LE 2 DECEMBRE DEVANT L'HISTOIRE
Il y a cinq ans de cela, une dynastie, vieille de dix-huit années, tombait au moment môme où Ton s'y attendait le moins, où on la croyait affermie et inébranlable, au moins jusqu'à la mort de Phomme qui en était le chef. Et le vieux roi qm' s'enfuyait devant cette révolution triomphante, s'en allait encore plus surpris peut-être que consterné, en prononçant ce mot qu'il ne cessa de répéter jusqu'à sa dernière heure : « Je n'ai pourtant pas violé la loi ; pourquoi donc la France me chasse^t-elle?!
Esprit sage, mais à vues courtes, qui ne voyait le^ choses qu'à la surface, au lieu de regarder au fond ; qui n'avait jamais eu devant les yeux qu'un précédent, la révolution de juillet, et comme, à cette époque, un roi était tombé pour avoir violé ouvertement la loi, il avait cru qu'il suffisait de respecter cette forme du droit qu'on nomme la légalité, pour conserver son trône et son pouvoir.
Il y a un an, au contraire, qu'est-ce qui s'est passé? Après de longset vains efforts pour arrivera une conciliation honorable, après avoir, pendant deux ans, opposé à Fhostilité des partis cette longanimité patiente qui est le propre de la sagesse,
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cl aussi de la force véritable, Louis-Napoléon, accuf dans ses derniers retranchements, poussé à bout par une coalition menaçante, a relevé enfin le gant qu'on lui jetait ; il a brisé une Assemblée qui s'occupait de personnes et d'intrigues, au lieu de s'occuper uniquement, comme le voulait son mandat, de choses et du pays ; il a fermé la bouche à une presse qui tâchait tous les jours d'agiter et d'aveugler les masses, au lieu de les instruire et de les éclairer. En cela, il est vrai qu'il n'a pas observé la Constitution. Itcepeadant, qui donc s'est levé pour défendre la Constitution, la Presse, l'Assemblée ? une poignée d'anarchistes qui a été vaincue en quelques heures à Paris, en quelques jours dans les départements. Quant à la France, loyalement interrogée par le Pouvoir exécutif qui l'avait appelée à juger entre lui et ses adversaires, elle répondit, de sa voix la plus éclatante, par sept njillions cinq cent mille suffrages, que Louis-Napoléon, en fusant tout cela, avait bien fait.
Pourquoi donc ce verdict approbatif, quand Charles X paya, Im', de la perte de sa couronne les ordonnances de juillet? Est-ce donc que tout sentiment du droit, est-ce que tout respect pour l'autorité légitime se seraient effacés dans le cœur du pays? A Dieu ne plaise qu'il nous faille tirer des graves événements qui se sont accomplis une aussi triste conclusion! elle serait contraire, sinon aux apparences extérieures des faits, du moins à leur réalité intime, à leur moralité cachée.
Charles X ne se borna pas à violer le texte de la loi ; il avait régné et voulait gouverner encore au rebours des instincts nouveaux, des nouveaux besoins de la France ; il voulait supprimer toutes les conquêtes faites par Fesprit de progrès en 89. Il renversa aussi une Assemblée, mais, en la renversant, il ne prit pas la nation pour juge entre cette Assemblée et lui : voflà surtout pourquoi il est tombé. Louis-Napoléon, au contraire, ne s'est mis, momentanément, au-desus de la légalité, que pour mettre la France en mesure de sortir, par sa propre volonté et sa propre puissance, de la situation politique la plus difficile peut-être, la plus périlleuse, et la plus compliquée qui fût jamais. Et ce n'est pas, remarquons-le
ÏAnl, ime Rmoee de caDvuitioii, un oqtiib électoral plus ou moiiiB :UeB trié, tomne oehn xfa'vnA oomtitvé la loi du Si mai, fia est inlernrnii aiiwl dms le débat; non, c'est le payslout «otier, richeB et painsnis, granfe et ipet^ pro{yriétaires, onvrierB, pajFsaiia, tout ce qui conqrte dans la cKé, toutfie qui ¥it delà ¥ie Mtîonale, 4out ce qui a mi inlérâtlégi- ' lime dans la gesten des aiEuree publiques, tout ce qui remplit des4kvoiis et a dès lors dee drcôte qu'il feot savoir lespecter.
£t Mi acbitre aonverain, qui oompread qu*fl n'y a de la force que là où il y a de rnoité, quîneveut, du reste, recoier Bi jusqu'à la royauté légitime qu'il a brisée jadis dans sa oo 1ère, ni dans cette antre voyante bâtarde qu'il a laissée périr «OAis son indifiérence, cet arbitre suprême qui ne veut pas non plus d'un Gouvernement montagnard, a préféré, avec une admirable înteUigeBce, l'autorité homogène d'un homme à celle d'une Assemblée composée d'éléments incompatibles et onnemis. U était impossible qu'il en Mt autrement, après les grands services rendus à la cause de rorÉre par cet homme pendant trois ans.
Nous ne voulons pas dire pourtant qu'il ne soit pasftcheax foe les choses aient pris ce cours irrégulier. Si mauvaise que aoit une légalMé, il fiint la respecter le plus possible. Nous aurions mieox aimé, pour notre part, et le prince-président, si cela eût été praticable, eût mieux aimé aussi, nous en sommes certain, arriver au même résultat par des voies régulières. Ce qui le prouve, c'est qu'il a fait, pour atteindre ce but, bien des efforts et bien des concesdons ; mais tout était demeuré inutile. S'il a pris alors son parti, s'il s'est écrié à la an : foittf papuK suprema lex esta, à qui la ftiute, sinon •aux auteurs d'une Constitution insensée, et aux partis qui invoquaient le texte de cette même Constitution qu'As avaient si souvent et si justement bafouée ?
Au reste, nous verrons tout-à-l'henre ce qui serait advenu si un scrupule exagéré eût retenu Louis-Napoléon sur la rive du Rubîcon, qu'il a si hardiment et si heureusement franchi : nous verrons ce que renfermait de malheurs pour nous tous Texécuticmlittérale de cette Constitution.
Il est vrai qu'il ressort de tout ceci un grave enseignement : la France n'a tenu aucun compte ni de la loi fondamentale, ni de Tex-Assemblée Nationale, ni de la presse de l'opposition ; hélas I MM. de l'Assemblée, de la press% MM. les pères de la loi fondamentale, n'accusez que vous-mêmes de cette dédaigneuse insouciance, car vous êtes les seuls coupables.
Voyons d'abord pour l'Assemblée, ou plutôt pour les Assemblées parlementaires qui se sont succédé en France, depuis 1830 notanmient; car les mêmes abus se sont perpétués dans toutes, et ont à la longue fini par produire la Juste impopularité qui s'est manifestée contre les corps politiques délibérants, tels qu'ils fonctionnent depuis vingt ans.
D'abord, et en ce qui concerne les Chambres de la monarchie de Juillet, il n'est pas étonnant qu'elles se soient peu préoccupées des intérêts du peuple ; elles n'émanaient pas de lui, mais d'une oligarchie censitaire, d'un corps d'électeurs privilégiés. Aussi, qu'y faisait-on, dans le sein de ces Assemblées? Sauf quelques lois comme celles sur les caisses d'épargne, sur les chemins de fer, dont tout l'honneur revient au gouvernement d'alors qui en prit l'initiative, où sont les lois utiles, les mesures vraiment fécondes que ces Assemblées ont votées? Le temps se perdait en débats oiseux et stériles ; tous les ans on y dépensait des mois entiers à préparer ou bien à discuter le même projet d'adresse en réponse au même did^ cours du trône. Ajoutez à cela (nous n'avons pas besoin de dire que nous parlons ici des hommes en général, de personne en particulier), ajoutez à cela, ce qui est pis, l'Apre égolsme de presque tous ces hommes qui ne semblaient envoyés dans les Chambres que pour s'y occuper d'eux-mêmes et de leurs électeurs ; la violence d'une opposition prenant les faits les plus futiles pour texte aux accusations les plus acerbes, et avilissant le principe d'autorité aux yeux de Vopinion publique, par les excès de ses attaques ; les coalitions immorales formées entre des partis difiérents et hostiles les uns aux autres, pour renverser un Ministère qui gênait tou^ les les ambitions ; ^joutez encore le scandale de ces guerres de portefeuilles, qui allaient jusqu'à faire rejeter les lois les
meOIeures, par cela seul que c'était le pouvoir qui les présentaît, et qu'il fallait à tout prix faire tomber du pouvoir ses rivaux pour se mettre à leur place. Rappelez-vous encore celui-d montant à la tribune et flétrissant, avec une éloquence iDdignée, la politique extérieure du Ministère, puis, et bien- X(A après, prenant à son tour le pouvoir et y faisant exactement la même chose que son prédécesseur ; jouant le même I air, pour nous servir du langage de Tépoque, mais avec la * prétention souvent fort peu fondée de le jouer mieux. Rap- ' peletvous enfin celui-là, peu content d'attaquertous les jours, i parlui et par les siens, la conduite des ministres responsa- 1 Mes, visant plus haut, et dénonçant un jour, dans son dé- ; vouement monarchique, ce qu'il nommait le gouvernement personnel, découvrant ainsi la couronne, et livrant l'inviolabilité royale aux discussions et à la haine des partis. Souve ne&voua de tout cela, et vous aurez le triste et fidèle bilan des Assemblées parlementaires, depuis Juillet jusqu'à la révolution de Février.
A partir de Février, les choses changent-elles? Ici, au moins^ les Assemblées commencent à sortir de leur source légitime, le peuple. Ce fut là le véritable bienfait de cette ré^ volution, qui, en déchaînant sur le monde les utopies les plus folles, plaça au moins à côté d'elles le vote universel qu'elle chargea de les apprécier, de distinguer en elles le bon grain de Tivraie, l'or pur du cuivre et du clinquant. Mais les deux Assemblées issues du suffrage de tous ont-elles bien fidèlement représenté ce peuple, des entrailles duquel elles étaient sorties? Se sont-elles préoccupées plus que leurs devancières des intérêts publics ?
Non, l'intérêt national y a été encore sacrifié aux intérêts des coteries, aux mesquines intrigues, aux calculs des ambitions et des convenances personnelles. Voyez d'abord l'As» semblée Constituante. Grande à son origine dans sa lutte avec la démagogie, elle se rapetisse, s'abaisse à ses derniers moments, par son opposition acharnée à l'élection du futur Président de la République. Elle arbore la bannière d*un autre candidat ; etpm's, quand la France condamne hautement
ces préféraices par le choix spontané de LoiBS-Napfdibiiy cette Afisemblée refuse de comprendre son arrét^ refuse de se: ,, disBCudre en Dice d'un pouroir exécutif nommé sa ùkfiÊ; ■ d'dle, et marchande svee M les qodqnes joios qm lui rc^ ;eiit à Tîvre 1 Voy^ maintenant riflsembléc Nationale. Ai 1860) souB la pression de dreonstances graves^ elle vote te loîrda 9fi mai ; elle ne tarde pas à acquérûr la coovîction^Qe cette lofc efaaasedes eomîoes le tiscs des anciens électenn^qi» c'est dèslossi un œnTrcde maihpnr, une loi àa gaaixietcivaii réproQtvéefperrepiaîoii puidiqne valons Louis^Napoléon, ynuBlaail'aeMicier àun acte néparatenretde bonne justiee, prepom àf issenUée d'akroger cette loi. Mais Tiasenhlée répand par un Mittftau piK]|jet du Gouvemeaieot. Et pourquoi oe nCua? C'était bien moms^ de la part des membses de la nagorité^ tendsesse pateraeBe pour levr «ouvre chérie, que parti pria deroponsser toot oe qui pouvait, dans une mesm^ qneleeoqw, ftôre honneur ou porter profit au Gouvernement
Ainsi, même opposition systématique aux actes dn poavoîE cboK les û&ux Assc»nidées répuhficaiaes et chez les Chambies delà monarchie; outre cela, raémesr coalitions compoiéee d'éléments hétérogènes et destinées à battre en brèche le» Miolslères ; môme insufOsance d'œuwes utiles, même atten* tien curieuse et avide aux débats personnels, scandaltax, ^ m6me indiflérencepour les choses sérieuses, les knrpratiques^ les lois d'affaires, comme il arrive pour ces hommes qui ont besom de liqueurs fbrtes ou de mets énergiquement épioie pour stimuler leur estomac ou leur palais blasé, et qui re* poussent les alimentsplus sônpks ou les boissons plus saBoee; môme tapage enfin, et égale stérilité: voilà ee qae nous découvrons.
Nom allions oublier un tirant dhns le tdbleau qae nous ye? noM d'esquisser à la bâte. Nos deux demi^i'es Assemblées, il fout le recomiaMre, ont dépassé le^rs devascières soqsiib rapport : nous entendons parier iei de cet échange perpétuel d'injures d'un banc à Tautre, de ces grossifers outrages^, de ces poings ftmenx et crispés, de toutes ces scènes de pugilat dontuos législateurs ont donné sr souvent le désobmt speet»-
de, «lipilftntMiii vememkkrle temple de la loi à «nshaife eu SLua cabaretoà se queraUsot des hominiee ivres.
Oûf il fuit le direl>ieDlufeii^Gar le aïoiiient delà Téritéeat venu. Les deux demièies-AiafleœhléBa d61U)énuites, comme celles 9» leA<intprécédétt,A'oBt pn eu de ptusgfand emie< mis ^a'elIefi-aièiBefi; eile» ont oorapromie le système parlementaire, elles ont tout discrédité, jusq^i'an droit d'interpelhh tios, dont eUeeont fait m si min et stliréqueiit usage; jus^ cpi' au droit d'initiative, quin'a ser^qfB'à faire défiler joumelieiaeutàlatribiuie les propoeitiûiis les plus mdigestes, les théories les plus extravagantes.
Dans ce^ état de diesea, est-il donc étonnant que l'opinion ne se aoèt pas émue de laebute de l'Assemblée législative ? d'est lecoatraiBe qm nous aurait suiiHis. Maintenaoot, pouvait* elte, devailrdle s'ésaouvov davantage du silence imposé à la poBfise ^ à la GoastîÉution?
La presser ce quatrième ponvoir ùma FÉtat, corame on Ta appelée, qui pauvait fidre tant de Men et qui a déjà fstit tant ée Bttll fui n'a jamais ria su édifier et n'a amoncelé que des raines l qoiaaraitpii être le flambeau qui éclaire, et n'a été dans (pielques mains 91a la torcbe qui dévore et qui bràle! lapiease, outil de catomnie et de dénigrement systémati* ipie»!
Maïs la GeastikitioD^ dir&-tK)Bi, kiloi fbndaaoentale I LaGanatitiitionl belle Constitution^ en eiTet, que cette loi lépuMeaine qui dit à féleeteur : « Tu n'aui aa pas le droit « tf aesarder énax féis de suitrtacoBflfflice au même homme. € Get homme aura bean avoûr bien gouverné, bien rempli € ton^premiBr maadai, tiinf auras pas le droil dele réeom» « penser; je te condanuie à en nommer un autrs. » Belle Cofialilatioa, que «eUn qui eiige les trois quavta des suffiragea des mambflia ds Tint mblée Nation^ pour que la loi fondamealale pnieas ôtse révisée, plaçsmt ainsi la majorité sona le joug de la minorité I BtUe Constitution, que celle qui reftise aii pouvoir e&éeutif toute part dans la puissance législative! 9Û cnée une Assamblée uaiqoe, sans contre-poids et sans coif tiale, et mal ainsi ana |irisesvd'unQllé,m corps si paissant
de l'autre im Président issu de cette force mmense qui s'appelle le vote universel 1 — Évidemment il ne pouvait sortir de là que des tempêtes, et c'est ce qui aurait eu lieu si l'énergique prévoyance du 2 décembre n'y eût pourvu.
Si nous ne nous trompons, nous venons d'expliquer les vrais motifs pour lesquels la France a laissé mourir sans regret l'ancienne presse démagogique, la Constitution, et l'Assemblée. Toutes avaient fatigué le pays, à force de vouloir le passionner contre un homme ; c'est là ce que ne voyaient pas ies chefs des factions parlementaires, et ce qui n'a pas échappé à la haute sagacité de l'homme qui nous gouverne.
Mais est-ce à dire qu'il ne fallût plus désormais ni presse indépendante, ni corps législatif, et que la France fût prête à accepter une dictature sans frein et sans limites? Telle n'a pas été la pensée de Napoléon ; aussi a-t4I promulgué une Qiarte nouvelle mieux appropriée aux instincts et aux besoins de la France : la presse périodique y a trouvé sa place, non plus celle que nous avons connue, mais une autre qui donne au moins des garanties, et qui est mieux réglée, mieux contenue. Quant à l'élément législatif, il est double, et nous avons deux Assemblées qui peuvent se faire contre-poids l'une à l'autre, au lieu d'une Assemblée omnipotente. La législation est ramenée à sa vraie mission, mission d'ordre, de paix, de travail sérieux et productif; son rôle n'est pas de harceler sans cesse le pouvoir par des taquineries mesquines, et le calme succède enfin à ces fiévreuses émotions qui paralysaient le commerce et tuaient l'industrie; à cet état inflanmiatoire et chronique dans lequel des esprits prévenus ne voyaient que les signes de la vie nationale, et qui était peut-être un symp> tome de mort prochaine. Les passions politiques se sont calmées et se tairont peut-être tout-à-fait. Hélas I cela serait que nous n'aurions pas, nous, le courage de nous en plaindre: elles ont fdttant de bruit, que le silence serait sans doute, pour nous un bien, pour elles une juste expiation.
Il est possible que l'organisation nouvelle créée par Louis- Napoléon soit imparfaite. Quelle est la chose de ce monde qui ne l'est pas? Mais, en touscas, elle ne porte pas dans son
sein les principes délétères, les deux grands dissolvants qui, depuis vingt années, ont lentement miné d'abord, et fait périr ensuite tous les Gouvernements, bailleurs, si Fédifice n'est pas irréprochable, qui donc empêchera Tarchitecte d'en corriger les vices? Celui qui a fait aura bien le droit d'améliorer; et, en ce cas, nous en sommes certain, ce n'est pas la ]>onne volonté qui ferait défaut à Napoléon. Ce n'est pas lui qui recnlerait devant des réformes jugées indispensables par le pays. Il n'y a que les Gouvernements faibles qui refusent de se modifier, et le Gouvernement du 20 décembre est fort.
Nous disons qu'il est fort : en effet, il n'a pas seulement pour lui la force matérielle, mais il s'appuie sur la force momie qui lui vient de la grande manifestation de l'an dernier, force morale que n'ont eue ni Louis-Philippe, ni la royauté dite légitime. 11 est des gens qui, pour amoindrir la portée de . rélection du Prince-Président, vont répétant partout que la France J'a pris à titre de pis-aller, ne pouvant pas en prendre on autre. C'est mal Juger les choses, selon nous. Non, ce n'est pas comme nécessité de circonstance que la France a choisi Louis-Napoléon ; c'est parce qu'elle l'a préféré atout autre, sans exception ; c'est parce qui! est le seul homme Téritablement populaire, le seul au nom duquel s'attache le souvenir de grandes choses faites pour le pays. Que veneas- YOQS nous dire sur vos rois légitimes, sur la dynastie de la branche cadette? Qui donc, dans les chaumières et dans les ateliers, connaît Henri IV, François I«, Louis XIV? — Personne. — Tout le monde, an contraire, y connaît l'homme qui éleva la France à une hauteur inouïe Jusqu'alors, qui dompta ranarchie, et mit l'Europe à nos pieds; l'homme qui sut si bien récompenser les services rendus et découvrir le mérite partout où il était ; fhomme qui prenait les fils de bourgeois pour en faire des maréchaux, les fils de paysans ou d'ouvriers pour en faire des rois (i) !
Ainsi donc, nous le répétons, le Gouvernement nouveau sera fort, assis sur ces deux piédestaux qui se prêtent un appui
(1) Murât, roi de Naples, était ffls d'un aubergiste.
réciproque, la foi du peuple et le dévouemeoL de ranate.
Et maintenant, à la place des Jours tranquilles ethenreuL que Tavenir nous promet, voyons ce ^e nous eût donné la Constitution, ce que nous pr^aiaient les partis, si on les avait laissés faire.
Tout le monde connaît la situation politique qui précéda les événements ds décembre. Résumons-la en quelques mots. Louis-Napoléon ne voulait qu'une chose, c'esi <sae k. Franûe pût choisir librement son chef en 1852 ;. c'était là son cnnm aux yeux des partis. Le 2 décembre, les difiTérenles Cictions parlementaires, se coalisant alors pour une ceuvre de destruction, sauf à se battre ensemble sur les débris qpi'eUes fieraient, se préparaient à. glisser dans la loi da re^naabilité des agents du pouvoir ua article consacrant, au proBl de rA&semblée et de ses dignitaires, le droit de requérir directement la force armée. Le ConsiUuiiotmél a publié des documents qui prouvent qu'on, n'attendait que le vote de l'article pour user de ce droit; et cela, non afin, de déiiendre l'Assemblée, qui n'était nullement menacée alors, mais afin d'attaquer le Pouvoh* exécutif. On devait, au palais législatif, décréter d'accusation Louis-Napoléon, et, sous prétexte qu'il préparait ioconstitulionnellement sa lééleatlon, l'envoyer au cbÀtean de Yincennes.
EhbienI supposons un instant quacecempkit eût réussi^ qu'il se fût trouvé dais l'armée des soldats prêts à porter la main sur le neveu de l'Empereur devenu Président de la République, croit-on d'aborà que ce succès eût été obtenu sans catastrophe, sans etiusion de sang ? Oians cette armée si béroî* qua, si bien diseipUnée, qui a marché contre l'émente pavlenwitaire conmiâ un saut homme, oa voudra bkn admettre au moins que quelques- régiments auraient refusé d'obéir aux ordres de l'Assemblée, et seraient demeurés fidèles à Louis- Napoléon. Alors, que serait-il arrivé? On aurait vu dans toa ruesde Pacis deux, armées en présence.... des Oats de sang finançais auraient coulé... Premier malheur L.Maiaoe n'est pia tout. Qui donc aurait triomphé dans ce conflit? A qui donnaient des chances ces fatales divisions et cette fSocee militaire ainsi
coqéftCBdMX? A qiiiî Ptut-on wnb fe moinkedoutoà cel égKtàl Et àçii doDC, ai œ n'est au parti quifiairait et guet^ tait depuis dffiains cette coIMod ? au poorti qui se glissa tou^ |ms8 eufre ks oambattsnts pour dépouiller et ^ider le ?aiiiqiieBr ; ao ptftf qui^ le 33 fiivner 1CÂ8, criait avec les bour'> geois de Paris «tre hi réform$ l et qui, le lendemain, eriait suEB ewLvéoe la B^^Uque t à ee parti qui, eette fois, aur^ Gàê wrm lev parfisns de rAssemMée vive la CanstiMian t pour finir par cet autre eri qu'il eût poussé sans eux: vivela
La répuWfwroaee I iraossaTOBB maintenant ce que c^est: nous srions en: jvaqtfèu pressât que c'était seulement la Eiiiie pMiqob et la tenreiir, la confiscation légale et TéchaftodeapermaDence^Céfaxt d^à beaucoup trop, sans doute, 0t cependacni catf était pas encere assez r ce qu'on nous ré- Borwl, eféfait la piBaga mganisé, le ^ol, l'assassinat et lin* ooidia; eWaîtIlétatsawage, qudqueekose qui n'a de nom dM»la langoa d'aacnn. peuple citiUsè.
B eatmi (pn cela n'eCtt pas duré longtemps. Toute la France, grâce au ciel, se serait soulevée d'horreur contre oaÉte aboHÉDaUe anarchie, et l'aurait écrasée sous ses pieds. C'est là asasi oo qp» dteait les partis monarchiques, et an sartirde cseliaoff, ajovtent-as, nous aurions eu la royauté. La, Aoyauté^! Laquefflst Celle du droit divin? Kl vérité, nous respections infiniment le? croyances du parti 16gitBrâBt&, nous esthnons la plupart des hommes qui le cimiposent, maianoi» ne pouvons les entendre sans nousrap^ peler ee ph&isoiAe grec, Epiménide, qui dormit cinquante ftMj et qui, i sdarévefl, brouiDanicomiquement toutes choses, cODfOHdant le passé avec le présent, croyait retrouverle moiida tel qu'A favail laissé en s'endommnt. Pauvre fou I Les ItfgftiMbtea ne sent pas ^ leur ^ëde : sourions, et passons.
La royauté de 1830 ? Celle-là n'a jamais été populcdre dans l^TT» sen» dumot, car éàt s'est toujours défiée des masses : dto o-'A ODsIéqiia peur el par la bourgeoisie, et ce serait à re^ r sîfUè revenaR. Or, la France a conquis le sulBrage ijdley afpriB goât eCratend conserver sa conquête;
Vous restaureriez aujourd'hui la dynastie des d'Orléans, qu'elle ne vivrait pas plus de six mois. D'ailleurs, pourquoi ne pas dire tout haut ce qu'on pense tout bas? Les vieilles racfô monarchiques sont usées, elles n'ont plus la virilité d'âme nécessaire pour diriger les peuples. Nous ne voulons pas reprocher le passé, mais qu'avons-nous vu en Février et en Juillet? des princes auxquels le cœur défaiDait, et qui, avec une facile soumission, acceptaient leur défaite et l'exil. Or, aujourd'hui le Gouvernement veut par-dessus tout un esprit résolu pour concevoir, et, pour exécuter, une audace au niveau des circonstances et une indomptable énergie.
c Mais, répondent quelques esprits honnêtes et méticuc leux, nous ne voulons d'aucune royauté, nous voulons le « maintien de la République. C'est Napoléon qui a fait tout « le mal; pourquoi a-t-il voulu se faire réélire? S'il était « descendu volontairement du pouvoir, conformément à la f Constitution, la France aurait nommé un autre Président; c comme la nation n'est pas montagnarde, elle eût pris un f honnête homme, un homme modéré, et les choses se se- « raient passées régulièrement. •
Cette opinion étant partagée par des hommes honorables et sincères, nous croyons qu'il importe de la combattre.
Et d'abord, leur répondrons-nous, croyez-vous que, Louis- Napoléon étant exclu du concours présidentiel, le chef de l'État en 1852 eût été l'élu de la France? Dans l'état actuel des partis croyez-vous qu'un autre candidat aurait, aux termes de l'ariide VI de la déftmte Constitution, réum* plus de la moitié des suffrages exprimés et au moins deux millions de voix ? Vous reconnaîtrez avec nous que c'était impossible, et alors c'était l'Assemblée qui nommait ; Ontà le voulait cet article. Et qui aurait-elle nonuné? La msjorité était royaliste, elle aurait, par son choix, préparé le retour d'une de ces royautés dont vous ne voulez pas I
Admettons qu'il en eût été autrement : Vouliez-vous donc vouer éternellement la France à ces renouvellements de pouvoirs tous les quatre ans, à cette instabilité gouvememen. taie que créaient les institutions, maladie qui frappait au cœur
tout commerce et tout crédit? Et puis enfin, voyons, que auriei-^ous nommé? Connaissez-vous en France un seul homme qui aurait pu porter sur ses épaules ce terrible fardeau? Car enfin, au Gouvernement il ne suffit pas delà force matérieHe ; il faut surtout de la force morale, un nom qui ait antorité sur les masses, qui leur impose, un nom que tout le monde puisse accepter, qui commande Fobéissance universelle, qui déconcerte toute rivalité, défie, du haut de sa gloire, toute ambition. Cherchez ce nom autour de vous, dans la société, cherchez-le où vousjvoudrez, parmi nos généraux, parmi nos magistrats, parmi nos hommes politiques, vous ne le trouverez nulle part; vous ne trouverez que des hommes qui tous ont des égaux, sinon des supérieurs ; qui tous, dès lors, auraient fait des Jaloux, et n'auraient rencontré ni facile obéissance chez les uns, ni confiance chez les autres.
Reconnaissonsrie donc (hmchement, le dénouement auquel a abouti la situation où nous étions placés en 1861, est le plus heureux que Ton pût espérer.
Quant à nous, nous croyons à un bel avenir pour nos concitoyens. Cet avenir, le présent nous en garantit les promesses. Nous avons déjà vu Louis-Napoléon à Tœuvre ; cœur ferme . et e^rit calme, il ne s*est pas enivré de son succès ; il a compria que plus la France Ta grandi par ses choix répétés, plus elle a droit à sa reconnaissance. Le 20 décembre, le neveu de l'Empereur, après bien des orages, est entré dans le port; mais ce n'est pas pour y rester, c'est, au contraire, pour s'élancer de là, plus ardent que jamais, à la découverte des horizons nouveaux, des mondes inexplorés, des réformes praticable^ à faire, des progrès à réaliser. Que de choses n*a-t-il pas déjà faites dans le cours de Tannée qui va finir I Que de décrets féconds sur les matières les plus importantes 1 Commerce, économie politique, armée, finances, travaux publics, il a tout embrassé, tout rajeuni, tout revivifié. Aussi la France, à l'heure qu'D est, se prépare à lui en témoigner sa sincère et profonde gratitude; elle a déjà secoué la poussière qui recouvrait, depuis trente-cinq ans, le Trône unpérial, et s'apprête à placer sur le front du neveu la couronne de l'onde. Mais,
devenu souverain de la France, Loufe-Napoléon Jie ^'endormirb pas sur ce nouveau triomphe; il «ait bieû que rtHnmiiité eA un honune qui marche, marche, et marofae tmyoum, et qa'ilBn est de môme pour les Gouvernements, qu'il ne fevr est pas permis de se croiser les bras et de ae jnepoaer. JD n*aîtiimera pas en Europe les brandons de lagiuffre,xar,il Va dit lui-même, les circonstances ont chan^, et le Artnr Eiiq)ire ne saurait être la copie de Tancien; mais, tout en demeurant le gardien jaloux et (Mêle de Thomieur du pays, 3 nous i»*odiguera les trésors de la paix et eontîniiera à nous faire avancer de plus en plus dans la large voie du progrès et de la dvittsation.
Les considérations qui précàdent Dius amàBent à dire un mot du livre auquel elles servent de préfaœ. LïisKùrede Louis-Napoléon n'a pas été encore faite; on n'a éerit sur lui que des biographies incomplètes, dont les uses s'arrète&t en 1848, les autres à des dates antérieures; et encore, pami ces {brochures, il s'en trouve plus d'une où les faits ont été tmtiestis, les intentions dénaturées, l'iHHnme calomnié. Nous avons cru rendre service à nos eoncitojvens en leur donnant ^ une histoire complète, vraie, fidèle, de la^ie d'mi homme que tous sont intéressés à connaître sous son Trai Jour.
BB
lODlS-HAPOLfiON BONAPARTI.
CHIPITRE PREIIEB.
R.— Poitrât de Louis-Napoléon.— Son en&nce.— Vive amitio que riTiHMiif I toi ténoigAatt— E3cn, séjonr en Snisse.— Son éducaUon, sa JeaneBse.— Traits fie courage et de bonté.— napoléon en Italie en 1830. —Mort de son frère aîné.— Dangers qn'il.court loim^me.— Toyage en France» son séjour à Paris avec sa mère en 1831 . «-0^ait poor TAngleterre.— Retour en Suisse.— Offre des chefs de Ffonmetfa» poloaaite.— Les trots premiers ouyrages du Prince.— Mcnrt dn rai de Borne, son CDa8in<— Lettres du PriBce.-4iOUis-NqKH léon retose le trône de PorUigaL— Nouvelles lettres.— NouYeaux écrits du Prince.— Lettre de lareine Hortense» sa mère.— Prédiction
CeM ane Tîe d'épreuves et de combats, une vie riche d'émotiODS, pleine de péripéties variées, que nous entreprenons d'écrire. Exil, captivité, dangers de toutes sortes, telle a été la roule par où Louis-Napoléon est parvenu au gouvernemeat de la France. Son oncle commença par les Tuileries, dToù il partit pour Sainte-Hélène ; il a commencé, lui, par le diHeaa deHam, pour finir par les Tuileries. Jeux étonnants de la fortonel Pendant vingt ans passés il a lutté, souffert ; mais dans f adversité, dans ces moments où les natures les mieux tresBopées s'affairent et désespèrent de leur sort, il n'a jamais da moins vo son courage l'abandonner, sa confiance défaillir; e'est qu'il portait dans l'ftme ces deux puissants mobiles : la foi etradmiration; admiration pour son oncle, et foi en son
pays. C'est qu'il avait toujours devant les yeux un grand modèle à suivre, modèle de dévouement patriotique comme de gloire et de génie ; c'est qu'il aimait la France en fils passionné, et qu'il savait que la France n'attendait, elle aussi, qu'un moment favorable pour lui prouver qu'elle l'aimait en mère ; c'est enfin qu'il sentait qu'il était seul l'homme de l'avenir, l'instrument ^e la providence prédestiné à l'accomplissement d'une œuvre glorieusement conmdencée par l'Empereur, mais depuis lors fatalement interrompue.
Cœur fidèle à toutes ses amitiés, regard d'homme d'Etat pénétrant et profond, intelligence rare des besoins de son siècle, esprit indépendant qui repousse toutes les dominations et a su s'^ranchir de la tutelle de tous les partis exclusifs, vie recueillie, austère et studieuse dans tous les temps, ardeur peut-être un peu impatiente dans la jeunesse, et puis dans la maturité, grâce à l'adversité dont les leçons ne sont jamais perdues pour les âmes d'élite, énergie contenue qui, sous des dehors mélancoliques, trompa les esprits superficiels et les hommes réputés les plus habiles ; volonté forte et patiente qui mai:cha toiyours droit à son but sans s'arrêter jamais, mais en sachant choisir son jour et attendre son heure; enfin, homme d'étude et homme d'action tout à la fois, l'intrépidité du soldat et le sang-froid du diplomate, c'est-à-dire l'as^ semblage remarquable de qualité diverses et qui s'excluent presque toujours ; tel va nous apparaître, dans le cours du récit que nous commençons, Louis-Napoléon Bonaparte.
Charles-Louis-Napoléon Bonaparte naquit à Paris, le 20 avril 1808, au milieu des splendeurs impériales, au moment où son oncle venait d'atteindre les plus hauts sommets de la gloire et de la puissance, où il voyait l'Europe à ses genoux. Charles-Louis-Napoléon était fils de la reine Hortense, cette femme d'élite qui apporta sa grâce souriante, son exquise beauté, sa charité inépuisable, dans cette cour impériale où rayonnèrent de si mâles courages. Il eut pour père Louis-
Bonaparte frère de rEmpereur, cet honnête homme couronné qiù, placé à la tête de la Hollande, et forcé de choisir entre les intérêts de ses sujets et ceux de la France, aima mieux descendre volontairement du trône, que de manquer à l'un ou l'autre de ses devoirs, et d'être mauvais Français ou mauvais roi.
Depuis Hambourg jusqu'à Rome, des Pyrénées jusqu'au Danube, le canon salua la naissance du jeune prince. Un sénatus-consulte du 28 floréal an xii, confirmé par un autre du 5 frimaire an xiii, soumis à l'acceptation du peuple Français et accepté par 3,521,675 suffrages contre 2,579 opposants, rappelait éventuellement au trône impérial ainsi que son frère aîné, 1Napoléon-Louis , dans le cas où Napoléon et Joseph, leurs deux oncles, mourraient sans héritiers. Inscrit le premier sur Je registre de famille destiné aux enfants de la dynastie napoléonienne, et confié à la garde du Sénat, le nouveau né, Charle&-Louis-Napoléon, fût baptisé au Palais de Fontainebleau, le 10 novembre 1810, par le cardinal Fesch; il eut pour parrain l'Empereur, pour marraine l'Impératrice Marie-Louise , et toutes les illustrations de cette époque contribuèrent, par leur présence, à l'éclat de cette solen* nité.
Tout le monde connaît cette anecdote d'Henri IV, qu'un ambassadeur étranger surprit un jour marchant à quatre pattes sur le tapis de sa chambre à coucher, avec un de ses enfants sur le dos. . Sous ce rapport comme sous d'autres, Napoléon-le-Grand ressemblait fort à Henri IV ; comme tous les honmies de cœur, il aimait beaucoup les enfai^ts, et surtout ceux de son frère Louis. Il ne ce^ jamais de les : chérir, même lorsque plus tard Marie-Lotiise l'eut rendu "j père et lui eut donné à lui-même un héritier direct. Il en- J voyait souvent chercher les deux fils du roi de Hollande: leur grâce enfantine et naïve l'intéressait, et il s'amusait volontiers de leurs jeux, au sortir de quelque grave discussion
dans le conseil d'État, de quelque conférence avec Camb»cérès, ou d'une conversation sur les affaires extérieures avec le duc de Yicence. Il avait l'habitude de les appeler à ses • heures de repas, les seules qu'il dérobât jamais au soin de» affah^ publiques, à Theure des déjeuners surtout : il les faisait alors asseoir à ses côtés dans son cabinet, à une petite table où nul autre qu'eux n'a pris place, et leur fsusait réciter les fiibles de La Fontaine, leur en expliquait la moralité, et épiait, avec une sollicitude toute paternelle, le développement de ces jeunes intelligences.
B les perdit de vue à l'époque de son départ pour Tfle d*Elbe, et des témoins oculaires racontent qu'à son retour en France, Il les revit avec un véritable transport de joie, et remarqua avec émotion leur croissance physique et les progrès de leur esprit. Hélas! à cette époque, Napoléon était séparé de son propre fils, le roi de Rome, que les Autrichiens venaient d'emmener avec*eux à Vienne. Les deux fils de son frère le consolaient de l'absence du sîeni
Nous voici arrivé aux désastres de Waterloo. La France est envahie : découragée, fatiguée de la guerre, elle abandoime, dans un moment d'imprévoyance et de prostration, le grand homme qu'eUe adorait naguère, elle s'abandonne elle-même; la trahison, l'ingratitude des hommes qui lui devaient le plus, précipitent la chute de Napoléon ; non-seulement on le proscrit lui-même, mais encore tout ce qui tient à lui par les liens du sang. Tons les membres de la fomllle impériale, hommes, ftmmes, vieillards, enfants, tous vont expier dans l'exil le crime glorieux de cette parenté.
La reine Hortense partit donc pour la terre étrangère^ accompagnée de ses deux fils ; elle arriva à la flrontière sous rescorte d'un officier autrichien.
« J'ai dû quitter, écrivait-elle le sotr de son départ, cette « ville (Paris) d'où les dliés m'expulsaient à la hâte ; telle- • ment redoutée, faible femme qo^ fêtais avec mes deux en-
c fuits, que, de distaoce en distance, la troupe ennemie étail
a 60U8 les armes pour protéger, disait-on, notre passage,
« mais €Q réalité pour assurer notre départ. »^ Précautions
qni témoignaient de la peur qu'inspirait encore la popularité
des Bonapartea, même au moment où leur chef était vaincu
et désaiBié. On se bfttait de les feire disparaître, dans la crainte
*. dun retirement d'opinion et d'un réveil en leur faveur de
I rhonneur national momentanément endormi, ou plutôt pa*
p ralysé sous la pression de la force et du nombre.
Ici trouve sa place tm détail aussi triste que touchant. Loufe^apoléon avait sept ans àpehie lorsqu'il quitta la France avec aa mère. Sa douleur Ait pourtant des plus vives ; il ne vovilait pas s'éloigner de Paris, il pleurait, il frappait la terre du pied ; il Ddlut enfo l'emporter presque de vive force dans la voiture, et le calmer par la promesse d'un retour très-prochain. Caprice d'enfantl dira-t-on peut-être; quantànous» dans ce fut qui peut paraître pnérO à d'autres, nous voyons poindre ce sentiment patriotique, cet amour pour la France, si persévérant, si pieux, dont le prince Louis-Napoléon, devenu homme, a donné des gages si nombreux et si éclatants. Nous ne pouvons aussi penser à cet enfantillage, sans noua rappeler, malgré nous, ces paroles de FEmpereur à Sainte* Hélène : • Je demande que mes restes reposent un jour sur « les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que « j'ai tant aimé. • Rafsen chez Fun^ instinct chez l'autre, cela est certain ; toiy ours est-il que F enflaiit de sept ans portait déjàenluilegenne de ce grand sentiment qfà inspira ton* îours êOB oncle, lareligion de la patrie (1).
(t) U iffinsHorCense, dans eehMe voyage, reneontra sur sa roule uA Mieux ta««r pour elle «C pour ses âls- Elle était accompagnée par on officier aiitricbiflii, M. 4e Wflaa. A Dijon, eUe fat arrêtée par on détacbemeat de gardes da corps qai la menacèrent et rinsultèren brutalement. Un d'entre eux voulut même l'entraîner de vive force.
Après avoir quitté la France, la reine Hortense se retira successivement à Genève, à Aix en Savoie, où elle avait fondé un hôpital, dans le duché de Bade, en Bavière, près de son frère Eugène, puis enfin en Suisse et à Rome. Elle habita longtemps Augsbourg, qu'elle quitta pour une résidence sur les bords du lac de Constance, dans le canton de Thurgovie. Le Gouvernement helvétique accueillit la noble proscrite et ses flis, malgré la plus vive opposition de la part des Bourbons et de la sainte-alliance.
Ainsi, ces deux enfants, Louis-Napoléon et son frère, promis dès leur naissance au plus magnifique avenir, bercés sur les marches du premier trône de l'univers, trouvaientàgrand'peine une place où ils pussent s'asseoir, un abri pour reposer leur tête. Leur mère se résigna en attendant des jours meilleurs ; elle comprit tous les devoirs que lui imposait la fortune, et, sans jamais leur laisser oublier, m^ au contraire leur rappelant toujours le sang illustre qui coulait dans leurs veines, elle se prépara à faire de ses deux fils des citoyens dignes de leur pays et de leur nom, et, avant tout, des hommes. Elle voulut d'avance, au cas où la fortune viendrait à leur sourire plus tard, les mettre à la hauteur de leur future position, et, dans le cas contraire, leur fournir les moyens de corriger, à force de mérite personnel, les injures du sort.
loi disant qu'elle était sa prisonnière. — Madame est sous la protection de rAutriche» s'écria M de V^ilna. — Biais le garde du corps insista et saisit rudement le bras de la Reine, que l'officier autrichien parvint pourtant à dégager. Les deux enfimts, Louis-Napoléon et son frère» qu'on voulait emmener avec leur «mère, furent vivement poussés dans la voiture, qui, sur^u^signe de M. Wllna, s'élança rapidement et disparut.
Le lendemain, en entrant à Lons4e-SMilnier, les rôles étaient Intervertis. Le peuple, dans sa colère, menaça les Joon de l'officier de l'Autriche ; ce fut la reine Hortense qui intervint : sa parole si douce et sa voix touchante désarmèrent les fdrieax, et M. de WUna fut sauvé à son tour.
Dans ses soins maternels elle n'oublia rien, ni la culture de Vesprit et de l'âme, ni les exercices du corps.
Le premier gouverneur de Louis-Napoléon M M. Fabbé Bertrand. M. Lebas. âls du conventionnel de ce nom, professeur à l'Athénée de Paris et maître de conférences à TEcole normale, dirigea plus tard ses études classiques. Le jeune prince suivit les cours du gymnase d'Augsbourg, où il se fit particulièrement remarquer par une rare aptitude pour les sciences exactes. Il acquit de nombreuses connaissances, apprit le grec et le latin, ainsi que les langues vivantes, et re. çut d'un Français fort instruit, placé à la tête d'une manufacture en Suisse, M. Gastard, des leçons de physique et de chimie. £n même temps il se livrait avec ardeur aux exercices gynmastiques qui assouplissent et fortifient le corps. Il apprenait J'escrime, i'équitation, le tir au pistolet, acquérait une véritable supériorité dans le maniement de toutes les armes, s'exerçait à nager durant des heures entières. Tout Paris l'a pu voir conduire son cheval en écuyer habile, dans ses promenades de tous les jours aux Champs-Elysées et au bois de Boulogne ; nul ne l'égalait en aisance et en dextérité. • Un goût très-vif pour la carrière des armes le porta, dès ses jeunes années, à se former aux manœuvres militaires. Un régiment badois, en garnison à Constance, lui fournit les moyens de satisfaire son inclination. Il y fut remarqué et obtint son admission au camp de Thûnn, dans le canton de Berne, où les Suisses se réunissaient chaque année pour 8'exercer aux manœuvres du génie et de l'artillerie, sous la direction ^'un des officiers les plus distingués de l'Empire, le général Dufour. Là, I»vouaquant, et mangeant avec le soldat le pain de munition, le sac au dos, le compas à la main, ou faisant rouler la brouette, il rompait son corps aux plus rudes fatigues, t Mon fils, écrivait à cette époque la reine Hor- « tense, est encore occupé, avec les élèves de Thûnn, à faire « des excurdons militaires dans les montagnes. Us font dix
« à douze lieues par jour, à pied, elle sac sur le dos. Ils ont m couché sous la tente au pied d'un glacier. •
Pendant qu'il recevait cette forte éducation physique et intellectuelle, la reine Hortense s'occupait, de son côté, d'où* \rir l'âme sympathique du jeune prince à tous les nobles sentiments. Nous citerons, entre autnes, deux traits d'audace et de courage autant que de bonté, qui prouvent que la semence jetée par la main maternelle ne tomba pas sur un terrain ingrat.
Louis-Napoléon allait habitoeUement (tire des promenades à cheval dans les montagnes de8environsd'Areneid)erg. Un jour, arrivé près d'un petit village, sur le plateau élevé qui domine le lac de Constance, son attention est attirée par les cris d'une foule effrayée. Deux chevaux conduisant une calèdie venaient de prendre le mors aux dents, et s'élançaient dans la direction d'un précipice qui se trouvait tout près. Une dame seule, avec deux enfants dans la voiture, d'où le cocher avait été jeté €t renversé sur le pavé de la route, jetait des cris de douleur et d'effroi. Louis-Napoléon voit le danger, et sans perdre un instant, lançant son cheval au galop, i travers champs, fossés et ravins, il atteint la calèche sur le bord de l'abîme, saisit* l'un des animaux par le mors, et le détourne d'une main si puissante, que le cheval s'abat et que la voiture s'arrête, aux af^laudissements de la foule accourue sur le lieu de la scène.
Voici le second fait, dont nous empruntons le rédt à M. d'A..., auteur d'une petite brochure biographique sur le prince Louis:
Pendant Thiver de 1828 ou 1839, se trouvant^ chez sa tante, la grande-duchesse de Bade, Louis-Napoléon était allé se promener sur les bords du Rhin avec elle et ses deux cousines, la princesse Joséphine et la princesse Marie de Bade, accompagnées de plusieurs personnes de la cour. La conversation tomba sur l'ancienne galanterie française. La princesse Marie, avec son esprit piquant et original, se mit i commeo*
eer Téloge des temps chevaleresques; elle exaltait le dévouement de ces preux qui prenaient pour devise : Dieu^ mon rot, et ma dame, et qui ne reculaient, pour y rester fidèles, de-
' vant aucun péril et aucun sacrifice. Elle opposait à ce tableau des vertus d'autrefois, celui de Tégoisme et des vices du temps puésent Looîs-Napoléon se jeta dans la discussion avec toute la chaleur de son âge. Il soutint que, en matière de courage et de galanterie^ les Français n'avaient pas dégénéré, et qu'ils sauraient faire encore pour les dames ce que leurs pères avaient fidt : • Dans tous les temps, ^jouta4-il, les dévoue- « ments ne manquent pas aux femmes qui savent les inspiff rer. • En ce moment, on arrrivait à l'endroit où le Necker se jette dans le Rhin, et lutte avec violence pour s'ouvrir un passage à travers les eaux de ce fleuve. Ce lieu, pendant Thiver, otSre Vaspect d'une mer ftirieuse. C'était le but de la promenade. On marchait lentement le long de la chaussée du Necker ; les dames étaient occupées à défendre leur toilette contre une violente rafale, lorsqu'une fleur, détachée par un coup de vent des cheveux de la princesse Marie, alla tomber dans la rivière, ff Voyez, dit l'imprudente jeune femme en riant de sa mé-
• saventure , c'eût été là une excellente occasion pour un
• ancien chevalier. » Et, en disant ces mots, elle montrait au Prince la pauvre fleur, qui, entrahiée par un courant rapide, aUait disparaître dans l'abîme.
• Ah 1 ma cousine, s'écria Napoléon, c'est un défi ? Eh ff bien t j'accepte. »
Et aussitôt , avant qu'on songe à l'arrêter , il saute tout hatollé dans le fleuve. Qu'on juge de l'épouvante de la grande^uchesse, de tous les assistants, et surtout de la jeune princesse dont l'imprudente plaisanterie avait causé un tel acte d'audace. On se iamentait, on criait au secours, on se désespérait.
Cependant, le Prince nageait vigoureusement, luttant
contre la violence des flots. Longtemps il disparut derrière les vagues aux yeux des spectateurs de [cette scène ; mais enfin, après des efforts inouïs, on le vit, tenant dans la main la précieuse fleur, regagner le rivage sain et sauf, mais glacé, t Tenez , dit-il en mettant le pied sur le bord, voici votre « fleur, ma belle cousine. Mais pour Dieu ! continua-t-il en c riant et montrant ses habits qui ruisselaient, oubliez, je vous I prie, vos anciens chevaliers. •
Ainsi grandissait dans Fexil le Jeune Prince, né sur les marches du trône de Napoléon , se préparant à toutes les éventualités de l'avenir par des études assidues, par de volontaires dangers, par de sévères réflexions, lorsque la révolution Juillet , comme un coup de tonnerre, vint ébranler l'Europe. Louis-Napoléon apprit cette nouvelle avec une joie qu'il ne chercha pas à déguiser. La révolution de Juillet, pour lui, pour sa jeune imagination élevée dans le culte de l'Empire, ce n'était pas seulement, en effet, la restauration du drapeau tricolore, du drapeau d'Austerlitz , des Pyramides, de Marengo, du drapeau illustré par son oncle ; c'était plus que cela, c'était la réhabilitation de l'honneur national, c'était la France rendue à elle-même, c'étaient les traités de 1815 déchirés parla main dtfpays. Aucun sentiment égoïste ne se mêla à celte joie qu'il éprouvait ; s'il pensa un seul instant à lui-môme, ce fût uniquement pour espérer que la France de Juillet lui rouvrirait enfin ses portes, à lui et à tous les membres de sa famille.
Mais il ne devait pas en être ainsi.
Louis-Napoléon avait alors vingt-deux ans ; il habitait Rome avec sa mère pendant l'hiver de 1830.
La révolution de Juillet, on le sait, eut son contre-coup en Italie : depuis longtemps déjà ce pays s'agitait sourdement, et les idées d'indépendance et d'unité fermentaient dans le sein des masses. Rome, mal gouvernée alors, et qui allait tomber aux mains d'un prêtre si différent du vénérable
Pie IX, Grégoire XVI, ponUfe peu éclairé, Rome n'était pas demeurée étraDgère à ce firémissement de tout un peuple, à ces aspirations générales vers une nationalité perdue et qu'on irpulait reconquérir.
Sollicité d'apporter son concours à ce mouvement, Louis- Napoléon ne vit d'abord que la grandeur du but : des fers séculaires i rompre, et une nation à affranchir. II obéit aux généreux entraînements de la jeunesse, etentradans une vaste conjuration qui embrassait toute la Péninsule. Mais, le secret des conjurés ayant été trahi, Q Ait forcé de quitter Rome où le mouvement devait s'accomplir , et de se soustraire aux poursuites de la police pontificale. Il alla trouver à Florence son Itère aîné, Îîapoléon-Louis, lorsqu'à son arrivée en cette ville éclatèrent les troubles de la Romagne , lesquels se rattachaient au coup de main manqué à Rome. Les patriotes romagnols firent appel aux deux princes Bonaparte, qui n'hésitèrent pas à leur accorder le concours de leur nom et de leur épée.
Ici commence la vie active de Louis-Napoléon, i Votre « affection , écrivait-il à sa mère dans cette chrconstance , t comprendra notre détermination; nous avons contracté
• des engagements que nous ne pouvons manquer de
• rempUr. Pourrions-nous rester sourds à la voix des malt heureux qui nous appellent 1 Nù%$ portons un nom qvÀ t oblige* »
Les deux frères se joigmrent donc aux indépendants de la Romagne.
Cette insurrection avait peu de chances de succès : d'une pan, l'Autriche était trop forte, et d'un autre côté, comme en . 1848, l'unité, l'harmonie de desseins et de vues, ces deux indispensables conditions de la victoire en pareil cas, manquaient à ritalie. Mais toujours est-il que le succès n'était possible à cette époque, que si l'on prenait hardiment l'offensive, si on étonnait l'ennem par la rapidité et la vigueur
— aèdes opérations, par une attaque prompte et résolue avant que des renforts lui arrivassent.
C'est là ce que comprit Louis-Napoléon , qui fit preuve, dans ces circonstances, de la sagacité et de la décision d'esprit qui forment les deux traits les plus saillants de sa personnalité. U arma précipitamment une troupe peu nombreuse , et, suivi d'un canon qu'il avait mis lui-môme en état de servir, il courut s'emparer de Civita-€asteIIane.
n avait pris cette détermination de lui-même, sans consulter personne. Mais le ministre de la guerre de l'insurrection, mécontent de cet acte d'initiative, soit qu'il n'entrât pas dans ses vues, soit qu'il bless&t sa vanité de chef, crut devoir envoyer à Louis-Napoléon Tordre de suspendre ses opérations. Le Prince repartit alors pour Bologne, et bientôt les forces des Autrichiens s'étant de plus en plus accrues, selon ses prévisions, et se trouvant de beaucoup supérieures à celles des insurgés, il fallut opérer sa retraite, d'abord sur Forli, puis sur Ancône. L'Autriche était encore une fois triomphante ; le rêve de l'ItaBe ne s'était pas réalisé.
Cette retraite eut lieu au cri de Vive la liberté f Vivent les Bonapartes! Les deux Princes, en effet, payèrent bravement de leur personne pendant cette courte campagne, c Soyez • fière, Madame, disait à la reine Hortense le général Ir- « mandi, dont nous citons textuellement les paroles ; soyez « flère d'être la mère de tels fils. Toute leur conduite, dans « ces tristes circonstances, est une série d'actions de coura- « geetde dévouement, et l'histoire s'en souviendra. »
Louis-Napoléon, à cette époque, n'eut pas seulement à pleurer sur la défaite de la cause pour laquelle il venait de combattre: une douleur plus personnelle lui était réservée, et fit saigner son cœur. U perdît, à Forli, son frère aîné, subitement emporié par une fluxion de poitrine. Ainsi frappé dans fies plus chères affections, dans toutes les aspirations de son esprit et de son ftme, le jeune Prince tomba malade à Ancône.
On devine les dangers qni le menaçaient; on comprend les griefs qu'alléguaient contre lui les deux Gouvernements de l'Autriche et de Rome. On sait avec quelle rigueur Impitoyable fttrent traités plusieurs des chefs de Finsurrection de la Romagne. Heureusement, Andromaque était là pour sauver son Astyanax.
La reine Hortense, à la première nouvelle de la mort d'un de ses fils et du péril de l'autre, était accourue à Âncône. Il fallait, avant tout, soustraire à d'activés vengeances l'unique fils qui lui restait. Il fallait appeler à son aide une de ces inspirations quel'excèsdu malheur donne parfois aux mères. Dévorant ses larmes secrètes, cachant sous un sourire son désespoir et ses terreurs, la pauvre mère fit courir le bruit que Louifl^apoléon s'étaft évadé pour aller chercher un refage en Grèce. Logée à quelques pas du commandant des troupes autiicAiîennes, elle réussit néanmoins à dérober son fils aux yeux de la police. Puis, à l'aide d^un passeport anglais, elle le conduisit sous un déguisement à travers l'Italie, occupée par les forces derAntriche, et de là à Paris, malgré la loi deproscription, <pà rendit leur présence en France si dangereuse. La reine Hortense ne voidait, du reste^ passer que quelques jours à Paris, pour j donner à la santé de son fils le temps de se rétablir. Son intention était de retourna en Suisse.
Elle descendit deTOitnre rue de la Paix, à rhOtel de Bol* lande, à quelques pas de la colonne de la place Vendôme.
Depuis que Lonis-Napoléon était parti tout enfant pour Pexil^ c'était la première fois qu'il revoyait le tiel de la patrie. Il était homme cette fois, en possession de toute son intelligenee et de toutesaraison. Eniiutt, il avait i^euré en partant ; homme, tl sentit aussi les larmes lui venir aux yeux et le ccBur loi battre ifclemment en posant pour la première fois le pied sur la terre de France.
Noos É'a^rons pas besoin de dire de qudles émotions il du être agité, lorsque, des fenêtres de l'hMel si heureusement
choisi par sa mère, il vit la colonne élevée à la gloire de nos armes et de son oncle.
Le Gouvernement français ignorait l'arrivée de la reine et de son fils. M. Sébastian!, alors Ministre des affaires étrangères, était 8% bien informé à cet égard, que le jour môme de cette arrivée il avait dit à Louis-Philippe : « Sire, j'ai des nou-
• velles très-précises de la duchesse de Saint-Leu; on m'écrit
• qu'elle a débarqué à Gorfou. »
Aussitôt descendue à l'hôtel de Hollande, la reine Hortense écrivit à Louis-Philippe pour l'informer loyalement de sa présence.
Elle reçut dans la journée la visite de M. Casimir Perler, président du conseil des Ministres, à qui elle dit sur-l&i^hamp :
• Monsieur le Ministre, je suis mère ; je n'avais qu'un moyen
• de sauver mon fils, venir en France; j'y suis venue. Je « n'ignore pas le danger que nous courons ; ma vie et celle « de mon enfant sont dans vos mains : prenez-les, si vous « les voulez (1). •
Le Ministre répondit avec politesse et convenance: û crut pouvoir promettre au nom du roi, mais sous la condition formelle d'un rigoureux incognito, l'autorisation de séjourner une semaine, dans l'intérêt de la santé du Prince. Cette promesse fût, en effet, tenue; quant à l'incognito, ilfUt religieusement gardé : mais la reine fut reconnue sans doute, et les journaux, instruits de la nouvelle, ébruitèrent sa présence.
Or, ces choses se passaient le 6 mai, l'anniversaire du jour de la mort de Napoléon. Les souvenirs de l'Empire, qui couvaient au cœur du pays comme un feu mal éteint sous la cendre, se ravivaient journellement, comme nous le verrons avec détail dans le chapitre suivant. Ce jour-là, la colonne Vendôme fût couverte de fleurs ; des cris en l'honneur du grand honmie
(1) La loi de 1816 interdisait, soos peine de mort, rentrée du territoire français à toute ia famUte impériale.
Tinrent retentir aux oreilles charmées de son neveu, alité et malade. Le Gouvernement s'inquiéta de ces démonstrations, et M. Casimir Perier, obéissant aux ordres de Louis-Philippe, alla en toute h&te supplier la duchesse de Saînt-Leu (1) de quitter Paris sans retard.
Il fallut se soumettre : le Prince, encore malade, Ait emporté dans sa voiture, et Q se mit en route pour TAngleterre, avec la fièvre.
Arrivé à Londres, Louis-Napoléon appliqua sa pensée méditative h Fétude des institutions de l'Angleterre, de leur esprit et de leur mécanisme ; il visita, avec sa mère, les nombreux établissements d'industrie qui constituent l'originalité et la richesse de ce pays ; il se rendit compte des causes et des progrès de sa puissance commerciale. Il n'amassait en lui tous ces trésors de connaissances et de laborieuses réflexions que dans l'espoir d'en faire profiter un jour sa patrie.
Après quelques mois de séjour dans la Grande-Bretagne, le Prince et sa mère retournèrent en Suisse, dans leur calme retraite d'Arenenberg, sur les bords du lac de Constance.
Louis-Napoléon était à peine de retour dans le canton hospitalier de Turgovie, qu'il fut sollicité de se mettre à la tête de rinsurrection polonaise, née de la révolution de Juillet. On lui offrait la couronne de Pologne pour prix de ses services. Voici un fragment de la lettre que lui écrivirent les chefs des insurgés :
• A qd la direction de notre entreprise pourrait-elle mieux • être confiée, qu'au neveu du plus grand capitaine de tous « les siècles? Un jeune Bonaparte, apparaissant sur nos pla- « gcs le drapeau tricolore à la main, produirait un effet moff rai dont les suites sont incalculables. Allez donc, jeune f héros, espoir de notre patrie, confier à des flots qui con-
(I) La reine Hortense.
i naîtront votre nom la fortune de César, et, ce qui vaul < mieux, les destinées de 1a liberté* Vous aurez la reconnaî»- « sancede vos frères d'armes et Tadmirationde Tunivers. « Le ginini OuAumoM, lecomte p&atjb, ete. « 28 août 1831. »
Le Prince Napoléon reftisa la couronne qu'on lut offrait a Non, non, répondit-il, j'appartiens avant tout à la France; t d'ailleurs, je servirai plus efficacement la sainte cause de la « Pologne en combattant à vos côtés' comme volontaire. » Et en effet, malgré les larmes de sa mère, malgré le peu de chances de succès qu'offrait cette cause polonaise désertée par la France et par TEurope, il se mettait en route, lorsqu'il apprît la prise de Varsovie.
C'est alors que Louis-Napoléon, fatigué de l'oisiveté de sa jeunesse, sollicita, dans une lettre au roi Louis-Philippe l'honneur de servir son pays, et réclama le titre de citoyen français, dont l'avait dépouillé la loi d'exil rendue contre sa race. Le roi des barricades et du drapeau tricolore ne daigna même pas lui répondre.
Napoléon prit son parti. Rendu à ses loisirs forcés, renoi> çant momentanément à la vie active, il se jeta, plus que jamais, dans ses études de cabinet, et fit paraître, à peu de distance les uns des autres, ses trois premiers écrits, qui révélèrent un double talent d'observateur et d'écrivain : !• ses Rêveries politiques^ suivies d'un projet de Constitution: âo Deux mots à M. de Chateaubriand sur la duchesse de Berry; Z^^ Considérations politiques et militairessur la Suisse. — C'est de ces œuvres que le célèbre Armand Carrel, rédacteur en chef du National, a dit : « Les ouvrages de Louis-
• Napoléon Bonaparte annoncent une bonne tête et un noble
• caractère. Il y a de profonds aperçus qui dénotent de « sérieuses études et une grande intelligence des temps
• nouveaux. »
Pour donner plus de lustre à rhospitalité que le Prinod payait crée a plmne et en œuvres utiles, le Gouvernement helvétique lui décerna Je 4itre honorifique de citoyen de la Suisse, qualité qiiî n'entraînait pas la naturalisation, et qui deux fois déjà avait été donnée à deux grands personnages étnujgersi en éctiange de services rendus : au maréchal Ney, après rade de médiation^ et au prince de Mettemicb en 1815. La R^ublique suisse le vengeait ainsi des refus du Gouver- \ nemeni français, qui n'avait pas voulu lui rendre ses droits de cité.
C'est environ à cette époque, dans Tannée 1832, que le roi de Rome mourut Cette mort ne laissait d'autres héritiers de la fortune de l'Empereur que Joseph, frère a!né de Napoléon, et, après lui, Louis, l'ancien roi de Hollande, et son fils, le Prince dont nous écrivons l'histoire. Aussi est-ce à partir de ce moment qae Loais-Napoléon commença & attirer sur lui les fegards curieux de PEurope, des peuples comme des rois. Louîs-Wiippe s'occupa de le fbire surveiller, et les démocrates fraaetif, ainsi que nous le verrons plus tard, interrogèreni ses eqiérsnces, sondèrent ses opinions et ses vues politiqiKS. Il se tira de toutes ces difScultés avec un tact que son âge comportait pea.
Les refiiB du fiouvemement français ne l'avaient pas rendu injuste envers la France ; elle n'était pas solidaire à ses yeux des actes de LowsJ^hiKppe. Même au milieu de ses travaux, des ses graves éludes, c'est toujours elle qu'il voyait , à elle qu'il poieaît
Les lettres suivaales, écritts par lui à M. Louis Belmontet, lettres que nous trouvons dans une histoire de la f!unille Bonaparte récemment publiée (1), font foi de ses constantes préoGcupatiûiis :
(i; Histoire de la familk BonaparUst par II. Camille Lejoadier»
« Arenenberg, ee 10 ayril 1832.
« Mon cher Louis, écrivait le Prince au poète, nous souf- « frons des ravages que le choléra fait en France. Pauvre pa- « trie I elle avait assez de maux sans cela.
« Il est donc vrai que Tinfortune a ses avantages ! elle rend « les hommes meilleurs ; elle retrempe leur ftme et leur mon- « Ire en beau la nature humaine, en leur faisant connaître des « âmes nobles et généreuses pour lesquelles le malheur a a plus de prestige que le pouvoir et la grandeur.
a Souffrir grandit.
• Louis-Napoléon Bonaparte. •
« Arenenberg, mai 1833.
« Mon cher Louis , mon portrait vous a donc fait plaisir I J'en « suis touché. Regardez-le souvent, et pensez, en le voyant, « que c'est celui d'un*homme qui ne transigera jamais avec « aucun ennemi de la France, qui se dévouera toi^'ours à la « cause de la liberté sans regarder derrière lui, et qui demeua rera constamment fidèle aux devoirs de son nom, à Thon- « neur de la patrie, et à ses braves amis.
« Louis-Napolëoh Bonaparte. •
Plus tard, en juin 1834, Napoléon M nommé parle Goctvemement suisse capitaine d'artillerie au régiment de Berne. Curieuse coïncidence I capitaine d'artillerie au service d'une République I II débutait dans la carrière militaire absolument comme son oncle (i).
(1) Nous devons à l'obligeance de H. le barpn du Teil, petit-fils du général de ce nom, la communlcatioQ d'un manuscrit intéressant et curieux, au bas duquel figure la signature de l'Empertur, alors simple lieutenant sous les ordres du général du TeU. Ce mafiuscrit a pour objet des expériences faites sur les bombes de différents calibres par le jeune UeutenaUt qui devait gouverner plus tard la France.
* Vannée suivante, lorsque la cause constitutionnelle triom phante mit Dona Maria sur le trône de Portugal, on songea à lui fiiire épouser Louis^Napoléon, dont les actes antérieurs, les prindpes connus semblaient des gages sûrs pour un peuple affranchi et jaloux de sa jeune liberté. Napoléon rejeta cette offre, conmie il avait repoussé celle des chefs polonais. La lettre qu'il écrivit à cette occasion est trop belle pour que nous ne la fassions pas connaître toute entière. La voici :
« Arenenberg, 14 décembre 1835.
• Plusieurs journaux ont accueilli la nouvelle de mon dé* c part pour le Portugal comme prétendant à la main de Dona t Maria. Quelque flatteuse que soit pour moi la supposition « d'une umon avec une jeune reine, belle et vertueuse, veuve € d'un cousin qui m'était cher, il est de mon devoir de réfu- « ter un tel bruit, puisqu'aucune démarche à moi connue n'a « pu y donner lieu.
« le dois même ajouter que, malgré le vif intérêt qui s'att tache aux destinées d'un peuple qui vient d'acquérir ses liff bertés, je refuserais l'honneur de partager le trône de Poi^
• tugal si le hasard voulait que quelques personnes jetasfl sent les yeux sur moi.
t La belle conduite de mon père, qui abdiqua en 1810 fl parce qu'il ne pouvait allier les intérêts de la France avec fl ceux de la Hollande, n'est pas sortie de mon esprit. Mon
• père m'a prouvé par son grand exemple combien la patrie « est préférable à un trône étranger. Je sens, en effet, que,
• habitué dès mon enfance à chérir mon pays par-dessus « tout, je ne saurais rien préférer aux intérêts français.
c Persuadé que le grand nom que je porte ne sera pas tou- « jours un titre d'exclusion aux yeux de mes compatriotes, f puisqu'il leur rappelle quinze années de gloire, j'attends c avec calme, dans un pays hospitalier et libre, que le peuple « rappelle dans son sein ceux qu'exilèrent, en 1816, douze
t cent mille étrangers. Cet espéir de servir ha j6iirl»Fi«icc
• comme citoyen et soldat fortifie non Àme^ et tant à nés
• yeux tous les trônes du monde»
c Recevez, etc.
C IiOOIS-]fAFOL<0!r BOKAFARTB. •
Et ce n'élaiciit pas là de vains sentiments de parade, des^ tinés à tromper le pnbUc dans des lettres offlcieUes ; car inere la même époque, dans les épanciiements de Famitîé, dans d'autres lettres destinées à rester secrètes, il écrivait au même M. Bebnontet dont nous avons d^ parlé :
€ AreDenbeig» 16 novembre 1831..
• Toujours lom de ma patrie, privé de tout ce qui peut t renifre la vie intéressante pour un cœur mâle, je dois rest ter homme en dépit du sort, et mes seules consolations c sont dans les études fortes.
« Adieu ; songez quelquefois à toutes les idées poignantes fl qui doivent me froisser le cœur lorsque je rêve au grand « passé de la France, et quand je vois le présent si vide d'à-
• venir. Il faut bien du courage pour marcher seul, comme c on peut, au but que l'âme s'est tracé. N'importe, il ne fhut fl pas désespérer, Fhonneur françsus a tant d'éléments de vi- « talité ! L'Empereur connaissait bien ce grand peuple qu'il
• aimait tant. •
Un autre jour il écrivait encore :
« Arenenberg, 27 août 1835.
t Ma vie n'a été jusqu'ici marquée que par des tris-
• tesses profondes et par des vœux étouffés. Le sang de Mu*
• poléon se révolte dans mes veines de ne pouvoir couler t pour la gloire nationale. Jusqu'à présent, ma vie n'a eu de f remarquable que ma naissance. Le soleil de la gloire a
• twfmÈé Mf ■M' fctmaif. OSImI é^ tout. Quipentfo
m d&fltte8ort,¥QilàiiMi «uleupoir; l'épée del'Emper«ur, « ¥«aàB«8eidaoa«tai; ne belle mert potir la France, « foilà mua amiiitiiMi»
« IdîMi; feoMBMtt pnmw «tiMsqid ont to^fonrs^les
• Teu iMToé» 4a eMé de tai Pniice> et croyez tpte mon f oœor battra tovjoiirs qmnd on lai parlera de gloire, dé « pabie, tfhomiBUff et d& Aivoaement.
• Louis-Napoléon BoaAPiRTB. t
Le Prince, on le voft, était déjà possédé d'une idée fixe : une sorte de nostalgie le consumait. En vain, pour faire diversion à ses ennuis, pour s'étourdir sur l'absence de cette maîtresse chérie, là France, reprenait-il avec passion ses labeurs scientifiques; en vain publiait-il en 1835 son Manuel éCartU- Urie, livre qm l'a placé au premier rang des tacticiens mflîtaîres, fruit de trois années d'un travail assidu. Ces nobles distractions étaient impuissantes à le guérir, et, dans lesinter* vallesde ses travaux, il se sentait toujours repris pas ce mal du pays qui allait s'aggravant pour lui d'heure en heure*
La reine Hortense, qui chérissait et admirait son fils, se désolait de cet état. Elle souffirait de voir ce jeune arbuste aux rameaux si vivaces, à la sève si riche, languir ainsi sur la terre étrangère.
Nous recueillons le cri de ces douleurs et de ces admiration» maternelles dans la lettre suivantea dressée par l'illustreprofi^ crite à M. Belmontet:
« Arenenberg, 10 décembre 1831.
« Ma position de fbrtune m'oblige à rester l'hiver
« sur ma montagne txposéeà tous les vente. Qu'est-ce que cela « à côté des horribles soufTrances de rEmpemir sur les ro*
« che» de Sainte-Hélène? La résigilation est la vertu des
« fenunes, et le courage celle des mares. Je ne me plaindras
a pas si mon fils, à son Age, ne se trouvait privé de toute
« société et complètement isolé, sans autre distraction que
« le travail assidu auquel il s'est voué. Son courage et sa
0 force d'&me égalent sa pénible et triste destinée. Quelle
« nature généreuse I Quel bon et digne jeune homme t Je
« Tadmirerais si je n'étais sa mère. Je suis bien flère de
f l'être. Je jouis autant de la noblesse de son caractère que
« je souifre de ne pouvoir donner à sa vie plus de douceur,
f II éïait né pour de belles choses, il en était digne... Nous
« avons le projet d'aller passer deux mois à Genève : du
« moins il entendra parler français ; ce sera une agréable
c distraction pour lui. La langue maternelle, n'est-ce pas déjà
« la patrie?
t H0RT£NSE. •
Toutes ces lettres du flls et de la mère prouvent que, au milieu môme de leurs regrets, ni l'un ni l'autre n'ont un moment désespéréide la fortune. A ce sujet, nous ne pouvons résister au plaisir de raconter une anecdote qui, sans avoir d'importance sérieuse, ne sera pas pourtant, nous le croyons, sans intérêt pour le lecteur.
Gomme toutes les imaginations vives, comme cette fée bienfaisante qui fût sa mère et s'appela l'Impératrice Joséphine, comme le grand Napoléon lui-même, la reine Hoi^ tense avait dans l'esprit quelques grains de superstition. Un jour, c'était en 1834 ou 1835, elle était à Arenenberg ; on parlait déjà de somnambulisme, de ces prodiges divinatoires devant lesquels la raison humaine recule effrayée, quoique leur authenticité, pour quelques-uns du moins, soit certaine. La reine fut curieuse de voir s'il se trouverait une main qui pût soulever devant elle le rideau qui nous cache les choses de l'avenir.
le docteur BaOly, qui étaitce jour-là en visite au château, choisit pour son sujet une négresse au service de l'illustre proscrite, et nommée Malvina. Il la magnétisa, et la mit en communication avec la reine. Celle-ci (ce jour-là le Prince était an camp de Thimn) demande à la sonmambule si elle TOJt son fils. Sur sa réponse affirmative, elle l'interroge sur ce qu'A fait et sur ce qu'il va faire.— Je le vois, répond Mal- Yina, entourée de soldats; on se presse sditour de lui, on crie, on brandit les sabres en signe d'enthousiasme. — Est-ce en Suisse ? — Non, ce n'est pas en Suisse, mais le peuple parle allemand. — Que voyez-vous encore? — ^Mon Dieu! tout est fini, on le fait prisonnier! — Et où le conduit-on? — ^En Amérique. — Je l'y suivrai. — ^Non, une maladie vous en empé* chera. — ^Et puis..? et puis..? ne voyez-vous plus rien ? — SI!.. Oh I mon Dieu l qu'est-<;e que je vois donc? reprend avec éclat la somnambule comme éblouie par le flot de clartés dont l'avenir, mis à nu, inonde subitement ses yeui ; le voilà toutpuissant, souverain d'un grand peuple ! — De quel peuple ? s'écrie la reine frappée et presque folle de joie ; de quel peuple? De la France, n'est-ce pas.? — Oui, en effet, de la France, ditMaIvîna.
La négresse ne s'était pas trompée dans sa première prédiction : deux mois après cette scène, le prince allait à Strasbourg, y était pris, et on le transportait en Amérique ; la reine, tombée malade, ne pouvait l'y accompagner.
Quant à la dernière prophétie, on sait si elle s'est réa* lisée.
Aintà s^écouiait, loin du sol natal, la jeunesse du Prince, entre ses livres et sa mère, l'esprit dans le passé et les choses flitures, plus que dans le présent. Il était difficile, avec un pareil caractère, que ce proscrit, auquel une loi inhumaine^ faite sans l'aveu du pays, fermait les portes de la FrancOi
n^essayftt pas à la fin de briser la barrière impiacable qui se dressait devant ses pas.
Hais, avant d'entamer le récit de Fentreprlse de Strasbourg, fl nous fout revenir sur nos pas, remonter le cours desam nées, jeter un rapide regard sur la France de Juillet, et mon* trer aux lecteurs les causes qui peuvent expliquer cefte ten^ tative^ et même la légitimer.
CHIF1TRE DCOntRE.
L«-La réyc^tion de Juillet.— Gê <ia*on aurait dû fkire à eelta époque. —Protestation eu byeur de Kapoléon n faite par nucta rai dV^agne, Joseiili Boiiaptrte.«-IiDpopidarité dn roi Looto-fUVppe; sa poMtiquo^eKtériava; UM éieetorale de 1811.— ■«*«tj»wi de gpsifÊiiàn bonapartistea prouyée par les Journaux dn teo^s, la Révolution de 1830, le Courrier des Oeeteurt, etc.» et mime par les aetes duGoinrememeirt. — La statue de Napoléon wndneàUcotonneTendtoa. jjéeoalertemoptfénéral en France. ftwmVwsfympUmssde lacomipiionpolitlque.- Louis-Napoléon en relations ayecLaUyette, Armand Carrel» Cb&teaubriand.— Apjnédation de Tétat du pays et de ses yoBux par le Prince.— Amis dfyen du Mnee. — m. Persigny et Vaudrey; leurs portraits. «- Caons di ebaix qnte m de StraalK>uq[ pour ia premièntentatiYv. —Entrée du prince à Strasbourg le 28 octobre 1886.— Proclamations adressées àPannée et an peuple. — Journée du 30. — Le colonel Vandiey présente Louis-Napoléon au 4* régiment d*artlllerie.— Disidueoloiièl, dlscourtduPrfcioe.— Bntbeusiaimedes soldats, ) triomphale à travers les rues de Strasbourg.— Le général Foirol résiste.— Le 40* d'intoterie.— Le Ueutenant Pleignier et le colonel Taillandier. — Mensonge de ces officiers» et insuccès. —Le Flteeeestfattprisonnier. — Sa lettre à sa mère, sa translation à fMs.— Son enireyne aTeoM. DeèesserL— D demande des Juges au préistde police.— On le force à partir pour les États-Unis. —Le Terdid du Jury de Strasbourg.— Réflexions sur cette entreprise.
La Tévohitioii de Juillet se fit surtout, cfest là son caractère dommant, contre cette chose moite depuis 89, et qui, pendant quinze ans, essaya vtdnemenl de royivre : fai UgUimUé dudnAtêwm.
La France, en chassant Chartes X, voulut dire ceci: < Il s n'y a d'autres légitimités que la mienne ou celles qu'il me € philt de créer; il n'y a plus de ce que,par un singulier abus
« de mots, on appelle le droit divin ; je ne reconnais d'autre « droit que le droit national, •
Devant cette volonté manifeste, éclatante du pays, que devait-on faire en Juillet ? une seule chose : assembler le peuple dans les comices électoraux, et l'appeler à choisir la forme du gouvernement et les hommes qu'il jugeait le plus dignes de diriger ses destinées. A défaut de cette convocation populaire, et si on voulait éviter les agitations inséparables d'un si grand mouvement électoral, on devait consulter un passé tout récent et encore vivant au cœur des masses ; on devait chercher quel était Thomme qui seul avait des titres irrécusables au gouvernement de la France démocratique. Cet homme, il n'eût pas été difficile de le trouver ; c'était le fils du grand capitaine qui s'appelait lui-même la révolution faite homme, qui disait : « Je suis le peuple empereur, » C'était enfin le roi de Rome, le duc de Reiclistadt, dont le brevet impérial avait été, en 1804, comme nous l'avons dit plus haut, signé par trois millions cinq cent mille Français.
Au lieu d'adopter l'une ou l'autre de ces deux lignes de conduite, que fit-on? on eut recours à un expédient : deux cents députés sans mandat, sans mission 'spéciale, ramassèrent sur les pavés des barricades la couronne de Charles X, pour la mettre au front de Louis-Philippe. On ne tint compte ni des droits du fils de l'Empereur, ni de ceux de la nation ; on fabriqua étourdiment et en famille une nouvelle royauté, qui eut la prétention de tenir par un bout à la légitimité de naissance, par l'autre bout à la révolution, mais qui eut en réalité le double tort de ne représenter véritablement ni le droit divin, ni le droit national, de n'avoir pour elle ni le prestige de l'un, ni la solidité et la force de l'autre.
La France se résigna à cet escamotage de ses droits, et consentit à faire l'expérience d'une royauté entourée éTinstitutùmê réptibUcaines.
Cependant les meipbres d» la famille impériale durent tous
ressentir sur la terre étrangère Tatteinte portée à leurs droits et à cenx du pays tout à la fois. A défont du duc de Reichstadt, dont r Autriche étouffait la voix, un d'entre eux, devenu par la mort de Napoléon le chef de la famille, Joseph, comte de Snrvilliers, l'ancien roi d'Espagne, crUt devoir se rendre l'organe des vœux et des légitimes réclamations de tous. Il adressa i la Chambre des Députés de France une sorte de IMDtestation au profit de Napoléon II. Il entre dans nos vues de donner connaissance à nos lecteurs de ce document historique, qui est fort peu connu, et que les journaux de l'épo* qqe n'osèrent publier, quoiqu'ils s'en soient fort occupés. On y verra avec quelle énergie Joseph plaidait la cause de son infortuné neveu, le roi de Rome, tout en s'inclinant avec respect devant ce grand principe, la souveraineté du peuple:
• Mevir-Toric, le 18 septembre i850, t A Meaieurs de la Chambre ie$ DépuUs^
fl Messieurs,
c Les mémorables événements qui ont relevé en France « les couleurs nationales et détruit l'ordre de choses établi
• par l'étranger dans l'ivresse du succès, ont montré lagrande
• nation dans son véritable Jour : la grande capitale a ressus*
• dté le grand peuple.
fl Prosent et loin de la patrie, Je m'y serais présenté aussi- « t5t que eelte lettre, si je n'avais lu, parmi tant de noms « avoués par l'eq>rit libéral de la France, celui d'un prince de
• la maison de Bourbon.
fl Les événements des derniers jours de juillet ont mis dans fl tout son jour cette vérité historique, à savoir, qu'il est imfl possible à une dynastie régnante par le droit divin de se « maintenir sur le trône lorsqu'elle en a été expulsé une fois « par la nation, et cela, parce qu'il n'est pas possible que des
« princes, nés ayec la prétention d'avoir été prédestinés pour fl régir un peuple, s'élèvent achdessas des préjugés de leur € naissance. Aussi le divorce entre la maison de Bourbon et f le peuple français avait-â été prononcé, etiien au mondo fl ne pouvait détruire les souvenirs du passé. Tant de sang, d» « combats, de gloire, de jn'ogrès dans tous les genres de t dvilisation ; tant de prodiges opérés par la nation sous Finf fluence des doctrines libérales, étaient des brandons de dis- « cordes tous les jours rallumés entre les gouvernants et les « gouvernés. Fatigués de tant de révolutions, et désireux de « trouver la paix sous une charte donnée et acceptée comme a ancre de salut après tant d'orages, les bons eqprits étaient « en vain disposés à tous les sacrifices. Plus puissante que les « hommes, la fone des choses ébasi là, et rien ne pouvait
• mettre d'accord les hommes d'autrefois restés statîonnaires, € et ceux qu*une révolution de trente ans avait grandis et régéfl nérés. En vain le duc d'Orléans abjure sa maison au mo- € ment de ses malheurs : Bourbon lui-môme, rentré en t France l'épée à la main avec les Bourbons, à la suite des « étrangers, qu'importe que son père ait voté la mort du roi t son cousin pour se mettre à sa place? Qu'importe que le
• frère de Louis XYI le nomme lieutenant-général du « royaume et régent de son petit-fils? En esl-Q moins Bour»
• bon ? En a-t-il moms la prétention d'être appelé au trône « par le droit de sa naissance? Est-ce bien sur le choix dut « peuple ou sur le droit divin qu'il s'appuie pour s'asseoir sur « le trône de ses ancêtres? Ses enfants penseront-ils autres « ment? Et le passé et le présent ne font-ils pas assez pré^
• voir quel sera l'avenir sous une branche de cette maison? « Le lit juillet, le 10 août, n'annoncent-îls pas assez les der-
• niers jours de juillet 1890? Et ces journées, à leur tour, ne
• menacent-elles pas la nation d'un nouveau 28 juillet à une « époque plus ou moins rapprochée ?
« Non, Messieurs, jamais les princes institués par le droit
dhinTO pardonnent i ceux atnquds ik sont redevables ; tM ou tard Ss les punissent des laeidHts qulb en onit reçus ; leur orgueil ne plie qne devant Dieu,parce qa'OeA îmiAle. Les aimaleB de tontes les nifions noos rediseift ces térités; elles i^ssortent asses de ThisMre de notre propre révolution; elles soift inscrit» en lettres de sang sor les murs de la capitale. A quoi ont servi et le mUIiard prodigué anx ennemis de la patrie, et les eomplaisanees de tonsles genres qifonamontréespoarleshommesâ'aulrefoi&i? t Vous construiriez sur le sable, ri vous oubliiez ces éter^neSœ vérités ; vous seriez comptables à la nation, à la postérité, des nouvelles calamités auxquelles vous les livreriez. îlon,MesâcurB, il ify a de légitimes sur la terre que les gouvernements avoués par les nafions : les nations les créent et les détruisent selon leurs besoins. Les nations seules ont des droits ; les individus , les femilles particulières ont seuls des devoirs à rcmpln*.
t La tmûUe Bonaparte a été appelée par trois millions cinq cent mille votes. Si la nation croît, dans son intérêt, devoir faire un autre choix, elle en a le pouvoir et le droit, mais eOe seule. Napoléon 1! a été prodamé par la Chambre des Députés de 1815, qui a reconnu en lui un droit conféré parla nation, racceplepour lui toutes les modifications faites par la Cbambre de 1815, qui ftit dissoute par les baïonnettes étrangères; J'ai des données positives pour savoir queKapolëon 11 sendt digne de la France. Cesl comme Français surtout que je désire que l'on reconnaisse les titres incontestables qu'A a au trône , tant que la nation n'aura pas adopté une autre forme de gouvernement. Seul, pour être légiàkÊ^ itou te wériiûbU meq^Uon du mot, c^estàrdire Ugalemnâ U vêionUiiremerU élu par le peuple j il n'a pas besoin d'une nouvelle élection. Toutefois , la nation est mdtPBBM de eonftrmer on de rc(ieter des titres qu'elfe a donnés, si telle est sa volonté.
• Jusque-là, Messieurs, vous vous devez à Napoléon II ; « et, jusqu'à ce que F Autriche le rende aux vœux de la France, « je m'ofire à partager vos périls, vos efforts, vos travaux, fl et, à son arrivée, à lui transmettre la volonté, les exem* fl pies, les dernières dispositions de son père mourant, vîc- « time des ennemis de la France, sur le rocher de Salnte- « Hélène. Ces paroles m'ont été adressées par mon frère sous a la plume du général Bertrand : « Dite$ d mon fils qt/fU se « rappeUe avant ioui qu'il est Français; qu'U donne à la t nation autant de liberté que je lui ai donné d! égalité. La « g%urre éWangère ne me permit pas de faire tout ce que
• j'aurais fait à la paix générale. Je fus perpétuellement en c dictature; mais je ri eus qu'un mobile dans toutes mes « actions, f amour et la gloire de la grande nation. Qu'il fl prenne ma devise : Tout pour le peuple français, puisque t tout ce que nous avons été c'est par le peuple. •
f Messieurs, j'ai rempli un devoir qui m'a paru sacré.
• Puisse la voix d'un proscrit traverser l'Atlantique et porter
• au cœur de ses compatriotes la conviction qui est dans le sien! € La France seule a le droit de juger le fils de Napoléon ;
fl le fils de cet homme national peut seul réunir tous les partis « dans une constitution libérale, et conserver la tranquillité i de l'Europe. Le successeur d'Alexandre n'ignore pas que cç i prince est mort avec le regret d'avoir éloigné le fils de Nai poléon. Le nouveau roi d'Angleterre a un grand devoir à i remplir, celui de laver son règne de l'opprobre dont se sont
• couverts les geôliers de Saint-Hélène. Les sentiments de
• l'empereur d'Autriche ne sauraient être douteux. Ceux du
• peuple sont pour Napoléon II (1).
i Joseph -Napoléon Bonaparte , « Comte de SarvUUen. »
(i) Cette adresse de Josephi la Chambre desDéputés n*a élé pobUte que dans un journal de New^Tork.
dette rigoureuse protestation, dans laquelle le ft^rc atné de
rEmpereur prouvait si bien l'incompatibilité existante entre
Louis-Philippe et la France démocratique, et prophétisait de
si loin la future révolution de février, ne Ait pas même lue à
. la Ghamhne des Députés.
^ On se rappelle ce que furent les premières années du règne de Louis-PhDippe ; on se souvient de cette politique extérieure sans dignité et sans grandeur, dont Thumilité ne put même triompher des répugnances et des hostilités secrètes de l'Europe monarchique. On se rappelle aussi qu'à l'intérieur, tout ce que le nouveau Gouvernement crut pouvoir faire en matière politique, ce fut la loi électorale, qui n'appelait dans les collèges que les contribuables à deux cents francs, réduisant ainsi à Yétat Pilotes plus de trente millions de citoyens. C'étût substituer à l'aristocratie nobiliaire de Charles X l'aristocratie de l'aient; c'était déplacer un privilège, mais non le supprimer; c'était mettre le sceptre de Napoléon entre les pattes du veau tfor.
Ces premiers actes du Gouvernement de Juillet fiorent accueillis par la France avec un sentiment de réprobation qui prouva bien que le nouveau Gouvernement n'était pas populaire, et que, si l'on avait consulté le pays selon le vœu de Joseph, le roi de Rome eût été acclamé comme l'a été depuis lors son cousin Louis-Napoléon.
On n'a pas oublié, en effet, ce que nous avons raconté au précédent chapitre, dans le récit du voyage de Louis-Napoléon à Paris. Déjà, le 5 mai 1831, le peuple de Paris protestait contre la fondation de la nouveUe dynastie, par des hommages rendus à la mémoire de l'Empereur et par d'enthoo» siastes vivats en l'honneur du grand homme. Le pouvoir comprenait si bien la signification de ces cris et de ces manifestations, qu'il y répondait par des charges de cavalerie.
La France avait si peu perdu la fibre bonapartiste, que différents journaux s'étaient fondés à cette époque, qui tous,
à des degrés divect,, el plus ou moins oavsrtsmsBi^ aibarècent la bannière de Napoléonllpour i^^oadre à riostiaei im* tionaL Biona dteroos ®n^ autres,^ la JUosiMitofi à^ 1830, la Tribwte^ la Courrier des éUdemn, La seatiHieni psUie Alt attesté aussi par de nombreuses coniBpintiow, pumi k»* ^piallas noua n'en citerons qu'une seule, dns laquelle se tcoow comprcmiis le généial Lafiiyetta lui-niftBM^ le jEDnd»> teur de la djnaslie d'Oriéans, d^ cmelleBMit désenchanlé de ses rêves de juillet (1)*
Tout cela dénotait hautement l'existence de qfmp&thies bonapartistes puissantes, et le Gouvernemeni, qui ne s'y méprit pas, crut devoir^ dans son intérêt^ faire à ces qrmpathies une hypocrite concession. Le 28 juili^ 1833, lastatne de Napoléon fut rendue à cette colonne Vendôme, qoi en aiait été in* dignement déshéritée en 1815, par les mesquines rancunes de l'étranger. Louis-Philippe eq;iérait que cette satishction donnée aupays lui serait payée en popularité; il se trompa. Onn'y vit, en effet, qu'un acte de tardive justice^ qu'une réparation arrachée par l'opinion publique : on ne lui en sut aueim gré ; on Alt, du reste, frappé du contraste que présentait cette lé* habilitation d'un bronze inanimé, avec le maintien d'une laî de proscription, et l'exil indéfiniment prolongji des membres de la fiunille impériale.
D'ailleurs, le nouveau roi des Français devenait tous les jpuraplus su^ect à l'esprit public. Sa politique extérieure res-
(i) Noos voulons parier de la couipiratiOD Juba et MiianâoU. Juba était un Polonais , et Mirandoli un Italien» derrière lesquels se cacliafent de grands personnages politiques. Ces deux hommes furent ma» arrêtés, mais de graves soupçons planèrent sur les généraux fcSCayette, LaUemand,8ttr MM. Bricqaofflle^ Belmoiilet, etc; , Un grand nombre de membres des deux Chambres devaient prêter les mains à cette aflfiaire, et plusieurs garnisons avaient été gagnées. Il s^agissalt de proclamer le roi de Rome empereur dans une des villes deguenredelafronlièie daaordtetde PenleveràrAulridie po«rle conduire en France.
tait la miine, ou plutôt elk s'abaissait pks que Jamais. A ïbk^ teneur, la loi électorale de 1831 portait ses fruits : déjà les appétits les plus grossiers, les moiDs noMes ambitions étaîeut ei^ couragés^sarexdlés ;laFraneecommençaitàpeplus ètrequ*an ifïiwM^Mft marché» le patriotisme un vaia mot. la coDsdenoe une chimère, la probité une superstition.
lATéritaUe nation, on s'en moquait ; la nation Ugaky offeUOe^ c'est-i^dire celle des collèges électoraux, des deux cent mille censitaires, existait seule aux yeux des gouva*nants: àceDe-làlemonc^ledetouteslesbveursetdetoutes les places. Pour les uns, les plus hautes positions, lesgrasses sioécureB, les portefeuilles ministériels, que trois oo quatre inévitables candidats s'arrachaient successivement; pour les autres, les situations les plus modestes, mais pour tous une part ila caréty un morceau de ce riche gftteau qu'on nomma budget Cét^ un scandale d'égoisme et de corruption qui, cependant, devait s'accroître encore dans les demtëres années de ce règne.
Aussi, la France était-elle mécontente ; le mécontentement universel se traduisait tantôt par des émeutes, aux 5 et 6 juin 1832, aux 14 et 15 avril 1834 ; tantôt par d'odieuses tentatives d'assassinat, conceptions de cerveaux malades et dépravés, crimes tout individuels, sans doute, mais qui n'en étaient pas moins le symptôme d'une époque de doute et de transition. ,
Ainsi, d'un côté, popularité tom'ours croissante de ce nom de N^léon, grandi encore par la distance et par le temps, qui rapetissent cependant toutes choses; et d'un autre côté, impopularité croissante aussi de l'établissement de Juillet ; im gouvernement qui n'inspirait confiance à personne, à la durée duquel personne ne croyait, et pour qui on avait inventé, faute de pouvoir le nonuner autrement, un mot, celui de qum* ft légiiimiii ; un gouvernement trébuchante chacun de ses pas devant des insurrections ou devant des crises ministérielles, sans cesse menacé par le poignard des assassins, tenu en quaran-
- 48- , taîne par les coure étrangères: voilà ce que Louis-Napoléon, du fond de sa retraite d'Arenenberg, voyait en France dans l'année 1836.
Comment un tel spectacle ne lui eût-il pas donné de l'espoir? Comment n'aur ait-il pas songé à profiter lui-même et à faire profiter le pays d'un tel état de choses ?
Le roi de Rome, duc de Reischstadt, était mort en 1832. Dès ce moment, tout ce qui rêvait pour la France quelque chose de mieux que le présent avait dû tourner ses regards sur le fils de la reine Hortense, seul héritier du sceptre impérial après Joseph et Louis. Aussi déjà, en 1833, Louis-Napoléon s'était-Umis en rapport avec les principales célébrités da parti de l'opposition : U avait eu jdes entretiens avec Lafayette, des relations, par l'entremise d'intermédiaires sûrs, avecCarrel. Les espérances que Lafàyette, comme on l'a déjà vu, avait fait reposer un instant sur Napoléon II, i} les avait transportées sur la tête de Louis-Napoléon. Sa pensée ne reculait pas devant la perspective d'un mariage entre sa chère république et le neveu de l'Empereur. Le rédacteur du Naiùmàl n'était pas plus hostile que le héros des deux mondes (1) à cette combinaison. C'est lui, Carrel, qui avait dit : • Le nom que porte t Louis-Napoléon est le plus grand des temps modernes. • C'est le seul qui puisse exciter fortement les sympathies du « peuple français. Si le Prince sait comprendre les nouveaux t intérêts de la France, s'il sait oublier ses droits de légitimité « impériale pour ne se rappeler que la souveraineté du peu- « pie, il peut être appelé un jour à jouer un grand rôle. »
D'un autre côté, un homme qui, s'U n'appartenait pas tout à fait au parti démocratique, y touchait de bien près par quelques-unes de ses idées, de ses tendances, M. le vicomte de Chateaubriand, avait écrit au Prince :
• Vous savez que mon jeune roi est en Ecosse, et que tant
(1) Somom donné au général Lafayette.
i qu'il vivra fl ne peut y avoir pour moi d'autre roi de France f que lui. Mais si Dieu, dans ses impénétrables desseins, i avait rejeté la race de saint Louis, si notre patrie devait re-
• venir sur cette élection (ceDe de Louis-Philippe) qu'elle n'a « pas sanctionnée, et si ses mœurs ne lui rendaient pas l'état « républicain possible, alors. Prince, il n'y a pas de nom qui
• aille mieux à la gloire de la France que le vôtre. •
Tels étaient les encouragements qu'on prodiguait de toutes parts à Louis-Napoléon.
Qu'on se mette à sa place.
L'histoire nous a transmis une belle parole de César. Elle raconte qu'un jour le futur dictateur, passant devant une statue d'Alexandre, se prit àpleurer et s'écria: • A mon âge, Alexan- « dre avait conquis le monde, et moi je n'ai rien fiiit en- « eorel»
lien était de même pour le prince Louis; à l'époque où nous sommes arrivé, dans l'année 1836, il avait vingt-huit ans, et il ne passait pas un seul jour sans que des larmes généreuses et fécondes, comme cellesde César, lui montassent aux yeux^ et sans qu'A s'écri&t: • A mon âge, mon oncle avait déjà fait « sa première campagne d'Italie, U partait pour l'Egypte, il « allait conquérir l'Orient ; et moi je n'ai encore rien fait I •
Cela ne pouvait pas durer ainsi ; fl fallait qu*il fit quelque chose.
Mais qu'est-ce donc qu'il voulait faire ?
Ce qu'il voulait faire? ilvoulait reconquérir la souveraineté du peuple français, que l'étranger, en 1815, avait emportée avec lui dans ses bagages. Il voulait restituer au pays le suffrage universel.
Cela était peut-être moins brillant que la victoire d'ArcoIe ou celle de Lodi, mais cela avait bien son mérite, et était plus utile. D'aflleurs, l'un n'excluait pas l'autre.
Mais n'antidpons pas.
Voici en quels termes pleins de justesse le Prince appréciait^
dans les épanchements intimes de Tàmitié, la situation de la France et la sienne:
t Le temps des pr^'ugés est passé, ïe prestige du droit dî- « vin s'est évanoui en France avec les vieilles institutions féo- « dales ; une ère nouvelle a commencé. Les peuples désor- « mais sont appelés au libre développement de leurs facultés. « Mais, dans cette impulsion générale imprimée à la cîvilîsa- € tion moderne, qui réglera le mouvement, qui préservera le « peuple des dangers de sa propre activité? Quel Gouveme- « ment sera assez puissant, assez respecté pour assurer à la « nation la jouissance des libertés publiques, sans agitations, € sans désordre? Il faut à un peuple libre un gouvernement
• revêtu d'une immense force morale. Cette force morale, c où la trouver, sinon dans le droit et la volonté de tous ? c Tant qu'un vote général n'aura pas sanctionné un gouver- € nement quelconque, n'aura pas appuyé l'édifice sur de soli- « des fondations, les diverses factions agiteront constamment € la société, tandis que des institutions ratifiées par le vœu € populaire amèneraient l'abdication des partis, et annulei raient les résistances individuelles. •
• Une révolution, j> dîsait-il encore au colonel Vaudrey, dans leurs longues conversations à Bade, où ils se rencontrèrent plusieurs fois avant l'affaire de Strasbourg ; t une révolution « n'est excusable, qlle n'est légitime que lorsqu'elle se fait € dans l'intérêt de la meyorité d'une nation. On est sûr que t l'on agit dans ce sens, lorsqu'on ne se sert que d'une în- « fluence morale pour la faire réussir. Si le Gouvernement a « commis assez de fautes pour rendre une révolution encore
• désirable au peuple, si la cause napoléonienne a laissé d'as- « sez profonds souvenirs dans les cœurs français, il me suffira « de me montrer seul aux soldats et au peuple, et de leur rap- « peler les griefs récents et la gloire passée, pour qu'on accoure « sous mon drapeau* ••••••••«,«•
« L'homme de l'antiquité que je liais le plus, c^eet Brotiis, iMi-seidaneQt parce quïl a eomnte un lâche aJWUWPat^noD seoieflKBtpaFeeqv'JlA taéieaeid hemme qui eût po régénérer Reme, oieie panée qu'il a ]^ «or lui um responsabilité qu'à a'est donné àpenâMie4efrendre,Gelle de «faan- ^Bfiiefeavenementde son pajs par un aeul Ciii iDdépendant defa vfllaplé du pei^e^
« BfBtos ■^étycqv'im wlgalPe«0B4)iralear. Quam âmoi^ jerepou$ëe%mpamUrMe.
€ Si je réasais à entcalner un Pégiment, ai des aoldala qti ne iBe€OiuuHdeentpass'«nflamnaent àla vue de l'aigle impériale, alors toutes les ohaaûes eeroat pour moi ; ma cause sera ga^ôe uoralement, quand mône des obstacles secondaires vieodraieDft Ja faire échouer^..
« Mon hut 6std'arri¥er avec un drapeau populaire, le plus glorieui, Je plus popidaire de tous ; de servir de point de ralUeoieiil à tout ce qu'il y a de généreux et de national dans tous les partis ; défendre à la France sa dignité sansguene momiselle, sa Jifaerté sans tieence, sa stabilité sans de^otisme; et, pev aniver à un tel résultat, que f&utril fUre? Puiser entièrement daiv les masses toute sa forée et tous ses droits, car les masses appartiennent à la raison et à la justice, t
Lous-Napolé<m, on le voit, comptait donc sur les souvemrs ^ VEmpife, sur laftiUesse de la mcmarefaie des barricader. Yoyons maintenant quels étaient ses moyens d'action ; car, quoiqu'il n'eût nullement la pensée de contraindre la France, encore lui fallait-il un point d'appui et un levier pour soulever les masses.
Le Prince avait, dans ces dernières années, su rallier autour de loi des amis sûrs qui s'étaient attachés à sa fortune. Au premier rang brillaient, parmi ces dévouements, deux hommes remarquables, le colonel Yaudrey et M. de Persigny. Le colonel Yaudrey, officier alliant l'énergie militaire à Téléganee
et à Turbanité la plus exquise, parfaitement à sa place et à Taise partout, dans un salon, au milieu cTun conseil, sur un cbâmpde bataiUe ; cœur désintéressé, courage briUant et digne d'un héros d'Homère, un de ces hommes rares qui, si l'Empire eût vécu plus longtemps, auraient remplacé, à la tète des armées, les Murât, lesNey, lesLassalle. — ^M. de Pe^ signy, homme d'État de vocation, mélange merveilleux de pénétration, de finesse, d'audace et de décision, un bras et une tête tout à la fois. Tous deux, M. de Persigny et M. Vaudrey, Pylades à l'épreuve des jours d'orage, qui, maintenant que sont venus des Jours meilleurs, n'ont encore demandé an Prince qu'une chose: l'honneur de rester ses amis (1).
Au second plan se faisaient remarquer plusieurs hommes distingués : le lieutenant Laity, auteur, plus tard, d'une brochure nq>oléonienne qui lui valut une condamnation, par la la cour des Pairs, à plusieurs années de prison; M. le comte de Gricourt, le commandant Parquin, firère du célèbre avocat, adorateur fanatique de l'Empire, une de ces natures puissantes et naïves qu'a immortalisées le crayon de Charlet; et trente autres, parmi lesquels vingt-cinq officiers de toutes armes appartenant à la garnison de Strasbourg ou des environs.
Louis-Napoléon était le centre où venaient aboutir tous ces jeunes courages et toutes ces viriles intelligences, le foyer lumineux d'où s'élançaient tous ces rayons. Il était la planète autour de laquelle gravitaient, par un mouvement régulier et immuable, tous ces fidèles sateUites.
(1) Depuis que cela a été écrit, MM. de Persigny et Vaudrey ont été appelés à de hautes fonctions. Nous ne pouvons qu'applaudir i ces choix : U est des hommes qui appartiennent et qui se doivent sa pays, et nous sommes sûr que la France remerciera bientôt M. de Persigny, ce diplomate babiJe qui a si bien rempU sa mission en Allemagne, d'être sorti de la demi-obscurité où il se renfermait volontairement, et d^avobr accepté rimportant portefeuille de l'intérieur.
Outre ces adhérents, le Prince croyait pouvoir compter sur pluâeurs officiers généraux qui avaient pronu's leur con-
C'étaient là les moyens matériels de Louis-Napoléon dans Tentreprise de Strasbourg, ou plutôt c'étaient là les éléments à l'aide desquels il voulait imprimer le mouvement et com meDcer son œuvre. Il savait bien qu'ils ne suffisaient pas pour Pacbever. Ses amis avaient pour mission de porter avec eux, au début de l'entreprise, le fluide électrique ; mais, pour communiquer à la foule l'étincelle sacrée, ce n'était pas sur la violence qu'O comptait, c'était, nous devons le répéter, sur Tautorité de son nom, et surtout*sur ce vote universel hautement proclamé par lui dans cette affaire, comme il l'avait été par son onde Joseph dans la protestation adressée à la Chambre des Députés ; sur le vote universel qu'il venait rendre soiennejlement à la France.
Strasbourg était parfaitement choisi pour l'exécution de l'entreprise : le colonel Vaudrey (1) y commandait le 4« régiment d'artillerie; ce réghnent était précisément celui dans lequel
ri) Andea élève de l'école polytechnique» sorti en 1806 de récole de Metz comme sons-lieutenant d'artillerie , M. le colonel Vaudrey assista, à partir de cette époque, à presque toutes les campagnes de rBmpire. Il était à Waterloo, où, lieutenant-colonel à Page de vingtboit ans» il eomoiandait vingt4iuit bouches à /eu.
Nous avons parlé de son désintéressement; qu'on en juge par ce seul trait -. Le 27 oetobre 1836, le Prince, dans une entrevue avec le eolonel» disait à celui-ci : « Nous allons nous engager dans une entre-
• prise chanceuse ; l*un et l'autre nous y serons tués peut-être : vous « n'êtes pas riche, et Je ne veux pas que vos enfants aient à me « reprocher, s'ils vous perdent, non-seulement la mort d'un père, « mais encore l'état de pauvreté où cette mort les placerait. Voici « deux contrats de 10,000 francs de rente chacun, qui assureront « Pavenir de votre famille ; prenes-les : ma mère fera honneur à cette
• traite que Je tire sur elle. » Le colonel Vaudrey prit les contrats, et les déchirant aussitôt : « Prince, répondit-il avec une noble iierté , je « TOUS donne mon sang, ma vie vous appartient ; mais je ne vends « ni l'un ni l'autre. >
rBmperaiff avait faU ses premtàres armes an siège de Toyon, le même aussi qui, plus tard^ au retour del'Ue d'Elbe, le reçut avec tant d'enthousiasme à Grenoble, et escorta sa mstdm triomphante sur Paria. Le colend était aussi placé pàrinUrim à la tftte de toute Tartillerie de cette ville, et avait sovu ses ordres en cette qualité un second régiment, le 3<», ainsi qu'un bataillon de pontonniers. Une garnison forte de huit à da mille hommes (y compris les trois régimeiUs d'infanterie), un. arsenal munense, une population locale ouvertement hostile au Gouvernement de Juillet et visiblement imprégnée de l'esprit de l'Empire, faisaient de cette importante place de guerre une base d'opérations, qui, une fois acquise à la cause da Prince» garantissait les plus gran4srésultats» En cas de succès, on devait, de Strasbourg, marcher vivement sur Pans, par l'Alsace, la Lorraine, la Champagne, c'estè-dire à travers les provinces les plus inflammables aux souvenirs de notre ancienne gloire, les plus cruellement froissées par l'invasion étrangère. Nul doute que toute cette ligne n'oSrlt l'image d'une longue traînée de poudra sur laquelle il suDU <l'uro étincelle pour l'embraser d'un bout à l'autre.
Une fois son plan arrêté, le Prince convoqua potir le 15 octobre les généraux sur lesquels il comptait, afin de leur donner ses dernières instructions ; nuds, soit malentendu, soit hésitation au moment décisif, il ne les trouva pas au rendes* vous fixé. Il se détermina, non sans regret, à se passer de leur concours.
Le25,il£Busaitsesadieuxàsa mère^ qui, bien qu'ignorant ses projets, avertie peut-être par quelque voix secrète, F embrassa avec émotion, et, tout en lui donnant des conseils de prudence, passa à son doigt l'anneau de mariage de l'Eove* reur et de l'Impératrice Joséphine. « Si tu cours un danger, i ce sera là ton talisman, » dit-eUe.
Le 28, à dix heures du soir, il entrait à Strasbourg et passait la nuit chez un officier, rue de la Fontaine, up 2fc. Le ko*
deoiaiq, il faisait prévenir le colonel Vaudrey, et doonal^ roidez-TOQs chez M«dePersigny aux personnes qui devaient jouer les premiers rOles dans Tentrepriae. Il voulait s'eoteni dre avec elles une dernière fois et leurdonner connaissance des proclamations auivanleç :