ailleurs, il désirait d'autant plus vivement rétablir l'ordre et la soumission dans nos colonies, que le cabinet anglais, soutenu maintenant par le peuple qui avait tant souhaité la paix, manifestait hautement l'intention de rompre le traité d'Amiens qu'elle avait exécuté avec tant de peine , en rendant Alexandrie et le cap de Bonne-

RUPTURE DB LA PAIX. itÔi

Espérance. Eu effet, Withworth déclara, le 86 pluviôse an XI t au ministère français, que, depuis la mission de Sébastiani> le gouvernement britannique ne croyait plus pouvoir évacuer Itle de Malte. Le premier consul répondit à renvoyé d'Angleterre qu^il aimerait mieux voir les forces de ce pays occuper le faubourg Saint-Antoine que Malle. li se plaignit, en outre, avec colère, des menées du cabinet de Saint- James, de la protection que lui et ses agens accordaient à des faussaires et à des assassins. Cependant, la fin de la conférence avec Withworth fut gaiQ et même amicale. Tout à coup , lorsque la paix avait à peine nn an d'existence, un message du roi Georges III au parlement , lui apprit que FAngleterre devait se tenir prête à combattre la France. Cette conduite jeta Paris dans un grand étonnement. Le consul, en apercevant lord Withworth & Taudience publique du âS ventôse, lui dit : K Yotts êtes décidés à la guerre? Nous Favons déjà faite pendant quinze ans. Vous voulez la faire encore pendant quinze années, et vous m'y forcez! » Talieyrand se plaignit, dans une note, de la non évacuation du cap de Bonne- Espérance. De nouvelles difficultés, toutes soulevées par FAngleterre, amenèrent de nouvelles conférences, dans lesquelles Bonaparte montra beaucoup de retenue et de modération. « Ils croient que je crains la guerre, dit-il alors, quej'e la redoute pour mon autorité -, ils ont tort ! J'aurai deux millions d'hommes s'il le faut. » L'ambassadeur anglab, après avoir présenté un ultimatum aussi extraordinaire dans ses demandes qu'insolent dans la forme, sollicita ses passeports. Le premier consul tenta nn dernier effort , et annonça qu'il était prêt de consentir à ce que File de Malte fût remise entre les mains de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie. Rien ne put décider le cabinet britannique à essayer des moyens de conserver la paix. Le départ de l'ambassadeur anglais donna naissance à un rapport aux grands corps*de Fctat, qu'il fallait instruire de T. VI. 36

Mil aÉVOtUTION FEAKÇMSB.

la situattoa des choses, ea {triant ^^raiit enx à ioale la France. Fontanes, président da corps législatif , se fit remarquer par un discours noble et chaleureux. Llmminence de la guerre, qui ne pouvait manquer d'éclater, le désir de ravir une proie assurée à la marine britannique, de se ménager un allié dont nous pouvions avoir un grand besoin , engagèrent le premier consul à une mesure jqui a été fort blâmée depuis. Le 10 Ooréal (5 avril 1805), il céda la Louisiane aux Etats-Unis, moyennant 60 millions, et s'obligea , en outre , à payer le montaiit des récIaœatîoDS fiiites par les citoyens américains, pour tous les dommages qn'avait pu causer la marine française an commerce des Etats-Unis avant le 8 vendémiaire an IX. En Angleterre, tout semblait conjuré contre la paix. Fox était le seul homme d'état qui fit des efforts incroyables pour la maintenir, en proposant qu'on acceptât la médiation de la Russie. Sa voix fut couverte par les clameurs d'un parti imprudent qui voulait la guerre à quelque prix que ce fût.

Malgré ses démonstrations hostiles, le roi George» avait osé dire aux deux chambres : a Cest une consolation poar sa majesté , de réfléchir qu'il n'a manqué aucun effort de sa part pour conserver à ses sujets les bienfaits de la paix. • . » La place n'étant plus tenable pour l'ambassadeur français Andréossy , il s'embarqua à Douvres le 28 floréal , au moment où l'Angleterre expédia des lettres de marque, fit sortir de Torbay lord Comvirallis, avec dix vaisseaux, et envoya le commodore Saumares stationner aux îles de Gersey et do Guernesey. Les deux gonvernemeps publièrent leur apologie dans deux manifestes. Cependant^ la rupture n'était pas officiellement déclarée , lorsque tout à coup, deux de Qos vaisseaux furent pris dans la baie d'Audierne. Le 2 prairial, le premier consul ordonna d'user de représailles envers la Grande-Bretagne, en faisant arrêter tous les Anglais qui se trouvaient chez nous, afin de les échanger contre les Français arrêtés et faits

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[Hrisonniers par le goavenieiiient britanniqae avani la déclaration de guerre*

La France applaudit aux mesures du prenolier consul» et mit à sa disposition, pour repousser om injuste agression toutes les forces de la Bépublique^ Pe toutes parts on tofa des vaisseaux, <jles freintes, des bâtimens de guerre de toute espèce. Seine-et-Oise offrit l,a00>000 francs ; le Haut*Rhin, 500>00Û) la Gironde « un vaiaseaq de quatrevingts canons ^ la Gôte-d'Or, cent pièces de canon de aiariiie ; le commerce de Paris vota la construction d*Dn vaisseau de cent vingt canons. Bonaparte excita et soutint cette ardeur» tout en regardant autour de lui (es ennemis qu'il devait surveiller. Il fit donner lordre & Saint-Cjr d*ociCuper le littoral des états napolitains. Le général français remplit cette mission délicate avec autant de bonheur que de talent. Le premier consul attachait une grande importance à la sOreté de 111e d^Elbej il y envoya une garnison de cinq mille hommes^ dont il donna la conduite A des officiers sûrs et intelligei^s, tels que le général Rusca. Mnrat dut veiller sur lltalie. Dix mille ouvriers furent employés à faire d'Alexandrie la grande place d^armes de la Péninsule. Victor^ alors placé à la tête de Tarmée gallobatave, eut ordre d'arnaer le littoral, ainsi que les . forts de la Hollande » et de défendre lembouchure de k Meuse et de TËscaut. Llle de Yalkeren devint un commandement spécial y confié au général Monnet. Ces mesures étaient d'autant plus urgentes, que, dès le 18 prairial, l'Angleterre, sans déclaration deguerre, avait enlevé à la république batave une frégate et cinquante vaisseaux de commerce. Le premier consul ordonna enfin la forma* tion iinnQ grande armée ^ divisée en $ix corps qu'il distribua en Hollande, à Gand, à Saint- Omer, àCompiègne, à Saint-Malo, à Bayonne. Marmont fut mis à la tête de touie rarlillcrie , FauUrier eut la direction des parcs; Pe- Uel devint commissaire ordonnateur en chef, et Berlhior

M4 méYOLUTfON prançaisc.

joignit k ses fonctions celles de major-général de rarmée. Tendant qae le premier consnl préparait ainsi ses forces , le ministère anglais, fidèle à de vieilles pratiques, cherchait vainement à rallnmer la Vendée. Sourde aux instigations de Tétranger, rebelle à rinfloence des fanatiques, qui avaient appelé sur elle tant de malheurs en lui promettant Tappui du oiel , la Vendée ne voulait plus de la guerre civile; et le consul trouvait les anciens insurgés prêts à combattre les ennemis du gouvernement auquel on devait le rétablissement du culte. Les armemcns, dans nos ports y ne se poursuivaient pas avec moins d^activité que la réunion de nos troupes de terre. Bonaparte ne cachait point Tespoir qu'il avait conçu de pouvoir combattre TAngleterre corps à corps. Effrayé de celte menace, le cabinet de Saint-James fit élever des forts sur toutes lescMes, et décréta que tout citoyen anglais était soldat. «Il faut, dit au parlement -le colonel Grawfort, que la nation tout entière se couvre de fer. » Sur lé continent , la France ne pouvait blesser TAngleterre que dans le Hanovre*^ Bonaparte le fit envahir par Mortier. La régence^ après une capitulation, remit entre nos mains toutes les forteresses du pays, avec rértillerie, les poudres et les munitions. Le séquestre fut placé sur toutes les caisses anglaises. Le 16 prairial , Mortier occupa la ville de Hanovre. On trouva, dans la salle d'armes, dix-neuf drapeaux et six étendards, pris sur les Français par les Hanovriens depuis la bataille doMalpIaquet. Le général français montra toute la noblesse de son caractère en respectant Thonneur des troupes hanovriennes -, la dissolution de ce corps eut lieu , mais ses armes furent remises par les officiers aux autorités civiles ; les soldats devaient toucher leur solde. C'est au sujet de cet événement, que Mortier écrivit au premier consul : a Le général qui a signé la capitulation avait le cœur navré. L'armée était au désespoir; elle implorait votre clémence; j'ai pensé qu'abandonnées par aon roi , vous deviez la traiter avec bonté. »

GOi.ONlM. SOtt

À Lisbonne, lannes exigea que le gaoTernemeni portogaia fermât ses ports aa payillon britannique. Noas frappions nos implacables ennemis partout où ils étaient valnérables en Europe ;; mais aux Antilles» notre rupture avec eux achevait de nous 6ter tout espoir de conserver Saint-Domingue que nous perdions pièce à pièce. Le général Bmnet rendit les Gayes au eommodore anglais, Gumberland^ Fressinet, contraint d'évacuer Jérémie, fat pris et conduit à la Jamaïque $ Lavalette rendit Portau-Prince au féroce Dessalines; Rochambeau, bientôt après, réduit à capituler, remit le Gap aux Noirs, et surpris, en mer, par les Anglais, fut contraint de se livrer, le 9 frimaire an XIL La rentrée des Noirs dans la.possessioo de la colonie fut partout signalée par des cruautés affreuses, inouïes. Jetons un voile sur les désastres de ce malheureux pays, où les Anglais, les Espagnols ne craignirent pas de pousser à l'extermination de la race blanche pour détruire le commerce de la France; pleurons sur les fatales conséquences de la confiance dé Boi^parte dans les conseils des colons aveuglés par le désir de recouvrer leurs richesses, et par le mépris quils avaient toujours eu pour les Noirs, comme si ces infortunés n'eussent pas fait partie de la race humaine. La France ne eotnut pas alors toute retendue de sea perte» ; et d'ÀiUeurs elle était loui entière à la pensée d'une expédition contre TAngle-terre. Plus heureux sur le continent que dans les colonies, et d'accord avec; la nation sur le projet d'abaisser notre rivale , Bonaparte , aidé des forces de la Bollande , et après avoir pris encore la précaution de s'attacher l'Helvétie, en faisant une capitulation pour quatre régimens de ce pays , partit de Paris afin de visiter toutes nos places mari* limes du nord, Bontogne, Gâtais, Dunkerque> Lille, Ostende, Bruges, Flessingue, Gand, Anvers. Partout il or-donna des travaux immenses qui avaient pour objet U grande et nationale entreprise ; partout il reçut les ex*

8G6 RévOLCTION FMHÇAISE.

pressions d'amour des peuples enthoosiasmés , qui mettaient k sa disposition leurs bras, leur courage el les tributs de leur patriotisme. Il retint A Paris par Sedan et Soissons , et se trouva à Saînt-CUoud le «5 thermidor (anniTer^aire du 10 août)-, il avait parcouru dix-sept départeraens de la France. Les autorités tinrent le féliciter. « Les magistmts , dit Séguier, président du tribunal d'appel , fler9 et apporter à vos pieds le tribtit des cœurs , renouvellent , dans un jour consacré à de brillons sow^fdrs^ leurs sermens de respect et de dévouement pour celui qoi gouverne la France par la faveur de Dieu , Téclat des armes et la puissance des lois.» Ainsi revenaient les formules de Tancien régime, et avec elles reparaissaient aussi leshommesd'autrefois.Tonsles émigrés rentrésréclamaient, non seulement leur réintégration dans les emplois qu*ib possédaient avant la révolution , maïs la mise en possession des biens qui leur avaient été légués par succession durant le temps de l'émigration.

Les sections réunies du conseil-d'étsft rejwussèrent ces prétentions, et autorisèrent même les créanciers des émigrés \ poursuivre leurs débiteurs. Bonaparte laissait faire ie conseil d'état , et , en même temps , pour balancer les prétentions de l'ancienne noblesse et dans le but d'en éle- Ter une nouvelle j il accordait an sénat une dotation de 6 millions , moyen peu propre à donner de l'influence à un corps que Ton tenait dans une complète sonmission. Les corps , comme les individns , ne pearent obtenir quelque ascendant sur l'opinion que par Ilndépendance. Il y avait une singulière disposition dans Bonaparte \ d'un cété, il s'occupait de Savoir si les émigrés, avec fcenrs forêts, ne surpasseraient pas en fortune les hommes nouYeau -, et^ sur la réponse aCElrmative â sa questioti » il voulait aux premiers Otér cette ressource pour rétablir l'équilibre *, de l'autre, il formait une coor où il se plaisait ft réunifies débris des grandes familles ; c'était, disait«^il^ par

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