‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 82 sur 125 · DERNIER COUP D OEIL SUR LA LEGISLATURE · texte numérisé non relu

DERNIER COUP D OEIL SUR LA LEGISLATURE

constitution, mais elle se trouvait en face d'un roi qui ne la voulait pas*, comme la constituante elle se fit une loi de croire à la bonne foi de Louis, et saisit toutes les occasions de se rallier à lui. Elle renfermait dans son sein , sous le nom de Feuillans , une foule d'hommes qui , rattachés i Lafayette comme défenseurs de la couronne , n'avaient pas tous le même attachement que lui pour la liberté. Plusieurs ne manquaient ni de talent ni de sincérité , mais beaucoup désiraient an fond du cœur, sinon le retour du despotisme , qui n'est sûr pour personne, au moins un gouvernement comme celui d'autrefois, tempéré par quelques garanties et retenu par certaines barrières. Dans ce parti se réfugiaient quelques députés, qui cachaient sous un amour prétendu de la constitution une haine ardente et profonde contre le nouvel ordre de choses. D'autre part, les membres de l'extrême gauche , en oubliant qu'ils n'étaient pas aux Jacobins, firent souvent entendre, à la tribune nationale, des paroles et des propositions dont la sauvage énergie et l'imprudente violence nuisaient à leur influence sur les délibérations, mais leurs discours avaient de l'écho dans le peuple, et préparaient l'ascendant qu'ils allaient obtenir en se rapprochant chaque jour davantage de lui. Les Girondins , plus éloquens et plus mesurés même dans leurs plus véhémentes harangues, disposaient de la majorité de l'assemblée ; leurs adversaires régnaient à lai Commune , dans les sections, aux Jacobins et aux Gordeliers , c'està-dire sur Paris.

La législature n'a point laissé , ne pouvait laisser d'aussi brillans souvenirs que ceux de la constituante; mais elle n'a été ni compromise par une aristocratie non moins hostile au trône , qu'elle prétendait soutenir, qu'au peuple qu'elle haïssait, ni souillée par la vénalité de quelques uns de ses membres, ni déshonorée par des intrigues avec la cour. On ne peut lui reprocher d'avoir fait bon marché des libertés du peuple pour en doter une couronne parjure. Les

décrets sur les prêtres furent une faute , et un malheur peutêtre inévitable dans l'état d'irritation des esprits contre cette caste qu'il fallait gagner, ménager et tout au moins laisser paisible. Malgré les hautes pensées de Mirabeau, sur la question des émigrés, la législature eut raison de les frapper d'interdiction et de mettre la main sur leurs propriétés. Au 20 juin, l'assemblée, assiégée elle-même en quelque sorte, s'efforça cependant de prêter secours au roi, et de veiller sur lui avec un véritable zèle. Au 10 août, elle se trouva impuissante devant l'insurrection, et laissa tomber le trône, que Louis n'avait pas su défendre. Nous avons exposé les difficultés de sa position au 2 septembre , elles étaient grandes sans doute ; une assemblée délibérante, qui n'a point de forces matérielles, ne peut lutter seule avec un peuple révolté ; cependant , si la législature se fût transportée tout entière devant Tune des prisons pour servir de rempart aux détenus contre la rage des égorgeurs, peut-être cette démarche solennelle aurait-elle obtenu un succès bien cher à l'humanité. Mais aussi une pareille tentative pouvait ne pas réussir et compromettre gravement la représentation nationale, qui avait d'autres devoirs à remplir envers le pays. D'ailleurs cette même «assemblée, qui trembla peut-être devant quelques brigands , qu'elle croyait appuyés du peuple hors de lui-même et emporté par les fureurs de la vengeance , légua, en partant, à ses successeurs un décret qui contenait toutes les mesures nécessaires à la répression des crimes, au retour de l'ordre et à la renaissance de l'autorité du gouvernement. Ce-décret, rendu la veille de la séparation des membres de la législature, portait : 1° que chaque citoyen se munirait à sa section d'une carte civique qu'il serait tenu d exhiber à la réquisition de tout officier civil ou militaire ; 2<> que la municipalité de Paris et le conseil général de la Commune seraient renouvelés ; 5° que Tordre pour faire sonner le tocsin et tirer le canon d'alarme ne pourrait être donné sans un décret du Corps

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