SUBSISTANCES
et tout achat de nuit. Le plus grand service que le législateur puisse rendre aux hommes, c'est de les forcer à être honnêtes gens. »
Roland , d'accord avec les Girondins en administration comme en politique , adressa le 28 novembre à l'assemblée un rapport sur les subsistances -, il y défendait les vrais principes de 1 économie politique , contestés alors même par de très bons esprits , et consacrés aujourd'hui comnSe des vérités devenues populaires. Il retraçait avec doulenr les obstacles apportés à la circulation des -grains, leur enlèvement par la violence des communes , les actes arbitraires des autorités qui s'unissaient à un peuple égaré; mais il accusait surtout les malversations , l'anarchie et les fausses mesures introduites par la commune de Paris , dans l'approvisionnement de cette ville. Outre les dangers de la multitude de ses agens, dont la concurrence et la multiplicité faisaient hausser les grains , cette commune imitant les mauvais exemples de l'ancienne administration , commettait encore la faute énorme de vendre audessous du prix les blés qu'elle s'était procurés dans les départemens voisins. Ce sacrifice ruineux et impossible à continuer, avait en outre le grave inconvénient d'attirer à Paris des acheteujrs qui venaient enlever une partie de son approvisionnement , et de réduire les fermiers des départe** mens -voisitts à l'impossibilité de soutenir la concurrence d'une baisse factice et exagérée dans les prix. Roland avait raison de demander la répression d'abus aussi crians; mais au lieu de l'approuver, les Montagnards , offensés de ce qu'ils appelaient son acharnement i poursuivre la commune de Paris , que l'on attaquait ainsi pour arriver jusqu'à eux, l'accusaient lui-même d'abuser des sommes considérables confiées à soû ministère pour l'achat des grains, d'être le chef des accapareurs, et de se faire le véritable dictateur de la France , en envahissant pour en
disposer à son gré tous les moyens de subsistance du peuple.
Tous ces débats ne faisaient qu'enflammer les esprits de la capitale, et rendre les approvisionnemens plus difficiles. L'agitation était portée au plus baut degré sur plusieurs points de la France. Dans le département de Loir-et-Cher, cinq ou six mille hommes en armes, partis de la forêt de Vibray, se transportaient à Montmirail, et emmenaient avec eux les ouvriers de la verrerie : ils taxaient les denrées à un prix ruineux* pour les propriétaires ; courant successivement de Saint-Calais à Vendôme, de Vendôme à Blois, ils entraînaient avec eux par la violence les femmes , les hommes, et les autorités constituées, menaçaient de brûler ou de raser les villes , et taxaient partout les denrées. Un autre attroupement effrayait le départemeut d'Eure-et- Loir, où les rebelles, réunis àCourville, près de Chartres, forcèrent les commissaires de la Convention, la hache sur la tête , à signer eux-mêmes la taxe arbitraire. La Convention déclara qu'ils auraient dû mourir plutôt que de céder-, elle abolit la taxe arrachée à leur faiblesse, et fit passer à Chartres une force armée qui dissipa les rassemblemens. La garde nationale d'Orléans menacée aussi de la dangereuse visite des séditieux, forma un cordon autour de cette ville, et les empêcha d'y pénétrer.
À la suite de ces nouvelles , qui produisaient beaucoup de fermentation dans son sein , la Convention prononça en même temps la peine de mort contre ceux qui exporteraient des grains et farines , et contre tout individu qui mettrait obstacle à leur libre* circulation. Elle défendit aussi aux agens du pouvoir exécutif, en les menaçant de deux années de fer, le commerce des grains. Il est bon d'observer ici que d'après l'aveu même des commissaires de la Convention , l'effervescence du peuple dans les départemens troublés par la disette , provenait aussi de l'impru-
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culte, d^(«i<piToJri^U»«seU|»im^ Effrayés de celle parole, les insurgés regardait^ U r*h> gîon cowm perdue, et le bnatc»e allumait e*cor* lu foreur excitée par b phs dangereuse des causes de sédition , la fiuuae. Danton , le seul des révolutionnaires violens qui eut dans la tète des conseils de prudence* saisit cet à-propos pour avertir arec force ses propres amis du danger de leur témérité a proclamer sans ménagement des idées pour lesquelles le peuple, surtout retardes campagnes, n était pas mûr faute de lumières. Acmé de toute la puissance de la raison, Danton décida sans peine la Convention à déclarer qu'elle o avait aucune intention de détruire la religion. On devait sans doute attendre un bon effet do cette déclaration solennelle , mais le coup était porté : l'un des plus grands malheurs des partis , est de renfermer dans leur sein des hommes exaltés , dont la tête s'allume en quelque sorte, et qui viennent tout h coup jeter au milieu d'une délibération des propositions qui sont comme des brandons jetés au milieu d'un bûcher.
Tout ce qu avait dit Roland sur la question des subsistances , était marqué au cachet de l'expérience \ tout ce qu'il faisait pour assurer la libre circulation des grains , était marqué au cachet de la sagesse et du courage*, ses efforts pour achever l'approvisionnement de Paris , et en écarter le fléau de la disette, qui pouvait amener un bouleversement général , méritaient les plus honorables témoignages de la reconnaisance publique. Les passions politiques pouvaient seules entraîner les membres de la Montagne à payer les services de Roland par des accusations à la fois absurdes et cruelles. Mais duo autre côté ce ministre , au lieu de chercher à calmer la haine de ses adversaires , leur fournissait sans cesse de nouveaux alimens. C'est ainsi que, rempli de toutes les préventions , de
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toutes les craintes, de toutes les exagérations de la Gironde, et an lien de se borner à demander des mesures légales et fortes , pour ramener la Commune aux saines doctrines de l'administration , au lieu de demander seulement qu'on prescrivît des limites à une autorité usurpatrice , Roland se laissa emporter à des dénonciations vagues et si graves, qu'elles exigeaient absolument des preuves surtout de la part d'un homme public qui ne doit pas s'exposer à parler sans pouvoir donner la certitude de ce qu'il avance. « On ne peut pas douter, dit-il , qu'il existe à Paris un foyer d'où l'on cherche à propager les troubles dans tonte ta république ; les bruits les plus faux , les plus désastreux ont été répandus. Ils sont repousses par les villes patriotes, mais ils font des progrès effrayans dans celles où l'aristocratie et la haine de la liberté s'étaient le plus fortement prononcées. S'il était nécessaire de prouver la réunion de ces agitateurs avec Y aristocratie et les ennemis les plus acharnés de la révolution , ce fait seul dispenserait de toute autre démonstration. » Le ministre finissait par déclarer que la rumeur publique lui avait appris qu'une insurrection était prête d'éclater , et qu'il était temps d'y apporter remède.
Ces paroles de Roland soulevèrent un violent orage ; la Montagne qui se sentait accusée par la déclaration du ministre des Girondins , protesta hautement contre son rapport. Charlier, Montaut, Merlin, arguèrent de faux ses assertions, qui ne tendaient, disaient-ils, qu'à effrayer la Convention nationale et les bons citoyens. Le canon d'alarme, s'écria Turreau, c'est la lettre du ministre. A l'appui de ces vives protestations, Santerre, présent à cause de son service , ou peut-être appelé par ses amis de la Montagne , parut à la barre, et déclara qui! répondait de la tranquillité de la capitale.
Ce fut sans doute cette orageuse discussion maladroitement soulevée par le ministre, qui empêcha ses proposi-