CHANGEMENT DU MINISTÈRE
et Dubouchage à la marine. Voilà le ministère que l'on opposait à la révolution et à l'étranger ! La cour pouvait être accusée avec raison de mettre au timon des affaires des hommes de peu d'expérience, pour gagner du délai et laisser aux armées de la Prusse et de l'Autriche le temps de venir jusqu'à Paris ! Si telle n'était pas là pensée de Marie-Antoinette et du roi , comment expliquer autrement l'inexécution du nouveau projet de fuite concerté avec MM. Lally-Tollendal, Maïouet, Clermont - Tofrnerre , Gourion, Montmorin et Lefort, officier distingué, descendant du fameux Lefort , ministre de Pierre-le -Grand? Pourquoi, s'ils n'attendaient pas les étrangers, Louis et Marie-Antoinette refusèrent-ils les offres généreuses du doc de la Rochefbucauld-Liancourt, qui , commandant de la province de Normandie, mettait à la disposition du roi sa fortune , les troupes placées sous ses ordres et les habilans de Rouen, dont l'indignation contre la journée du 90 juin avait éclaté par une adresse énergique? Le duc offrait de conduire les membres de la famille royale am camp de Lafayette ou au château de Gaillon, et de là au port de Dieppe, où un bâtiment, fin voilier, se tiendrait prêt pour les porter à Ostende. Gaillon, n'étant qu'à vingt lieues de Paris, se trouvait dans la limite constitutionnelle que le roi ne devait pas franchir, aux termes dé la constitution.
Le comte de Narbonne,- fidèle malgré sa disgrâce-, madame de Staël, oubliant les torts et l'ingratitude de la cour envers son père , conçurent aussi des projets d'évasion qui ne furent point acceptés.
Au même moment, les Girondins, qui , sans manquer de courage , calculaient cependant tous les dangers d'une attaque étrangère, crurent qu'une transaction avec Louis XVI valait mieux qu'une guerre avec là Prusse et l'Autriche. C'est à cette pensée que se rattache une lettre écrite au roi parGuadet, Vergniaud et Gensonné, et remise par le
peintre Bose à Thierry, valet de chambre de ce prince. Nous reviendrons sur cette négociation et sur ses conséquences.
Dans l'Assemblée, la discussion sur les dangers de la patrie continuait toujours ; les orateurs se succédaient sans interruption. Les chefs des deux fractions du parti patriote, Brissot, Vergniaud, Gensonné, qui voulaient effrayer le roi, pour l'amener à composition, si Ton pouvait encore le remettre dans les voies de la liberté, Lamarque, Thuriot, Gouthon , Isnard, incapables de se laisser prendre à aucune illusion sur ce sujet , insistaient pour que l'on déclarât sur-le-champ la patrie en danger, regardant cette mesure comme la seule qui fût capable de redonner de la vigueur à la nation menacée de toutes parts et jusque dans ses foyers; au contraire, Dumas, Jaucourt, Ramond, Dorisy, Lamourette, signalaient ce remède comme un moyen dangereux et presque désespéré. L'assemblée renvoya cette grave question à la commission extraordinaire, en lui adjoignant les comités diplomatiques et militaires. Le 11, Hérault de Séchelles , Lacépède , Vergniaud et Vaublanc , firent le rapport des trois comités réunis ; le même jour, le président mit aux voix et proclama cette déclaration solennelle : Citoyens , la patrie est en danger U . . Ge décret fut prononcé au milieu du silence le plus religieux et le plus profond ; ensuite l'assemblée applaudit elle-même à sa grande résolution, et adopta deux adresses , l'une aux Français , l'autre à V armée.
Nous ne rapporterons que la dernière de ces adresses, qui était l'ouvrage de Vaublanc.
« Braves guerriers ! l'Assemblée nationale vient de proclamer le danger de la patrie; c'est proclamer la force de l'empire -, c'est annoncer que bientôt la jeunesse française se portera sous les drapeaux de la liberté kVous l'instruirez à vaincre , vous lui montrerez le chemin de la gloire.