DE L'UTÉRUS, DU VAGIN ET DU
On doit entendre par rupture et déchirure toute solution de continuité résultant de la distension forcée d’un corps doué de souplesse, par opposition aux dénominations de cassure ou fracture, qui s’appliquent plus spécialement à la division indirecte des corps peu ou point extensibles. Ainsi, dans l’économie animale, les tissus dits 2ous se rompent et se déchirent, les os se cassent ou se brisent.
Lorsque la solution de continuité par distension a lieu dans le plein d’un tissu, il y a rupture proprement dite. On rattache plus spécialement le nom de déchirure à la solution qui commence par les bords libres des tissus membraneux ou des parties
présentant cette forme aplatie. Ainsi l'utérus se rompt dans son corps; son col peut être déchiré F “yérticalement. Le périnée se rompt à son centre; la forirchette se déchire.
Ya au reste entre les ruptures proprement dites étlés déchirures que cette seule différence de lieu, puisqu'elles reconnaissent la même cause prochaine, l'extension forcée, et que, d’un autre côté, elles se passent sous l'influence des mêmes causes prédisposantes, et sont produites par les mêmes Causes déterminantes. Aussi trouve-t-on fréquemment ces deux dénominations indistinctement employées pour désigner toutes les solutions de continuité qui attaquent les organes de la parturition et les voies de la gestation.
La distension peut être produite par des forces agissant en sens opposé, et plus ou moins éloignées l'une de l’autre, de manière que le tissu sur lequel elles sont appliquées se rompe dans un point intermédiaire à ces deux forces; là il y a rupture indirecte, médiate ou Par traction; ou bien la cause ruplurante et déchirante agit en refoulant, ‘en pressant le tissu, et le rompt au point de contact de la violence distendante: ici il y à rupture immédiate, directe ou par pression. Si le corps vulnérant produit les lésions de continuité en pénétrant graduellement dans le tissu, comme un corps à tranchant mousse où à pointe obtuse, il y a déchirement.
La matrice et le vagin sont susceptibles d'éprou- : ver ces différens genres de ruptures et de déchirures. Organes creux à parois membraniformes, ils se trouvent soumis à des distensions excentriques, à des pressions directes, ou exposés à l’action dé- chirante de corps vulnérans.
C'est ici le lieu de remarquer que c’est par suite d’une interprétation vicieuse des faits et par une application forcée que M"° Lachapelle et M. Dugès ont étendu le nom de rupture à certaines solutions de continuité secondaires des organes de la gestation et de la parturition. La rupture constitue un acte instantané, s'opérant brusquement ;'il est donc essentiellement aigu. Or, les auteurs précités admettent d’abord des ruptures chroniques : et ils donnent ce nom, soit à la destruction des tissus utérins et vaginaux par des ulcérations, soit aux solutions de continuité résultant de leur amincissement, de leur atrophie par compression lente, et qui seraient le dernier terme du feutrement, de l'usure de ces tissus.
Mais les ulcérations qui traversent les parois utérines d’outre en outre, constituent non pas des ruptures, mais des perforations; elles mettent seulement les parties qui en sont le siége dans des conditions qui favorisent l’action des causes déterminantes des ruptures proprement dites. Elles ne forment donc que des causes prédisposantes. Il en est demèême, à plus forte raison, de l’amincissement
ou de l’usure d’un point des parois utérines. Aussi verrons-nous que ces circonstances prédisposantes peuvent exister sans qu'il y ait rupture, et que quand celle-ci arrive, alors elle est toujours déterminée par l’une des causes déterminantes ordinaires , et la rupture s'opère de la même manière que quand les tissus sont intacts.
Ces remarques s'appliquent également aux ruptures ou déchirures s’opérant sur des parties ramollies par linflammation ou la gangrène, et auxquelles les mêmes auteurs donnent le nom de TUptures subaiguës. Ces états pathologiques ne sont que des causes prédisposantes.
Enfin, les solutions de continuité qui succèdent à la suppuration de points meurtris et enflammés, ou à la chute d’escarres après l'accouchement, ne sauraient être considérées come des ruptures.
On a aussi rangé parmi les ruptures la section du col de l'utérus ou de l'extrémité supérieure du vagin par la compression de ces parties entre la tête de l'enfant, par exemple, et le rebord du détroit: supérieur qui serait tranchant.
Quoi qu'il en soit, les ruptures proprement dites peuvent ne s'étendre que graduellement, ou s’accomplir instantanément , selon l'intensité, la persévérance, la succession d’action des causes déterminantes qui la provoquent, et nonobstant les conditions locales favorables à leur production; il serait donc plus rationnel de fonder sur cette marche la
distinction des ruptures en énstantanées et en progressives. On distingue aussi les ruptures en spontanées où produites par des causes internes, comme l'accumulation, le développement considérable du contenu utérin, l’action active de ces corps sur les parois de lorgane; et en accidentelles ou traumatiques, quand elles résultent de violences extérieures ou de l'application immédiate de corps vulnérans.