MESSAGE DU PRINCE PRÉSIDENT
« Messieurs les Députés,
« Je vous al rappelés de vos départements pour vous associer au grand acte qui va s'accomplir. Quoique le Sénat et le . peuple aient seuls le droit de modifier la Constitution, j'ai voulu que le Corps politique, issu comme moi du suffrage universel, vtnt attester au monde la spontanéité du mouvement national qui me porte à l'Empbre. Je tiens à ce que soit vous qui, en constatant la liberté du vote et le nombre des suffrages, fassiez sortir de votre déclaration toute la légitimité de mon pouvoir. Aujourd'hui, en effet, déclarer que l'autorité repose sur un droit incontestable, c'est lui donner la force nécessaire pour fonder quelque chose de durable et assurer la prospérité du pays.
« Le Gouvernement, vous le savez, ne fera que changer de
forme. Dévoué aux grands iotérèU que l'iatdligeoee euCaote et que la paix développe, il ee makitieiMlfft comme par le passé dans les limites de la modération, car le succès n'enfle jamais d'orgueil râjue de ceux qui ne voient dans leur élévation nouveile qu'un devoir {Ans grand imposé pur le peupla^ qu'une mission pfus éievée confiée parh Provideme. t
IMnteDant , retournons «n isaUDi aur nos pas. Quel étail la chiffre des suSrages fovorables au aéiutHs^eoiisiiIte du 7 novembre?
Voyons d'abord quelles étaient les prévisions âheraes & cet égard.
Avant le jour di vole, les neptiquesdlsiiat que le Prince venait de £aire une Impradenee, etqa'eo laissanl mettre TEo* pire en question il se jetait dais une aventure pleine de dangers eit d'écueils, cpill ne retrommvait jamais les sept millMi cinq cent mille suffrages du 20 décembre précédent; qu'un grand nombredo royaUstes et dsripuMicaias booottes avaient bien pu après le coup d'État, sans trahir leur drapeau, se rallier autour d'un pouvoir temponife, qoi, sans rien compromettne^ réservait i'aveoir ; maïs qu'à ftis&Bil qu'il s'agissait de tuer d'uncôté k RépubUcpie,et, d'im autre e6té,ds#lacer la flouronne sur la tète d'unaatie que IL dsChamboriottguo le Gomie do Pans, ces mânoslMftDWies KÊmmàenk de faire ansaiooaiplèÉeiaeBi, etpour kNHOiirs^ieid^^ da laim con* victions. « Le séostus-oonsulia, qjontaifitf las scepliquf s, ne « réunira pasla miJorHé dûs suffrages^ s
D'autres pensaient dUEéreaimeot. «Ssas doute, disaienirib^ il y aura un certain nombre do royalistes et de répablicaiiv opiniâi^ies qui^ après avoir voté pour le Prince au 90 dé> oembre^ s'opposaroot au rélaMiaeemeot du trâoo impédal, mais ce sera la minorité. La plupart des républicains do howae ÙÂ son! bieci revonus du pays des dùaièaxB ; Us ont jugé À l'œuvre les chefs de leur parti, et ils les trouvent au-
jourd'bui bien petits ; ils savent aussi ce que vaut Tinstitu* tion elle-même, ils voîeni 14en que ee n'est que rinslabilité en permanence, qu'un prétexte à d'avides appétits, qu'une ajrèoe ouverte aux rivalités luiiyantes de vingt ambitieux ; ils savent que c'est la tr^ail suspendu, la société tous les jûnre mise an péril et comprooiifla dans ses bascfi fondamentale, la misère publiqae et l'anarchie. Us savent tout cela, et c'ei^ pourquoi ils volarittt l'Eapîre^ qui est de toutes les monarchies celle qui se rapproche le plus de la République , puisqu'il émanera du vote unii^ersel. — Quant aux royalistes de toatea les oouleurs, la plupart aussi doivent avoir perdu leurs iUuaiooa, ils doivent voir que ni la brancfae ainée ni la branche cadette ne sont possibles mamtenant. La Franoe a brisé Tune et laissé tomber l'autre, et cela parce que toutes deux, au lieu de se fonder sur les intérêts généraux du pays^ ne s'qipuyaient que sur des intérêts particuliers, l'une sur la noblesse ancienne, l'autre sur la classe bourgeoise. Ces deux monarchies reviendraient qu'elles {^rendraient leurs anciens errements. Voilà pourquoi les royalistes en général, désireux d'éviter de nouvelles catastrophesi prélëreroot à ces royautés impossibles l'Empire, qui promet, lui, de «'appuyer sur l'intérêt de tous, qui promet la paix au dehors^ l'ordre au dedans, et la sécurité de tous les droits dans la démocratie bien entendue. »
TdkB étaient ha opînioiisdiveraes avantle vote. Maii ceuxto jDêmequicroyaîeat i«n résultat favorable, ne l'attendai^t pas tel fu'O SB manifesta. £n apprenant le nombre des suffrages afDmaUEs, laFranoe M comme éblouie. Sept millionshuit cent miièesuffirages, cela tenait presque dumirade, comme quriqoe^-uoss é» wtolfes^u héros d'Austerlitx, c'était un suc<)ès lyNilMx. En lisant las Journaux qiâ annonçaient kfait, tout le monde «royaitllie wm aonte do lées. Et, chose digne de remarque, le chiffre allait toujours croissant depuis quatre ans. En
1848, c'était cinq millions et demi; en 1851, sept millions cinq cent mille ; en 1852, c'est près de huit millions. La popularité du Prince montait, montait, montait toujours, et elle atteignait maintenant des sommets si élevés, qu'on les eût crus inaccessibles à l'ambition d'unhomme, quel qu'il fût. En tenant compte de l'accroissement des populations, on trouvait encore, toute proportion gardée, que Je premier Napoléon lui-même n'avait jamais été porté si haut par la faveur et la reconnaissance publiques.
Le 1«' décembre, le Corps Légî^atif avait tenmné ses opérations, et le soir, à huit heures, tous ses membres, M. Billaull, président, à leur tète, tous les membres du Sénat et tous les conseillersd'£tat,se rendaient à Saint-Cloud. M. Billault allait remettre au nouvel Empereur la déclaration de l'assemblée législative constatant le recensement des votes et l'adoption du plébiscite présenté les 21 et 22 novembre à l'acceptation du peuple. Louis-Napoléon avait voulu que les autres grands corps de l'État assistassent à cette solennité.
La cérémonie se passa dans la grande galerie d'Apollon du palais de Saint-Cloud > un trône avait été placé sur une estrade, au fond de la salle. Ayant à sa droite le prince Jérôme, son onde, et à sa gauche, son cousin, le prince Napoléon Bonaparte, l'Empereur, à neuf heures, entrait dans cette galerie brillamment éclairée, se plaçait en avant du trône, et, au milieu de l'émotion prof ondede tous lesassistants.écoutaitlesdiscoursde M.Billault etdeM. Mesnard, vice-président du Sénat. Nous regrettons que le défaut d'espace ne nouspermette pas de reproduire ces documents, mais nous citerons la réponse que fit l'Empereur aux deux grands dignitaires, car toutes les harangues de Loufe- Napoléon sont des monuments historiques; et , ce quileur donne leur valeur, ce n'est pas seulement la bouche qui les a prononcées, c'est surtout la nerveuse précision de la forme, c'est l'élévation des idées et leur caractère positif et pratique.
• Messieurs,
« Le nouveau règne que vous inaugurez aujourd'hui n'a pas pour origine, comme tant d'autres dans l'histoire, la violence, la conquête ou la ruse. 11 est, vous venez de le déclarer, le résultat légal de la volonté de tout un peuple, qui consolide au milieu du calme ce qu'U avait fondé au sein des agitations. Je suis pénétré de reconnaissance envers la nation qui, trois fois en quatre années, m'a soutenu de ses suffrages, et chaque fois n'a augmenté sa majorité que pour accroître mon pouvoir.
c Mais plus le pouvoir gagne en étendue et en force vitale, plus il a besoin d'hommes éclairés comme ceux qui m'entourent chaque jour, d'hommes indépendants comme ceux auxquels je m'adresse pour m'aider de leurs conseUs, pour ramener mon autorité dans de justes limites, si elle pouvait s'en écarter jamais.
« Je prends dès aujourd'hui, avec la couronne, le nom de Napoléon III, parce que la logique du peuple me l'a déjà donné dans ses acclamations, parce que le Sénat Ta proposé légalement, et parce que la nation entière l'a ratifié.
I Est-ce à dire cependant qu'en acceptant ce titre, je tombe dans l'erreur reprochée au prince qui, revenant de l'exil, déclara nul et non-avenu tout ce qui s'était fait en son absence? Loin de moi un semblable égarement. Non-seulement je reconnais les Gouvernements qui m'ont précédé, mais j'hérite en quelque sorte de ce qu'ils ont fait de bien ou de mal ; car les Gouvernements qui se succèdent sont, malgré leurs origines différentes, solidaires de leurs devanciers. Mais plus J'accepte tout ce que, depuis cinquante ans, l'histoire nous transmet avec son inflexible autorité, moins il m'était permis dépasser sous silence le règne glorieux du Chef de ma famille, et le titre régulier, quoique éphémère, de son fils, que les Chambres proclamèrent dans le dernier élan du patriotisme
— «as —
«rincu. Ainsi donc, le titre de Napoléon III n*est pas une de ces prétentions dynastiques et surannées qui semblent une insulte au bon sens et i la vérité ; c'est rboBUoage ifndu à on gouvernement qui fiit légitime et auquel bou6 devons ks plus belles pages de notre histoire moderne. Mon lègne ae date pas de 1815; il date de ce nioioeDi même où vous venet me faire connaître les suffrages de la nation.
« Recevez donc mes remeccieioeBts, Mf^Ms^irt lesDéputés, pour réclat que vous avez dooné à la manifiœlatioo de la volonté nationale, en la rendant plus évidente par votre contrôle, plus imposante par votre déclaration. Je vous remercie aussi, Messieurs les Sénateurs, d'aiioir été les pKBuers à m'adresser vos félicitations, comme vousaveiétélespremîers è formuler le vœu populaire.
« Aidez-moi tous à asseoir, sur ceiïA terre bouleversée par tant de révolutions, un Gouvernement jtable qui ait pour bases la religion, la justice, la probité, Vàmaur des datées souffrantes.
c Recevez ici le serment que rien ne me coMeca pour ns- .surer la prospérité de la patrie, et que, tout en maii^enant la paix, je ne céderai rien de tout ce qui toucbe à l'hanneur et À la dignité de la France. »
Le lendemain, S déeendbre, une foule innombrable et empressée sedirigeait dès le matin, malgré le mauvais temps, vers les Champs-Elysées. Cétait la foule du 10 mai, dn 16 oetûlure, du 15 août, de toutes ces fêtes nuignifiqueadont nous avons parié. L'Empereur quittait le palais deSaioHUoudà midi; il était à .cheval, en uniforme de Ueutenant-général^et décoré du grand 4U>rdon de la Légion-d'Honneur; il marchait seul et iquelqne distance de son cortège, et s'avançait entre les deux lignes de la garde nationale et de l'armée, qui s'étendaient de la porte JMaillot jusqu'à la place de la Concorde. Une émotion de bonheur contenu se laissait voir sur son visage, et il répon-
dnft de 1a mata &tix scdsinttioiiB manifliês qui VtstoiixAcùi fmqa'M ptlaîB des Tuileries. Il ftnidrait avoir vu ce splendide coup d'en!, ces p^ipoIataB jiqpeoies et cet cnivreBieBt universel, pour te Mre ime Mée de Tattrait nragnétique qai «itralne les irasses vers rbomim providentiel ; il fondrait avoir entendu ces vivats, ces cris, ces mille braité divers pour savoir Jusqu'où peut riier l'enthousiasnie d'un peuple; il y avait là quelque diose de safaiawiat, de grandiose comme le spectacle de fOcéau.
Le matin de ce Jour, Sdécestibre, èdix heures, le Préfet de la Seine avait lu, sur la i^aee de HBôtel-de-Vaie, la proclamation de VEmpin à la population de Paris. A deux heures, le Ministre de Tintérieur, sur la place de la Ccmcorde, la ' lisait à la garde nationale, et le Ministre de la guerreà l'armée, dans la cour des Tuileries. Enfin, la Journée se terminait comme elle avait eommenoi, |iar les plm éclatants témoignages de la satisftction puMfque. Le soir, presque toutes les maisons particulières sllluminaieflt
Tout était donc fini. La BépuhSque de 1848 était morte, et non p«, remarquons'le bien, de la main du Prince, eUe était morte sous les coups du vote niriversel qufelle avait mis au monte ; le fils avait tué la mère. C'était là seconde fois que k France, dqHiis im demi-sièeie, condamnait et exécutait k RépuMiqiie, et eette Ibis, «smme la première^ cTétait encore au profit d'un Napoléon.
La dynastie napoléonienne recomroençatL
On s'attendait de tontes parts à des réjouissances publiques pour célébrer rinauguration de rEmpfre* Mais l'Empereur a mieux aimé ouvfir son règne par des actes de démence et des btenMs m Aiveur de cesdasKs souflhnftes^ dont les douleurs et les misères éveillerait lou}eurs ses plus profondes sympathies. Le S AScend)re, il aUilt dsncvkiter l'BAtet-Dieuet l'hôpital du Val-de-Gràce, et remettait 10,000 tr. pour les malades à chaque directeur de ces deux étabUssements. Le même Jour,
?. remettait eneore une sonmie de 900,000 francs au Ministre de rintérieur, pour faoint^ le retrait par leurs familles des enfants couvés et abandonnés placés dans les divers hospices de France. Quelques jours après, il ordonnait la création, à ses frais, dans trois des quartiers les plus pauvres de Paris, de trois établissements de bains et lavoirs publics modèles.
En même temps, des décrets aocordaient remise de la prison et de l'amende i tous les condamnés pour contraventions et pour simples délits. Les soldats ot les matelots étaient relevés des punitions encourues par eux pour fautes contre la discipline; les déserteurs et insounûs des armées de ferre et de mer voyaient ^'étendre sur eux la même miséricorde. Pareille mesure itail prise en matière de presse périodique et«n matière d'imprimerie, La clémence de TEmpereur ne s'arrêtait pas là. Elle allait . chercher suj*4a terre d'«xil ou derrière les verroux des prisons les condamnés politiques, et leur offrait à tous leur grftce, à une seule condition, bien légitime assurément, c'était de sa iou^iettre à la volonté nationale, et de prendre l'engagement de ieq[^ter les lois à Tavenir. Cette offre généreuse a été acceptée par plusieurs. Parmi Cfivx qui n'ont pas cru devoir y répobdipe, beaiuc[oup n'eu ont j>afi moins ressenti Jes effets des bontés in^riales. A l'heure qu'il :est, seize cents condamnés politiques ont obtenu, depuis le 9. décembre 1852, remise entière ou commutation de leurs peines.. . > .
Cependant Ja transformation du Gouvernement appelait des eonséquenees nécessaires. D'abord^ il importait de don- /.nerau nouvel Empereur leismoyeiis d'entourer son autorité ■■ de rédat qu'elle doit avoir. C'est te qu'a compris le Sénat, qui lui a voté une liste civile de vingt'onq millions. Nos lecteurs jconnaissentmainteiumtasBes Louis-Napoléon pour êtrt sûrs que ks pauvres j^rofiteiKmt de ce vote plus que luimême; La C<»stihition du 14 j«)aviet danàndait de nombreuses
modiâcations. Il fallait, en effet, éïevierlèpeuvoitû laiiadteurdu nouveau titre. Ces changéroents, le Séhat lés afaits. Lesdeux plus importants sont : 1* celui relatif au- \*6te du budget \ par le Corps Législatif; 2* celui qui concerné lès ti^Hésd©* commerce. :
On avait reconnu, à la dernière session du Corps Législatif, l'inconvénient de faire voter le budget par chapihres. L'assem- ' blée élective ne saurait être juge des besoins administratifs;' ces besoins, le Gouvememenl seul peut les apprécier. Elle a le droit de vérifier tout, de rejeter ou de voter des ensembles' . de chiffres, mais non celui de pratiquer une inquisition tracassière sur les détails; autreinént ce setaû elle qiii gouverne- * rait en réalité, et non le pouvoir exécutif. Or,-sa mission, c'e^t* de faire les lois et non de gomemer. Le Séimt a donc décidé* que le budget serait désormais présenté par chapitre., mais voté par Ministère, * '
D'après la Constitution, leiPriu^ Présîdeiit concluait les traités de commerce, mais ils étaient soumis à la ratification^ de rassemblée. Or, les traités de commerce éont bien ilc leur nature des actes d'administration, et, d'un autre c6té, de quoi' servait au Corps Législatif la inculte de lefe blâifier ou dé le.s approuver? Jamais traité de ce genre, cé^du pm* le ôouveN nement finançais, n'a été repoussé pajr lefe Chambres. Le Sénat a encore décidé qu'à l'Empereur seul appartient le droit de faire, avec les gouvernements étrangeï^, des conventions commerciales, sans que ces conventions aient à subir la discussion du Corps Législatif. ' *
Pendant que le Sénat modifiait^ainsi ta Constitution, l'Empereur, de son côté, réformait quelques-unes des dispositions du décret du 22 mars, celles qui coiicernent Torganisalion du Corps Législatif. Aux termes de ce décret, les bureaux de l'assemblée n'étaient Urés au sort qu'une' fois par session, et ils étaient présidés, par le membre le plus ^é. Dorénavant ils seront tirés au sort tous lés mois et nommeront îeurs prési-'
dents. — Le président du Corps Législatif dirigeait seul la rédaction des procès-yerbaux des séances; désormais il partagera cette direction avec les présidents des bureaux. — Enfin, on se rappelle que, d'après le décret, tout amendement adopté par une Commission législative, pour pouvoir être proposé à rassemblée, devait être accepté par le conseil d'État. Or, les amendements ainsi renvoyés au Conseil y arrivaient sans défenseur, car la Commission n'avait pas le droit d'aller plaider leur cause. A l'avenir, la Commission pourra charger de leur défense trois de ses membres.
Ces modifications prouvent qu'une liberté sage n'est pas incompatible avec l'Empire, et que le Gouvernement actuel sait au besoin faire au principe de discussion les concessions qui ne sont pas contraires à l'ordre et à la paix publique.
En même temps qu'fi fortifiait de cette façon le droit d'àmendement, l'Empereur, s'inspirant encore une fois des traditions de son oncle, instituait une commission de pétitions, qu'il composait d'un conseiller d'État, de deux maîtres de requêtes et de six auditeurs. Cette création témoignait une fois de plus du désir qu'il a de ne laisser aucun intérêt légitime en souffrance. La Commission des pétitions, dont le personnel offrira les garanties nécessaires d'impartialité et de bienveillance, sera une sorte de tribunal d'enquête où toute réclamation pourra se faire entendre, où tout grief pourra être exposé, tout abus dénoncé. Ce sera aussi un canal qui conduira la vérité jusqu'au Chef de l'État, lequel fera prompte et bonne justice.
L'Empire, on le comprend sans peine, n'était pas fait pour calmer les fureurs de l'esprit de parti. Vaincue dans le scrutm des 21 et 22 novembre, la passion politique recommençait contre le Gouvernement transformé sa guerre déloyale de bruits menteurs et de fausses nouvelles. Elle n'accusait plus Louis-Napoléon de nourrir des projets d'invasion, mais elle soutenait que l'établissement du régime nouveau était une
violation des traités de 1815, et, il y a quinze jours à peine, elle montrait encore à la frontière quatre cent miUe hcMûincs, Cosaques, Prussiens, AutrichieuB, prêts à fondre sur neuu. Cela était absurde, et voilà tout. Une invasion pour nous punir d'avoir changé la forme de notre Gouvernement, ce ne serait pas seulement une atteinte au droit le plus sacré d'un peuple, ce aérait aussi,'^de la part des souverains d'Autriche, de Prusse et de Russie, un acte d'ingratitude et de folie. Comment donc auraient-ils oublié les dangers qui les menaçaient eux-mêmes il n'y a pas deux ans, les éléments de conflagration générale, les germes d'anarchie disséminés à cette époque sur tout le continent? Comment auraient-ils méconnu le service rendu le 2 décembre 1851, non-seulement à la France, mais à l'Europe entière? Mais les traités de 1815, disaient les ^ hommes de parti, sont entamés par le rétablissement de l'Em* pire! Il y a, en efiet, dans un de ces traités, une clause qui exclut du trône de France Napoléon I«' et tous les membres de sa famiUe ? Mais c'est l'esprit et non la lettre de ce document qu'il importe d'interroger.Ëst-ce donc auxjpersonnes que les souverains coalisés en voulaient? Qui ne sait que la question personnelle sauvegardait ici un intérêt de dynastie et de territoire? Or, le nouvel Empereur a formellement déclaré qu'il n'entendait remanier en rien la carte du continent, qu'il voulait respecter les limites des différents États européens. Quel serait alors le motif d'une guerre étrangère ? l'origine du Gouvernement actuel. Mais si cette origine était un crime aux yeux des souverains de Prusse, de Russie et d'Aulriche, comment n'auraient-ils pas vu du môme œil celle du Gouvernement de Juillet? Ils consentiraient ai^ourd'hui à se fau*e les Don Quichotte du principe légitimiste, et ils ne l'auraient pas voulu en 1830 1 C'était une inconséquence impossible.
Aussi les Gouvernements de Berlin, de Saint-Pétersbourg et de Vienne n'ont-ils jamais eu la pensée qu'on leur altribuait. Ib ont pu regretter il est vrai, de voir Louis-Napoléon,
prendre le nom de Napoléon III, mais ce regret n'a pas tardé à dispar^tre devant la réflexion. On ne supprime pas les faits. La France n'a-t-elle pas eu, avant le chef du Gouvernement actuel, deux souverains du nom de Napoléon? D'abord Napoléon I*"", et, après l'abdication de celui-ci, après la bataille de Waterloo, son fils que proclamèrent les deux Chambres sous le nom de Napoléon II ? Mais, objectera-t-on, le roi de Rome n'a pas régné en fait. Qu'importe ? il a régné en droit, jusqu'au retour de Gand, cela suffit. Louis XVII n'a pas régné non plus, et cependant le comte de Lille, en ceignant la couronne, s'appela Louis XVUI.
Il est donc évident que Louis-Napoléon, en prenant place après son malheureux cousin, obéit à l'histoire et subit rempire des faits. C'est ce que tout le monde a compris; et, à l'heure qu'il est, l'Europe entière, dans l'espace d'un mois, a reconnu la légitimité de son titre nouveau, l'Europe sans exception, depuis l'Empereur de Russie jusqu'au vicaire du Christ, depuis l'Angleterre, qui refusa de reconnaître Napoléon I*»", jusqu'au Bourbon de Naples, parent du comte de Chainbord.
Pendant que les partis cherchaient, par des mensonges sans cesse renouvelés, à répandre l'inquiétude et à afiaiJbiir le pouvoir, la confiance générale dans l'avenir s'affermissait, et la prospérité publique faisait tous les jours des progrès. Dans un des précédents chapitres nous avons fait connaître la différence existante entre les revenus des impôts indirects pendant les six premiers mois de l'année écoulée, et ces mêmes revenus pendant les mois correspondants de l'année 1851. Nous avons vu que cette différence était de 25,837,000 francs au profit des six premiers mois de 1852.
Voici maintenant l'augmentation survenue dans les six derniers mois.
JuiUet 2,946,000 fr.
Report... 2,948,900 fr.
Août MW,000
Septembre 3,725,000
Octobre 4,422,000
Novembre 9,616,000
Décembre 10,110,000
■ fc
34,994,000 Difiérence dans les six premiers mois. 25,837,000
Ce qui fait une augmentation totale de soixante millions huit cent trente et un mille francs pour Tannée 1852.
Comparons maintenant les cours des différents effets publics et des valeurs industrielles. Le 3 p. 100, qui ne valait au 2 décembre 1851 que 56 francs, est coté aujourd'hui ^ francs; le 4 1/2 est coté 105 francs, tandis que le 5 p. 100 qu'il remplace ne se négociait alors qu'à 92 francs. — Les titres de chemins de fer ont doublé ; pour ne citer qu'un exemple, les actions de la ligne du Nord ont monté de 450 francs à près de 900 francs.
On sait le misérable état où était l'industrie à cette époque : aujourd'hui, au contraire, les usines suiHsent à peine aux besoins du consommateur et aux demandes du commerce. Môme changement dans le sort de la propriété foncière : la terre, il y a quinze mois, était tombée à des prix désastreux, et on n'en voulait pas ; aujourd'hui elle est recherchée et a retrouvé son ancienne valeur.
Pourquoi cette prodigieuse métamorphose ? C'est que le pays est tranquille, qu'il a un lendemain, et qu'il travaille.
Voilà ce qu'a fait de la France Louis-Napoléon. Elle était inquiète, et il l'a rassurée. Elle était pauvre, et il l'a enrichie.
II a relevé le principe d'autorité, remis en honneur la religion, et renfermé la liberté dans de sages limites. Il a fondé
desînstîlutlongde crédit, réformé les impôts, et réduit là dette publique, n a, opéré la décentralisation administrative au grand avantage de la province, et animé tout de l'esprit de progrès. 11 a en rejetant les droits de tous, en ne froissant aucun intérêt légitime, réalisé de grandes améliorations pour les clacses nécessiteuses. Il a enfin adopté à Tégard des personnes une politique conciliante et magnanime. Les hommes des anciens partis n'ont qu'à aller vers lui, et il accepte leur concours. Aussi espérons-nous qu'il a fermé définitivement l'ère des révolutions, et que l'Empire de 1852 est né viable. Si le Gouvernement d'un pareil homme ne durait pas, ce serait à désespérer du bon sens de notre pays.