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Histoire complete de M. A. Thiers Laurent Martin

Ii y a un peu plus de deux années que s’est déchaînée sur la France l’effroyable tempête qui, avec elle, a apporté tant de fléaux. Fier de ses gloires passées, fort de ses victoires récentes, se reposant au sein d’une prospérité toujours croissante, le pays, à peine agité çà et là par quelques passions politiques, semblait n’avoir qu’à jouir de ses richesses, quand, tout à coup, une volonté imprudente et coupable le précipita dans la plus funeste aventure que puisse courir une nation.

Les projets ambitieux d’une puissance voisine flous semblaient menaçants ; la France avait protesté et obtenu satisfaction. Mais on nous assurait que la satisfaction n’était point complète, que notre honneur avait été outragé dans la personne de

notre ambassadeur, enfin qu’il était honteux de n’en point tirer vengeance. Il fallait déclarer la guerre.

Les députés de la nation, entraînés, les uns par une triste servilité, les autres par une confiance folle, approuvaient, provoquaient même, pour la plupart, cette extrême et fatale résolution.

Soudain, un illustre vieillard, éclairé par les grandes leçons de l’histoire, versé dans tous les secrets de la vie des peuples, mûri par une expérience de cinquante années, se leva et, dans un langage presque prophétique, adjura le pouvoir, les ministres, les représentants du pays, le pays lui-même, de ne point tenter une telle entreprise. On ne voulut point l’entendre. Ses sages avertissements furent couverts par les huées ; on l’accusa de a sonner la trompette de nos désastres » (1). Quatre ans auparavant, alors que l’Empire laissait s’élever à nos frontières une puissance formidable, il avait dit à nos politiques imprévoyants :

« Vous n’avez plus une seule faute à commettre ! » Malgré ses éloquentes et énergiques protestations, la faute suprême fut commise et, d'un cœur léger , on précipita la France dans une guerre terrible dont l’issue n’était que trop facile à prévoir.

(I) Mot du marquis do Piré.

Nos désastres furent foudroyants, irréparables. L’Empire tomba. La lutte semblait impossible à soutenir, cependant la France voulait se défendre et, tandis qu’elle tentait des efforts héroïques, celui qui avait, d’une vue si claire, pénétré l’avenir, s’en allait à travers l’Europe, chercher de cour en cour, une alliance, un appui, une sympathie, une chance quelconque de salut.

Et quand tout espoir fut perdu, quand la France épuisée dut acheter la paix, ce fut encore lui qui, déployant toutes les ressources de son habileté, sut fléchir les exigences de nos vainqueurs et en obtenir des conditions moins dures et moins humiliantes. '

Alors le gouvernement était en quelque sorte vacant, toutes les espérances des partis pouvaient se réveiller, et les luttes politiques allaient engloutir le peu que nous avait laissé la guerre étrangère. Heureusement les représentants de la nation eurent assez de patriotisme pour étouffer leurs aspirations et, tournant leurs regards vers le grand homme d’Etat qui avait rendu tant de services, et que les suffrages de vingt-six de nos départements venaient' de récompenser, ils remirent entre ses mains les destinées de la France.

Tous ces maux qu’il avait prédits, mais

qu’il n’avait pu conjurer, le nouveau président de la République voulut les réparer.

Et il se mit à l’œuvre avec un courage et une ardeur que ni l’âge ni les fatigues ne purent ébranler.

Et, malgré nos luttes insensées, malgré les effroyables excès de la Commune, le calme nous a été rendu ; la France s’est relevée aux yeux des nations ; elle a recouvré son crédit ; elle ne comptera bientôt plus un soldat ennemi sur son territoire, et, libre, elle pourra retrouver dans le travail sa force et sa prospérité.

Certes, celui qui a tant fait pour le salut commpn mérite l’admiration, et sa vie peut être assurément donnée en exemple. Qui croirait cependant qu’il n’existe pas une biographie complète de cet homme, que cette vie, si longue et si remplie, n’a pas été racontée ! Pas un livre qui montre au * prix de quels efforts, de quel labeur incessant, après tant de fortunes diverses, cet homme est parvenu aux honneurs suprêmes !

C’est cette lacune que nous avons voulu combler. Il est bon que l’on puisse apprendre en France pourquoi et comment M. Thiers s’est trouvé, vers la fin de sa carrière, être le seul homme, peut-être, capable d’éloigner de nous les tempêtes politiques et de nous donner ce repos dont nous

avons tant besoin pour réparer nos forces.

Il est bon, il est utile, qu’à une époque où l’on semble oublier que le travail est la première loi de l’homme, on puisse avoir les enseignements de cette existence tout entière consacrée au travail. Enfin, il nous semble aussi que nous faisons acte de réparation et de reconnaissance, en rendant à M. Thiers la justice qui lui est due.

Nous ne nous départirons pas cependantde la plus grande impartialité, et nous ne craindrons pas de critiquer ce qui nous paraîtra devoir l’être, et avec une liberté d’autant plus large qu’il n’est point de fautes, si graves qu’elles soient, qui ne s’effacent devant le nombre, la valeur et l’éclat des services rendus.

Laurent Martin.

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M. A-* TïïIEîR,©

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