ADRESSE A L ARMÉE
(( Au signal du danger de la patrie, vous sentez redoubler votre ardeur ! Guerriers , que la discipline en dirige tes mouvemens ; elle seule garantit la victoire : ayez ce courage calme et froid que doit vous donner le sentiment de vos forces,
« Une véritable armée est un corps immense mis en mouvement par une seule tête -, il ne peut rien sans une subordination passive de grade en grade , depuis le soldat jusqu'au général. Guerriers , imitez le dévouement de dTAssas et le courage du brave Pie (1) , méritez les honneurs que la patrie réserve à ceux qui combattront pour elle! ils seront dignes d'elle , dignes de tous! N'oubliez pas que c'est votre constitution que vous défendez.... N'en doutez pas, il n'est aucun Français qui balance -, il n'en est aucun qui dans ces jours de périls et de gloire s'expose à déshonorer sa vie par une honteuse et lâche inaction! Qu'il serait malheureux celui qui ne pourrait pas dire un jour à ses enfans, à ses concitoyens :« Et moi aussi je combattais quand notre liberté fut attaquée! J'étais i la journée où les armes françaises triomphèrent de nos ennemis-, j'ai défendu les remparts de la ville qu'ils attaquèrent en vain, et mon sang a coulé tel jour pour la patrie, h liberté, l'égalité!....»
La mesure révolutionnaire que les représentons de la nation venaient de consacrer était à la fois nécessaire, grande et sage ; elle sauva le pays, et si elle eut des conséquences terribles en nous conduisant au gouvernement de la terreur et au despotisme de l'inexorable nécessité , il faut imputer cette fatalité aux déserteurs du pays natal et à la coalition des étrangers, qui placèrent un grand peuple dans l'alternative de vaincre par tous les moyens ou de laisser déchirer son territoire et périr sa liberté.
Aussitôt après avoir proclamé le danger de la patrie , l'Assemblée nationale s'occupa de replacer le pays dans
(i) Voyez la note i à la fin de ce volume.
l'attitude imposante que lui avaient fait perdre la mollesse et l'insouciance calculée du pouvoir exécutif; elle décréta successivement différentes mesures tendant à resserrer les ressorts dn gouvernement , à retremper le moral de l'armée , à mettre sur pied cinq cent mille hommes, et à les armer , soit avec des fusils , soit avec ces piques recommandées comme un puissant moyen d'attaque et de défense, par les suffrages des plus grands capitaines anciens et modernes.
Pour connaître le caractère français, il faut se rappeler l'impression que produisit la proclamation solennelle des dangers de la patrie : au lieu d'attrister les cœurs , elle les enflamma d'audace et d'espérance. « Enfin nous ne sommes plus trompés > on dit la vérité au peuple , et on lui témoigne la plus noble confiance en son courage. Nous ne serons plus trahis ; l'Assemblée nationale prend en main la cause du peuple, et lui confie le salut du pays. Que la cour, que Louis XVI, que Marie - Antoinette conspirent s'ils le veulent : le peuple, ses magistrats, ses députés, les sociétés populaires sont là pour avoir les regards fixés sur eux, et les empêcher d'exécuter leurs complots. Le gouvernement passe évidemment du roi à la nation -, notre sort est désormais entre nos mains, il ne dépend plus d'un homme incapable , perfide et lâche. Mais que chacun de nous veille sur le? ennemis du dedans et sur ceux du dehors. Il n'y a plus maintenant qu'une pensée, cçlle dq salut de la patrie. Serrons-nous les uns contre les autres, et formons de nos soldats une phalange immense que l'Europe ne puisse entamer , sans rencontrer derrière elle le peuple français tout entier sous les armes. » Voilà ce que l'on disait partout, et puis on se pressait mutuellement les mains, on s'embrassait, on se promettait, non pas la vaine et trompeuse union tentée par Lamourette ; mais un. concert de volontés et d'efforts qui venait d'une profonde ré solution du cœur. La proclamation des dangers de la