AFFAIRE LALLY-TOLLENDAL ^ 176G
... Depuis l'affaire de Calas, toutes les victimes injustement immolées ou poursuivies par le fer des lois, trouvaient en lui un appui ou un vengeur.
1 Mémoire pour Philibert Potin, Anloi)ie Potin. Marie Elisabeth et Suzanne Pofm, héritiers aux meubles, acqu^'ts paternels de la feue dame Maincy leur tante. Daniel de Pernay, rapporteur de l'appel, Cassen, avocat, (Delormel, 1764.) (Note de l'auteur.)
2 Thomas Arthur comte de Lally, baron de Tollendal, né en 1702, à Romans (Dauphiné), était fils de sir Gérard Lally, qui avait suivi en France Jacques H. Il entra fort jeune au service, et parvint au grade de général. Nommé gouverneur des établissements français dans l'Inde, il ne put partir qu'avec des ressources insuflisanles. Il conquit la côte de Coromandel et assiégea les Anglais dans Madras. Mais n'étant pas secondé par les chefs
Le supplice du comte de Lally excita son indignalioii. Des jurisconsultes jugeant à Paris la conduite d'un général dans l'Inde ; un arrêt de mort prononcé sans qu'il eût été possible de citer un seul crime déterminé, et de plus annonçant un simple soupçon sur l'accusation la plus grave; un jugement rendu sur le témoignage d'ennemis déclarés, sur les Mémoires d'un jésuite qui en avait composé deux contradictoires entre eux, incertain s'il accuserait le générai ou ses ennemis, ne sachant (|ui il haïssait le plus, ou qui il lui serait plus utile de perdre: un tel arrêt devait exciter l'indignation de tout ami de la justice, quand même les opprobres entassés sur la tête du malheureux général, et l'horrible barbarie de le traîner au supplice avec un bâillon, n'auraient pas lait frémir jusque dans leurs dernières libres tous les ca^urs que l'habitude de disposer de la vie des hommes n'avait pas endurcis.
Cependant Voltaire parla longtemps seul. Le grand nombre d'employés de la compagnie des Indes, intéressés à rejeter sur un homme (|ui n'existait plus les suites funestes de leur conduite; le tribunal puissant (pii l'avait condamné; tout ce (pie ce corps traîne à sa suite d'hommes dont la voix lui est vendue; les autres corps (jui, réunis avec lui par le même nom, des fonctions comnmnes, des intérêts semblables, regardent sa
d'escadre, sans argent pour payor ses soldats nuilint-s, il lui conlraint de lever le siège. Bientôt, attaqué lui-même dans Pondidiéry, abandonné par la flotte, à bout de l'orre et de sacrilices. il dut. après 9 mois do résistance, se rendre. Conduit en Angleteric et relâché sur parole pour venir répondre aux calomnies de ses ennemis, il se constitua prisonnier à la Bastille, et y resta 18 mois sans tMre interrogé. Accuse enfin de trahison et de concussions par ceux-là même qui avaient causé sa ruine, Lallj-Tollendal, après un procès inique, sans avoir pu obtenir de défenseur, fut condannic à mort par la grand'chambre du l'arleinent de Paris, cl mené au supplice un bâillon a la bouche. (H. d'A.)
cause comme la leur; enlin le minisière honteux d'avoir eu la faiblesse ou la politi(|ue cruelle de sacrider le comte de Lally à l'espérance de cacher dans son tombeau les fautes qui avaient causé la perte de l'Inde; tout semblait s'opposer à une justice tardive. .Mais Voltaire, en revenant souvent sur ce même objet, triomi)ha de la prévention et des intérêts attentifs à l'étendre et à la conserver. Les bons esprits n'eurent besoin (jue d'être avertis; il entraîna les autres : et lorsque le (ils du comte de Ijally, si célèbre depuis par son éloquence et par son courage, eut atteint l'âge où il pouvait demander justice, les esprits étaient préparés pour y applaudir et pour la solliciter. Voltaire était mourant lorsque, après douze ans, cet arrêt injuste fut cassé; il en apprit la nouvelle, ses forces se ranimèrent, et il écrivit : Je meurs content; je vois que le roi aime la justice; derniers mots ([u'ait tracés cette main qui avait si longtemps soutenu la cause de l'humanité et de la juslice. — CoNDORCET. Vie de Voltaire.