‹ Histoire complète de la vie de VoltaireChapitre 64 sur 122 · PROCLAMATION DE LA LIBERTÉ DU PAYS DE GEX.. — TRIOMPHE DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

PROCLAMATION DE LA LIBERTÉ DU PAYS DE GEX.. — TRIOMPHE DE VOLTAIRE

Le jour iiue les états du pays de Gex furent assemblés pour accepter ou rejeter les conditions de la liberté du pays que M. de Turgot leur proposait de la part du roi, tout le monde des environs courut à Gex pour savoir si les étals signeraient. M. de Voltaire s'y transporta, et apn-s Itien des débals il lit

et sa femme); '2" Fragment sur le procès criminel de Monibailli. roué et brûlé vif à Saint- Omer. en 1770, pour un prétendu parricide; et sa femme condamnée à être brnlce vive, tous deux ncotmus innocents. Le premier iiiforluin' en tii\eur duquel inlervinl V(iil;iire lut i;iiniral Byng. Ayant été battu (1750), prùs de Minorque par l'amiral français La Galissonniére, il fut traduit devant un conseil de guerre, rondamné à mort, et fusille (l 'i mars 1757). Voltaire, qui avait connu l'amiral durant son exil à Londres (de 1720 a 1728), fil tout ce qui (icpcndiiil de lui pour le sau-

recevoir les conditions. La foule etilouraii la maison et attendait avec perplexité. Quand j'eus écrit la délibération et (jue l'on eut signé, on annonça aux habitants rassemblés que le pays était libre. Dans l'instant tout ce monde, dont la moitié pleurait de joie, se mit à crier ; « Vive le Roi et les Etats ! Dieu bénisse M. de Turgot et M. de Voltaire ' ! » Les dragons

ver, mais ne put y parvenir, — l'orgueil britannique n'atlnicttant pas que l'Angleterre puisse être vaincue par la France dans un combat naval.

Un autre client de Voltaire fut le maréchal de camp Morangics, que la famille Verrou accusait de lui avoir volé cent mille écus par la fraude et la violence. Voltaire prit la défense de l'oflicier dans une lettre adressée à Beccaria, l'auteur du Trailé des délits et des peines (lTt1\ Voir, pour cette intervention. Alfaire Morangiès. dans les Œuvres complètes de Voltaire et aussi les Mémoires de Bachaumonl. (R. d'A.)

i Lorsque Turgot arriva aux aflaires, le public ne voyait point encore ce ([u'il projetait, et les esprits les plus éclairés étaient seuls capables d'en avoir le soupçon. Voltaire était de ce nombre, témoin cet impi'omptu qu'il composa alors :

Je crois en Turgot fermement :

Je ne sais pas ce qu'il veut faire, Mais je sais que c'est le contraire De ce qu'on fit jusqu'à présent.

Dans une ode de 1775, destinée au grand réformateur, l'illustre vieillard, comparant le passé au présent, et s'abandonnant à l'espérance, saluait l'aurore d'un nouveau jour. La révolution, grâce à ce revirement de la politique, lui semblait accomplie, et oubliant la difficulté avec laquelle les peuples changent de l'orme, dans son transport, il chantait comme Virgile la renaissance des temps :

* Contemple la brillante aurore.

Qui t'annonce enfin les beaux jours.

Un nouveau monde est près d'éclore ; Atc disparait pour toujours.

L'entrée de Turgot au ministère lui avait causé une joie si vive, que Turgot lui-même, dans les conjonctures délicates de sa position, avait été obligé de le prier indirectement d'en modérer les témoignages. En 1778,

de Ferney parurent en ce moment en superbe tenue et des lauriers dans les mains, (juils présentèrent à MM. les Syndics et Conseillers, et à M. de Voltaire ; ornèrent de rubans les chevaux de son carrosse, et le ramenèrent en triomphe chez lui. On le comblait de bénédictions sur le roule ; il pleurait lui-même d'attendrissement. Ce moment est un de ceux qui ont le plus touché ce vieillard respectable, qui était passionné pour le bien public '. — Mémoires sur Voltaire el sur ses ouvrages par Longciiami* et WAtiMi-UE, ses secrétaires, t. l. Addition au Commentaire historique, par Wagmérf..

dans l'enivi-cnieiit de son ti'iomplie, on le vit se précipiter, pour lui prendre les mains, en lui disant d'une voix étouffée par les larmes : <* Laissez-moi baiser cette main qui a signé le salut du peuple. » (R. dA.)

i « M. de Voltaire écrit qu'il a rendu libre le pays de Gex et de Ferney; qu'il la débarrassé des corvées et des fermiers ; que soixante-douze commis se sont retirés de ce pays-là, et que le conimcrce va être libre au dehors avec Genève, la Suisse et la Savoie. Il ajoute qu'il mourra content après cette bonne œuvre. » {Mémoires secrets, etc. |Racliaunionl]. t. IX, p. 45. du \1 février 1790). — Tout cela est vrai, sauf qu'il ne put venir à bout défaire supprimer les corvées-, les états du pays s'y opposèrent, el rendirent ses efforts inutiles : Ce ne fui (|u'eu 1781 qu'on les abolit. (Wagnièrcs. Examen des Mémoires de Bachaumnnl, Mémoires sur Voltaire el sur ses ouvrages, par Lonpdiamp et Wagnicre, t. I. p. 'i90). — ■Voltaire écrivait à son ami Cliabanon (a) le 8 janvier 187() : (^ Lorsque vous viendrez souper à Saconay ou ii Ferney, vous ne verrez plus de pandoures des fermes générales, fniiillanl des religieuses et troussant leurs cottes

sacrées. Ces petits scandales n'arriveront plus dans mon voisinage. Tous

* les alguazils de notre pays sont partis avec l'étoile des trois rois. Nous

sommes libres aujourd'hui connne les Genevois et les Suisses, moyennant

une indemnité que nous payons à la ferme généiale. .le ne sais point de plus

beau spectacle que celui de la joie publique; il n'y a |»ninl d'opéra qui en

[a) Liltcrateur (I7HO-1702, membre de l'Académie française el de celle (les In.scriplions. n'était un créole de Saint-Domingue. (H. d'A.)

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