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« Non, la France ne songe pas à la guéri ne songe qu’à se reconstituer, et sa vraie che pour elle, c’est de refaire ses forces, e montrer à l’Europe et au monde dans l’a ferme qu’elle a toujours eue et qu’elle doit te garder. Messieurs, ne craignez rien; tout le en Europe apprécie la gravité de la situ tout le monde en Europe sait combien la est devenue une chose terrible, et je ne voi part personne qui soit disposé à troubler h Nous ne voulons pas la troubler, personne rope ne veut la troubler davantage, person songe. Nous pouvons donc reposer en paix.
« Quant aux alliances, on parle tous le d’alliances qui pourraient menacer le re] l’Europe. Tout cela est faux ; à l’heure qu on ne connaît pas l’Europe, si on ne cor pas que la circonspection règne partout, que tout le monde est sage, prudent, et qi sonne ne songe à s’engager à personne ni personne. L'Europe, je le répète, se réser regarde, et le succès appartiendra à ceux conduiront avec le plus de sagesse, le p suite et le plus de tenue.
« Croyez que la .peinture que je vous vraie. Je ne voudrais pas m’exposer à r< des événements un démenti prochain : ce dis, je le dis avec la conscience la plus parf la vérité. Je dois donc le dire hautement de 1 pays. Car si, avant de vous quitter pour qu jours, pour quelques jours seulement et in sement, il restait quelques nuages, ces ] pourraient, non pas apporter des tempêtes apporter, dans notre horizon, des troubles te fâcheux, toujours regrettables. Croyez-m
vous parle avec sincérité, vous n'avez à ciaindre ni pour l’ordre ni pour la paix, et de notre part, vous pouvez compter toujours sur un dévouement absolu à nos devoirs et aux intérêts du pays, devoir dont nous soutenons le poids le mieux que nous pouvons.» (Très-bien 1 très-bien! Applaudissements sur un grand nombre de bancs.)
Cependant les négociations avec l'Angleterre suivaient leur cours et, à travers bien des difficultés, acheminaient peu à peu les deux gouvernements vers la conciliation. M. Thiers n’avait point renoncé à son impôt sur les matières premières, et après la reprise de la session, il ne tarda pas à revenir à la charge. Son opiniâtreté l'emporta sur toutes les résistances et l'impôt fut voté.
Il faut bien le dire, M. Thiers, pendant les vingt mois de présidence qu'il vient de remplir d’une façon si glorieuse pour lui, si profitable pour nous, fut l’âme de tous les conseils, de toutes les délibérations, de toutes les résolutions. Le fonctionnement des rouages si nombreux du nouvel ordre de choses nécessitait une foule d’institutions d’un caractère plus ou moins provisoire : comités, commissions de tous genres; commission du budget, commission des grâces, commission des marchés ; commission de révision des grades, etc.
M. Thiers était partout, de tout, dans tout, apportant dans ces délibérations longues, délicates, fréquentes, toutes les lumières de son esprit universel, auquel rien ne semble étranger, ou plutôt qui semble avoir tout pénétré jusque dans les derniers secrets. , . .
Muis, tant de soins, tant de soucis, tant de travaux apportés chaque jour par les besoins incessants et les nécessités de la politique intérieure,
ne détournaient point son esprit des graves iieultés que chaque jour faisait naître poi France dans ses relations avec l’Europe.
Grâce â l'exactitude, à la facilité avec lesqi on avait payé les termes échus du tribut de gi exigé par la prusse; grâce aux garanties qu< sentait l’état de calme et d’apaisement auqi chef de |a nation française nous avait ram on put obtenir de la Prusse non point des cessions, il n’y en avait pas à attendre, mai adoucissements appréciables.
Nombre de nos départements étaient e:
occupés : en vertu de conventions spéciales dues après des négociations promptement et lement menées, on put alléger les charges départements encore détenus comme gage l'Allemagne, et diminuer graduellement l’éte de l’occupation ennemie.
Pour satisfaire aux redoutables exigence présent et de l’avenir, on avait accru consir mentent les impôts, contracté iin emprunt de de 2 milliards. L’Europe pouvait croire et cr ellèctivemeht que nous ne pourrions rassen de nouvelles ressources qu’au prix des plus gr sacrifices, et avec des difficultés sans noir Cependant, à la stupéfaction du monde entie:
put émettre un nouvel emprunt ‘de 3 milliari demi, qui fut couvert près de quatorze fois ne furent pas les trois jaiiliiards et demi que demandions qu’on nous apportait, mais plu 45 milliards. Un tel résultat obtenu à la suit l’opération de crédit la plus gigantesque qu jamais été tentée, frappa d’étonnement le gou mement français lui-même.
.Ces victoires financières nous rendirent en p
ce prestige que la fortune des arpnes nous avait enlevé; notre influence sembla renaître. Ce n'était pas seulement les capitaux français qui étaient venus à nous, l’étranger comptait pour une part considérable dans le chiffre fantastique des souscriptions à l’emprunt national. L’Europe, pas plus que nous, n'avait douté de l’avenir de la France, de sa solvabilité, de sa richesse et de son travail.
IF était à craindre, à cause même de ce qu’il y avait d'excessif dans ce succès, que la spéculation n’y eût beaucoup trop contribué, et que la réalisation et le classement de rempruut ne fussent pas aussi assurés que l'affirmaient les optimistes. Mais les faits se chargèrent de démentir promptement ces Listes prévisions. Non-seulement les versements s’effectuèrent avec la plus grande régularité, mais le chiffre des anticipations fut considérable; celui des libérations s’çfeya au delà de toutes les espérances, et le classement de ce formidable emprunt s’opéra avec une rapidité qui dépasse tout ce que, jusqu’à ce jour, on pouvait attendre de la puissance du crédit.
Ainsi, nos finances étaient réorganisées, tous les besoins de nos services publics satisfaits ; nos dettes graduellement et régulièrement acquittées aux échéances lixèes; les traces dé la guerre étrangère, celles aussi dé la guerre civile s'effaçaient peu à peu ; partout les travaux avaient repris, le mouvement des affaires retrouvait son activité, et une admirable récolte venait apporter de précieuses compensations aux pertes que la France avait subies. Sur tous les points de la France, de nouvelles entreprises commerciales et industrielles se créaient, de nouvelles lignes de chemins de fer s’achevaient, et de nombreuse
concessions accordées par les conseils généraux donnaient un système étendu de voies rapides à la plupart de nos départements.
11 restait une dernière œuvre, l'une des plus importantes à accomplir, la réorganisation de notre armée, la transformation de notre système militaire, qui doit être désormais à la hauteur des institutions qui ont fourni de si puissants éléments de succès à nos vainqueurs. Cette œuvre a été commencée, elle se poursuit avec ardeur, et, chaque jour apporte de nouvelles améliorations, dont on pourra bientôt apprécier toute la valeur et toute la portée.
Enfin, les difficultés qui s'étaient élevées entre l’Angleterre et nous, au sujet des traités de commerce que l’Assemblée avait autorisé le gouvernement français à dénoncer, s’aplanissaient; après de laborieuses négociations, on finissait par tomber d'accord, et une convention nouvelle, en donnant satisfaction aux susceptibilités de la Grande- Bretagne, assurait la possibilité d’obtenir de nos douanes les produits que nous en attendions.
Les partis, disions-nous, s'étaient calmés en France; cependant çà et là, quelques agitations politiques ou quelques intrigues isolées témoignaient encore de la vivacité de certaines opinions et des ambitions que les événements eussent dû à tout jamais éteindre.
Tandis que dans le Dauphiné et dans la Savoie, des manifestations ultra-républicaines se produisaient autour d’un des chefs les plus en évidence du parti radical, un prince appartenant à la dynastie déchue pénétrait en France pour y rallier, disait-on, les partisans du dernier régime.
L’orateur imprudent qui avait excité les pas-
sions politiques parmi des populations calmes jusque-là, fut blâmé.
Le prince Jérôme Napoléon fut arrêté et conduit hors du territoire français. En prenant sous sa responsabilité cetacte de rigueur, le Président de la République manifesta sa volonté ferme de ne laisser aucune porte ouverte aux intrigues des partis et aux espérances des prétendants, dans un moment où le calme, le repos et la paix sont les conditions indispensables au salut de la patrie.
L’Assemblée nationale, après une vacance de trois mois, rentra en session le lundi, il novembre. Le 13, M. Thiers lui adressait un message dans lequel, après avoir exposé de la façon la plus complète, la situation de la France, il exprimait le désir de voir fonder la République d’une façon définitive.
Dans les circonstances actuelles, nous ne pouvons nous dispenser de reproduire un document qui résume notre histoire politique, financière et économique, depuis le jour où M. Thiers a pris les rênes du gouvernement jusqu’à celui où il réclame les décisions du pouvoir constituant, dût-il se retirer, dans le cas où les résolutions de l’Assemblée ne paraîtraient pas lui être suffisamment favorables. *
« Messieurs,
« Après une séparation de trois mois, pendant lesquels l'œuvre de réparation que vous nous aviez confiée n'a pas été interrompue un seul instant, nous venons remplir le devoir annuel que nous imposent les institutions républicaines, et vous exposer la véritable situation du pays, le
«ien et le mal n étant ni exagérés, ni dé* « he calme sur lequel vous cbïnpflèz e VOUS aviez donné l’exemple en vous in té?
toute discussion irritante au moment de Vc
< ? a me 8 tiSt Inainten u. ftous avion ms de faire respecter la représentation nale dans la mesure de nos pouvoirs leaa nous n’avons pas souffert qu'il fût portai au respect dont elle doit être entourée; càl ce pays bouleversé par les révolutions e?
si lasouverl
nationale, ici représentée aussi légitimement a
h fut jamais, n’était l’autonté suprême s
( , oute ! u S autorité s, partout respectée, et a elle a parlé, partout obéie? ’ q
-5°“/ P° uvons l’affirmer, sauf d’i tables incidents, ce respect a été mainten oua reprenez paisiblement vos sièges de lét
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« Tout en nous attachant h maintenir l'o nousnavons cessé de Veiller au cours rég
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nos malheurs , et qui, celte année f nous procurera un mouvement commercial supérieur ci ce gu’îï avait été dans les temps les plus prospères. Né quittons pas ce sujet sans remercier la Providence, qui, dans ce moment d’immenses sacrifices, nous a envoyé les plus belles récoltes que jious ayons obtenues depuis un quart de siècle ; ce qui nous à aidés à solder une partie des sommes que nous devions acquitter au dehors. El ici, messieurs, il n’y a à remercier que Dieu, souverain dateur de toutes choses , qui, tour à tour, instruit, soutient, relève quand il lui plaît,, les nations qui ont failli, et n’ont désespéré ni de lui ni d’ elles-mêmes !
« Pefmettèz-moi, messieurs, de ne pas m'en tenir â ces énonciations générales, et d’entrer dans quelques détails sur nos affaires, les plus essentielles.
« L’emprunt du mois de juillet est, saris contredit, l'opération financière la plus considérable qu’on ait encore tentée. Jamais en effet, on n’avait demandé trois milliards et demi à la fois, et jamais on n'avait reçu pour réponse une souscription de quarante-trois milliards. Nous savons bien que les auteurs de cette offre n’auraient voulu ni pu la réaliser’, néanmoins , on est fondé à dire qu’en cette occasion, la totalité des capitaux disponibles du monde commercial a été offerte à la France.
« Il y a, d’ailleurs , quelque chose de plus significatif que l’offre , c’est | le versement. On pouvait craindre, en effet, qu’il fallût un temps bien long pour réaliser cette offre; et cependant, au jour oil nous avons l’honneur de parler devant vous, le Trésor a déjà reçu en valeurs réelles dix-sept cent cinquante millions de la part des capitalistes qui
sont venus , les uns opérer leurs versements aux époques convenues , les autres libérer en une seule fois les rentes qu’ils avaient souscrites . C’est, par conséquent , la moitié de cet emprunt colossal, réalisée en moins de trois mois.
« Nous n’avions.rien fait, du reste, pour exciter en cette circonstance la fièvre de la spéculation ; car entre les prix d’émission proposés, nous avions choisi le plus élevé, celui de 84 fr. 50. Or, les cours actuels, qui oscillent depuis deux mois entre 86 et 87 fr., prouvent que nous n’avions laissé à la spéculation que le moindre bénéfice qu’on pût lui abandonner, et que néanmoins ce bénéfice était suffisant, puisque chaque fois qu’une baisse se produit, les ordres d’achats, arrivant tout à coup du fond de nos provinces, constituent une sorte d’amortissement quotidien de plusieurs millions N par jour, qui opère le classement successif de l’emprunt.
« l/opération qui doit nous fournir les moyens de libérer notre territoire, s'accomplit donc sans aucun des accidents qu’on pouvait craindre, et que nous prédisait la malveillance. Nous n'avons pas même vu apparaître la crise monétaire qui, au précédent emprunt, s’était produite un instant, mais que des mesures prises à propos avaient arrêtée sur-le-champ. Pour des opérations si considérables et si nouvelles, l’expérience n’existait pas. Mais cette expérience s’est bientôt formée, et elle a été mise à profit par notre administration financière.
« La difficulté principale a toujours consisté, comme nous l’avons dit bien des fois, à payer à l’étranger une somme de cinq milliards . La payer en or ou en argent aurait privé le pays de tout
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son numéraire; la payer en marchandises aurait été impossible, car aucune puissance, si commerçante qu'on la suppose, n'a un commerce de cinq milliards avec quelque pays que ce soit. L'Angleterre elle-même n’a un tel commerce qu'avec le monde entier, et c’est du papier gu’on échange avec tous les pays qu’il faut se servir pour opérer de tels payements. Mais ce papier, il faut l’acheter avec prudence, si l'on ne veut pas produire une hausse du change qui grèverait dangereusement le commerce et ferait presque aussitôt sortir le numéraire. ’C’est à quoi s’est appliquée notre administration financière. En achetant avec les précautions convenables, elle s'était procuré, à un taux modéré, 450 millions de traites de tous les pays sur l'Allemagne.
« Elle ne s’était pas bornée à cette mesure. Au premier emprunt, quelque rassurant que fût l’aspect du marché européen, elle avait cru sage de se faire garantir la souscription de la totalité de l’emprunt ; ce qui avait coûté au Trésor une commission qu’il ne faut pas regretter, en présence d’une opération de deux milliards, qui ne s’était jamais vue. Au second emprunt, au contraire, celui de juillet dernier, le doute ne pouvant plus exister, l'administration des finances a eu recours à un moyen tout différent, et elle s’est fait garantir, non pas la souscription de l'emprunt, qui était certaine, mais le taux du change, qui aurait pu monter démesurément. Nous avons donc acquis, à forfait et à bon marché, sept cents millions de traites sur l'Allemagne. De plus, les souscriptions de nos rentes à l’étranger, favorisées au moyen d'un faible avantage, nous ayant encore procuré environ 300 millions de papier, nous avons pu
aborder la grande opération dont il s’agissait avec 14 à 1,H00 millions de traites sur l’Allemagne, de manière à pouvoir acquitter au dehors ces sommes prodigieuses, sans produire aucune perturbation dans les changes.
« Au jour même où nous avons l’honneur de nous adresser à vous, nous avons déjà payé à la Prusse 800 millions ; nous lui en payerons 200 en décembre. Ainsi, un milliard aura été acquitté en quatre mois, et il nous restera 5 à 600 millions de traites pour les payements de l’année prochaine.
« Cependant, comme le papier sur l’étranger attire toujours le métal à sa suite, et que le numéraire pouvait devenir rare, de grandes précautions avaient été prises, d’accord avec la Banque de France, afin de parer aux accidents qui pouvaient se produire. Vous l’aviez autorisée* en deux fois, à porter ses émissions de billets de dèux milliards 400 millions à trois milliards 200 millions; et ce grand établissement, toujours dévoué à l'Etat, avait fait travailler ses ateliers jour et nuit pour fabriquer 100 millions de petites coupures, partie en billets de 20 et de 5 ff., partie en monnaie divisionnaire d’argent.
« Grâce à ces précautions, nous avons pu opérer, sans secousse, sans embarras pour le commerce, le plus grand transport de valeurs qui ait jamais été exécuté dans le monde; et, s’il s’est rencontré quelque gêne, ce n’est pas chez nous : c’est dans les pays où des spéculations locales avaient compliqué la situation générale et où l’empressement à souscrire nos renies avait déterminé la création d’une grande quantité de valeurs. Mais cette gêne ne saurait être que passa-
gère. L'or qui arrive des colonies anglaises payera bientôt nos blés, et l’or, prix de ces blés, ira, de Londres à Berlin, liquider notre dette envers l'Allemagne.
« Quelques détails sur l’état de la Banque de France achèveront de vous faire connaître la situation économique du pays.
« Ainsi que je viens de vous le dire, vous aviez autorisé la Banque à porter ses émissions de billets de 2 milliards 400 millions à 3 milliards 200 millions. Jusqu’au mois dernier, elle n’avait pas dépassé une fois cette ancienne limite de 2 milliards 400 millions.
« Depuis un mois, la sortie inévitable du numéraire, attiré vers l'Angleterre, elles abondants secours donnés au commerce pat* l’escompte, ont exigé une plus grande émission de monnaie fiduciaire; mais encore aujourd’hui, sur les 800 millions que vous l’aviez autorisée à émettre, la Banque n'a émis que 150 millions, et il lui reste 050 millions, dont très-probablement elle n’aura pas à faire usage. , •
« il faut ajouter que son portefeuille, qui ne contenait dans les meilleurs temps que 600 à 650 millions d’effets de commerce, en contient aujourd’hui 950; ce qui révèle le plus grand développement d'affaires qui se soit encore produit dans notre pays. Elle avait, au moment où la guerre a fini, 500 millions en or et argent dans ses caisses; elle en a aujourd’hui près de 800, auxquels il faut ajouter 44 millions de lingots en dépôt, plus 50 millions en or et argent appartenant à l'Etat, ce qui constitue un dépôt métallique de 900 millions, peu inférieur à celui qui existait avant la guerre. Enfin, sur 800 millions d’effets
ajournés légalement par suite des événements des deux dernières années, il ne restait le mois dernier que 17 millions d’impayés. Il n’en reste plus aujourd’hui que 1, sur lesquels 2 ou 3 rentreront encore. Ces circonstances expliquent comment le billet de Banque de France est accueilli, dans le monde entier, à l’égal de l’or et de l’argent. Et si nous disons cela, messieurs, ce n’est pas pour en faire honneur à qui que ce soit, mais pour prouver l’étendue et la solidité du commerce français, fondement du crédit de la France elle-mêmè, et nerf de sa puissance.
« Maintenant, messieurs, il faut que je vous parle de ce commerce français, et que je vous fasse connaître quels ont été ses progrès pendant la présente année 1872. De cette année, nous connaissons neuf mois, et à l’entrée du dixième nous pouvons déjà dire avec précision ce que seront les douze. En ajoutant à ces neuf mois, trois mois évalués d’après la moyenne des neuf premiers, on est sûr de ne se point tromper; car la fin de l’année est presque toujours sa portion la plus productive. En adoptant cette base de calcul, les importations seront de 3 milliards 457 millions, et les exportations de 3 milliards 557 millions; total pour l’ensemble du commerce pendant. l’année courante, 7 milliards 14 millions. Si l’on veut apprécier le progrès obtenu, il faut remonter à l’année 1869, dernière année de la paix, et la plus fructueuse de la période impériale. Or, en 1869, le commerce a été de 6 milliards 227 millions, ce qui fait ressortir, à l’avantage de l’année courante, une augmentation de 787 millions, augmentation presque sans exemple dans les périodes précédentes.
Digitizec
« Maintenant, si l’on entre dans les détails, on sera frappé des remarques suivantes :
« Les exportations dépasseront d'une centaine de millions les importations , et elles les auraient «lépassées d'une somme bien plus considérable s-ms les introductions de céréales qui se sont accomplies au commencement de 1872, pour suppléer à la mauvaise récolte de 1871.
«Sans ces introductions tout accidentelles, la supériorité des exportations sur les importations serait non pas de 100 millions, mais de 247. Et quand je m'arrête à cette remarque, ce n’est pas que je regarde les importations comme un malheur. Il faut bien importer pour pouvoir c xporter ; mais il n’en est pas moins vrai que ta * supériorité habituelle drs exportations sur les importations , quand elle est continue dans un pays , a toujours été considérée comme le signe de sa supériorité industrielle et commerciale sur scs rivaux .
« Si, de plus, on- examine nos importations en elles-mêmes, on reconnaîtra qu’elles dénotent une grande activité manufacturière, puisqu'elles ont surtout consisté en matières premières.
«c Nous importerons, par exemple, les graisses indispensables à la savonnerie, à l’éclairage, pour une somme de 70 millions au lieu de 40 à 50. Les peaux brutes, matières de nos peaux ouvrées si recherchées, sont entrées pour une somme de 144 millions au lieu de 100. L’introduction des soies brutes dépassera de plus de 50 millions la moyenne des années antérieures.
« Les introductions de laines et de cotons bruts n’ont pas varié malgré des apparences contraires, dues à la différence des prix. Une seule de nos
importations pourrait paraître inquiet notre industrie, c’est celle des tissus
Vllll 11 P rl ii ~ 1 «kl !
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venus du dehors, laquelle recevra en froissement considérable de 30 à 86 Celle importation, qui chagrine en ce i Norman dm et les Flandres, aurait de q.
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Prouve que la cause norme introduction des tissus de colo
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? ia laveur^ temporairement accordée à Traîne, c est qu’il en entrera par la a titre de lEst plus que par toutes nos eûmes, c est-à-rlire 44 millions par ï'Als rame, contre 41 millions par l’Angle
'Th ' A ^ ema gne. C’est
état de choses qui va cesser, et qui ne quiéter serieusement nos provinces coto « Quant aux exportations, celles des
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de 20 à 25 pour cent, quelques-unes d* 30, nos exportations antérieures. Les vin de-vie se sont maintenus, les eaux-de- a compensé une légère diminution sur les i dlVers c j lliïres expliquent commet
êLueS' ede 787 millions le cornu, époques anterieures; un tel progrès dan« constances si diïïir.U ■ •
“Digltizcdby. G oogl e '
duction, ne fait pas succéder des perturbations nouvelles à deux années d’un repos presque complet.
« Reste maintenant à vous rendre compte de l’état de nos budgets; car, si la situation économique du pays n a pas autant souffert qu’on aurait pu le craindre des malheurs de la guerre, cependant les finances de l’Etat auraient pu s'en ressentir gravement. Elles s’en ressentent, en effetmais grâce aux sacrifices que vous avez courageusement consentis, le budget en cours d'exécu l ion sera facilement soldé, et nos budgets futurs se trouveront en plein équilibre.
« Le budget de 1372 a été, comme vous le savez, arrêté à 2 milliards 334 millions de dépenses, le budget départemental et communal laissé à part. Ce chiffre de 2 milliards 334 millions ne sera guère dépassé, et pour la première fois, depuis longtemps, vous avez peu ou point de crédits supplémentaires. La difficulté pour l’équilibre ne consistera donc pas dans les excédants de dépenses, plais dans l’insuffisance des recettes.' '
« Cette insuffisance avait été prévue et était facile à prévoir; car; d’une part les impôts indispensables n'avaient pas été votés à temps, et d’autre part, il n'était pas possible que Tes impôts vo<és donnassent tout de suite la plénitude de leur produit. Pour établir l’équilibre en financés, il ne suffit pas de le voter, il faut le réaliser par Ja perception, et cette seconde partie de l'œuvre exige à la fois beaucoup de temps, de soins et de fermeté administrative.
« Déjà nous avions dit, car nous n’avons rien à dissimuler, que les nouveaux impôts attribués au budget de 1872, resteraient en arrière des évalua-
tions budgétaires, non pas que les estimations eussent été forcées, mais parce que la perception ne s’établit jamais du premier coup.
« Ainsi, malgré les précautions que vous aviez prises, il est entré en sucre, café, cacao, poivre, des quantités considérables de ces denrées introduites précipitamment pour les soustraire à l’augmentation de l’impôt. Parmi ces quantités, les unes représentent une moitié, les autres un quart, un cinquième de la consommation annuelle, et elles peuvent être évaluées à une cinquantaine de millions dérobés à l'impôt. Si l'on ajoute que la frontière était restée ouverte pendant plusieurs mois, par suite de l’occupation étrangère, et que la seconde ligne de douanes, supprimée il y a plusieurs années, vient à peine d'être rétablie, on aura l'explication d’une seconde perte d’environ dix millions.
« Les boissons, les tabacs ont présenté les mêmes pertes, et celles-ci principalement par la fraude . Mais l’action de ces causes devait être passagère, et tous les jours les perceptions en souffrance se rétablissent à vue d’œil. Ainsi, en comptant par trimestre, ce qui, en faisant disparaître les variations mensuelles, rend plus sensible la marche ascendante des recettes, on constate le progrès suivant: Pour les sucres exotiques, on voit la perte qui, d’après les évaluations budgétaires, était de 9 millions pendant le premier trimestre, descendre à 4 millions pendant le second, et à 770,000 francs pendant le troisième. Pour les boissons, la perte qui était de 15 millions dans le premier trimestre, n'est plus que de 10 millions dans le second, et de 6 millions dans le troisième. Le même phénomène s’est produit sur les tabacs ; et, à cet
égard, la perte qui variait entre 4 et 5 millions pandant les premier et second trimestres, n’est plue que de 2 millions au troisième, grâce au rétablissement de la consommation d’abord ralentie, et à la répression de la fraude devenue plus efficace. L’impôt sur le papier donne la somme promise, et, probablement il donnera une somme plus forte. Le droit sur les transports des chemins (le fer ( voyageurs et marchandises de grande vitesse), estimé à 60 millions, dépassera cette évaluation.
«Tout nous fait donc espérer que les impôts votés à la fin de 1871 et au commencement de 1872 atteindront prochainement la plénitude de leur produit, et qu’à partir du 1 er janvier 1873, l’équilibre, quant à ces perceptions, sera complètement obtenu.
« Mais, tandis que les impôts de consommation, plus sensibles, plus difficiles à percevoir, laissaient un déficit, les impôts de l’enregistrement et du timbre, moins sujets à la fraude, donnaient une augmentation de produit d'environ 19 millions.
« Quant aux impôts directs, malgré les charges accablantes de ces deux années, ils se perçoivent avec une prodigieuse facilité. Ainsi, à la fin du troisième trimestre, pour huit douzièmes échus s'élevant à 401 millions, il était rentré 427 millions, c’est-à-dire 26 millions en avance.
« Néanmoins, sur l’ensemble des recettes, la fin de l’année ne pouvant compenser les retards du commencement, on peut prévoir un déficit qui s’élève en ce* moment à environ 132 millions. Mais ce déficit ne saurait avoir rien d’inquiétant, ni même d'embarrassant, si l’on songe aux annu-
lations de crédit prévues pour ce même exercice et "déjà réalisée^ sur les trois exercices précédents. Nous vous en parlerons tout à l’heure a propos du compte de liquidation. Il suffira pour l’instant de vous dire que ces annulations s’élèveront à plusieurs centaines de millions.
«Il nous reste à vous faire connaître les vraisemblances que présente l’exercice de 1873.
« Le budget de cet exercice vous a été soumis, et vous avez hâté votre retour afin de pouvoir le voter avant le 31 décembre prochain, de manière à être rentrés l'année prochaine dans nos habitudes 'financières.
« Ce budget, non compris le budget communal et départemental, avait été arrêté, en dépenses, à deux milliards 388 millions, ce qui faisait ressortir une augmentation de dépenses de 53 millions sur l’année précédente.
«La commission du budget vous a proposé quelques réductions qui, selon nous, seraient regrettables pour les services. Mais vous les apprécierez, et jusque-là les dépenses peuvent être évaluées à environ 2 milliards 374 millions.
« Quelles sont les ressources pour faire face à cette dépense ?
« L’année dernière, la commission du budget, cherchant à diminuer la somme des impôts nouveaux jugés nécessaires pour 1872, avait fait recette de 55 millions restés libres sur le produit du premier emprunt. Une ressource aussïaceidentelle ne pouvait évidemment, figurer au budget de 1873, pas plus qu’une autre somme d'environ 3 millions, également acrtdentelle. Les recettes de cet exercice 1873 se réduisaient donc à 2 milliards 286 millions, et elles ne pouvaient
plus suffire à une dépense de 2 milliards 374 millions.
« On aurait pu se borner à demander 120 millions d'impôts nouveaux, et on aurait ainsi obtenu un total de 2’milliards 406 millions de recettes, supérieur de 32 millions à la dépense. Cependant, convaincus par l’expérience que les impôts volés p’étaient pas les impôts perçus^ demandé, noq pas 120 millions d'i mais 170.
« Sf ces 170 millions étaient perçus intégralement et immédiatement, les ressources de 1873 s’élèveraient à 2 milliards 456 millions ; ce qui procprerait, par rapport aux dépenses, un excédant d’environ 82 millions, porté même à 90 millions, d'après certaines évaluations. Dans ce cas, nous aurions, dès l’année qui va s'ouvrir, dépassé l’équilibre de 82 à 90 millions. Nous serions heureux de croire à un si brillant résultat; mais nous n'osons l'espérer, du moins pour l’exercice
«Vous n'avez sans doute pas oublié le différend qni s’est élevé, à ce sujet, entre la commission du budget et nous, vers la fin de la session dernière. « Vous demandez trop, nous disait-on, et, dans « la situation présente, quand on exige tant des q contribuables, il est inhumain de leur demap- « der 60, peut-être même 80 millions au delà du « nécessaire ! » Si vous aviez partagé l'avis de nos contradicteurs, l’impôt des matières premières serait même devenu à peu près inutile. Vous ne l'avez point pensé, et l’événement vous donne pleinement raison. Ce fort excédant d’environ 90 millions pourra se réaliser en totalité ou en partie pendant les années 1873 et 1874; mais nous n’y
nous vous avons rnpôts nouveaux.
croyons pas pour 1873. La raison en est facile à donner. •
« Les impôts votés les premiers en 1871 et 1872, sur l'enregistrement, les sucres, les cafés, les alcools, les labacs sont restés, comme on vient de le voir, au-dessous des évaluations budgétaires. Mais ils auront bientôt traversé leur année d’épreuve, et ils donneront, à partir du 1 er janvier prochain, tout ce qu’on pouvait en attendre. 11 en sera autrement pour les 170 millions d’impôts votés en juillet dernier, et dont les matières premières forment la partie principale. Ceux-là aussi auront leur temps d’épreuves à traverser, et pour ceux-là, comme pour les autres, ce ne sera certainement pas trop d’une année pour qu’ils acquièrent leur complet développement; non pas, comme on vous l’avait annoncé, que les impôts sur les matières premières soient impossibles à percevoir; nous sommes heureux au contraire de vous annoncer que l’Angleterre a signé avec nous un traité, qui va être soumis à vos délibérations, et dont la première condition est la perception au 1 er décembre prochain de nos taxes fiscales.
« Ce n'est donc pas l’impossibilité de faire accepter nos nouvelles taxes, impossibilité tant et si souvent alléguée, qui nous fait douter de la rentrée des 170 millions d'impôts votés les derniers, mais bien l’épreuve préalable qui retarde la fécondité de tout impôt nouveau. C’est par ce motif qu’à la session dernière nous vous avons demandé, non pas 120 millions seulement, mais 170 millions d'impôts supplémentaires, pour être assurés que l’équilibre tant désiré, et si nécessaire à notre crédit, serait atteint. Il eût été sans doute plus facile, plus populaire, de demander moins;
mais, le mieux, le plus sage, le plus sûr, c'est de ne pas flatter le pays, de lui dire la vérité, et de ne lui demander ni plus ni moins qu’il ne faut.
« Ainsi donc, les impôts votés les premiers donnant, dès le i c r janvier 4873, la totalité de leur produit, et les 170 millions d’impôts votés les derniers en donnant une partie seulement, l’équilibre sera largement atteint à la fin de 1873, mais sera certainement dépassé en 1874 d’une somme impossible à évaluer aujourd’hui et qui pourra être considérable.
a Nous aurions voulu vous la faire espérer pour l’année 1873; mais nous aimons mieux être vrais, et ne vous la promettre que pour le moment où elle pourra se réaliser. Dans ces limites, les résultats obtenus seront assez grands pour qu’il faille autant s'en étonner que s'en applaudir !
« On se préoccupe quelquefois du compte de liquidation, mais à tort. Ce compte sera chargé sans doute de beaucoup de dépenses, et notamment des indemnités votées l'année dernière pour les pays envahis, de la restitution aux départements des sommes dépensées pour les bataillons mobilisés, de plusieurs centaines de millions nécessaires pour la reconstruction du matériel de la guerre, d’une partie de la contribution payée à l’armée allemande par la ville de Paris, de quelques sacrifices enfin que vous ne pourrez manquer de faire pour la reconstruction de nos monuments incendiés, charges qui se balanceront entre 6 et 700 millions. Mais les annulations de crédit , dont l'Empire faisait d’avance une recette des budgets, et dont nous nous bornons à faire une ressource de leur liquidation y nous ont laissé disponibles des sommes considérables.
«L’aptifde ce compte, qui avait, comme ressource propre, 90 millions, prix d'une rente appartenant à l’Etat, et 35 militons d’immeubles domaniaux, trouvera en annulatioris de crédit 53 millions sur le budget de 1869, 234 millions sur le budget de 1870, et 127 sur celui de 1871 :
total, 539 millions.
« Il *aut ajouter à cette somme un reliquat qu'on peut regarder comme certain , sur les 500 millions consacrés aux frais du dernier emprunt. Si l’on s’en rapporte au reliquat du premier , il n’y au-, rait pas de témérité à évaluer ce nouveau reliquat à une centaine de millions au moins. On aurait un actif de 639 millions contre un passif de 700 millions , lequel ne sera payable qu’en quatre ou cinq ans; ce qui pourrait être sans doute l’occasion d'une faible augmentation de la dette flottante, aujourd’hui réduite au-dessous de toutes les proportions antérieures* mais ce qui ne saurait créer la nécessité de rouvrir le Grand-Livre de la dette publique. Notre situation financière est aussi satislaisante que nous pouvions le désirer et l’espérer après les années que nous venons de*;tra verser.
«Nous devons, avant de finir, ‘vous faire connaître une circonstance importante : c’est le traité signé avec l’Angleterre, qui va rendre certaine et immédiate la perception de nos impôts sur les matières premières.
« Ce traité est le résultat de négociations longues et laborieuses, qui ont duré plusieurs mois, pour concilier des intérêts nombreux et contraires. Vous connaissez les intérêts, leur susceptibilité, leur obstination; et vous ne devez pas vous étonner qu’en Angleterre de paissantes villes
de commerce aient réclamé et réclament encore contre le traité cjwi vient d’être signé par le gouvernement britannique. Nous croyons qu’elles Ont tort, comme auront tort chez nous ceux qui réclameront contre les arrangements convenus ; car, de part et d'auire, les intérêts nationaux ont été ménagés avec le plus grand soin.
« Nous nous sommes arrêtés, gouvernement anglais et gouvernement français, au point où l’accord devenait impossible, et où la rupture était imminente, rupture commerciale, bien entendu, et, dans aucun cas, politique. Mais, dans l’état actuel du monde, aucun genre de dissentiment n’est à désirer entre les puissances de l’Europe. Ajoutez que le défaut d’accord entre la France et l’Angleterre rendait toute entente impossible avec les autres puissances commerciales, et que nos tarifs refusés en Angleterre auraient perdu toute chance d’èire acceptés ailleurs. Voici, du reste, en peu de mots, les bases posées et adoptées à Londres et à Pans , sauf votre ratification.
« Les taxes fiscales mises sur les produits étrangers, notamment sur les matières premières, et les droits compensateurs qui en sont la conséquence nécessaire, seront peiçus, à partir du 1 er décembre prochain, sur toutes les provenances de la Grande-Bretagne , d’après le tarif voté par vous le 26 juillet dernier.
« Quant au régime définiiif qui réglera nos rapports commerciaux avec l’Angleterre, voici ce qui est convenu:
, « Les traités et conventions de 1860 seront abolis à partir du 1 er mars 1873, époque où la dénonciation devait pvoir son effet; et, à l’avenir, le régime établi entre les deux nations sera celui
que partout on qualifie de « traitement de la nation «la plus favorisée. » Ce traitement, il faut le reconnaître, est le régime naturel de notre époque . » « Partout, aujourd’hui, dès qu'on entreprend de négocier avec les Etats commerçants, chacun vous dit : « Traitez-nous comme vous traitez les «autres.» C’est, en effet, ce qui nous est arrivé avec l’Allemagne, lorsque tous nos arrangements commerciaux, ayant été anéantis par la guerre, il a fallu adopter avec elle un principe de paix commerciale équitable et simple. Nous lui avons promis, et elle nous a promis, de nous traiter comme les nations les plus favorisées. C’est le même principe qui, à l’avenir, réglera nos rap-
f »orts avec la Grande-Bretagne. Nous ferons, pour a protection de notre industrie, ce que nous ju-
§ erons utile; mais nous ne traiterons pas les prouits anglais autrement que les produits des autres nations. L'Angleterre fera de même à notre égard.
« Cependant, comme nous étions liés avec plusieurs nations par des engagements nombreux et impossibles à rompre sans accord préalable, nous avons ajourné l’application complète du principe adopté jusqu’au 31 décembre 4876, époque où expirent nos engagements, ceux, notamment, qui nous lient avec l’Autriche.
« Jusque-là, si nos taxes fiscales ou nos traités en vigueur comportaient temporairement un régime différentiel à l'égard de l'Angleterre, l’Angleterre atteindrait, au 31 décembre 1876, le régime égalitaire que nous avons promis de lui accorder.
« Ainsi, quant au présent, perception immédiate de nos taxes fiscales et maintien provisoire
du régime existant pour les produits français en Angleterre, pour les produits anglais en France ; quant à l’avenir, traitement réciproque de la nation la plus favorisée, au jour où ce régime égalitaire sera devenu possible, telles sont les conditions stipulées avec la Grande-Bretagne, et que vous ratifierez, nous l'espérons, lorsqu'elles vous auront été complètement expliquées.
« Nous venons, messieurs, de vous faire connaître exactement la véritable situation du pays et nous nous sommes étendus spécialement sur sa situation financière et commerciale, parce que c’est celle qui importe le plus à notre crédit, et que le crédit constitue, à côté de notre armée qui se réorganise avec une singulière promptitude, les deux éléments de notre puissance. Ainsi, après la guerre la plus malheureuse, après la guerre civile la plus terrible, après l'écroulement d’un trône qu’on avait cru solide, la France a vu toutes les nations empressées de lui offrir leurs capitaux, son crédit mieux établi que jamais, huit milliards acquittés en deux ans, la plus grande partie de ces sommes transportées au dehors sans trouble dans la circulation, le billet de banque accepté comme argent, les impôts, quoique accrus d’un tiers, ac-
2 uittés sans ruine pour le contribuable, l'équilibre nancier rétabli ou près de l’être, 200 millions consacrés à l’amortissement, et l'industrie, le commerce s’augmentant de plus de 700 millions en une seule année.
a Ces résultats que nous n’oserions pas mettre sous vos yeux, s’ils n'étaient pas la preuve frappante de la force vitale du pays, à qui les devonsnous, messieurs ? Nous les devons à une cause, à une seule : au maintien énergique de l’ordre! Oui,
c'est l’ordre qui a fait qu'au lendemain de la guerre étrangère, au lendemain de la guerre civile, les soldats étrangers occupant notre sol, c'est l’ordre, je le répète, énergiquemënt maintenu, qui a pu permettre que la France donnât autant de produits etlùt entourée d’autant de crédit qu’aux époques les plus prospères de son existence.
« Je lie cesserai, messieurs, de le redire, si vous n’aviez été en pleine possession de l’ordre, cette guerre sans égale en revers, ce cruel démembrement de notre territoire, ces charges effrayantes qui semblaient au-dessus de nos forces, ce üône tombé sous le poids de ses fautes, cette antique forhie de la monarchie, sous laquelle nous étions habitués à vivre, tout à coup disparue, cefte forme nouvelle de la République qui d’ordinaire inquiète les esprits dès qu’elle apparaît, tout cela fondant à la fois sur notre pays surpris, désolé, tout cela pouvait devenir un irréparable désastre. Avec l’ordre, au contraire, nos ateliers se sont rouverts, les bras orit repris leur activité, les capitaux étrangers, loin de nous fuir, les capitaux français, loin de se cacher, sont revenus vers nous, le calme a reparu avec le travail, et déjà la France relève la tôle, supporte sans les oublier d’inconsolables douleurs; — et, chose surprenante encore, une forme de gouvernement qui d’ordinaire la troublait profondément, commence à èntrerpeu à peu dans ses habitudes, ne l’empêche pas au moins de revenir à la vie, à l’espérance, à la coiiliance, confiance qu’elle inspire aux autres en l'éprouvant elle -même !
«Et puisque j’approche inévitablement des sujets brûlants'du jour, je dirai à ceux qui* depuis longtemps, ont donné leur loi à la République*
comme à l’idéal de gouvernement lej plus conforme à leur pensée, et le plus approprié à la marche des sociétés modernes, je leur dirai : « C’est a par vous surtout que l’ordre doit être passion- « nément désiré ; car si la République, déjà essayée « à deux reprises et sans succès, peut réussir u cette fois, c’est à l’ordre que vous le devrez. « Faites-en donc votre œuvre, votre >ouci de tous « les jours ! Si l'exercice de certains droits qui « appartiennent aux peuples libres peut inquiéter « le pays, sachez y renoncer momentanément et « faites à la sécurité publique un sacrifice qui pro- « fitera surtout à la République. S’il était possible u de dire que l’ordre n’est pas un intérêt égal « pour tous, j oserais affirmer qu’il est votre inté- « lêt essentiel à vous et que, lorsque nous fravail- « Ions à le maintenir, nous travaillons pour vous, « presque plus que pour nous-mêmes. »
« Messieurs, les événements ont donné la République ; et remonter à ses causes pour les discuter et pour les juger* serait aujourd’hui une entreprise aussi dangereuse qu'inutile. La République existe ; elle est le gouvernement légal du pays ; vouloir autre chose serait une nouvelle révolution et la plus redoutable de toutes. Ne perdons pas notre temps à la proclamer; mais employons-le à lui imprimer ses caractères désirables et nécessaires. Une commission nommée par vous il y a quelques mois, lui donnait le titre de République conservatrice. Emparons-nous de ce titre et tâchons surtout qu’il soit mérité.
V Tout gouvernement doit être conservateur, et nulle société ne pourrait vivre sous un gouvernement qui ne le serait point. La République sera conservatrice ou elle ne sera pas. La Fiance
ne veut pas vivre dans de continuelles alarmes ; elle veut pouvoir dormir en repos, atin de travailler pour se nourrir, pour faire face à ses immenses charges ; et si on ne lui laisse pas le repos dont elle a indispensablement besoin, quel que soit le gouvernement qui lui refusera ce repos, elle ne le souffrira pas longtemps 1 Qu'on ne se fasse pas d’illusions ! On peut croire que, grâce au suffrage universel, et appuyé ainsi sur la puissance du nombre, on pourrait établir une République qui serait celle d’un parti 1 Ce serait là une œuvre d'un jour.
« Le nombre lui-même a besoin de repos, de sécurité, de travail. Il peut vivre d’agitations quelques jours ; il n’en vit pas longtemps. Après avoir fait peur aux autres, il prend peur de luimême ; il se jette dans les bras d’un maître d’aventure, et paye de vingt ans d'esclavage quelques jours d une désastreuse licence. Et cela, il l'a tait souvent, vous le savez, et ne croyez pas qu’il ne soit pas capable de le refaire encore. Il recommence cent fois ce triste et humiliant voyage de l’anarchie au despotisme, du despotisme à l’anarchie, semé de hontes et de calamités, où la France a trouvé la perte de deux provinces, une dette triplée, l’incendie de sa capitale, la ruine de ses monuments et ce massacre des otages qu’on n’aurait jamais cru revoir!
« Je vous en conjure, messieurs, n’oubliez pas ces termes si terriblement liés l’un à l'autre : République agitée d'abord ; puis retour à un pouvoir qu’on appelle fort, parce qu’il est sans contrôle, et avec l’absence du contrôle, la ruine certaine et irrémédiable. Oui, rompons la chaîne fatale qui lie ces termes funestes et calmons au
lieu d’agiter ; faisons à la sécurité générale les sacrifices nécessaires ; faisons même ceux qui sembleraient excessifs; et surtout ne laissons pas entrevoir le règne d’un parti; car la République n’est qu’un contre-sens si, au lieu d’être le gouvernement de tous, elle est le gouvernement d'un parti quel qu’il soit. Si, par exemple, on veut la représenter comme le triomphe d’une classe sur une autre, à l’instant, on éloigne d’elle une partie d’abord et le tout ensuite.
« La Révolution de 1789 a été faite pour qu’il n’y eût plus de classes, pour qu’il n'y eût dans la nation que la nation elle-même ; la nation une, vivant tout entière sous une même loi, support tant les mêmes charges, jouissant des mêmes avantages, et où chacun, en un mot, fût récompensé ou puni suivant ses œuvres. En agissant ainsi, la révolution de 1789 a établi sur la base de la véritable justice sociale l’existence de tous; et ses principes ont envahi le monde, parce qu’ils n'étaient autre chose que cette justice sociale proclamée et appliquée pour la première fois sur la terre. Et c'e^ parce qu'il avait cette signification, qu’on a pu dire du drapeau tricolore qu’il ferait le tour du monde.
«Longtemps, à la suite’d’un conquérant, il s'est promené victorieux chez les nations européennes, mais ses œuvres matérielles ont péri, ses œuvres morales subsistent et sont la plus solide gloire de la France, bien plus que des victoires, qui, selon les hasards de la force, passent d’un drapeau à un autre drapeau.
«Quant à moi, je ne comprends, je n’admets la République qu’en la prenant comme elle doit être, comme le gouvernement de la nation, qui, ayant
voulu longtemps et de bonne foi laisser à un pou- ( voir héréditaire la direction partagée de ses des- ( tinées, mais n'y ayant pas réussi, par des fautes , impossibles à juger aujourd’hui, prend enfin le i parti de se régir elle-même, elle seule, par ses élus librement, sagement désignés, sans acception de partis, de classe, d’origine, ne les cherchant ni en haut, ni en bas, ni à droite, ni à gauche, mais dans cette lumière de l’estime publique, où les caractères, les qualités, les défauts se dessinent en traits impossibles à méconnaître, et les choisissant avec cette liberté dont on ne jouit qu'au sein de l’ordre, du calme et de la sécurité !
« Deux années écoulées sous vos yeux, sous votre influence, sous votre contrôle, dans un calme presque complet, peuvent nous donner l’espérance de fonder cette République conservatrice, mais l’espérance seule; et qu’on ne l'oublie pas, il suffirait de la moindre faute pour faire évanouir cette espérance dans une désolante réalité.
« Permettez-moi d’ajouter une dernière réflexion. Ce n’est pas à la France seule que la République a besoin d'inspirer confiance, c’est au monde. Quoique vaincue, la France n’a pas cessé d’attirer, de fixer les regards des nations, qui s’alarment ou se rassurent selon ce qui se passe chez elle; et cette attention inquiète n’est qu’un hommage rendu à son influence sur les peuples.
« Nous entendons dire quelquefois : La France est isolée ! Et la plupart du temps, ce n’est chez les partis qui le disent qu’une illusion de leur orgueil. Les gouvernements étrangers pnt eu à d’autres époques un penchant à se mêler des af-
faire;? intérieures des pays voisins : mais de cruelles expériences les ont éclairés et ils n'y songent plus. Mais ils sont maîtres de leur estime, et personne ne peut se passer de l’estime d’autrui. L’homme a besoin de l'estime de l’homme, et les nations ont bespin de l’estime des nations. . Un jour vient d'ailleurs pû l'on a besoin d’appui, d’appui moral au moins, et on ne le trouve que lorsqu’on l’a mérité.
« Les gouvernements étrangers sont assez éclairés aujourd’hui pour ne voir dans la France que la France elle-même. Est-elle ordonnée, elle convient à tous; est-elle non-seulement ordonnée maiq forte, elle convient à ceux qui désirent un juste équilibre entre les puissances de l’univers.
« Or, rose affirmer que les efforts que la France a faits depuis bjenlôt deux ans lui ont valu une estime flont elle a déjà reçu de nombreux témoignages. Et ce n’est pas à tel ou tel parti, à tel bu tel homme, que s'adressent ces témoignages, mais à la France, à la France seule, et à la conduite qu’ejlp tient pour réparer des fautes qu’elle n’q pas commises, mais qu’elle expie parce qp’elle les a laissé comrpetire.
<c Fh bien, je le déclare, parce que j’ai, par devoir, les yeux sans cesse fixés sur l’Europe, là France n'e.^t pas isolée, et il dépend d’elle d’être, au contraire, entourée d'amis confiants et utiles. ’
« Qu'elle soit paisible sous la République et elle n’éloignera personne. Qu’elle soit agitée sous une monarchie chancelante, et elle verra le vide se faire autour d'el le sous une forme de gouvernement aussi bien que sous l’autre.
« Nous touchons, messieurs, à un moment dé-
cisif. La forme de cette République n'a été
2 u*une forme de circonstance donnée par les véuements,. reposant sur votre sagesse et sur votre union avec le pouvoir que vous aviez temporairement choisi.
« Mais tous les esprits vous attendent, tous se demandent quel jour, quelle forme vous choisirez pour donner à la République cette force conservatrice dont elle ne peut se passer.
«C’est à vous de choisir l’un et l’autre. Le pays, en vous donnant ses pouvoirs, vous a donné la mission évidente de le sauver, en lui procurant la paix d’abord, après la paix l’ordre, avec l'ordre, le rétablissement de sa puissance, et enfin un gouvernement régulier. Vous l’avez proclamé ainsi, et dès lors c’est à vous de fixer la succession, l’heure de ces diverses parties de l’œuvre de salut qui vous est confiée. Dieu nous garde de nous substituer à vous 1 Mais à la date que vous aurez déterminée, lorsque vous aurez choisi quelques-uns d’entre vous pour méditer sur cette œuvre capitale, si vous désirez notre avis, nous vous le donnerons loyalement et résolûment.
«Jusque-là, comptez sur notre profond attachement au pays, à vous, à cette chose si belle et si chère à nos cœurs qui était avant nous, qui sera après nous, à la F/ance, qui seule mérite tous nos efforts et tous nos sacrifices.
« Voici une grande, une décisive session qui s’ouvre devant vous; ce ne sera de notre part ni la déférence, ni le concours, ni le dévouement, ni la résolution qui manqueront au succès de votre œuvre, que Dieu veuille bénir, rendre complète, et surtout durable, ce qui ne noos a pas encore été accordé depuis le commencement du siècle. »
La lecture de ce document, et surtout des dé* claraticms politiques qu’il renfermait, produisit une longue et bruyante agitation dans l’Assemblée, une émotion inexprimable.
M. Thiers, en invitant les représentants de là nation à ne point perdre leur temps à proclamer la République, la proclamait bien lui-même. Une partie du centre droit, la droite et l'extrême droite, c’est-à-dire tous les partis monarchiques, ne pouvaient accepter sans une vive résistance une proposition qui, si elle réunissait une majorité importante, détruisait toutes leurs espérances.
L’un des députés, M. Hervé de Saisy, demandait que la constitution définitive de la République fût l’objet d’un appel au suffrage universel, afin, disait-il, que la forme du gouvernement à instituer entrât « par la grande porte et non par l’escalier de service». M. de La Rochefoucauld-Bisaccia se leva, et déclara de sa place que lui et tous ses amis politiques protestaient énergiquement contre le message du président de la République.
Une motion fut alors présentée par M. de Kerdrel, afin qu’il fût nommé une commission chargée d'examiner le message et de proposer une réponse ; c’était le rétablissement de fait du droit d’Adresse.
M. Thiers remonta à la tribune et déclara
3 u’il était tout prêt à se soumettre au jugement e la majorité de la Cfiambre et du pays et à s’incliner devant elle. Il ajoutait qu'il croyait avoir exprimé les sentiments de la vraie majorité. Sur la proposition de M. de Kerdrel, l’urgence ayant été demandée et mise aux voix, est déclarée.
Aujourd’hui M. Thiers s'appuie sur la gauche et le centre gauche. Malgré bien des divergence* 19 19
de principes avec le parti radical, il n’était pas difficile de prévoir que ce dernier lui prêterait, jusqu'à nouvel ordre, son appui, puisqu’à défaut de la République telle qu’il la veut, telle qu’il la comprend, M. Thiers lui assure du moins, la possession de la forme républicaine.
La démarche que vient de faire M. Thiers auprès de l’Assemblée sera peut-être décisive.
Naguère encore , il disait que ce serait au parti le plus sage que le pouvoir appartiendrait. En attendant, il fallait tenter un essai loyal du seul mode de gouvernement qui fût pratique en ce moment. L'expérience devait démontrer quelle était la forme la plus compatible avec l’état du pays, la situation des esprits, et les divisions des partis .
Aujourd’hui ? M. Thiers déclare que cette expérience est faite, qu’il n’y a plus à s’y tromper j « les circonstances, dit-il, ont donné la République. »
Quelle est la République de M, Thiers? Selon lui, celle qu’il convient de fonder, c’est la République conservatrice. M. Thiers, qui a fait la révolution de |830, donné son adhésion au régime de 1848, a dû nécessairement professer depuis longtemps certaines idées sur l’avenir des institions républicaines dans notre pays. Peut-être estril bon de rappeler quelques maximes semées çà et là dans ses ouvrages?
« La République n’est pas nécessairement la liberté, comme la monarchie n’est pas nécessairement l’ordre. On rencontre l’oppression sous la République, comme on rencontre le désordre sous la monarchie. Sous de bonnes lois, on doit
trouver l'une et l'autre sous tous les gouverner ments. »
( Histoire du Consulat et de l'Empire , tome V, page 92.)
« Démocratie ne veut pas toujours dire justice, et on a vu quelquefois la démocratie plus entêtée des préjugés du passé que l’aristocratie ellemêrpe, »
[Ibid., tome XVIII, page 530.)
« En.tout pays déchiré par des factions, menacé par des ennemis extérieurs, le besoin d’être gouverné et défendu amènera tôt ou tard le triomphe d'un personnage puissant, guerrier comme César à Rome, riche comme les Médicis à Florence.»»
[Ibid.) tome V, page 55.)
«Le régime aristocratique est le port où sont allées se reposer les républiques qui n'ont pas fini par le despotisme. »
[Ibid., tome V, page 113.)
Voici enfin une dernière maxime qui semble nous donner l’opinion ancienne et arrêtée de M. Thiers. On la croirait échappée à Montesquieu.
«Ce ne sont pas les lois écrites, c’est la nature qui a produit l’aristocratie de tous les pays, et surtout celle des républiques. »
[Ibid., tome VIII, page 135.)
Les improvisatiops de la tribune ne dépendent pas toujours de la volonté de l’orateur. Le milieu où elles se produisent, l’émotion des assistants, les entraînements de toutes sortes que subit celui qui parle, contribuent à donner & ses paroles, tantôt
des exagérations, tantôt des atténuations qui le conduisent au delà ou le ramènent en deçà de sa propre pensée. Il ne faut donc pas toujours se fier à ces paroles qui n’ont le plus souvent qu’une valeur relative et toute de circonstance. Mais, où l’on peut avoir pleine confiance, c’est lorsque, dans le silence du cabinet, éloigné, sinon désintéressé des affaires politiques, l’homme d’Etat, seul avec sa raison, son jugement, sa conscience, écrivant un livre, dont il attend, non plus sa réputation, mais sa gloire la plus solide, se dégage de toutes les préoccupations extérieures, pour ne parler que selon la justice et la vérité.
On pourrait, sans doute, préjuger avec quelque probabilité, des résolutions que M. Thiers pourra prendre, s'il reste au pouvoir.
Le Président delà République qui s’est montré, naguère encore, si opposé et qui devait l’être en présence d’un état de choses encore peu consolidé, à toute mesure d’amnistie, changera peutêtre d’avis, le jour où les passions lui sembleront apaisées. N’a-t-il pas écrit ces lignes touchantes, à une époque même où il n'avait point connu les douleurs de l'exil.
«C'est une affreuse invention de la discorde que l’exil ; elle rend l’exilé malheureux, elle dénature son cœur, elle le met à l’aumône de l'étranger, elle promène au loin l’affligeant spectacle des troubles du pays. De toutes les traces d'une révolution, c’est celle qu'il faut effacer la première. »
(Ibid., tome III, page 454.)
Nous l’avons déjà vu se déclarer lui-même contraire, en général, à l’esprit de réforme. Il ne
s’est jamais cru le tempérament d’un novateur, mais cependant, il ne saurait être l’ennemi de toute transformation, de toute amélioration.
a II faut, quand on réforme, se contenter de réformer pour détruire des souffrances réelles, pour rétablir la justice là où elle manque ; mais réformer pour le plaisir des yeux ou de l’esprit, pour mettre la ligne droite là où elle n’est pas, c’est trop exiger de la nature humaine. On crée à volonté les habitudes d’un enfant, on ne refait pas celles d’un homme mûr. Il en est de même pour les peuples; on ne renouvelle pas les habitudes d'une nation qui compte quinze siècles d’existence. »
(Histoire du Consulat et de l'Empire, t. II, p. 166.)
D’ailleurs, il couiiaît les partis, et sait que ce qui les contente le plus, ce n'est pas l’accomplissement des réformes qu’ils réclament:
(( Il y a dans tous les partis deux portions : l’une nombreuse, sincère, qu’on peut amener à soi en réalisant les vœux du pays; l'autre peu nombreuse, inflexible, factieuse, qu’on désespère en réalisant ses vœux, loin de la contenter, parce qu'on lui ôte ses prétextes. »
(Ibid., t. II, p. 172.)
Mais, il n’entend point que le pays se donne à un dictateur, à un maître :
* 11 ne faut jamais livrer la patrie à un homme, n’importe l’homme, n’importent les circonstances.»
(Ibid., t. XX, p. 796.)
Il n’est pour lui qu’un empire, qu'un pouvoir, celui de la loi, et ses adversaires mêmes, chaque
fois qu’il passa aux affaires, se plurent à reconnaître son respect de la légalité :
«]La loi vaut tiiieux qu'auctine volonté hümaine, quelle qu’elle soit. »
[Histoire du Consulat éi de l'Empire, t. VH, p. 431 .)
Il serait saiis doute sévère, s’il avait à juger bien des homttiës de notre temps, et s’il avait à se prononcer Sur le soft de celui qui rendit Metz; il lui serait bien difficile dé désavouer ce qu’il a écrit sur des faits de ce genre:
« Dans l'ignofaiiee des services qu'on petit rendre en prolongeant une défense, il faut écôuter la voix de riion.nëui*, qfii cotnffiâhde de résister jusqu’à là dernière extrémité. »
{ibid., t. ut, p. îoi.)
« C’est quelque chose que de retarder une capitulation. On semble, en apparence, ne défendre que son honneur, et souvent, en réalité, on sauve son pays. »
[Ibid., t. 1Ü, p. 101.)
Il connaît toutes les passions des foules, de la populace. Il sait combien ses rancunes sont irréfléchies :
« Il y a, dans certains moments, des noms que la multitude poursuit machinalement d’une haine dont elle serait bien embarrassée de donner les motifs. »
[Ibid., t. XX, p. 449.)
H sait mieux encore combien, parfois* leurs mouvements spontanés sont généreux, et il leur
attribue une puissance qui doit effacer celle même de la raison :
« 11 est un instant, un seul} où la raison ne vaut pas l’entrainement des passions : c’est Celui où le dévouement, même aveugle, est la Condition nécessaire du salut d’un peuple. »
( Hist . du Consul, et de l’Emp., t. VII, p. 275.)
On serait mal venu à lui dire qu’il a fait des miracles depuis qu’il est au pouvoir :
« Il n’y a pas de miracle en ce monde ; mais il n’y a d’autre cause aux süccès réels que le bon sens secondé par une volonté fermé, fc
{Ibid. j t. Il, p. 163.)
Il connaît tous les dégoûts de lâ Vie publique, lui qui, mieux que personne, en a pu apprécier toutes les jouissances. Il sait combien est lourd à porter le fardeau du pouvoir î
« 11 ri'y a que les âmes fortes et les esprits Vraiment élevés qui peuvent surmonter les épreuves de la politique. »
{lbid. f t. Ij p. 248.)
Sans doute, la politique lui gafde ëiicoré plüs d'uue épreuve redoutable . En ce moment même, la question constitutionnelle, posée Catégoriquement par lui, a soulevé les passions des partis monarchiques. A l’heure où itous écrivons, il ne s’agit de rien moins que de déterminer sa retraite. Des projets de constitution ont été faits malgré la droite. La droite en fait aujourd’hui bien moins encore contre la forme actuelle du gouvernement que contré Phomme qui le représente.
Interpellé, tout récemment, au sujet des discours prononcés à Grenoble par le chef de l’opposition radicale, et mis en demeure de renouveler k la tribune l'expression du blâme infligé à ces exagérations oratoires, M. Thiers a vivement protesté contre la violence qui lui était faite et les exigences humiliantes qu’on manifestait à son égard.
« C’est une situation, a^t-il dit, que je ne saurais accepter. Si vous le voulez, je ne repousse pas le jugement du pays. Je serai toujours prêt à y comparaître, et comme député et comme chef du gouvernement. .. Vous m’avez donné le droit de vous inviter à vous prononcer. Vous vous plaignez d’un gouvernement provisoire, eh bien ! faites un gouvernement définitif; le moment est opportun et la France l’acceptera . »
La commission chargée, conformément à la proposition de M. de Kerdrel, d’examiner le message, a été composée de telle sorte que la majorité appartient aux adversaires actuels de M. Thiers. Quatre membres seulement ont été choisis dans le sein de la gauche.
Cependant M. Thiers ne désespérait pas d’arriver à une solution pacifique. Il entendait luimême faire preuve de l’esprit de conciliation qui l’animait. « On s’arrange toujours avec une commission, disait-il; on s’arrangera. »
Invité à se rendre auprès de la commission, afin de lui fournir toutes les explications qu’elle désirait, M. Thiers accéda à ce désir. Le duc d’Audiffret-Pasquier, président de cette commission, lui posa immédiatement trois questions:
1° Sur la façon dont le banquet de Grenoble à été qualifié de « regrettable incident » dans le message ;
2® La commission a été surprise qu’une demande de modification dans les institutions actuelles ait été introduites dans le message et désirerait savoir comment de pareilles modifications se pourraient concilier avec le pacte de Bordeaux ;
3° Et de quelle manière le gouvernement entend sortir des institutions actuelles et en appliquer de nouvelles.
M. Thiers répondit:
Que l’épithète de « regrettable » ne s'appliquait pas au banquet de Grenoble. Il a dit que, au moment de la séparation de l’Assemblée, un grand nombre de banquets étaient en préparation. Le gouvernement est parvenu à les empêcher presque tous, sauf quelques-uns, et que c’était regrettable. Le gouvernement a voulu dire par là que celui de Grenoble lui ayant échappé à cause de sa qualité de banquet privé, il trouvait, en effet, que cela était regrettable, et que d’ailleurs sa vie tout entière et tous ses antécédents suffisaient pour qu’on n’admît pas qu'il pût approuver les doctrines professées dans ce banquet.
Le président de la commission a répondu qu’il ne pouvait exiger davantage de M. Thiers sur ce sujet.
M. Thiers, invité à s’expliquer sur ce qu’il entendait par la politique ferme et modérée du gouvernement, a répondu :
Que dans un pays divisé par les partis, le gouvernement a le devoir de n’être d’aucun parti. « Je n'ai pas même été du mien, puisque mes services me rattachaient à la maison d’Orléans. » L’impartialité, a-t-il ajouté, est la vraie conduite qu’il avait à tenir. « Je me suis fait un devoir de
n'être d’aucun parti. Si je m’étais tu sur ce sujet, dans le message, on aurait pu m’accuser. »
« Après le bruit produit par le banquet de Grenoble, il m’était impossible de tenir un autre langage* J’ai donc parlé en combattant les doctrines de ce discours comme il convenait à un gouvernement de le faire. »
« Il faut, a continué M. Thiers, — il faut un étrange aveuglement pour faire de moi un radical. Je ne pouvais pas parler en simple député. On me demande pourquoi je n’ai pas été agressif dans cette circonstance ? J’ai été logicien. Je crois avoir combattu ces doctrines en nomme politique. S’il m’avait fallu répondre à M. Gambetta, j’aurais mis de la passion dans mon discours; mais dans un document d’Etat, j’ai dû tenir le langage d’un homme d’Etat* Je ne pouvais supposer qu’on trouverait à équivoquer là-dessus*
« -Et après les services que j’ai rendus, quand moi* chef de gouvernement, je me suis vu interpellé du ton que je l’ai été, j’avais le droit de refuser de répondre, surtout quand on connaissait les paroles qne j’avais prononcées devant la commission de permanence. On m’a demandé de les répéter avec un oubli complet des convenances. » « Ce sont là, a repris M. Thiers, des querelles do mots. La question est ailleurs. C’est l’esprit général du message qui a déplu, non pas, certes, qu'il ne fût conservateur : tout le monde est obligé de reconnaître qu’il ne pouvait l’être davantage. Il a déplu à une partie de l'Assemblée* On en a trouvé l’esprit trop républicain. C'est là le fond du reproche.
« Eh bien ! voici comihent je suis républicain : « Je trouve la République faite. Fersonne, à Bordeaux, ne m’a proposé de fonder la monar-
chie, le n'ai pu ia faire, moi, et à moi seul. Ma République* la voici : Si j’avais eu les destinées de mon pays à régler, j’eusse, plutôt que la République, établi un gouvernement dans le système anglais. Mais la République est venue à la suite de toutes les fautes commises par toutes les monarchies.
« Outre que je ne pouvais trahir le pouvoir mis entre mes rtiains* comme homme politique, je suis allé à la République. Songer à autre chose en ce moment serait jeter le pays dans le chaos; j'ai donné ma parole, je dois la respecter.
« Ma conviction est que la monarchie est impossible, puisqu’il y a trois dynasties pour un seul trône ; tels sont les motifs qui guident ma conduite et mon langage. Si quelqu’un croit que la monarchie est possible, qu’il le dise! S’il y a unô majorité dans l'Assemblée pour la faire, qu’elle le tente : je me retirerai. Mais je ne crois pas cela possible. On me demande pourquoi je suis venu déchirer le pacte de Bordeaux, comme dn dit* Qde nous étions-nous promis? Relisez mes discours. J'ai dit que, si nous voulions constituer, nous nous diviserions; mais que nous pouvions réorganiser, qu’un jour viendrait où il faudrait faire son choix et se prononcer.
« Est-il venu? Je ne le prétends pas; mais voici ce que je soutiens : Si tout le monde s’était renfermé dans la réserve convenable* si on était resté dans le pacte de Bordeaux, soit.
« Mais tous les partis l’ont rompu* Au dedans et au dehors, on a proclamé d'autres souverains que le souverain légal qui existe aujourd’hui, et tout le monde a fait naître ce sentiment général i il faut faite quelque chose ; il est impossible de rester dans l’état ou l’on est.
« Je ne suis pas venu vous proposer de pro- oj clamer la République, comme l'a fait la Conven- d tion, — une, indivisible et impérissable. La perpétuité ne se proclame pas, et j eusse été ridicule u en la proclamant. Tous les gouvernements se di- ç sent perpétuels, et tous périssent par leur absurde | conduite. i
« J'ai pensé qu’il fallait tout de suite, avant i que la Chambre actuelle cessât d’exister, faire quelques articles organiques, bien modestes, bien simples, mais indispensables pour que le gouvernement pût vivre et fonctionner.
« Eh bien ! tout le monde s’alarme de la Chambre prochaine. On exagère la crainte au delà de toute mesure. Mais quel est le remède? Deux Chambres animées d’esprits différents, dont l’une puisse contenir l'autre. Monarchie ou République ne peuvent, à mon avis, se passer de deux Chambres. Je me suis dit qu'il ne fallait pas laisser partir l’Assemblée actuelle sans lui demander au moins de se prononcer sur cette réforme. C’est donc un acte de conservateur que j’ai fait. Et cela même, l’ai-je proposé?
« Non ! j’aurais cru manquer à la souveraineté de l’Assemblée, si j’avais pris l’initiative. Je me suis borné à lui conseiller d’étudier si elle ne croyait pas avec tout le monde qu'il y eût quelques précautions fort simples à prendre pour assurer l’avenir.
« En quoi d’ailleurs, je le demande, ai-je attenté au pacte de Bordeaux? Je vous ai expliqué
Î [ue, dans les circonstances actuelles, aucune orme de gouvernement autre que la République n’est possible : cela ne fait pas de doute ; car, enfin, la forme anonyme, c’est la République, et
o-est cette forme qui nous régit. Ne nous payons donc pas de mots...
« Dans mon message, je n’ai fait qu'une chose, une seule : accentuer fermement les sentiments conservateurs. Tout le monde, depuis deux mois, parle de la nécessité de sortir du provisoire; ceux-là demandent la dissolution. Pour mon compte, je n'ai rien fait de pareil.
« Je me suis borné à dire à l’Assemblée : Si vous croyez le moment venu de faire des réformes constitutionnelles, faites-le avec un senti- • ment conservateur et libéral.
« Vous dites que je suis de connivence avec les radicaux? Ce sont justement les radicaux qui ne veulent pas reconnaître à l’Assemblée actuelle le droit de faire aucune réforme constitutionnelle ; où donc est la connivence ? Je le dis sans amertume : ce sont ceux qui ne veulent rien faire, qui jouent ainsi, sciemment ou de bonne foi, le jeu des radicaux.
« Je le répète une dernière fois : je suis trèsdisposé, quoique accablé de fatigues et désirant le repos, à faire preuve d’esprit de conciliation et à m’entendre avec la commission pour rétablir l’union nécessaire à la bonne marche des affaires publiques, union qui a déjà si puissamment aidé à la réorganisation de la France. »
Le lendemain, M. Thiers eut avec les membres de la commission une nouvelle entrevue.
Il dut renouveler en partie ses déclarations de la | veille. Il le fit en ces termes:
«c Je vous ai dit et je vous répète que la République existe de fait. Y a-t-il dans l’Assemblée, au dehors, ou en Europe, quelqu’un qui puisse me contredire?
<a On m’a confié la République : je l’ai conser-
vée... et mon devoir est encore de continuer à la A conserver. q
« Je le ferai parce que je suis un conservateur, je suis un homme d ordre. Il y a cinquante ans p
que je lutte contre les révolutionnaires. J'ai fait r
contre le socialisme un livre qui m’a exposé aux t plus grands dangers. <
« Au surplus, je me soucie peu de conserver i le pouvoir, si je dois le garder dans les conditions i que l'on veut m’imposer. Si l’on veut être ingrat, soit. J’ai le pays avec moi, et entre l’Assemblée et moi, son choix serait bientôt fait. Je ne menace personne. Je respecte la loi. C’est moi qui la respecte !...
« Si vous voulez faire des révolutions nouvelles, je n'en serai pas responsable. »
Cependant il semblait que toutes les chances d’accord entre la majorité monarchique de ty commission et le Président de la République, fussent gravement compromises. C'était la Cnambre elle-même qui devait juger en dernier ressort de ce différend qui a agité si profondément la nation.
La gravité des circonstances n’échappait à personne, et ceux mêmes dont on devait attendre le moins de concessions se montraient disposés à en faire. La gauche tenta auprès de M. Thiers une démarche ayant pour objet de le déterminer à céder sur certains points aux exigences de la commission Kerdrel.
Qu'allait-il sortir de cette situation ? On redoutait que la droite ne l’emportât. Mais alors qui eût oocupé le pouvoir ? Qui eût remplacé M. Thiers?
Y avait-il une combinaison quelconque qui fût prête? Les monarchistes étaient-ils d' accord?
Avait-on dans yn parti quelconque un candidat qui pût compter sur une majorité certaine?
La crise gouvernementale dura plusieurs jours pendant lesquels les négociations se poursuivirent vainement entre le Président de la République et la commission. De part et d’autre les concessions mutuelles semblaient insuffisantes. M. Batbie, rapporteur de cette commission, présenta un rapport qui affirmait toutes les exigences de la droite.
Le gouvernement, par l'organe de M. Pufayre, présenta un amendemeut au projet de la commission.
Cet amendement était ainsi conçu :
« Une commission de trente membres sera nommée à l’effet de présenter à l'Assemblée un projet de loi pour régler les attributions des pouvoirs publics et les conditions de la responsabilité ministérielle. »
Le gouvernement acceptait en effet la responsabilité ministérielle; il consentait encore à ce que M. Thiers ne prît plus directement et personnellement part aux discussions de la Chambre. Mais pour cette dernière concession il exigeait une compensation qui devait lui être fournie par tjes institutions constitutionnelles plus développées.
Cette grave question ne pouvait se résoudre que devant l’Assemblée nationale elle-même. Et le gouvernement se décida à courir les chances douteuses d'un vote.
Dans la séance du 29 novembre, les partis se trouvèrent en présence.
M. Thiers prit la parole et trouva pour défendre ses opinions, soutenir les conditions
qu’il avait posées, des accents d'une éloquence se que, dans ses plus grands triomphes de tribune, ni il n’avait peut-être jamais atteinte. d
A la droite qui, rappelant le pacte de Bor- m deaux, lui reprochait d’engager l'avenir, il répon- N dit : R
« Vous allez engager l’avenir, me dit-on, et en- t! trer dans une voie où nos opinions vont être en- nt gagées. b
«Je réponds : N’oubliez pas que nous sommes « obligés de faire la République. La nécessité est si là. D'ailleurs, vous avez mis un an pour faire la s;i loi sur l’armée. Vous mettrez bien une année m pour étudier toutes les graves questions. Je ne ■ vous en fais qu’une indication. Je vous ai dit de i nommer quelques-uns d'entre vous pour exami- fc ner la question. Mais je ne préjuge rien.
« Sous un gouvernement monarchique héré- ii ditaire, il fallait substituer un homme responsa- i ble . Mais sous la République, on ne peut pas il mettre le président de la République dans la situation d’un roi. 9
« Sous la République, le chef du pouvoir tâche do vous convaincre, et se retire dans le cas con- i traire. Mon ami, le garde des sceaux, a expliqué notre situation. Je tâcherai de mettre ma con- | duite d’accord avec le vote que vous allez émettre. (Murmures et rumeurs.) i
« On me dit que c’est à cause de moi qu’on veut i m’écarter de la tribune, que c’est par respect pour i moi à qui on ne veut pas faire entendre une pa- | rolo dure. Que voulez-vous ? J’y suis fait. On i • en a usé. (Rires à gauche.)
! * Lors même que vous m’auriez nommé our quatre ans, en m’écartant de la tribune, la
crise ne serait pas évitée. U faut que je sois présent à vos discussions pour vous avertir.
« Dans la question de l’armée, j'avais offert ma démission, si le vote avait fixé à trois ans la durée du service. Je vous ai empêché de tuer l'armée à sa base.
« Mais en face d’une seule Assemblée toute-puissante, que faire, quand je n'ai pas le droit de veto? (Bruit.)
« Ce n'est pas seulement par honnêteté que je ne fais pas un coup d’Etat. Est-ce que l’armée, cette brave armée, m’obéirait si je tentais ce coup insensé ?
« Mais je ne veux pas être un simple commis.
Si vous voulez un commis qui ne vous résiste pas, choisissez-le, il n’en manque pas. (Bravos.)
« Je crois vous respecter en vous disant la vérité toujours. Je résiste à la majorité, comme j’ai résisté à mon roi. Si vous m’ôtez ce moyen, il faut organiser les pouvoirs publics.
a Qu’on fasse le nécessaire, l’indispensable, pas tout de suite, mais commencez.
« Mais ne faites pas malicieusement un article contre moi.
« Gomme homme, je vous serais reconnaissant de me renvoyer à mes nobles études.
« Si vous voulez examiner toutes les questions à la fois, je le veux. J’accepte. Mais aujourd’hui il ne s’agit pas de questions constitutionnelles, il s’agit de confiance ou de défianee. J’entends poser la question ainsi. Maintenant, je n’ai qu’un mot à dire.
« Je jure devant Dieu que pendant deux ans j’ai servi mon pays avec un dévouement sans bornes. » (Applaudissements prolongés.)
Un des représentants de la droite, M. Ernoul, se leva pour affirmer de nouveau les prétentions de son parti. « Il ne faut pas, disait-il, en rappelant un mot de M. Tliiers (|ue nous avons cité plus haut, il ne faut pas livrer la patrie à un seul homme ! »
M. Thiers remonta à la tribune et, relevant cette parole, posa, dans les termes suivants, d’énergiques conclusions :
« L’honorable préopinant a raison de répéter avec moi : quel que soit un homme, il ne faut pas se livrer à lui. Mais il ne faut pas me rendre ridicule et l'Assemblée en même temps en comparant un homme tout-puissant, si grand et si fatal, ayant une armée considérable, et moi qui dépends de vous. Une comparaison pie rendrait trop ridicule.
« Est-ce ma faute si j’ai une majorité de rencontre ? Vous êtes divisés partout, à droite comme à gauche. (Non ! non !) Si vous étiez unis, vous seriez assez forts pour ne pas être soumis à la nécessité. Et vous nous proposeriez autre chose que ce que vous nous proposez. Vous êtes divisés ici, et là. (A droite : Non ! non !) Dans notre situation, nous ne choisissons pas ceux qui nous applaudissent. Nous faisons la majorité comme nous pouvons. Nous ne la choisissons pas. Nous faisons ce que la situation nous commande.
« Pour la clarté du débat, je dis que nous ne refusons pas les concessions à faire, à là condition que vous nous donniez des moyens pour parer aux crises. Que taites-vous? Vous proposez la crise sans discussion, sans moyens de la prévenir. (Bruits à droite.) Nous ne repoussons pas l’examen de votre proposition, nous vous proposons
de résoudre ou d’examiner plutôt toutes les questmus. S il n y a que 1 examen de la responsabilité ministérielle, et, si vous êtes de bonne foi on dira que vous avez voté contre nous. (Bruits Pourquoi ne veut-on pas la clarté? Il ne faut pas que votre vote soit mal interprété. **
« Le gouvernement persévère dans sa proposé lion . 1 examen de tout. Vous ferez de nos attributions ce que vous voudrez. Je vous dirai seulement si je peux ou non gouverner. (Bruits ) Aujourd hui on a mêlé deux questions. Bruits Voulez-vous un vote clair, oui ou non? ;
« Nous maintenons la proposition du gouvernement. Il y a une question de confiance. (Bruits.)
« kst-ce du gouvernement personnel que de vous dire : Donnez un vote de confiance ou de méfiance, et je me soumettrai ?
est*aPCreuse. me S0Um<! “ rai > carla vie 9™ je mène
« Ne jouons pas sur les mots. Il y a i c : unp question de confiance ou de défiance.» ( Bravos à gauche.) v us d
On alla aux voix. L’amendement du gouvernement 1 emporta avec une majorité qui, vu la division des partis, ne pouvait être bien considérable Il recueillit 376 voix tandis que ses adversaires’ ne purent lui en opposer que 334.
Ainsi se termina celte crise qui, nous l’espérons, ne pourra de longtemps se renouveler. La France, quelques jours anxieuse et troublée retrouvera bientôt dans le repos et l’ordre, sa prospérité et sa force. 1
Ici, notre tâche s’arrête avec le coursdu temps(l ).
(1) Ces lignes ont été écrites à la date dn iordécembre 1872
Cependant, il manque à cette biographie, pour qu’elle soit complète, une dernière date. Espérons que l’illustre homme d’Elat, le grand historien national dont nous venons de raconter la vie nous sera conservé longtemps et que ce travail restera inachevé pendant bien des années encore.