LES SUISSES
avait séquestré le vertueux Pétion pendant l'attaque et le siège du château , de même on se défiait de sa modération, et une opinion plus prononcée que la sienne aurait paralysé tons ses efforts. Déjà il n'était plus maire que de nom. Cependant les Suisses réfugiés aux Feuillans, et dont le peuple demandait les têtes , furent protégés par une déclaration qui annonçait que les Suisses conspirateurs du 10 août seraient jugés d'après les lois. Ces défenseurs de la couronne , que des traités devaient couvrir et rendre sacrés, parvinrent à gagner, non sans peine, l'Abbaye, ou se trouvaient déjà les officiers.!
Ils étaient prisonniers , arrêtés comme traîtres , comme conspirateurs. Chabot , violent jusqu'au délire avant l'action, et cruel après la victoire, demandait leur mort et trouvait des échos nombreux aux Cordeliers, aux Jacobins, cl surtout à lhûtel-de- ville, où toutes les passions révolutionnaires venaient fermenter comme dans un foyer d'incendie. Les Girondins, détrompés de l'espérance de voir Pétion refouler dans les rangs des simples citoyens les hommes que les flots des faubourgs avaient portés au pouvoir-, les Girondins, qui comprenaient le danger de laisser les exagérés des sections maîtres de Paris, auraient bien souhaité dissoudre la nouvelle municipalité $ mais les révolutionnaires dont elle était composée s'étaient saisis du pouvoir avec une main de fer, et ne croyaient rien d'interdit à leur audace. Ils ne craignaient point de dépouiller l'assemblée elle-même de plusieurs de ses prérogatives. Robespierre, qui s'était caché pendant le péril , suivant l'accusation intentée contre lui par Barbaroux, Robespierre, naguère encore rédacteur du Défenseur de la Constitution , vint tout à coup se mettre à la tête de la municipalité révolutionnaire, dont il s'attachait à justifier les usurpations de pouvoir , en déclarant que ce n'était point l'assemblée , mais la Commune, formée par les sections, qui avait sauvé le pays et empêché la cour d'exécuter une Saint*
Barthélémy des patriotes. C'est avec cette image , perpétuellement offerte aux yeux des auditeurs, qu'il remuait toutes les passions. Au reste , quels que fussent les projets de la cour , dont le triomphe n'aurait pas manqué de faire un grand nombre de victimes, rien n'autorisait en principe les usurpations de la Commune , qui exerçait véritablement tous les droits délégués par le peuple à ses représentons. En effet, par un simple arrêté, elle avait suspendu, ou plutôt aboli, le directoire et le conseil du département , les juges de paix , et s'était arrogé aussi toutes celles de leurs attributions relatives à la police. Les députés de la Gironde sentirent bien les conséquences de cette audace ; mais n'osant et ne pouvant la réprimer , ils gardèrent le silence-, et l'assemblée, que les circonstances entraînaient dans cette voie , décréta que la police dite de sûreté générale serait rangée dans les attributions des municipalités. C'était là, sans doute, créer un pouvoir dictatorial pour la Commune ; mais comment éviter cette faute? Le 10 août et le renversement du trône étaient [vraiment l'ouvrage de la Commune, c'est-à-dire de la majorité des sections de Paris ; le peuple, qui obéissait à leuç impulsion et surtout à la voix de Danton, était encore dans la plus grande effervescence, et continuait ses barbares exécutions-, sans la Commune et le peuple, la cour n'eût pas été vaincue ; la Commune et le peuple étaient les véritables sauveurs de la représentation nationale, que Louis XVI et Marie- Antoinette victorieux auraient décimée ou tout au moins dissoute ; enfin, Paris tout entier, Paris en armes, était en face d'une assemblée délibérante, comment aurait-elle pu résister? Comment ne pas laisser les rênes du pouvoir entre les mains hardies qui s'en étaient emparées? Et où trouver d'ailleurs un principe de force, si ce n'était dans les autorités et dans les sociétés populaires répandues sur toute la surface du royaume? Au point où en étaient les choses, il n'y avait que deux partis à prendre :