‹ Histoire complète de Napoléon IIIChapitre 2 sur 62 · PREMIÈRE PROCLAMATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PROCLAMATION

▲Q PBUPLB PRARÇAIS.

Rrançaist

« On vous trahit ; vos intérêts politiques, vos intérêts commerciaux, votre gloire, sont vendus à l'étrangerc Et par qui? Far 4es hommes qui ont profité de votre « belle révolution, et ({ui en renient tous les principes. Est: « ce donc pour avoir un Gouvernement sans parole, sans « honneur, sans générosité ; des institutions sans force, de^ 1 lois sans liberté, une paix sans prospérité et sans calme, en^ « fin un présent sans avenir, que nous avons combattu depuis 1 quarante ans ?

« En i830, on imposa un gouvernement à la France sans « consulter ni le peuple de Paris, |ni le peuple des provinces, t ni Tannée française: tout ce gui a été fait sans vous est « illégitime.

« Un cqngrè$ iialtonal, ih/tpaT tous U9 eitoytnt, peut, « geul avoir le droit 4ç choisir ce ^ui amvient le mieuûp d « la France.

n Fier de mon origine populaire, fort de quatre mjllioQp de i votes qui m'ai^ieh^iejat au tifône, je m'avance devant vous c conune un représentant de la souveraineté du peuple.

« Il est temps qu'au milieu du diaos des partis, une voix i nationale se fasse entendre ; il est temps qu'au cri de la lif berté trahie, vçus renversiez le joug honteux qui pèse sur c DotjTQ telle frvfii^f Me voyez-vous pas que les homma^

f qui règlent nos destinées sont encore les traîtres de 181 %• et « de 1815, les bourreaux du maréchal Ney?

i Pouvez-vous avoir confiance en eux ?

i Ils font tout pour complaire à la sainte-alliance : pour lui « obéir, ils ont abandonné les peuples nos alliés; pour se t soutenir, ils ont armé le frère contre le flrère, ils ont ensanc glanlé nos villes, ils ont foulé aux pieds nos sympathies, « nos volontés, nos droits.

M Les ingrats I ils ne se souviennent des barricades que « pour préparer les forts; méconnaissant la grande nation, i ils rampent devant les puissants et insultent les faibles.

• Notre vieux drapeau tricolore s'indigned'ôtrepluslongtemps

• entre leurs mains.

i Français 1 que le souvenir du grand bomme qui fit tant « pour la gloire et la prospérité de la patrie , vous ram'me I i Confiant dans la sainteté de ma cause , je me présente à

• vous, le testament de l'Empereur Napoléon d'une main, son tr épée d'Austerlitz de l'autre. Lorsqu'à Rome le peuple vît les c dépouilles ensanglantées de César , il renversa ses hypo- « crites oppresseurs. Français ! Napoléon est plus grand que i César, il est l'emblème de la civilisation au xix« siècle.

tr Fidèle aux maximes de l'Empereur, je ne connais d'info térèts que les vôtres, d'autre gloire que celle d'être utile à c la France et à l'humanité. Sans haine, sans rancune, c exempt d'esprit de parti , j'appelle sous l'aigle de l'Empe- « reur tous ceux qui sentent un cœur français battre dansleor

• poitrine.

t J'ai voué mon existence à raccomplissement d'une « grande mission. Du rocher de Sainte-Hélène, un rayon da t soleU mourant a passé dans mon ftme : je saurai garde^ oe « feu sacré, je saurai vaincre ou mourir pour la cause du

• peuple.

i Hommes de 1789, hommes du 20 mars 1815, hommes de € 1880, levez-vous ! Voyez qui vous gouverne ; voyez l'aigle,

m emblème de gloire, symbote de liberté* et choisisses! c Vive la France !

t NlPOUlOR. •

DEUXIÈME PROCUMATION.

« Soldats 1

i Le moment est venu de recouvrer votre ancienne splenf deur. Faits pour la gloire, vous pouvez moins que d'autres t supporter plus longtemps le rftle honteux qu'on vous fait « jouer. Le Gouvernement qui trahit nos intérêts civils, vou-

• drait aussi tenur notre honneur militaire. L'insensé 1 croitt il que la race des héros d'Arcole, d'Austerlitz, de Wagram, « soit éteinte ?

• Voyez le lion de Waterloo encore debout sur nos fronc tières; voyez Huningue privée de ses défenses; voyez les fl grades de 1815 méconnus; voyez la Légion-d'Honneur 1 prodiguée aux intrigants et refusée aux braves; voyez notre « drapeau.... il ne flotte nulle part où nos armées ont c triomphé. Voyez enfin, partout trahison, Iftcheté, influence c étrangère, et écriez-vous avec moi : Chassons les barbares « du Capitole I

t Soldats 1 reprenez ces aigles que nous avions dans nos

• grandes journées ; les ennemis de la France ne peuvent en « soutenir les regards; ceux qui nous gouvernent ont déjà f flii devant effles ! Délivrer la patrie des traîtres et des op- « presseurs, protéger les droits du peuple, défendre la France

*« et ses alliés contre l'invasion , voilà la route oit l'honneur « vous appelle, voilà votre subhme mission.

1 Soldats français I quels que soient vos antécédents, venez « tous vous ranger sous le drapeau tricolore régénéré; « 0 est l'emblème de vos intérêts et de votre gloire. La patrie

i divisée, la liberté trahie, l'humanité souffrante, la gloire en « deuil comptent sur vous; vous serez à la hauteur des des € tînées qui vous attendent I Soldats de la République, sol € dats de TEmpire 1 que mon nom réveille en vous votre an- • cîenne ardeur. Et vous, jeunes soldats, qui êtes nés comme « moi au bruit du canon de Wagram | 09ttvenez-vous que « vous êtes les enfants des soldats de la grande armée. Le « soleil de cent victoires a éclairé notre berceau : que nos € hauts faits ou notre trépas soient dignes 4e QOtlPe naissance I c Du haut du ciel, la grande ombre de Napoléon guidera nos c bras, et, contente de nos efforts, elle s'écriera : Us étaient c dignes de leurs pères.

« Vive la France I

I NiPOUtOS. 9

On voit par ces deux documents historiques, consignés dans la presse de cette époque, que les écrivains qui, plus tard, ont présenté Louis-Napoléon comme ayant voulu , à Strasbourg, s'imposer à la France , ont odieusement dénaturé les faits. Le Prince, au contraire, appelait la France toute entière à prononcer en liberté sur ses futures destinées. Il était h Strasbourg tel qu'il fut plus tard à Boulogne, et tel qu'il s'est montré le 2 décembre 1851, le jour où il a solennellement déchiré, au nom du droit, la loi du sufl^ge restreint.

Le 30, à 5 heures du matin , la trompette retentissait aa quartier d'Austerlitz occupé par le i* d'artillerie ; le colonel Vaudrcy Wsalt sonner l'assemblée. Les soldats se lèvent, prennent les armes et descendent précipitamment de leurs chambres.

Au bruit de la trompette, le Prince, qui se trouvait dans une maison du voisinage, s'élance dans la rue en disant à ses officiers d'état-msgor qui l'entouraient : i Allons, Messieurs, ali Ions voir si la France se souvient encore de vingt années de t gloire. — ADez, Prince, lui répond un d'entre euis, Iz Fr2lîce

• venis «rit » ^— Qudqoea inelants après, Lo«is-Napoléon entrai à la caserne d'Austerlite, où le régiment a'étais oiis eft cane.

Le oolefiel Yaudrey mel le eatoe à la main, fait porteries aroies, et présentant le Prince an régbaoent: cSoldatsdu 4»

• réginiei]^d'urtillerieU'éQrie441d'QneToixfi^^

« une grande révohiienentmnenee en ce moment sous les « awyioesdunewu et du flJaadoptif de rSmperear Napoléon, f Ce Prince est devant vous et vient se mettre à votre télé; Q c aitimsv le sol de la paérie pour rendre au peufrile ses droits « usvpés, à famée ia gloire que son nom rappelle, à la

• France ses libertés qu^on méconnaît II compte sur votre « cooraga, sur votre dévoueraem et snr votre patriotismei

• pearacoompUrceHe grande et glorieuse mission.

« Soldatsi votre cat(mel a répondu de vous; répétez donc i mne M : Vitm NàpoUornl vive VEmperem'l » CecrIMrépété par fim de mille voix, et avec un entbon.

Alors le Prince adressa à son tour aux soldats une aBocntion énergique, où Blear rappelait habilement lespréeédents dn k^ d'artiHerie au siège dé Toulcm et à Grenoble, etqull terminait par eea mois, en saisissant et montrant raigle que per* tait à o6ié de kd un de ses ofSciers :

fl Soldats 1 void le symbole de la gloire française. Pendant « qmnzeansfl a conduit neapèiBs à la victoire; il a brillé sur • tous les champs de bataille; il a traversé toutes les capita- « les de i'Eint)pe. Soidatsl raHies-vons à ce noble étendard ; « jeleconBeÀ votre honneur, à votre courage; marchons en- « semble oonlre les traîtres eties oppresseurs de la patrie, an « eridevîoelaFrMes/»

L'expression nous manque pour rendre le prodigieux effiol qae produisit cette courte harangue ; les soldats étaient tnmf portés, enivrés ; les sabres s'agitdent en Tair, et les vivats ne ^ un instant que pour recoomieDeer encore.

Ce fut là une scène sublime, sublime d'abnégation et de courage. 0 puissance des généreuses émotions et des grands souvenirs! Un vieux guerrier de l'Empire venait de présenter à ses troupes le neveu de Napoléon, et cela seul avait suflB pour que tous ces soldats se sentissent en ce moment plus que des hommes, pour qu'ils se sentissent devenus de la race des héros 1 Magnifique spectacle dont le Prince fut attendri jusqu'aux larmes, et qui mériterait d'être reproduit sur la toile par le pinceau d'un grand artiste.

Le colonel Vaudrey, ce vétéran de nos armées qui avait affronté si souvent sans p&lir le feu de l'ennemi, avait lui-même les yeux humides de Joie et d'émotion.

Ces premières impressions calmées, on dut se mettre en marche. M. de Persigny alla arrêter le préfet de Strasbourg, M. Ghof^in d'Amouville; d'autres amis du Prince et divers ofiDciers reçurent différentes missions : M. Lombard flit chargé d'aller foire imprimer les proclamations ; le lieutenant Pétri fut envoyé à la direction du télégraphe, le lieutenant de Schal- 1er versle général de brigade et le colonel du 3« d'artillerie, afin des'assurer deleurspersonnes; le lieutenant Laity versle quartier des pontonniers, pour annoncer à ce corps la nouvelle du jour et pour préparer les esprits. Le 4« régiment d'artillerie, ayant à sa tête le Prince, le colonel Vaudrey et le chef d'escadron Parquin, s'achemina vers le quartier général.

Pour y arriver, il fallait traverser plusieurs rues, et, quoique l'heure fût matinale, un grand nombre d'habitants de Strasbourg, attirés par ce mouvement insolite, ne tarda pas à se joindre au cortège et à manifester tout haut les plus ardentes sympathies. On se pressait en foule autour du Prince, on venait pieusement baiser l'aigle que portait le lieutenant de Querelles. On eût dit que tout subissait un charme irrésistible. Quand la colonne passa devant le quartier de la g^darmerie, tout le poste se mit sous les armes et cria ^ve V Empereur! Et même au quartier général, la garde présenta les ar-

mes, et les domesUques du général Voirol, subjugués, fascinés à leur tour, ouvrirent spontaném^t la^porte de Thôtel, en confondant leur» acclamations avec celles des artilleurs.

Le Prince entra, suivi du colonel Vaudrey et de M. Parquin. n nxmta à rapparteraent du général conunandant la division de Strasbourg, M. Vofrol, et lui dit quelques mots pour lui demander son secours. Le général, quoique ancien ofiBder de ïEaxfire et dévoué à la mémoire de son premier souverain, crut devoir reAiser, et, s'adressent au colonel Vaudrey, lui dit qa*!! aUtà envoyer des ordresà la garnison. — c La garnison • n'est plus à vos ofdres, vous êtes notre prisonnier, répliqua « vivement le colonel ; » et aussitôt Louis-Napoléon quitta rhôtel en oonflsnl au commandant Parqiûn la garde du général.

Où se reoM en marche, et on se dirigea vers la caserne FlDckmatt, occupée par le «e* régiment d'infiuiterie de ligne.

Pour se rendre de la ville à la caserne, il y a deux issues i runepar le chemin du rempart qui aboutit à l'une des extrémités delà oom*, où se trouve une grille en fer ; l'autre dans une dbwtieii contraire, par une ruelle étroite, qui, partant da frabom^g de Pierre, arrive perpendiculairement à la grille prin* dpale du quartier, située au centre du b&timent. Cette ruelle est telle, qu'il ne peut y passer que quatre hommes de ttonU

D avait été convenu qu'on arriverait au quartier Finckmatt par le [nremier des deux chemins, de manière que le Prince pût apparaître sur le rempart en ftice de la caserne, à la tête de tout un régiment rangé sous sa bannière. Mais, par une première et dé[riorable fatalité, la tête de colonne n'avait pas smvi la direction arrêtée, et, au lieu de se rendre sur le rem- ' part, entrait par la ruelle. Pour assurer la retraite, Louis- Napoléon sévit dans la nécessité de laisser la moitié du régiment derrière lui dans la grande rue du feubourg, et d'entrer dans la cour de la caserne accompagné , pour toute escorte, de quatre cents hommes au plus. <

Les soldats du h6^ étaient dans leurs elomtees, occupés à leurs travaux du matin. A la y«6 du ciNriège, ils n tnetteiA aux fenêtres, le Prince les baraugoe^ ^lea artiUeurs lecoa^ menceut à crier vive N^oUmI Su ua instant k feu sacré qui anime les uns se commuuifue aui aatns ; losfantaaiiift descendent dans la cour, fratecoiseAt ayoc te cmoaiders; ife entourent Louls-Napoléca, le regardée* avec un reqpectcorieux et ému, puis poussent à leur loiveetti: tm Oàp^ Uon!

Au moment où ces faits sepassaient à FiDckmiM, kS« régiment d'artillerie et le kataillon d& pootoudirt étalent déjà en marche pour se joindre aux soldats 4a 4«. Bàm n'avait jusquerlà écbappé à la s|ii^ contagioii ; cette entr^rise de Strasbourg rappelait, dans de moindres proportions esoisè* ment, la course triomphale de rEiiy>ereur depuis Canes jusqu'à Paris : même enthousiasme, même unaiiiffllté de «yoh pi^hies.

Mais tout à coup la sctee chai^.

Un officier du 46«, le lieutenant Pleignier^ logé ésm la oaleme, deseeud en ^ute Mtte et essaie de persuader «ai srt* dats qu'ils sont indignement trompés, et quils n'ont de^muit eia qu'un misérable aventurier, usurpatrar du nom et des titres d'autrui. Le colonel Taillandier arrive de son côté, sirivi d'un officier d'état m^jor.— f Geu'estpasle aeveu-de « l'Empereur, disent ces deux officiers, c'^st le nevea du eo^ « lonel Yaudrey I— Je le reconnais, ijouie le eapitaioe d'étal- « msûor. » Ces deux militaires étaient-ils de bonne fol? c'est au moins fort douteux ; quoiqu'il en soit, il n'en ftdlut pas davantage pour changer en hostilité les bonnes dispositions des soldats, qui se crurent les jouets d'une gressièro et déloyale comédie. Le colonel Taillandier les rassemble, fait fermer la grille et battre la charge. De son cAtéi le Prince fiiit battre la générale pour appeler autour de lui tous eeia gui se soat dévouésà sa cause»

Pendant ce temps, les menaces s'échangent entre les deux partis confondus pêle-mêle dans cet étroit espace. La colère brffle dans tous les yeux, les sabres s'agitent et les baïonnettes se croisent. MM. de Querelles et de Grîcourt offrent au Prince de lui ouvrir, l'épée à la main, un passage à travers le W*. Louis-Napoléon, toiyours calme, impassible au milieu de l'émotion générale, refuse de faire verser pour lui une seule goutte de sang français.

Il s'élance au milieu de l'infanterid pour essayer de la désabuser : on ne l'écoute pas, et même on menace sa vie ; heureusement des canonniers, s'apercevant du danger qu'il a^ fironte, l'enlèvent et le placent au milieu d'eux. Mais ce mouvement le sépare de son état-major, et le refoule & l'extrémité de la cour. Louis-Napoléon s'efforce alors de changer de position ; 11 veut s'emparer d'un cheval, mais les chevaux le reoh versent contre le mur, et on profite de ce moment pour le Élire prisonnier. SesoGQoiers éprouvent le méin& sort.

Demeuré libre, le colonel Vaudrey, vers lequel venaient d'accourir en ce moment les nombreux artilleurs laissés dans la grande rue du faubourg, songea bien on instant à engager la lutte pour délivrer le Prince ; mais ayant réfléchi que, pour lui rendre sa liberté, il allait d'abord compromettre ses jours, il renonça à ce projet, offrit personaellement de se rendre, et, usant encore une fois de son autorité sur ses soldats, il leur ordonna de rentrer à leur caserne, et suivit le colonel Taillandier, qui le conduisit à la chambre du lieutenant Plégnier.

N'oublions pas un détail curieux et remarquahle, dans la terrible scène qui se passa dans la cour du quartier de la Finckmatt. Pendant que fantassins etfartilleurs se menaçaient ain^ et semblaient prêts à ea venir aux mains, le peuple, rasseml)Ié en foule sur le rempart, et spectateur passionné de cette tragédie, jetait des pierres au 46«, et prodiguait ses encou; tagements et ses bravos au h^ d'artillerie.

Et cq)endant c'en était M; cet héroïque coup de main qui avait si bien commencé, et qui devait alTrancbir le pays, était définitivement manqué en présence d'une dté toute frémissante de sympathie, et d'une garnison dont les trois quarts ne demandaient qu'à vaincre ou à mourir 1 L étincelle, étouffée à sa naissance, n'avait pas eu le temps de devenir un incendie! De si belles espérances, de si saintes ambitions, un avenir de gloire et de grandeur pour la France, tout s'était fatalement englouti dans l'humble cour d'une caserne de province,

Le Prince et ses amis ftirent conduits à la prison neuve, et, quand il y rentra, Louis-Napoléon trouva dans son &me une belle parole que l'histoire doit recueillir: t Au moins, s'écriat-il, je ne mourrai pas dans l'exil. »

La première pensée du Prince dans sa prison fut pour ses braves et fidèles amis. Il se h&ta d'écrire au général Voirol une lettre dans laquelle il se déclarait le seul coupable, et appelait sur sa tète seule les rigueurs de la loi. Puis, il adressa à sa mère quelques lignes fermes, résignées et touchantes.

Voici cette lettre:

« Ma chère mère,

t Vous avez dû être bien inquiète de ne pas recevoir de

• mes nouvelles, vous qui me croyez chez ma cousine ; mais

• votre inquiétude redoublera lorsque vous apprendrez que

• J'ai tenté à Strasbourg un mouvement qui a échoué. Je suis f en prison, ainsi que d'autres officiers ; c'est pour eux seuls

• que je suis en peine, car moi, en commençant une telle en- ' • treprise, j'étais préparé à tout.

t Ne pleurez pas, ma mère, je suis victime d'une belle « cause, d'une cause toute française : plus tard on me rendra « justice et on me plaindra. ^

• Hier dimanche, à cinq heures. Je me suis présenté de« « vant le k^ d'artillerie, qui m'a reçu aux cris de vive VEmpe^ i reur! Nous avions détaché du monde. Le 46® a résisté ;

f nous nous sommes trouvés pris dans la cour de la caserne. « Heuretuemenî il n'y a pas de sang français répandu ; c'est

• ma consolation dans mon malheur I Courage, ma mère, je

• saurai soutenir jusqu'au bout Thonneur du nom que je « porte.

« Adieu, ne vous attendrissez pas inutilement sur mon « sort. La vie est peu de chose ; Yhonneur et la France sont « tout pour moi,

« Je vous embrasse de tout mon cœur.

• Votre tendre et respectueux fils,

« Strasbourg, le !•' novembre 1836. »

Louis-Napoléon attendait depuis huit jours son jugement, lorsque, le 9 novembre, à sept heures du soir, on vint Textraire de la citadelle, sans lui dire où on le conduisait. On l'emmena à l'hôtel de la Préfecture, où se trouvaient MM. Voirol et Choppin d'Amouville. Une chaise de poste attendait à la porte : le Prince, devinant ce qu'on voulait faire, demanda instamment qu'on ne séparât pas son sort de celui de ses amis. On ne Técouta pas, et, malgré ses protestations, il fallut partir pour Paris. Il était accompagné de M. Cuynat, commandant de la gendarmerie de la Seine, et du lieutenant Thiboulot, mort, il y a peu de mois, commandant du palais de VÉlysée.

Le 11 novembre, à deux heures du matin, la voiture qui renfermait le Prince s'arrêtait sur le seuil de la préfecture de police.

M. Belessert dit à Louis-Napoléon qu'O allait être conduit à Lorient, pour être, de là, transporté aux États-Unis, sur une frégate française. Le Prince renouvela ses protestations, dédarant qu'il voulait être jugé par la justice du pays, qu'en agissant de la sorte envers lui, on le privait d'une occasion favo-

rahie pour exposer franchemeat à la France ses inieDtiODâ et ses vues politiques. Il ^)outa que sa présence au jugemeni de SCS amis était indispensable, que sa parole pouvait seule éclairer la conscience du jury, et, sinon les justifier entièrement, du moins atténuer leurs torts.

M. Delessert se borna à lui répondre qu'on faisait pour lui ce qu'on avait fait pour la duchesse de Berry.

Le Prince répliqua qu'on avait fait pour la duchesse de Berry ce qu'on avait voulu ; que quant à lui, il repoussait cette fausse générosité qu'on prétendait lui imposer ; que la justice était faite pour tout le monde, po«r les princes comme pour les autres citoy^is ; que de deux choses l'une, il était innocent ou coupable: coupable, c'était au jury à le condamner; innocent, c'était encore au jury à l'absoudre.

Mais tout cela flit inutile; le parti du Gouvernement était pris : Louis-Philippe savait bien que, de la sellette de l'accusé, lAuis-Napoléon ferait une tribune d'où il parlerait à la France. C'est là précisément ce qu'il ne voulait pas. C'était à son profit qu'il suspendait l'action de la loi dans cette affaire, non au profit du Prince ; en l'exilant par le droit de la force, U lui fermait la bouche. C'est tout ce qu'il voulait.

Après deux heures de séjour à Paris, le fils de la reine Hortense était conduit à Lorient sous bonne escorte, et de là, la frégate V Andromède le conduisait à New- York, après cinq mois de navigation (1).

(1) Le Gouvernement de JolUet, surpris et eftayé du verdict de Strasbourg, craignant un prochain retour du prince en Europe, lit courir, après son départ pour les Etats-Unis , le bruit que Louis- Napoléon avait soUicité ou du moins librement accepté U mesure exccptionneUe dont U avait été Tobjet, et qu'il s'était engagé à ne pas quitter l'Amérique de dix ans. On espérait, par ce moyen, rendre son retour impossible ; car ce retour, on le déshonorait d'avance.

Voici U vérité & cet égard. On s'était, en effet, adressé à la reine llortense pour la prier â'(^tenir de son fils la promesse d'un exU sur parole pendant dix ans; mais eUe-môme répondit qu'elle ne pouvait

<îiialqiie temps apnèa œ départ, on ftJt d'une portée fmmense se passait en Alsace. Le jury de Strasbourg, appdé i pranoncarior le flortdea amis du Prince icsléa dans lespri-

Muenoerles déterminations d^m jeune prince mattre de ses actions. iiCBehosBsen r«Bllrent là^ et on ne dit jamais un motàeesnjetaa Prince-.onneleponYaitpas, puisque, comme nous Pavons dit, fl protdstait îxsûxe ce départ foco&^ et ne demandait qu'une chosot des juges.

Âu reste, M. Capeflgue s^étant. dans son Histoire deV Europe, rendu rédkodece feiux lirait, Lo«is4lapQléoa lui adressa, de Londres on 11 était alors, une letlM qia nous mettons sons les 7]paxde nos laetem;

Londres , 10 novembre laiC.

« AM.Oapefi^m.

« Monsieur,

« La grave accasaUon que vous avez formulée contre moi dans le « deuxième volume de votre Histoire de V Europe, me force à m'a- « dresser à vous pour réfuter une calomnie déjà vieille.

« Vous croyez que lorsque, en 1836, je fus expulsé de France, mal- «. fK nss protestations, )'al4aMié ma panHe de rester perpétudie- « ment exilé a AméHque, eicpift oeICe parole a été violée par mon « raiaar en fiun^e. Je naouiiieUe ici le démenti formel que J*al si * souvent donné à cette fausse alléffartion*

« tti laaa, le Goarenemei^ inaçais ifa pas même cherché à « pnadre sessûietBS avec moi, parce q«*n savait tipop bien que Je « piéférals de beaneoup un jugement sdennel à ma mise en liberté. « On'a donc rien exigé de moi, parce qnni ne ponrait le faire» et Jer «n'ai rien promis, paixe que je tfai fi«i4leaMndé.

« En 1840, veuillez vous en souvenir , M. Franck-Carré, rempHs- «^sant les fonctions de proemraur général près Ut ceur des Pairs, ftit « forcé de déclarer luirmêOM qne j'avais été mis en Ubsrté mas couc dHàosu. Tons trouvères oeapsoyina paroles dans le Moniteur du «mois de septembre. ¥oua vois en rspportemz. Je Pespère, ànn m homme qui s'exprimait alasLtn Itsantmon acte d'aecosation. Je pus « donc, avec une eonsdenee très-libre, repartir pour l'Europe en « 1837, et y venir fermer les y«it demamèie.

« SI la préoccupation de ce pieux devoir m'avait, lait oublier une « promesse jurée, le Gouvernement fï'ançais n'aurait pas eu besoin ,

0OD5 de cette ville , les acquittait tons pur on verdict eolennel.

C'était presque glorifier la tentative >da 90 octobre 1836.

Ce verdict ébranla le trône de Louis-Philippe plus que n'avaient fait les insurrections de juin 1832 et avril 183(^.

Maintenant, quelques mots seulement sur cette affaire de Strasbourg.

Un gouvernement établi a totjjours de la peine à tomber ; avant qu'on le renverse, il fiiut qu'il ait fait bien des fautes ; mais il est tom'ours mort moralement, l'histoire est là pour nous le dire, bien fivant l'heure de sa chute matérielle. Le 30 octobre 1836, cette heure fatale, il est vrai, n'avait pas encore sonné pour la dynastie de Juillet; mais la vie morale s'était déjà retirée d'elle, et si Louis-Napoléon et le Gouvernement de cette époque avait pu pacifiquement et d'un commun accord appeler la France à vider le débat et à choisir elle-même son chef, nul doute que déjà, en ce moment, la France aurait choisi Louis-Napoléon.

« après la mort de ma mère» de réunir un corps d'armée sur la firon- « tière de Suisse pour décider mon expulsion ; il n^aurait en qu'à me « rappeler ma parole. Si, d'atUeurs^j'y avais manqué une première « fois, on ne me Peut pas demandé une seconde, comme on Pa fait « pendant mon s^our à Ham, lorsque l'on discutait les conditions de c mon élargissement. Si Je m'étais fait, comme vous semidez le croire, « un jeu de ma parole, j'aurais souscrit à cette exigence, tandis que • j'ai mieux aimé rester six ans captif et courir les risques d'une éva* « sion, que de me soumettre & ces conditions que mon honneur « repoussait.

« Permis à vous. Monsieur, de blftmer ma conduite poUtIque, de « torturer mes actes et de fausser mes intenUons; je ne m'en plain- « drai pas: vous usez de votre droit 4e juge; mais je ne permettrai m jamais & personne d'attaquer ma loyauté, que J'ai su, grSbce à Dieu, c garder intacte an mUieu de tant de cruelles épreuves.

« rattends avec confli\pce que vous donniez à cette leâre une aussi « grande pnbUdté qu'à vos propres écrits.

« Recevez, etc.

« LOUIS-NAPOtftOV. »

Quoi qu'il en soit, la tentative de Strasbourg produisit on utUe résultat. La France connaissait peu le Prince ; depuis la mort du duc de Reichstadt, il n'y avait guère que quelques hommes spécialement occupés de politique qui n'ignorassent pas qu'il restait encore un héritier de l'Empereur. Strasbourg le fit savoir à tout le monde ; tout le monde apprit qu'il res^ tait un légitime prétendant à la succession impériale, et que ce prétendant venait de jouer sa vie pour restituer au pays sa souveraineté.

Le pays se promit de ne pas oublier cela à l'occasion.

Et, en eiTet, rapprochez ces deux faits :

I>ans deux circonstances mémorables, Louis-Napoléon, d'abord en 1836, puis en i8U), veuê damer à la France le voie universel;

Quelques années plus tard, en 1848, le vote universel re* connaissant dorme à la France Loms-NapoUon.

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