CONDUITE DE L ALLEMAGNE
Celte communication fui applaudie ; mais le peuple savait que c'était avec désespoir que Louis XVI avait fait une démarche qui d ailleurs n'était propre qu'à retarder l'explosion.
Les électeurs de Trêves , de Cologne et de Mayence , de concert avec François, favorisaient ouvertement les levées de troupes que faisaient les princes émigrés , et , poussant plus loin leurs provocations , fournissaient à ces rebelles, qui menaçaient leur patrie, des armes et des subsides. On parlait même de réunir à Aix-la-Chapelle un congrès qui ferait , par rapport à la France , ce que celui de La Haye avait fait lors de la dernière révolution du Brabant. Un autre incident vint précipiter un événement qui était dans le cours inévitable des choses : Noailles avait cnGn envoyé la déclaration catégorique qu'il avait exigée de la cour de Vienne. Le comte de Cobentzel , auteur de cette déclaration, exigeait, au nom de son maître , le rétablissement de la monarchie française sur les bases fixées par la déclaration royale du 25 juin 1789. C'était nous imposer le rétablissement des trois ordres , la restitution du comtat venaissin , celle des biens du clergé déjà vendus , et par suite la banqueroute inévitable , enfin la destruction d une constitution jurée par l'assemblée , par le roi et la nation. Voilà ce que des hommes d'état, vieillis dans la connaissance des affaires , osaient prescrire à la France } voilà ce que les premiers politiques de l'Europe croyaient pouvoir obtenir de l'épouvante d'une grande et puissante nation qui avait acquis dans. la conquête de la liberté le profond sentiment de sa force. L'Europe paiera bien cher cette grande faute de quelques ministres , qui jugèrent de nous comme de la Pologne , de la Hollande et du Brabant. Dumouriez, comprenant tout le parti quil pouvait tirer de cet insolent défi , s'empressa d'entraîner Louis XVI à l'assemblée , le 20 avril. Au moment de l'arrivée du monarque, tous les députés se levèrent, et
demeurèrent dans le plus respectueux silence. La Gironde, instruite du motif de la démarche du prince, était triomphante. « Je viens , dit Louis XVI , au milieu de l'Assemblée nationale , pour un des objets les plus importans qui doivent occuper l'attention d'une nation. Mon ministre des affaires étrangères va vous lire le rapport qu'il a fait dans mon conseil sur notre situation politique. »
Dumouriez prit immédiatement la parole : il développa tous les griefs que la France avait contre l'Autriche depuis le traité de 1786. Il reprocha à la mémoire de Léopold les conférences de Padoue , de Reichenbach , de La Haye et de Pilnitz , la haine inspirée contre nous au successeur de l'immortel Frédéric, la conduite double de Kaunitz, les paroles trompeuses de sa note, en date du 18 février dernier , pièce importante de la négociation ouverte avant la mort de Léopold, la violation du territoire de Bâle par la garnison allemande placée dans le pays de Porentruy ; enfin considérant l'ultimatum du roi de Bohême et de Hongrie (i), en date du 18 mars, comme une manifestation hostile , Dumouriez fit ressortir la perfidie , l'insolence et la mauvaise foi de cette réponse , et termina par la conclusion suivante du rapport qu'il avait fait au roi : « Sire , de cet exposé il résulte :
1° Que le traité de 1738 est rompu par le fait de la maison d'Autriche;
2° Que le concert entre les puissances, provoqué par l'empereur Léopold, au mois de juillet de 1791 , confirmé par le roi de Hongrie et de Bohême , d'après la note du prince de Kaunitz , du £8 mars 1792 -, que cet ultimatum des négociations, étant dirigé contre la France, est un acte d'hostilité formelle ;
5° Qu ayant mandé, par ordre de votre majesté, quelle se regarderait décidément comme en état de guerre , si le retour du courrier n'apportait pas une dé-
(i) François l" , qui deviendra empereur sous le nom de François II.