‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 81 sur 125 · DERNIER COUP DOEIL SUR LA LÉGISLATURE · texte numérisé non relu

DERNIER COUP DOEIL SUR LA LÉGISLATURE

conduite irréprochable , d'user avec prudence du pouvoir itamensequi leur restait, ils voulurent renverser le nouvel édifice qu'ils étaient chargés de conserver. Un système constant de déception conduisit la cour jusqu'au voyage de Va rennes. Louis se croyait si assuré du succès , il avait tellement la certitude de reconquérir tout ce que la couronne avait perdu , qu'à son départ , et sans attendre son arrivée dans le lieu où il se proposait de parler en maître, il divulgua, par un imprudent manifeste, la longue hypocrisie de sa conduite, l'audace de ses parjures et ses intentions contre'-révolutionnaires. Louis s'était trompé dans ses espérances, et ne se connaissait pas lui-môme. Ses mesures étaient mal prises ; il manqua de courage et de présence d'esprit dans le moment décisif. Il pouvait franchir la frontière, ou tout au moins occuper Longwy, qui l'attendait} il se laissa arrêter, faute d avoir su parler en homme et en roi. Bien loin de dicter des lois souveraines à la France , au milieu d'une armée que les étrangers seraient venus grossir, il revint en captif du peuple , et détrôné par le malheur sans dignité. Dès ce moment, plus de royauté possible pour le successeur de Louis XIV. Les patriotes ardens, qui n'avaient point cessé de dénoncer le monarque et sa cour à l'opinion , comprirent cette vérité politique , et s'appliquèrent à la proclamer sous toutes les formes. Ils voulaient la déchéance et le renvoi de Louis, en vertu d'une sentence nationale qui aurait déclaré le divorce éternel entre lui et la France. Ce parti était grand, sage; on peut dire même qu'il était plein d'humanité. Les séductions de Marie-Antoinette pendant le retour de Varennes , le prestige de la grandeur déchue, les complaisances du parti des Lameth , réunis alors à Lafayette, un reste de culte et de respect pour la dynastie , une obstination de confiance dans la probité du roi , si hautement démentie , le vice radical de la faiblesse dans la majorité de l'assemblée, où manquait l'homme de génie qui eût osé la république ,

entraînèrent les politiques de 1 époque et leurs trop dociles collègues à relever le trône, en ajoutant à cette première faute celle de rendre des forces au pouvoir exécutif. Mais la nation ne pouvait plus pardonner à Louis, et Louis, de son côté , ne pouvait plus pardonner à la nation. Plein du souvenir de la profonde humiliation de son retour , de sa captivité dans le palais de ses ancêtres , il n'accepta la constitution que pour s'en servir comme d'un voile à ses desseins contre elle.

Les dispositions secrètes et les manœuvres perfides du prince n'étaient un mystère pour personne ; tous les amis de la liberté le tenaient pour suspect : voilà ce qui explique comment , malgré les efforts d'un parti assez nombreux qui voulait absolument croire à l'innocence du prince et le conserver, la majorité de la législature lui montra des dispositions hostiles dès l'ouverture de la session. Néanmoins tous les avertissemens possibles furent donnés à Louis par l'opinion , et surtout par cette éloquente Gironde , qui , touchée d'une générosité hors de saison, entraînée comme les coryphées de la révision, par ce qu'on appelle des considérations d'hommes d'état , et reculant, au moment même du combat, devant les conséquences de la vindicte populaire , avait conçu l'espérance et le désir de sauver la monarchie. Rien ne put ni éclairer ni changer Louis, obstiné dans ses projets ; il accepta la guerre pour nous trahir-, il dit aux rois étrangers : « Venez me délivrer de mori peuple , et détruire dans la révolution le génie de eelles qui vous menacent. » Les yeux perçans du peuple et de ses amis pénétrèrent ces menées ténébreuses : à l'aspect des alliés qui menaçaient notre territoire, ses profonds ressentimens se changèrent tout à coup en une ardente colère, et le 10 août renversa le trône. L'assemblée législative n'enfanta point cette journée , elle ne fit que la subir, et en tirer les inévitables conséquences.

Gomme l'Assemblée constituante, la législature voulait la

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