CHAPITRE X
Barharfê,
Thomas Windhara* —Voyage du navire U Jésus.
— Captivité de Mouette. •— Voyage, de Win£- Trtis,— dfe Shaw,' — de t-ctfriprière.~ Récentes relations par Jackson , Klaring , Ali-Bey ,' MacgiU t Blarquière -é* Tulty.
Sors le < nom de Barbarie , les modernes compteimept cette vaste' partie des cAtés africaines') (qui s'étend 'de la frontière orcidenUrter de l'Ëgypffe àU'extrémité du royaume* ; de Matftc/ Les' Sarrasins en firent ^ conquête dès les'premiers temps de? leur pouvbit % et y 'établifénf la religion raahomé ta ne qui-, depuis' fort , y domine avec. toutes ses s'operstiHdn&. Pendant les seiziètoe et dix-séptièfnjé siècles /les Sarrasins *e rendirent parleurs forces navales et leurs pirateries extrêmement redoutables aux puissances européennes, et ce fut principalement des malheureux tombés dans leurs fers * qu'on obtint des notions
sur les mœurs et le gouvernement de ces états. Parmi les relations très -nombreuses, de ce genre, nous avons choisi les plus intéressantes et les plus authentiques.
Le premier voyage, dans cette contrée, entrepris par des Anglais, date de i55i.
Le maître de l'équipage se nommait Tho-
mas Wïndham\ mais Hackluyt cite une lettre d un certain Jatnes Alday , qui affirme que le premier entrepreneur de cette branche de commerce, ayant été saisi d'une fièvre violente , fut obligé de remettre le cammandec&ent de son navire à un autre. On ne sait riso de positif sur ce voyage, mais on a la relation du second.
Windham mît à la voile te a mai. 1 55a , relâcha quinze jours après à Saftà , y prit des provisions fraîches > et *e diijjgen vers Çeuta. Il trouva davs lie pêjrt un vaisseau Français qui , ne cachant s'il y avait paix ou guerre, montra d'abord des dispositions hostile^ qu'une explication fit bientAt ces* ser. Jyes Anglais > reçus à leur débarquerait; p^r le vicç~n>i , passèrent trois mois à vqqcfce Jei»r cargaison: cette cargaison consistant en to)ie£ 9 étoffes de laine , corail , ambre, jais et autres objets agréables
(3 7 9) aux Maures , fut échangée contre du sucre, des dattes, des amandes. En touchant à Lancerotta , les Anglais furent attaqués par les Espagnols, mais n'éprouvèrent pas une perte considérable.
En i583 , un voyage à Tripoli fut entrepris par le vaisseau le Jésus , capitaine Hellier. Un Français, nommé Romain Sonnings y dirigeait les opérations commerciales. Heureusement arrivés, ils débarquèrent \ewth marchandises , et prirent en retour un chargement d'huile , pour lequel le roi ( ainsi se pommait le pacha de Tri* poli) exigea des droits, quoiqu'il en eût solennellement pijonri*, l'exemption totale ; mais ce n'était qpe le commencement de leurs peints* l}n Italien t nommé Patrone ÎSorado , resté en otage entre, les mains d'un Tur< pour . une somme d'argent 9 s'arrangea avec le facteur > français 9 poun que celui-ci favorisât sa fuite , en le prenant 4. bord au moment de. son départ % .
ce qui lut effectué. Le Tare sfétani aperçu bientôt de l'évasion dessert prisonnier , porta plaiate au roi > qui envoya nn pçtit bâtiment porter à Sannings l'ordre de revenir à terre r sans expliquer le motif du
message. Sur le refus de Sonnings > les Turcs firent aussitôt feu sur le vaisseau ; mais comme ils tiraient sans succès , le
roi se rendit au bagne , ou prison des es* claves , et promit la liberté et cent écus à relui qui atteindrait le vaisseau anglais. Un Espagnol se présenta, et , en trois coups , le maltraita tellement qu'il fut obligé de rentrer dans le * port. L'Espagnol ,> cependant s n'eut ni l'argent ni la liberté , fut reconduit dans sa prison , « et vit alors » comment le Turc , l'infidèle tenait ses » promesses quoiqu'il fût roi »
Les Anglais comparurent aussitôt devant le roi , qui , après un léger texatfnen , condamna le capitaine et le facteur» à être pendus l'un à l'est, l'autre à l'ouest du port/ Les Anglais, à force dtastances, obtinrent la vie de leur capitaine : le roi ordonna de le conduire' au bagne avec le reste de l'équipage ; mais quelques-uns de ses officiera lui ayant représenté qu'aux termes de la* loi,, te navire ne pouvait être confisqué ni leartnatetots réduits k l'esclavage, il lit rappeler le malheureux capitaine, et prononça ' son arrtt de mort.
«Cette sentence ^ (JH 1 l'auteur de la râla-
» tion, apprend à tout vrai Chrétien quelle » confiance on doit avoir dans la bonne foi » des infidèles, puisqu'un roi , après avoir » accordé la vie à un homme, le con- » damne à la mort une heure après ».
Cependant t le capitaine résolut de sauver sa vie en se faisant mahométan : on reçut , avec les cérémonies d'usage, son abjuration ; mais cet acte de faiblesse ne le sauva pas , car au lieu de lui rendre la liberté t le roi )e félicita seulement de mourir dans n la vraie croyance , et d'aller directement \ au paradis ; puis il le fit pendre.
Ses malheureux compagnons furent livrés alors à toutes les horreurs de l'esclavage. On les embarqua d'abord sur une galère,, destinée à l'attaque d'un navire grec qu'on savait à deux cent quarante
lieues en mer : là , nuds jusqu'à la cein-
ture , enchaînés trois par trois sur leurs bancs, ils étaient exposés aux mauvais traitemens du maîtrett du contre-maître qui , placés l'un à l'avant , l'autre à l'arrière, faisaient pleuvoir sur eux, sans motifs , une grêle de coups de fouet. Au retour , les captifs furent employés au travail des carrières : trois fois par semaine
on les menait, à la distance àe trente milles, chercher du bois de chauffage pour la viMe.
Ils partaient à sept heures du soir, et revenaient le lendemain matin à la même heure. Le narrateur exprime sa surprise « de n'avoir rien vu qui ressemblât à un » bois ; quelques tiges éparses çà et là , » grosses comme le bras d'un homme , n croissaient dans le sable ». Les esclaves les déracinaient , et à Force de travaft, « en » recueillant on peu dans un endroit, un » peu dans un autre » , parvenaient à former la charge de leurs chameaux.
Ces captifs réussirent enfin à faire connaître leur triste situation à leurs amis d'Angleterre ; et le 5 septembre i584 , là reine Elisabeth réclama auprès du Grand- Seigneur, qui fit transmettre au pacha TordredeTeméttre les hommes en liberté, et de restitue? les marchandises. Le pacha, alors sujet de la Porte , n'osa désobéir.-
Le Ui juillet 1670 , un vaisseau destiné pour les îles Caraïbes , partit de Dieppe , ayant à bord plusieurs passagers , au nombre desquels un sieur Mouette. Après* un séjotir en Angleterre , il remit à lai voile au commencement d'octobre, et le 16 se
trouva en tm de deux h&timens portant j
pavillon turc. Ces b&timens , arrivés à la portée delà voix, annoncèrent qu'étant Algériens et en paix avec k* France , les sujets français «Taraient rien à craindre > et demandèrent à envoyer seulement deux ou trois hommes à bord, pour examiner si le vaisseau ne renfermait pas, quelque passager d'autres nations. A peine ce consentement iut-il accordé 9 que les Maures s'élancèrent sur le navire français , s'en emparèrent en un instant , et le conduisirent à Salé , le chef-Ken des pirates de Maroc. Bientôt les gens de l'équipage fa* rent conduits au marché public , et mis ea vente. Les acheteurs e**mma*ent surtout leprs mains 9 afin de connaître la qualité de l'esclave. Un obeYàKer de Malte et sa mère furent Tendus quinze cents écus.
Après avoir long-temps marchandé, un certain Maraadhi en donna trois cent soixante de Mouette : il le conduisit en- Huite chez lui, et le présenta à sa femme qui le traita avec 'bonté f et lui offrit du pais y du beurre , des dattes et du midi.
De son cèté , Maraxchi le consola , l'engagea à prendre cQurage ,*le questionna sur
sa famille et ses moyens de rançon; Mouette» dans l'espoir d'obtenir sa liberté à meilleur marché > déclara qu'il était sans fyrtune, et dans l'impossibilité absolue de payer la moindre rançon. Alors Maraxchi lui conseilla d'écrire à sa famille , afin qu'elle obtînt la somme nécessaire par voie d'aumône ; « car , si tu ne réuksis pas , » ajouta-t-il , je te fais enchaîner comme » un chien et jeter dans un cachot ». Cette menace effraya Mouette ; il écrivit sur-lechamp à son frère , qu'il disait jétre un savetier y et le supplia d'araasàer , en demandant l'aumône , quatre à cinq cents écus pour .payer «a rançon.
Mouette n'avait pas à se plaindre de sa condition, lia mouture du grain , au moyen du moulin à bras en usage dans le pays , était son plus rude travail , et comme cette occupation Lui déplaisait , il- obtint, même d'en être dispensé , et n'eut plus rien affaire que de veiller spr l'enfant de la maison.
Enfin, il captiva si bien la bienveillance de sa maîtresse qu'elle lui offrit en mariage sa nièce , riche et belle , s'il «voulait abjurer , et embrasser; la religion musulmane.
Mouette refusa çqtte proposition , en ré-
pondant avec galanterie qu'il n'aurait pas montré tant de fermeté si elle-même eût été le prix de sa conversion. Malheureusement pour Mouette, il n'appartenait pas à son maître seul; parmi. les associés de Ma*râxcbj, un certain Ben-Haraet commença à s'informer, plus exactement des .moyens pris pour tirer parti de la propriété cori»mnne , et sachant à quoi se bornait le travail jde. Mouette , déclara, qn^il saurait bien le contraindre à se rendre plus utile s'il était remis entre ses mains. Maraxchi accepta la proposition, et Mouette éprouva bientôt les fltefeeux effets de ce changement ; on loi <doiuutit du pain noir pour toute nourriture , et., Ja nuit , on, le ren-
fermait dans le Mazmorraon ca£hot, lieu si affreux que les plus tristes prisons "de l'Europe eussent paru, des palais en comparaison. Ces cachots , , çrepsés* <$ous terre daps une forme circulaire , avaient quatre à cinq tofces.de diapwtre, et recevaient l'air par une seule petite ouverture pratiquée aix sommet et fermée par ube trappe de fer. On faisait descendre les esclaves dans ce trou par une échelle de corde , puis pn les rangeait en cercle , la tête au mur , les x. a5
/pieds au centre ; lorsque le cachot s'échauffait et que Thumidi lé commençait à s'exhaler, l'atmosphère devenait intolérable. On les occupait principalement à des travaus:
de maçonnerie , sans leur laisser un montent de repos , même pour manger , puisqu'on les forçait à travailler, d'une main pendant qu'ils tenaient Iqur pain n<>ir de l'autre ; le moindre instant de relâche était puni d'une grêle de coups de bâton. Se plaignaient * ils de quelques «douleurs , on -leur administrait un remède* aussi efficace ^qu'il était coûteux >. ou faisait rougir que barre de fer qu'on appliquait sfc* là partie malade ; on devine aisément que la pluspart des esclaves aimaieftt mieu* souffrir <saris se plaindre. - i /..-..
' Une pareille sftiiatidti fotfça Mottette à ehatige* qwélqùe éhése 6 ses premières déelarëtfcms, aîiliiq^Hame* Ta> ait prévu.
ïl #flHt suécésélvémèri* pour sa rançon T
«quatre oents , cinq ce*»*,' & 'sî* eenfâ dollars qui forent acceptés, Mouette étrivit donc : mais les «gGjmmttnicatkms avec l'Europe étaient ai difficiles Jqu*il «'obtint pas de réponse. A cette époque l'eampereur Muley Seraem manda son maîtrràFèz ;
celui-ci , soupçonnant que cet ordre ne lui présageait rien de bon, devint plus farouche encore et déchargea sa colère sur ses esclaves , doitf plusieurs , Mouette en tr 'autres , faillirent à périr sous ses coups. Il l&$ emmena avec lui à Fea , et , quoique suspect de trahison , il pbtint son pardon de l'empereur, ce qui ne l'empêcha pas , peu de temps après , de s'engager dans la révolte de Muley - Hftmet qui fut vaincu.
Après la défaite des rebelle? , tous leurs esclaves fureot confisqués au profit de l'empereur. Mouette suivit ses compagnons d'infortune à Meqaiuex où sa condition dçvint pire que jamais. Le gardien dp la pria&p* « aoir 9 d'une stature prodigieuse, » d ! UH aspect effroyable , çt êpnt I4 voix » redoutable ressemblait aux aboiemens de m Cerbère » , tenait un bâton proportionné à sa taille gigantesque , çt dont il salua chac«ip d'eux lorsqu'il entra dans la prison. A L» moindre négligence, au moindre signe de fbtigue, il las accablait de coups , et , s'il s^afesentait, ij laifsait au près des malheureux enclaves r de&g?pdie&s qui , jaloux de prouver leur sèle , se tpoaftrpient plus féroces ^oe hèk et justifiaient à sou retour leurs
cruautés par dés rapports toujours bien accueillis. A la voix du terrible Noircies appelant au travail dès l'aube du jour, les esclaves , exténués de fatigue , retrouvaient de la force et se disputaient à qui paraîtrait , le premier, sachant hien que le dernier venu sentirait le poids de son bâton. Un jour , voyant passer le roi , ils se précipi-> tèrent à ses. pieds en. lui montrant leurs blessures toutes sanglantes ; le monarque laissa voir quelques signes de compassion t mais ne donna aucun ordre. , Furieux de cette démarche , leur tyran redoubla ses mauvais traitemens, .« et ne fit trêve à sa » rage qu'après en avoir fait périr une ving- » tainesous ses coups». Les infortunés., au désespoir, projetèrent de letuerau moment de sa ronde nocturne , mais lorsqu'il parut, personne n'bsa frapper le premier. Il soupçonna probablement leur dessein , car depuis, il ne! revint jamais seul. Ils tentèrent ensuite de* l'empoisonner dans Feau-de-vie qu ! ils étaient obligés de fabriquer : cette tentative manqua , et lé Noir, prévenu de leurs desseins, les eût sans doute cruellementpunis, si la peste n'était venue mettre un terme à leurs maux. Ce
(.38g ) terrible fléau exerça d'abord ses ravages à Méqukiez, moisonna une grande partie des habitans, et débarrassa les esclaves de leur farouche gardien. Au milieu de la terreur et de la désorganisation générale ils jouirent d'une plusgrande liberté , et en tirèrent parti pour fabriquer de l'eaude-vie qu'ils vendaient aux Maures. Ils établirent même des jeux de cartes et de dez, dont ils consacrèrent les profits au soulagement de leurs malades. Enfin des missionnaires , Pères de la Merci , arrivèrent de France en 1681 , et payèrent leur rançon.
Mouette, pendant son séjour en Barbarie , entendit parler de Soudan et de Tombouiou&ùYon portait du sel en échange de poudre d'or qu'on appellait tibir. Plu-, sieurs Maures de Dras et de Tafilet lui donnèrent, sur ce genre de commerce., des détails entièrement conformes à ceux que nous avons déjà rapportés. Les parties contractantes apportaient leurs denrées ea un lieu désigné, les unes en l'absence des autres , et se retiraient sans s'être vues. Les Maures trouvaient , en arrivant, u ri seul Arabe chargé par l'Alcaïr de régler toutes les conditions du marché. Une pu-
ftition sévère était infligée à quiconque Se fendait coupable de la moindre infidélité.
En 1731 , lecôfrimodorèStewârt, chargé du commandement d'Urie eicàdfe sur les côtes de Maroc , reçut ordre de 6é rendre près de l'empereur pput demander la délivrance des captifs et conclure tin traité durable. M. TVindhus qiïi âctotripaghait le commodore , à composé ufte excellente relation de cette ambassade.
Le co»mmodore et sa suite débarquèrent àTétuan le 6 mai. Quoique le pacha, qui né les attendait pas sitôt , né fût pas arrivé, ils trouvèrent un grand nombre de tentes tommodes , dressées pour leur usage i et Ton fournit libéralement à leurs besoins. Outre Une gfatidé qùatitité de kodskous , on leur servait des moutons entiers rôtis , sans en ôter ïa brO£he « gi'ôsse comme la jambe d'un homme a. Le pacha leur fit , à Son tour , le plus gracieux accueil et leur donna lé spectacle des manœuvres de sa cavalerie. Peu d'ensemble dans les mouveriiens, mais une habileté individuelle au-dessus de total éloge-, voilà ce que remarquèrent les Anglais. L'ambassadeur s'empressa d'inviter h dîner Je pa-
t 5 9 ! ) • ' cha qdi , dans cette occasion 9 transgré&ta largement la toi dé M&hOfnèt , et s'énifra au point de coarir 4 eitrieterre à H ttttàtl , sur /ses sujets, malgré l'eitrême dottcetir de son caractère.
Au mépris de'Tinjonctidù faîte aux corsaires Maures de ne plus commettre d'hostilités envers les Anglais, dent .pirates de Salé , depuis long-temps en mer sans rencontrer autre chose que des iraVires âtt* glais , et fâchés du mauvais succès de Icer croisière » se hasardèrent à en attaquer deux et s'en emparèrent. L'ambâssadén?
se plaignit et menaça de se retirer s'il n'nb" tenait pas réparation de tet ôtlti'age. Le pacha le satisfit en faisant restituer Iéi vaisséant et punir les corsaires*
Les maisohs de Tétuan , ékvéèfe ordinairement de deux étages * et tètnrrinées par une plate-forme , sont bieri ewtetrtiH tes , mais sans fenêtres atteignes du côté de la rue, si te n'est quelques petites m± vertures pour tbir ao-dehôrs. Les fenêtres outrent sur une coôt Carrée intérieure ;
les rues sont très - ^traités. Les femtfies
Maures habitent les àppartetnenS Supérieurs , se promènent dans l'intérieur et
( *?* ) se font réciproquement des visites. Le pacha joait d'un pouvoir absolu dans son gouvernement ,. et peut , s'emparer , à son gré , des maisons , fies terres., des chevaux, enfin de tout ce qui lui plaît ; aussi chacun cache-t-il avec le plus grand soin ses richesses.
Les femmes sont condamnées à la plus sévère réclusion, comme dans tous les états mahométans. La plupart des Maures , lorsque leurs femmes sont dangereusement malades, aiment, mieux les laisser mourir qu'appeller un médecin chrétien :
mais ces femmes, lorsque, du haut de leurs maisons , elles apperçoivent des Européens dans la campagne , cherchent tous les moyens de s'en faire remarquer. Elles sont, en général,d'une corpulence énorme:
mais elles ont de très - beaux yeux et urçe pe^u admirable; elle? se peignent les joues av.ee de la, cochenille qui , d'abord jaune , se colore ensuite d'un rouge éclatant j elles teignent leurs sourcils et leurs paupières eu noir, et distribuent des, taches et des lignes de la même, couleur sur diverses parties de leur visage et de leur sein.
En majigeant , les Maures ne se çervent
( 3 9 3 ) ni de chaises ni de tables ; ils s'asseoient à
terre , les jambes croisées , autour d'un morceau de cuir gras sur lequel on sert les alimens dans des plats de terre ou d'étaim profonds et évasés par le haut ; leur mets favori est le kouskous. Lorsqu'ils veulent tuer un animal quelconque, ils se tournent vers la Mecque, font une courte prière, et regorgent' ensuite. Animés d'une haine inexprimable contre les Chrétiens , dans leur colère ils appellent l'homme qu'ils veulent insulter, cocu, puis Juif, puis enfin Chrétien ; ils regardent ce nom comme la plus flétrissante de toutes les injures. Il faut connaître l'horreur et le mépris que leur inspirent les Juifs , pour sentir toute la force qu'ils attachent à cette expression. Tous les jeux de hasard sont prohibés : la table , le lit , les femmes , les chevaux , les prières, voilà ce qui occupe tout leur temps.
L'auteur se trouve d'accord avea tous les autres voyageurs sur la profonde vénération que témoignent , pour leurs Saints, les habitans de Maroc. On expliquerait difficilement les causes d'un pareil titre et des prérogatives qui en résultent. Tantôt
uti talent particulier , tantôt un fritae remarquable , quelquefois même une imbécillité complette, élèvent un individu au rang des Saints ; plusieurs chetaux des empereurs de Maroc ont obtenu ce titre ; un, entr'autres, jouissait d'une si grande considération auprès du souverain , qu'un coupable convaincu du plus énorme crime, même de l'assassinat d'un prince du sang royal., n'avait plus, rien à craindre pour sa vie , s'il parvenait à toucher Tanuxlal sacré. On regardait comme la plus insigne faveur d'être invité à boire dans le même vase dont l'empereur et ce cheval s'étaient servis successivement. Des superstitions de tout genre régnent dans le pays ; la plus généralement répandue c'est, celle des « mauvais yeux. >» On dit qu'un empereur de Maroc obligea son fils favori à tenir les yeux constamment fermés , pour le soustraire à la maligne influence. Dans les longues sécheresses , ils importunent le ciel de clameurs pour en obtenir de la pluie ; les gnfans courent , par les rues « Souvent pendant huit jours , eri çriatit de toutes leurs forces ; s'ils fie réussissent pas , les Saints et les lettrés se joignent à
eux; enfin l'empereur lui-même trait sa voix aui cris de ton peuple , et quand lfe ciel reste inexorable , ils fchassent lefc Juifs de la ville, en leur enjoignant de n'y rentrer qu'avec la pluie 2 ils préteiidëut que lés prières des Juifs sont si importunes que Dieu , pour s'en délivrer , se hâte de les exaucer.
Le i3 juin , l'ambassadeur partit pour Méquinez , résidence de Tempeteur. Il vit, en route, tin grand nortibre de ces villages mobiles d'Arabes nomades , construite eu cercle , et dont le centre est oc* cupé par la maison du cheik. On dit qu'il existe trois cent taille de ces Arabes dans les plaines de Fez , cent mille dans i'étht de Matoc , et un bien plus grand nombre dans le paj6 de Suz. Lorsqu'ils veulent changer de station , ils chargent .leurs bteafs et leurs chameaux de tout ce qu'ils possèdent , placent leurs femtnes et leurs enfans dans de grands paniers fixés sur le dofe de ces animaux » et voyagent jusqu'à ce qu'ils trouvent un taifcpement convenable. *
L'ambassadeur , entré le 5 juillet dans Méquinez , reçut f le 6 , l'invitation de se
présenter devant l'empereur , et se rendit, avec sa suite, au palais. Après avoir passé la porte extérieure, et traversé quatre cours spacieuses , il se trouva sons un portique où il s'assit. Au bout d'une dem'heure , l'empereur parut à cheval ; un officier lui couvrait la tête a*ec un parasol , et ses guides se tenaient derrière lui rangés en croissant. Arrivé à quatre-vingts pas de l'ambassadeur, l'empereur descendit de cheval, se prosterna contre terre pour prier, et demeura quelques minutes dans cette posture , le visage si près de terre qu'en se relevant il conserva , sur le nez , des traces de poussière. L'ambatsadeur fît alors un profond salut , auquel le monarque répondit par une légère inclination de tête , en répétant plusieurs fois :Bono. Au monjent où l'ambassadeur lui .présenta, dans un mouchoir de soie, la. lettre du roi d'Angleterre , l'empereur déclara qu'il aimait les Anglais , et qu'il était prêt à faire ce qu'ils désiraient II se montra satisfait des conditions du traité projeté, et voulut le signer de sa main , quoique l'ambassadeur assurât que sa parole était suffisante.
L'empereur Muleylamael , âgé dequa-
(397) tre-vingt sept ans , éprouvait les infirmité*, de/ la. vieillesse. Privé de toutes ses dents il mangeait avec une extrême difficulté , çt il paraissait opressé d'une toux pénible.
§& barbe était rare,, et» blapche comme la neige ;• ses yçu£ enfoncés n'avaient rien perdu dç leur vivacité , et lui-même montrait encore une activité, extraordinaire, il, avait fégné cinquante-trois ans, a^ant, en i6jff* t §uç&édé à son frère Muley Arschid ,. fefn\'}\ ^^tait ( p?s f cependant, l'héritier légitima fji^ai^yig^yerneur de Mequinez, et di&jK)fftp^ de> forççs considérables y il
^yW-;ïft$FWVtétAï W» caractère, xnanifeptég p^r ceUç action barbare , produisit d'abord 4^ salpt^es e/fcte ; tes lois furent e£&ulév§ , le^ rcmfcçs purgées des bandits qui lps iufesjai^nt,. et le .royaume joui};,, sous >a lopgije dpfftinatipp, d'pu.e tranquillUé ftarf^te< Ma|t^ureuô?aije^t aa.^autç np $jç bornavp^iplj^^h^ment^SvÇ^u^ P*W&n#k$ :W$&m XfrabMfi de, fyw
nieftre^mflrt f $i^Jerchanpip ., quiççncpe dftY^ft4Ît;VoJ)j^t : de soji capricieu* çes^en- ; tinrent, Il^mploy^it,, ipptfneinst rumens
de ses vengeance** huit ue»t$. JSègres , ggqt
(508) dévoués à toutes ses valante* , pt qu'il instruisail fui-môme à l'exercice de leurs fonctions. Il les éprouvant d'abord par les plus cruels traitemeris ; quelquefois il en faisait tomber h ses pieds quarante ou cinquante baignés dans leur sang , et celui qui laissait voir une marque de douleur, était jugé indigne de resteç attaché à la personne de sa tnajesté. Ces Nègres, au moindre signal, s'élançaient comme dès tigres sur la vietime désignée , • et y non contenus de lui donner la mort ; lui 4aisàfeat< épfëdvér tes plus affreux tôurmens, et donnaient le spectacle de «démons acharnée Au supplice dès daimTés". *> tita -serf- méins cruel attendait les malheureux destinai à mi&urir de la main mé&e de l'empereur-; il leur tranchait la tête , ou tes tuait d'un seul coup de lance, arme* dont H se*se#vait-arvep une adresse extraordinaire , « laissant , à » la vérité , tarémfeipif S» mein sà*ïs ,: e*er- » tfee ». Borsqu^l paraissait; en ^t&Ue le matin , chacun examinait, avec inquiétude , sa physionomie y *sê$ gestes, et? jusque la couleur êè ses -tétemèfcs': «.le ; JaÙHè -an- D nonçait toujours r quelque " irièurtpe ».
Lorsqu'il tuait 'qûehpfAia par méprise ou
(399) dans un soudain transport de colère, il faisait l'apologie du défunt , et s' excusait en disant que telle était la volonté de Dieu/ et que son heure était venue. Cependant, au rapport de ceux qui le voyaient de près, de tçrribie§ et fréquens remords dévo~ raient IQBfWW; souvent,, au milieu dç pon sofnweH , il a fweiUak «n appelant ses victimes ; qvelqwtUHà nrëme , tout éveillé -, il fm?<teit des personnes: qij'it avait tuée» la veille f , «£• ^n apprenant leur mort; fto9i%A<fe)t WG émotion : Qui lès a tuées f $çg oafrtï€le&? * eropceadairiit de lui répondra,: Npu $> rjgtftfrot^ , c'astvllieu, aanp 4oi*4p \ el l'empetreur km poussait pas. ses înfotfmatftQnè plus loto. Le plus cbèp cfe ses faf^ris fcfciferofida pfilàdu gardien des esclave? ; qui , tout jétone encore , s'étaft 4i4tîftfUQ:>: pa?;'40q courage, aw siège* de TéW&mU s&vitwd et gai, il fqt bientôt a4rHÎ& d#*is S$ plUB mtâipe fatniliarilé ,* & jouit ïft&»£ 4w privilège i ùmqua empirer ifofiilte j**dî«| lorsque l'émpeseur : y étirif; aveti 3Af fanâmes. Une isi t grande fateur tiC*mpte^9&T9&tW*W!v dans un m*>- Œ^flt (^ <fo%|Ç > dft fo&pej* 1* mdbeurëuk IgamcÎA'Wfft toP* d« vk4f«[ce f qu'il mou»- -
jrut peu de jours après. Mulfcy Ismael se livra aux plus amers regrets , et on l'enteiidit fréquemment répéter seul le nom ,d'Hameda.
Ce singulier personnage affichait une .haute dévotion , et se vantait d'expliquer parfaitement la loi de Mahomet. Dans les circonstances importantes ,- il se jetait la face contre terre de là manière précédemjoent décrite *• et faisait croire qu'il entrait .en conférence avec Dieu-: ou -avec le prophète qui' lui donnait des règles de conduite. A l'aide de ces mpy ehs P , il obtint tout pouvpir sur s«s sujets qui > le regardant ;comme ira descendant et comme un favori «du prophète, le croyaient incapable de commettre- mêiiie *me ; fante. ^Son plus grand plaisir, consistait à construire et détruire tourràrtotti? : il portai cette 1 passion si loin, que le§ édifice* élevés par ses oridres eiisseirtrê^nplïtout l'espace entre Fez et Méquinez sftlles avait laisse subsister. Il justifiait ce gpût singulier par la nécessité de tenir ses su jets continuellement occupés, atin de s'assurer de leur soumission.
11 les comparaît à des ratfr qui , reiffermés dans un sac, le perceraient bientôt si Ton
( 4oi )
n'avait pas soin de l'agiter sans cesse:
A l'arrivée de l'aràbassade anglaise f le noiribre des esclaves chrétiens se montait à onze cent quatorze ? savoir : 4°o Espagnols, 3oo Anglais, i65 Portugais, i5a Français , 69 Hollandais , 25 Génois et 5 Grecs ; outre lesquels , 19 chrétiens de diverseses nations avaient embrassé le*mahométisme. Tous les Anglais restés fidèles à leur religion obtinrent la liberté. x
En 1720, le docteur Thomas Shaw f nommé chapelain du comptoir d'Alger f résida douze ans environ dans cette ville- Pendant ce long séjour, il fit plusieurs excursions dans l'intérieur des gouvernemens de Tunis et . d'Alger , dont 4b méfiance des naturels a presque toujours interdit l'entrée aux étrangers. Dans sa relation , il ne parlé pojnt de ses propres aventures, niais il détaille avec le plus grand soin les. curiosités naturelles et lies objets d'art que renferment ces deux royaumes.
; Les admirables restes de l'art et delà
magnificence des Romains, éparssur toutes
ces contrée» , . attirèrent particulièrement»
] aUe^tiqqdu «foffteur St>a*v. ••:,-/
Carnage , le fclus célfebne flom^e TAfri^
( 4oO
que ancienne , n'offre plus cependant que des vestiges souterrains, parmi lesquels un grand réservoir destiné au service de là ville, consistant en vingt citernes contiguës, chacune de cent pieds de long sur trente de large ; il existe en outre un grand nombre de citernes particulières. De tous les monamens de l'antique Carthage, le plus magnifique est l'immense aqueduc qui ^menait l'eau de la montagne de Zowan , distante de cinquante milles. Au village d'Arriana, voisin de Tunis , on voit encore une longue file de ses arcades , parfaitement conservées , , de soixante - dit pieds de hauteur , supportées par des piliers cR seize pieds carrés : au-dessus des arcades régnait un canal assez large pour donner passage à une personne d'une taille ordinaire ; une teinte particulière qui colore ses parois et s'élève à trois pieds 9 indique la hauteur de la prise d'eau.
Le territoire de Constantin^ , l'ancienne Cirta , est tout couvert de murailles brisées , de citernes et autres ruines. Les aqueducs et les citernes étonnent par leurs vastes proportions et leur somptueuse architecture. Shaw fait aussi mention d'un
autel de marbre blanc , d'un pont décoré de sculptures, et d'une grande porte construite avec une pierre rouge aussi belle que le marbre. Sersel , l'ancienne Julia Cœsarea , donne aussi la plus haute idée de la magnificence des anciens , par ses colonnades , ses chapiteaux, ses vastes citernes , et ses superbes pavés de mosaïque»
A en juger par les restes qui existent dans les vallées voisines , l'aqueduc qui coqdui* sait les eaux delà rivière Hashem à Ser~ sel , ne cédait en rien à celui de Carthage.
Quelque révolution de la nature a , sans doute, plongé l'ancien port sous les eaux:
on aperçoit encore les restes dé ses nombreux piliers et de ses épaisses murailles, Sbaitla r jadis Sufïetula, contient des ruines d'une beauté remarquable, entr'autresun arc de triomphe d'ordre corinthien, et trois temples , dont certaines parties sont intactes. Bruce parle d'un temple d'ordre composite , selon loi le plus beau qui existe en ce genre. On admire à £1 -Gemme les restes d'un amphithéâtre , composé originairement de soixante-quatre arcades et de quatre ordres superposés. L'ordre supérieur a croulé : Mahomet Bey Ta effi~
plojré, ainsi que les matériaux de quatre arcades, à la construction d'une citadelle; le surplus de cet admirable édifice est presque entier. A Kairwan s élève une mosquée , la plus magnifique et la plus révérée de. toute la Barbarie, et construite, en grande partie, avec des débris» antiques s'il faut en croire les naturels , car les chrétiens ne peuvent entrer dans cette mosquée ; elle renferme cinq cents colonnes de granit.
Shaw qui n'observa pas les montagnes occidentales de l'Atlas, regarde comme exagéré ce qu'on dit de leur élévation. Du côté cfe Tunis et d'Alger, elles sont en effet d'une hauteur très- médiocre, et leurs flancs sont couverts de vignes et d'oliviers. Au midi , elles descendent dans une région nommée Bled-el Jercede ou contrée sèche, incapable de produire du grain , et seule* ment propre à la culture du dattier. Quoique ce territoire manque de, sources, il suffit de creuser la terre à une certaine profondeur pour trouver de l'eau en telle abondance , qu'on peut l'appeler « une mer souterraine ». La population se compose de diverses tribus arabes , à demi
tributaires da gouvernement de Tunis et d'Alger. Le sol cultivé de la Barbarie, ordinairement large de cent milles , à partir du rivage de la mer , doit son extrême fertilité aux ruisseaux nombreux 'qui descendent de l'Atlas , et aux particules salines dont il est imprégné. Comme dans toute l'Afrique septentrionale , il offre un caractère sablonneux qui , sans nuire à sa fertilité , le rend seulement plus facile à labourer. Peu de contrées contiennent autant de sel ; presque tous les lacs, une grande partie des sources sont aussi salés que la mer , et, dans le territoire de Tunis il n'existe pas une seule source d'eau douce. Le sel qu'on recueille dans l'intérieur du royaume de Maroc est rougeâtre , et plus, grossier que celui qu'on obtient de l'eau de mer par évaporation.
Les animaux sauvages de la Barbarie sont le lion , la. panthère , le sanglier , U hyène , appelée, dans le pays , dobbah , et l'antilope. Les animaux domestiques diffèrent peu de ceux d'Europe. On tait grand, cas de chevaux barbes ; mais la tyrannie des grands qui s'emparent des plus beaux:
par force , a découragé ceux qui se livraient
au soin d'élever des races choisies. Lès vaches sont petites. Ce sont les ânes et les mules qu'an emploie principalement
.aux travaux de l'agriculture. La contrée renferme une multitude de serpens 9 parmi lesquels le boa constnctor , ce monstre énorme qwi met , dit-on , des armées en fuite ; il habite la lisière du désert de Sa-
. hara. Les scorpions pullulent 'd'une manière effrayante, au point d'envahir les habitations : cependant leur piqûre, bien que venimeuse /n'est pas mortelle, du moins on a observé ce fait dans ceux qui se rencontrent dans les terreins cultivés voisins de la mer. Mais aucun de ces fléaux n'est comparable à celui des sauterelles :
ces insectes destructeurs sont communs , il est vrai, dans toute l'Afrique ; toutefois le désert en produit des légions innombrables, qui volent en colonnes énormes comme des armées, et dévastent tout sur leur passage. Tous les efforts tentés jusqu'à présent pour arrêter leur marche , ont complettement échoué.
Shaw observe avec surprise la décadence totale des diverses branches des mathématiques et de la chimie , sciences naguères
(4*7) si florissantes dans cette contrée. 11 vit des cadrans i des astrolabes et autres instrù* mens de mathématiques , exécutés de la manière la plus ingénieuse et la plus adroite; mais on les conservait comme des curioW sites , sans rien comprendre ni à leur construction ni à leur usage ; pas un individu sur vingt mille n'est capable de faire la plus simple opération d'arithmétique qui , cependant, fat inventée par les Arabes. I La médecine et la chimie , tombées également dans cet état déplorable , ne conservent pas même de traditions ♦ et Ton a peine à croire que ces sciences illustrèrent jadis le nom sarrasin*
Kn 1789, Muley-Absulem f héritier présomptif de l'empereur de Maroc , fit de* mander à M. Mattra, consul de la Grande- Bretagne à Tanger» un médecin anglais ; il accompagna cette demande des plus belles promesses pour celui qui se rendrait à ses vœux. M. Lempriere^ chirurgien à Gibraltar , consentit à faire ce voyage. , et obtint, grâce à ses fonctions, de précieuses notions sur les mœurs et la vie intérieure de cette cour barbare.
Le prince résidant à Terudant r M. Lem
(4°«) prière voyagea le long des côtes de Maroc , et jusqu'à son arrivée à Terudant , aucun Qbjet digne d'attention ne frappa ses regards. Cette ville, jadis capitale du royaume, s'est plus que le chef- lieu de la province de Suz:. Une grande partie de son enceinte ancienne demeure inhabitée. Les maisons, composées toutes d'un rez-de-chaussée , entourées chacune -d'un jardin enclos et entremêlés de palmiers , donnent à cette ville l'apparence d'un assemblage de hameaux ou de maisons de campagne. Située à vingt milles au. sud! de l'Atlas, elle. peut être considérée comme la ville . frontière du royaume de Maroc de ce côté ; car les Arabes du désert de Sahara n'eji sont sujets qfute de nom; » v '."•/• * ^Lempriére , bien reçu 'par Muley Ahsjalem, entra sur-le-champ^en fonctions. Une cataracte sur un œil, une goutte. sereine sur l'autre t ôtaient presqu'entièrement au prince l'usage de la vue, et laissaient au, médecin peu d'espoir de succès, d'autant J>lus qu'il éprouvait de continuels obstacles dans l'administration desuemèdes nécessaires. Le prince ne pouvait. imaginer que des remèdes gris intérieurement produi-
sissent de reflet sur ses yeux , et croyait^ d'ailleurs, que des drogues, européennes, devaient nuire a sa constitution. Cependant , il se détermina à suivre les ordon-»
nances prescrites , et in éprouva un tel; soulagement , qu'il consentit volontiers à • continuer , et prit Lem prière dans la plus grande affection. Dans l'intervalle les* femmes du harem désiraient vivement consulter le médecin . européen ; mais; Lempriërë ne parvint qu'avec une extrême* difficulté à se procurer les moyens de satisfaire sa curiosité , et de porter un.
jugement sain sur la situation des malades.
La première auprès de laquelle il fut ito* troduit , resta : derrière xm : rideau. On fit; placer Lempriërë sur un tabduret très-bas, et la dame invisible lui présenta son hf as par dessous le rideau,, afiirqulil pity lui *&-' ter le pouls ; persuadée • qu'à l'aide » de ce symptôme seul il découvrirait la nature, de sa maladie v et "indiquerait les remèdes nécessaires ; arnsi 'montra-t~elle dé la surprise , et même du mécontentement lorsqu'il la questionna sur son état Le ^doc-, teur insistai néanmoins; sur. lai nécessité d'examiner là langue; de: la malade , dans.
l'espoir de voir au moins son visage ; mais son attente fut trompée : après beaucoup d'hésitation f elle fit pratiquer , dans lé rideau, une petite ouverture par. où elle passa la langue sans laisser voir aucune autre partie de sa personne.
Lempriere , appelé par une autre affectée d'une humeur scrophuleuse au cou , n'eut pas de peine à la convaincre de la nécessité de montrer le siège du, mal. Cette femme , jeune et belle f lui offrit de riches présens , et lui en promit de plus riches encore s'il parvenait à la guérir; elle témoigna la plus vive surprise lorsqu'il parut douter du succès , disant qu'elle avait toujours pensé qu'un médecin européen guérissait toutes les maladies.
A mesure" que le médecin gagnait dans la faveur du prince, celui-ci montrait moins de réserve^ et souvent il l'admettait auprès de lui lorsqu'il était avec ses femmes* Lempriere les trouva toutes ignorantes , sans grâces , et vaines de leur beauté jusqu'à l'enfantillage. EHes montrèrent le plus grand étonnement en apprenant qu'il, savait lire et écrire ; chose qui leur fit observer que rien ne paraissait impossible
aux chrétiens; Aucune d'elles ne possédait même des talens d'agrément ; elles recevaient cependant tous les jours des leçons de musique , mais faire du bruit semblait le seuTbut qu'elles se proposassent.
Après une résidence de cinq semaines , Lempriere reçut tout-à-rcoup l'ordre de se rendre à la cour de Maroc. Il lui fallut traverser une des brandies les moins élevées de l'Atlas , qu'il trouva composée de roches escarpées et coupées d'affreux précipices. Cependant la vue se reposait , pair intervalles , sur dé profondes et charmantes vallées habitées par les Brebecs, race courageuse et robuste 9 qui occupe toute cette chaîne de l'Atlas. Leurs cabanes grossières, «construites d'un mélange déterre et d'argile Y sont entourées .d'un mur de la même espèce :, ils manient le iusil avec une adresse extraordinaire, et ne manquent jamais le but. Chaque village élit son cheik j c'est la seule tract de gouvernement républicain existant dans le nord de l'Afrique.
En arrivant à Maroc , Lempriere apprit que son départ avait été ordonné par l'empereur , mécontent de le savoir au-
près de son fils sans son autorisation , et persuadé d'ailleurs que les remèdes d'Europe , trop violens , pouvaient altérer la constitution du jeune prince. L'empereur différa toutefois de recevoir Lemprière jusqu'à ce qu'il eût appris des nouvelles de son fils; Dans l'intervalle, d'importantes affaires lui firent oublier totalement le médecin qui , ne pouvant s'éloigner de Maroc sans une permission expresse de l'empereur , ne voyait plus de terme à sa détention. Heureusement , il guérit la femme d'un Juif jouissant, par ses richesses , d'un grand crédit k la cour ; celui-ci , pour lui témoigner sa reconnaissance , s'employa vivement pouf lui faire obtenir une audience. Peu de jours après , Lemprière vit > non sans inquiétude , entrer chez lui deux soldats nègres armés de massues: ils l'invitèrent , de la part de l'empereur, à les suivre sur-le-champ , et comme Lemprière • demandait quelques instans pour faire u^e toilette convenable, ils le menacèrent de se retirer et d'aller d|re à l'empereur qu'il' refusait d'obéir à ses ordres ; en achevant ces mots , ils sortirent , et Lemprière fut obligé de les ac-
compagner dans F'état où il se trouvait.
Cependant , après une si grande hâte , on le fit attendre cinq heures dans la cour extérieure ; enfin il fut mandé , et entraîné à travers plusieurs cours avec une excessive rapidité. Dans la dernière , il trouva l'empereur placé dans une chaise de poste européenne et entouré d'une troupe de gardes rangés en •demi-cercle. Le prince f d'un ion sévère, fit une foule de questions qui laissaient voir ses soupçons sur le voyageur; entr'aotres choses il lui demanda pourquoi il était venu dans son royaume sans sa permission , — où il avait appris sa profession , — quels étaient les plus habiles , des chirurgiens français ou des anglais , — pourquoi il avait défendu l'usage du thé à Muley - Absulem , — et , puisque le thé était une boisson pernicieuse , pourquoi les Anglais en buvaient une si «grande quantité? Satisfait des réponses de Lemprière , le .monarque s'adoucit et conversa familièrement avec lui.
Dans le cours de la conversation , il ne lui cacha pas qu'il avait fait examiner ses ordonnances par des médecins maures qui les avaient approuvées , et finit par Jui pro-
mettre fie le renvoyer bientôt dans sa patrie avec une récompense convenable.
Aux attentions que lui marquèrent les principaux personnages de la cour, Le m prière connut qu'il était pleinement justifié et Savait plus rien à craindre ; il s'attendait en conséquence à recevoir , d'un moment à l'autre, l'autorisation de partir: mais l'empereur, dont les facultés commençaient à s'altérer, sembla ne plus songer à lui , et Muley-Absulem , qui vint à Maroc , lui montra la plus noire ingratitude.
Lemprière désespérait de jamais sortir de Maroc ^lorsqu'un messager de l'empereur vint lui apporter l'autorisation de se rendre au harem auprès d'une des sultanes , dont l'état exigeait des soins. Une pareille invitation équivalait à un ordre; Lemprière suivit donc le messager au harem , sanctuaire où jamais aucun Européen n'avait pénétré avant lui. Bientôt il se trouva au milieu d'une cour remplie de femmes , de domestiques , d'esclaves nègres , tous assis à terre, les uns causant, les autres occupés d'ouvrages à l'aiguille , d'autres enfin préparant des kouskous. A l'aspect d'un Européen , une alarme générale se mani-
feste, les femmes prennent la fuîte f tandis que les esclaves demandent tumultueusement le motif de son arrivée : mais à peine se nomme - 1 - il et déclare • t -il qu'il vient par ordre de l'empereur , qu'il toit les femmes sortir avec empressement de leurs retraites. Les mots de « docteur chrétien » frappent son oreille , on se rapproche et l'offflbrme un cercle autour de lui ; chacune lui conte ses maux, réels oh imaginaires , et lui présent&son bras ; que tques-unes, même, le tirent par son habit pour attirer son attention. Loin de se conduire avec cette réserve austère prescrite aux femmes içahométanes , elles oubliaient jusqu'aux règles de la décence , et le chef des eunuques fut obligé d'employer des mesures violentes pour ouvrir le passage à Lem prière qu'elles suivirent cependant jusqu'à la porte de la sultane. Lalla-Zara , ainsi se nommait la malade, assise les jambes croisées sur des coussins, paraissait triste et abattue ; douée d'une beauté extraordinaire quelques années auparavant, elle devînt la favorite de l'empereur ; ses rivales , enflammées par la jalousie, for»
nièrent et exécutèrent le projet de l'cmt
poisonner ; la force de sa constitution lui sauva la vie , mais 9 avec sa beauté flétrie par les ravages du poison ; Lalla-Zara perdit toute son influence. Lemprièr* balançait à entreprendre uhe cure difficile -qui pouvait retarder son départ , objet de tous ses vœux ; mais l'humanité remporta ; il résolut de rester une quinzaine encore, et prescrivit un régime. Il allaîfcortir , lorsque la* première femme , Lalla-Batoum le fit appeller dans son appartement. Lém prière ne savait s'il devait la satisfaire , car l'empereur ne l'avait pas autorisé à faire le tour du sérail : mais , entraîné par la curiosité , il se rendit auprès de Lalla-Batoum , modèle accompli de beauté mauresque, âgée de quarante ans environ .et extrêmement grasse ; son visage rond , enluminé de vermillon , et ses petits yeux noirs , étaient entièrement dépourvus d'expression. Elle parla très - légèrement de son mal , supposé sans doute par le désir de Voir le docteur européen ; elle examina minutieusement ses vétemeus , lui fit une multitude dé questions sur sa personne et son pays, et l'invita à prendre du thé. Au moment de prendre congé , Lemprièré fut mandé
"pat Lblla*Dôuyawy favdrfté actuelle. Elle était 'Génoise'; prise a l'âgé àé huit ans par un coikâïrte, et iritWx!hiire\Wà le 1 Sérail de l'empereur, ellef emWâSsà la i*eligion musulmane, et bientôt sa beauté et ses talens élevèrent au J rârig qé'eHe* ocfcu : pait , alors : eotame elle savait 4 lire et écrire , sés j compagnes la regardaient comme un être' supérieur. Elle cOrtsctfVait^ttcore assez de ses jtfétiiiêÉs. souveftitfe pour obsertfer « qu'elle se trouvait au milieu d'un 'pteujplè » ignora t\t et grossière» •• ,f
Le Ëârèm renfermait une centaine de femmes', outre les doiftestiques et les esclaves; Le* dfeùx principales femmes disposaient chacune d'uii pavillon séparé , coiriposé. de quatre pièces ; les autres n'avaient qu une pièce. Lés appartement , l ornés de boiseries richement sculptées , étaient tendus en damas ; de superbes tapis couvraient les parquets. L'empereur allouait à ses femmes un esomme si mince pour leurs menus-plaisirs que la première n'avait pas à-dépenseçpkrs d'une demi-couronne par jour ; quelques présens , offerts par les ambassadeurs étrangers, ou par ceux
qui sollicitaient quelque faveur à la cour, suppléaient à la iqodicité de la pension.
Lemprière 1 désespérant d'obtenir la peripisaion de partit. % se vit force d Wet de stratagème ; il prévint *a malade de la nécessite où il se trouait de se rendre à Gibraltar , ne pouvant #e procurer * dans le pays , les remèdes nécessaires à sa guérisom LallaZara donna {ïa^s le piège ^et t à force d'instances , obtint de V«ip*Fôwr l'autorisation d^sjréç,
Depuis Shaw et Lemprière ^ peu de voyageurs visitèrent l'intérieur de 1* Barbarie y jusque ce p ^uc l'intérêt excité par les événemens politiques ait déterminé plusieurs voyages dont les relations ne laissent rien à décider s^r cette partie de l'Afrique. Le coloqel Keating a publié les « Voyages en Çurqpe.et en Afrique, com- » prenant un itinéraire à travers la France , * fEspagne et le Portugal jusqu'à Ma- « roc^i). » Ce voyage entrepris en 178a, n'ajoute rien aurécit de Leraprière* Un Espagnol, sous le nom à'jjti-Bqr , a donné
(1) 4°* London. >8i6.
(4»9) le a Voyage à Maroc , Tripoli , ef c. (i).
Pébarqué à Tanger où il vit l'empereur , il visita Fez et Méquinez , et demeura uii hiver entier dans cette ville. Il regagna ensuite fc côte et s'embarqua à Larraich pour Tripoli. Le surplus de son voyage , *09 pèlerinage à la Mecque , forment la plus curieuse partie de son ouvrage , mais sont étrangers à nptre plan. On doit un tableau de l'empire de Maroc à M. Grey Jackson i négociant , qui a long-temps résidé à Santa Cru* (a) ; et une description de la yille et du gouvernement de Tunis à M. Macgiil autre négociant (3).
Le second volume des lettres de M. Blaquière sur la Méditerranée (4) t est consacré à la description de la situation actuelle tle Tunis et de TripoK. Une dame qui habita , pendant dix ans , Tripoli , avec la famille de M. Tully alors consul 9 a composé un journal (5) extrêmement intéressant.
(i) % toL in~4*- Londoa. iSifi. — Il en existe une traduction frairçrôe.
(a) 4*« Londoo. 1804.
(3) 8°. Glascow. 281 1.
(4) » voL in-6 .
(5) 4°* London. 2816;
Avec de si nombreux matériaux* il nous sera facile de tracer un tableau satisfaisant de 1 état actuel de la Barbarie.
Muley-SoHtaan>, empereur régnant de Maroc , âgé de quarante ans environ , est doué d'un extérieur agréable et d'un esprit vif et pénétrant. Àli-Bey le vit ap milieu de son camp ; il y réside continuellement , négligeant ses palais de Maroc , de Méquinez , et la pompe dont ses* ancêtres aimaient ii s'entourer : mais, comme eux; il se place au premier tan g parmi les docteurs de la croyance mahotnétane ; il n'a rien de la cruauté si ordinaire aux souverains Maures. Les instrumens de physique, et surtout la machine électrique d 'Ali-Bey y excitèrent vivemqrçt son intérêt et lui inspirèrent une foule de questions sur leur construction et leur usage. Il témoigna sa satisfaction en enyoyant à ce voyageur, un présent enveloppé dans upe pièce d'étoffe ; Àli-Bey ne fut pas peu surpris de n'y trouver autre chose que deux paitys noirs: mais on lui assura que , par ce présent , gage dé la plus haute estime, l'empereur le déclarait son frère.
Suivant AliBey, Fez f mélange si ngu-
lier de splendeur et de ruines, contient cent mille habitans. Les murs des maisons, bâtis en terre du côté de la rue , sont généralement en très-mauvais état ; tonte la magnificence, suivant l'usage des contrées mahométanes, est réservée pour Tintérieur où Ton trouve des cours spacieuses , des appartenons décorés d'arabesques peints avec goût , et souvent d'ornemens d'or et d argent. Une foule im merise se porte au marché de Fez , seule place qui mérite le nom de ville (fans cette partie du royaume;: toutes les tribus nomades des' environs-, s'y rendent pour acheter lès objets dont elles manquent. Fezconserve aussi la trace QVk plutôt l'ombre de son antique réputation desavoir; l'instruction se borne à l'étude: du. Coran et de ses Commentateurs, à quelque teinture de logique, de grammakte, et des élémens d astronomie nécessaires pour fixer le temps des cérémonie? religieuses;, ils .possèdent les ouvrages d'Euclide qu'Us ne. listent et ne copient jamais*. Le maître, assis à terre, les jambes croisées, au milieu d'un cercle formé par ses écoliers , crie, ou chartte , :>ur un ton lamentable, Jes mots que ceux-
ci répètent tour -à 'tour. Leur* préjugés religieux proscrivent l'anatomie, et le$ premiers élémens de la médecine sont entièrement ignorés. .
. Sidi.-Hamet et Sidi-Alarbi tiennent le premier rang parmi les saints de Maroc, et rien ne se fait dans l'empire sans qu'il* aient été consultés. Ce ne sont ni les austérités , ni la réclusion qui donnent ce caractère de sainteté , mais seulement le don de prédire l'avenir et d'opérer des miracles. Les cantons habités par ces personnages sacrés ne paient de tribut qu'à eux seuls; ce revenu, ainsi que les offrandes nombreuses apportées de toutes parts, leur servent à soudoyer une gtfdfc qui les accompagne en tout lieu. Ils entretiennent autant de femmes et de concubines que leur revenu le permet , sans a voit 4 à cathare de porter là moindre atteinte à ta sainteté de leur caractère.
AU-Bey se lia particulièrement avec Muley - Àbsulem , ce prince qui avait appelle Lemprièrepourle guérir : il était ators toutà-fait aveugle;
M. Jackson, d'après un relevé pris, ditil , sur le registre impérial , donne au
royaume de Maroc quatorze millions d'habitans. Ce calcul parait très-exagéré quand on considère que les douars ou villages sont tous nomades, et qu'après avoir épuisé on terrein, ils Fabandonnent prompfement et vont s'établir ailleurs. De pareilles habitudes et l'état de culture qui en résulte , s f accordent mal avec une si
nombreuse population ; peut-être même faudrait-il rabattre quelque chose du calcul de Chénier qui l'évalue k six millions.
L f empereur régnant a mis , par superstition , les plus étroites entraves au commerce ; l'exportation des grains même , production très-abondante et par conséquent à vil prix, est sévèrcinent prohibée.
Cette restriction impolifique existant dans presque tous les états barbaresqties ; il est à présumer que les gouvernans ont été forcés de l'établir pour 'satisfaire les soldats et les habitansr des villes , de qttf dépend leur pouvoir L
Tunis est gouverné par Hamoada Bêy J homme remarquable par la vigueur de son caractère. Depuis vingt-neuf ans , fl règne sans qu'aucune révolte ait ëélaté contre son autorité, circonstance peut-
être unique dans un royaume maure $ et d'autant plus extraordinaire, qu'il n'était pas l'héritier légitime du trône : le sceptre appartenait, suivant l'ordre régulier de .succession , à deux de ses cousins ; non- .seulement il n'attenta pas à leurs jours, mais il continua de vivre avec eux dans la plus grande intimité , sans craindre les résultats d'une pareille confiance. 11 surveille toutes les parties du gouvernement t et prononce, en personne, sur les questions judiciaires, civiles et criminelles. Entièrement affranchi du joug des Turcs , il étend la protection des lois aux chrétiens . et aux juifs , livrés auparavant au plus odieux arbitraire. Aussi Tunis , sous son gouvernement , est - il devenu plus agréable et plus civilisé. Le seul, défaut d'Hamoada, c'est une avarice sordide , une insatiable avidité, qui lui font, commettre d'énormes exactions. Les ministres et ses favoris sont tirés de la lie , du peuple , comme cela arrive ordinairement dans les états pu régne un si barbare, despotisme.
Le Zapatapa ou garde des sceaux, et le chef de la force armée , Géorgiens de naissance? , étaient tous deux esclaves : Tinten-
«lance des captifs , poste aussi honorable que lucratif, est confié à un renégat napolitain.
. Tripoli gémit sous le poids d'one épouvantable tyrannie. Au commencement du siècle actuel „ Hamet le grand secoua le joug des Turcs, en faisant massacrer indistinctement tousles chefs de cette nation.
Après cette exécution sanglante, il sut, par une activité' et une énergie extraordinaires , non -seulement affermir l'indépendance de Tripoli , mais assujétir les tribus voisines. H déclara la couronne héréditaire dans sa famille , et fixa le mode de succession. A l'époque de la résidence de M. Tully , le pacha gouvernait depuis trente ans à-peu-près, et maintenait dans Tripoli un ordre et un calme comparables à ceux d'un état européen , lorsque les dissensions de ses eufans vinrent détruire les heureux résultats de son administration. , Le lils aine du pacha 9 nommé Bey , montrait un caractère doux et sage , mais le cadet, Sidi Useph ou Jussuf , perfide , avare , cruel f souillé de tous les vices auxquels le climat semble donner une plus
grande énergie , et sans cesse entouré
d'une bande d'Arabes vagabonds et d'es* claves noirs , prêts à le seconder dans tous les crimes , répandait partout la terreur.
Une haine violente , née de l'opposition des caractères , divisait lés deux frères. À la sollicitation de leurs parens , ils consentirent toutefois à une réconciliation , et Jussuf lui-même proposa de la cimenter en jurant sur le Coran , en présence et dans l'appartement de leur mère Iilla Halluma. L'entrevue eut donc lieu : après un moment de conversation amicale , le perfide Jussuf ordonna d'apporter le livre sacré ; « c'était un signal convenu avec ses » satellites, qui lui présentent aussitôt » ses pistolets : il s'en saisit , et soudain » ajuste son frère , assis sur un sopha à » côté de Lilla Halluma ; la malheureuse » mère lève le bras pour préserver son » fils , mais les balles lui fracassent la » main , et vont frapper le bey , qui , » blessé légèrement, tire son cimeterre
* et s'élance sur l'assassin ; mais Jussuf » le prévient , et l'étend à ses pieds d'un n second coup de pistolet. En voyant tom j m ber son frère , il appelle ses Noirs et
* s'écrie c Achevez-le ! les monstres obéis-
(4*7) » sent ; et le percent de mille coups. Aa » bruit des armes, Lilia Asber, épousé » du bey > échappe & la surveillance de ses » femmes , se précipite dans Fapparte- * ment, serre dans ses bras le cadavre » sanglant de son époux, tandis que Lillâ n Halluma , pour empêcher le barbare » Jussuf de défigurer sa victime, se t raine » auprès de son fils massacré et le couvre » de son corps , et , ne pouvant plus ré- » sister à la douleur de sa propre bles- » sure y perd l'usage de ses seris. Alors les » Noirs, par ordre de Jussuf, mutilent , » à coups de poignards , le cadavre du bey, » et se retirent avec leur maître après ce » meurtre épouvantable. ».
. $oit faveur, soit crainte, le pacha ne chercha pas à punir le coupable qui , peu de jours après , en donnant une fête splendide , célébra son crime par la musique ; la danse et les feux d'artifice , comme il aurait célébré un jour de fcoces.
Quelques années après-, le pacha mbuttit : son fils Sidi Haïti et devait naturellement lui succéder ; mais Jufcsuf profita de son absence pour s'emparer du pouvoir , et ferma les portes de la ville à son fr< N re ;
( 4*8 ) c'est ce monstre qui opprime actuellement Tripoli.
La parente de M. Tully entre dans de curieux détails sur les dames Maures, que son sexe lui a fourni les moyens de voir de plus près ; ce sont ,en général , des esclaves géorgiennes et circassiennes , achetéees, et formées, dès l'enfance, à tous les moyens de séduction. Vouées à la plus sévère réclusion , elles sortent rarement , et toujours de nuit, escortées d'une suite nombreuse qui annonce leur approche par des cris et des lumières : quiconque , malgré cet avertissement , oserait les aborder ou même les regarder , serait puni de mort. Cependant , elles ne passent pas tout leur temps couchées, et dans une continuelle oisiveté , comme on Ta faussèment prétend^ ; elles s'occupent de tricot , de tapisserie , de broderie ; elles surveillent les travaux de leurs nombreuses esclaves, et donnent une attention particulière à la cuisine dans la crainte du poison ; enfin , malgré la tristesse apparente de leur réclusion , elles sont généralement gaies : elles consacrent un temps considé-
rable et des 6 oins extrêmes à leur toilette
( 4*9 ) qui , loin d'embellir , gâte leurs charmes naturels. Un, grand nombre de femmes esclaves est employé à la toilette d'une femme de distinction , et chacune a sa \ fonction particulière : Tune peigne les cheveux, l'autre les parfume; celle-ci arrange les sourcils , celle-là place le rouge sur le visage , et ainsi du reste. D abord , on répand des parfums et des : essences sur les cheveux , puis on les garnit d'une énorme quantité de poudre de girofïle : on donne une foripe particulière aux sourcils., en les épilant en partie et enj^ teignant en noir ; on applique la ménage couleur aux ongles, des mains et, des pieds. Enfin la toilette. d' une daçie mature exige plusieurs heures, et pp^re un travestissement si complet que ses plus proches parens ont peine à la. reppnnaîtfe., Dalles grandes occasions, e^les se surchargent de bijoux d'or et d'argent et de diam^tw. . Oo raph porte qu'une, femme, jfeceyapjt un jour compagnie, fut obligée de rester assise,, ne pouvant se lever à cause du poids de sa parure ; . : ; > f
La même relation contient une descripr
tion des ravages de la peste dans Tripoli.
Un bruit incertain de son existence circulait d abord sourdement: le pacha pressa vivement les Européens , établis dans la ville , de ne point augmenter l'alarme en fermant leurs maisons ; mais les effets terribles de ce fléau les empêchèrent de céder k ses instances. Ils cessèrent donc Joute communication avec les naturels « et se condamnèrent à une entière réclusion; seulement, un homme, payé pour cela, venak une Ibis le jour, et à une heure convenue , déposer > sous un vestibule extérieur, les provisions nécessaires avec une note qui en Indiquait le prix , après quoi il se retirait promptement. Cependant le mal croissait h ehaque instant , et les funérailles se multipliaient d'une «panière effrayante : on les célébra d'abord avec l'ordre et la pompe convenables ; mais bientôt la terreur en éloigna tout le monde, et toute distinction cessa. Les Cologlis , espèce de milice , faisaient des rondes, attachaient les cadavres à leurs chevaux , et les traînaient rapidement à la sépulttire commune. La peste enleva
un tiers des habitons , et comme un grand nombre avait pris la fuite , Tripoli offrait l'aspect d'une ville déserte. Toutes les cités de l'Est sont fréquemment désolées par cet épouvantable fléau.
MH BU TOME PEEMIEH.
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