PETITION DU PEUPLE DE PARIS
français, il consentit à faire partie du conseil exécutif. Homme simple, plein de candeur, ne soupçonnant pas le mal, et ne l'apercevant pas au milieu des hautes méditations qui le ravissaient, il était peu propre à imprimer l'essor à une grande administration -, en politique, il suivait le mouvement, et ne le donnait pas-, mais il possédait dans son savoir, dans son esprit , dans son zèle ardent pour le bien public , des ressources immenses pour subvenir aux pressantes nécessités de l'administration d'un état en péril. Quant à Danton, lui-même disait : « J'ai été porté au ministère par un boulet de canon, » Ce mot exprimait avec énergie ce qu'on attendait de son audace, et proclamait que le ministre de la justice serait toujours le ministre de la révolution.
Quoique la suspension de Louis fût un véritable prélude de la ruine du pouvoir royal, elle ne suffisait pas au peuple, qui demandait à grands cris la déchéance. Danton avait quitté sa tribune de conspirateur aux Gordeliers, où il avait appris sa nomination. En partant , il laissa la place aux orateurs implacables qui surgissent tout à coup après la victoire , et ces hommes ne cessaient de demander i l'assemblée d'en finir avec Louis, coupable aux yeux de la France , et accusé par toutes les voix du peuple. À chaque heure, la salle était entourée et pressée par la foule des pétitionnaires; elle venait se briser contre les portes avec une telle violence qu'à plusieurs reprises on crut que l'enceinte sacrée de la majesté législative allait être violée. Les Girondins et tous les députés craignaient que le peuple ne pénétrât dans le sein de la représentation nationale, et n'immolât la famille royale même sur l'autel qu'elle embrassait comme un appui et une sauve-garde. Envoyé pour calmer l'effervescence de la multitude, Henri de Larivière rentra bientôt dans l'assemblée, qu'il rassura un peu par ces paroles énergiques : « Oui, messieurs, je le ****> je l'ai vu, je l'assure, la masse du peuple est décidée
à périr mille fois plutôt que de déshonorer la liberté par aucun acte d'inhumanité , et, à coup sûr, il n'est pas une tête ici présente, et Ion doit rn entendre, qui ne puisse compter sur la loyauté française.» Une nouvelle députation se présente pourtant à la barre , en invoquant la déchéance. Le président Vergniaud eut assez de présence d'esprit pour répondre en ces termes : « Je suis charmé qu'on me fournisse l'occasion d'expliquer l'intention de l'assemblée en présence des citoyens : elle a décrété la suspension du pouvoir eiécutifj et elle a nommé une Convention qui déciderait irrévocablement la grande question de la déchéance -, en cela elle s'est bornée à ses droits , qui ne loi permettaient pas de se faire juge elle-même de la royauté, et elle a pourvu au salut de l'état, en mettant le pouvoir exécutif dans l'impossibilité de nuire \ elle a satisfait ainsi à tous les besoins, en demeurant dans la limite de ses pouvoirs. » Ce langage ferme et mesuré en imposa aux pétitionnaires , qui se retirèrent satisfaits. La séance fut suspendue à trois heures du matin, et la population révolutionnaire se retira lentement dans ses demeures, quittant à regret le théâtre de sa victoire. On savait que la nuit est souvent plus cruelle que le jour : aussi on avait eu soin d'illuminer le palais , la cour et les jardins, pour prévenir les malheurs qui auraient pu survenir dans les ténèbres. Tous les citoyens étaient sous les armes.
La séance de l'Assemblée nationale fut reprise à sept heures du matin. L'aspect de la famille royale tombée dans un tel abaissement et toujours menacée, et plus encore l'agitation de Paris porté à n'épargner aucun Suisse, aucun des défenseurs de la cause royale, déterminaient les représentai de la France à employer tous les moyens pour calmer ce peuple que la victoire rendait furieux. Pétion se présenta à l'assemblée -, il fut vivement applaudi -, il ne fit que paraître et retourna à l'hôtel-de- ville. On espérait beaucoup de son influence et de son crédit \ mais comme on