CHAPITRE I
Navigation à TEst.
Commerce ivec Tharsis et Ophir. — Expédition des Argonaute. — Périple d'Afrique , ordonné par Necho. — Voyages d'Eudoxus.— Périple de l^ner Erythrée.
Il est peu de sciences dont l'origine et les progrès excitent plus vivement la curiosité et l'intérêt que la géographie ; il n'en est aucune à laquelle les hommes se soient plus anciennement appliqués f aucune qu'ils aient plus constamment cultivée, aucune qui embrasse une plus grande quani. i
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tifé # d'élémens moraux et physiques. À toutes les époques, la découverte de régions inconnues excita d'une rqanière toute particulière la curiosité des hommes. L'aspect d'une nature nouvelle, la rencontre d'êtres qui , pareils aux autres dans l'ensemble , offraient dans le détail des différences frappantes , les aventures, les fatigues , ' les dangers même qui accompagnaient les découvertes, tout se réunit pour leur prêter un charme, un intérêt extraordinaire. Les auteurs anciens font mention de plusieurs entreprises de cette espèce :
niais il est probable qu'il en fut tenté un bien plus grapd nombre dont les récils ne son^point parvenus jusqu'à nous. Aussi, la marche et les progrès des premiers vqyageurs ne peuvent-ils pas être tracés avec la même précision que ceux des modernes.
L'antîquité ne nous a transmis aucun ouvrage méthodique dans ce genre : la plupart du tems on trouve les faits relatifs à ces sortes d'entreprises, indiqués seulement par des notes , des fragmens répandus dans les écrits des géographes, des historiens et des portes. C'est donc au moyen de ces fragmens , recueillis avec
(3) d'immenses recherches par une «accession d'hommes studieux 9 examinés avec une saine critique 9 et comparés avec les textes originaux , que nous avons tâché d'offrir , sur les premières découvertes en Afrique 9 un aperçu capable de satisfaire peut-être la curiosité du public*
Lés voyages à Tharsis (Thanchisch) et a Ophir (i), mentionnés dans les Saintes Ecritures, sont les plus anciens dont la mémoire ait été conservée» Ils furent ordonnés par les Rois Juifs k l'époque de leur plus grande splendeur , et ezéeutés avec l'aide des Tjriens f b première puissance maritime de l'antiquité* Mais, après la mort deSalomon et b rupture de l'alliance zrec Tyr 9 cette branche de commerce ne tarda pas à être détruite sans retour (a) , malgré des efforts réitérés pour le rétablir , et son interruption pendant plusieurs siècles a fini par en faire perdre jusqu'aux traces* Un vaste champ est donc ouvert an hypothèses ♦ et plusieurs savans aiment à penser maintenant que ces navi-
(i ) I Boit, %x , 96-98 f 1,11,
{% ) IBois, Uil 49~5a u Chroniques f ix , 56-87.
gâtions doivent être renfermées dans les limites du. golfe Arabique : mais , suivant d'autres , un voyage de trois ans (i) , les détails sur le commerce de For, de l'ivoire f des pierres précieuses , du bois d'almugghim , des perroquets et des singes , le nom même d'Ophir.(â&?<^À*/ra, Septuag.) tout enfin semble se réunir pour indiquer une plus longue navigation 1 le long des rivages de l'océan Ethiopien.
Les* Grecs paraissent n'avoir pas eu la moindre notion de l'existence de Tarsis et d'Oi'phir , et marchèrent ainsi sans guides dans leurs découvertes, le long des côtes orientales de l'Afrique ; aussi leurs premières traditions sont-elles , à cet égard , vagues, incertaines et très-confuses. Un voyage remarquable qui s'y rattache, et que nous ne saurions passer sous silence, est celui de Ja&on et de ses compagnons , célèbres sous le nom des Argonautes.
Comme presque toutes les entreprises maritimes, obscures ou fameuses, leur expé dit ion avait la soif de l'or pour motif; it s'agissait d'enlever à *Colchis % colonie
(i) l. Hois, x , aa : cp. Job. xx , *4et xxvm , 16. • \
égyptienne (i) , située au fond de la m«i* Noire , des toisons de brebis qu'on y déposait , selon Strabon , dans l'eau , pour recueillir ainsi les paillettes d'or que les rivières chariaient. Mais, par suite de l'état imparfait de la science, les récits qui nous en ojit été transmis , varient tant, sont hérissés de tant de contradictions , d'ôbscurites et d'erreurs ; qu'ils ne peuvent servir qu'à faire deviner l'idée qu'on se formait à cette époque de notre hémisphère.
Les anciens poëtes , les seuls sa vans, les seuls historiens dés siècles primitifs de la Grèce, comme par-tout , n'étaient pas pins géographes que ceux de nos jours. Pour faire valoir une faible instruction , certains que leurs contemporains ne les démentiront pas, ils assortissent au hasard des noms que la mémoire leur rappelle , et brodent , chacun à sa manière , des évènemens merveilleux sur un fond historique conservé par la tradition. (2).
Toutes les données qui nous en restent, établissent le voyage par le Bosphore , en
(i)Pionys. Perief. 689. — Hérod. 11 , 104.
(3) Odyssée, 111,70.
(6) partant de la baie Pagasée , aujourd'hui Golfo di Volo , en Thessalîe ; mais deux yersions prédominent sur le retour que les troupes colchiques empêchèrent les Argonautes d'effectuer par la route qu'ils avaient suivie antérieurement.
La plus ancienne tradition les ramène par le $ùd. Hécatée de Milète , .qui vécut vers la 65 ine . olympiade f cité par Ife schor liaste d'Appolloiiius de Rhodes (i),aftirme f sur l'autorité de prêtres égyptiens , que les Argonautes, avaient passé du Phasis dans l'Océan, et delà parle Nil dans la mer Egée (a). La supposition de cette route né peut rien avoir d'étonnant , à une époque où l'on, ne connaissait en Grèce qu'uji petit
rayon de pays autour de la partie orientale de la Méditerranée , et où l'Océan incommensurable, infini (3) v était considéré comme le père commun de tous les fleuves.
Selon le même scholiaste , Hésiode y Pindare et Antimachus établirent que les Argonautes, après avoir atteint la Libye , ont
(i) Au chant iv, vers. a5ç.
(a)Schœnemann, Comm. de Geogr. Argon, p. £i.
(3) Schlegel, de geogr. Homerica , p. 187 et tçS. Schlichthorst , de geogr. Homcr. p.'i.
(7) porté leur navire 9 et sont ainsi revenus
dans la Méditerranée. A l'exception d'un passage de la Théogonie (i) , il n'y a rien , dans .ce qui nous reste d'Hésiode , qui vienne à l'appui de ce fait Pîndare (a) est plus positif. « Pour se soustraire à la vengeance de Pelias , Jason gagne l'Océan y la mer Erythrée , et pénètre, guidé par les conseils de Médée , dans le Palus Tritonide 9 en traînant son navire l'espace de douze jours au travers .d'an terrain désert ». Comment ne point reconnaître ici .l'Océan indien ou oriental , la mer Rouge , J'isthrae de Suez 9 et le golfe qui occupait jadis remplacement actuel du Delta (3). Il en est arrivé du Palus Tritonide comme de beaucoup d'au tre» positions dans la géographie ancienne etmoderate : iorsqu'ocme retrouva pas ce golfe, iïont le nom s'était conservé dans toutes les traditions, on lui assigna sa position plus à l'ouest (4); comme on
(a) Pyth. iv , y. 36 et suiy.
(3) Savary , lettres sur l'Egypte , i , p. 9 et $uiv. — - Andréossi , Me m. sur l'Eg. 1 9 p. i65 et aa3.
(4) Strabo , *vn.
successivement déplacé sur la même côte
le jardin des Hespérides (i) ; comme on a reculé dans une autre région les Cimmerièns, les Hypérboréens , la mer Cronienne ; comme on a procédé de notre mémoire h Tégard du détroit d'Anian f de la terre Drake et du passage nord-ouest.
Les romanciers postérieurs à Hérodote , qui montra l'impossibilité delà route orientale f font faire aux Argonautes le tour de l'Europe par le nord. L'auteur des Chants Orphiques qui , d'après plusieurs détails 9 ne peuvent remonter à une haute antiquité (2) f les conduit (3) du Palus Méotide dans l'Océan cronien ou figé ( glacé ) (4) » et les (ait revenir par les colonnes d'Hercule , en passant devant l'embouchure du Ternesse > ou Tartesse. Ti-
(1) Schoenemann , comment, de geogr. Argon. y p. 64'
(a) Malthe-Brun , histoire de la géographie , p. 44>
(3) 1064 et vers suiv.
(4)JEn cherchant, dansiez idiomes du nord , l'étymologie du terme Kp ou* , autrement Morimorusa ou mer Morte , ( Plin, , hist. nat. , cap. 1 3 et 16 ; Tacit. de M. Germ. , cap. 45 ; Dion. Perieg. , v. 3a ) , non* trouvons ( avec Toland 9 histoire des Druides) dans l'irlandais le mot Crçinn , eu gallois Crounn , et en
(9) magefe (i) les ramène par Hster ou le
Danube dans la mer Tyrrhénienne. Suivant Kabréviateur de Trriguc Pompée (2), ils remontent dn Danube la Save , et transportent ensuite leur navire sur le dos f ou selon Pisandre (3) , sur des machines par-dessus les Alpes Carniennes h la mer Adriatique. Enfin , Apollonius de Rhodes^), après lès avoir conduits sai n*et sauf» des contins de la Scythie et de la Thrace , dans la mer Adriatique , les fait passer de 1 Éridan dans le Rhodan en franchissant les Palus Celtiques. Puis, rendant hommage à la tradition prirn it i ve , il laisse Jason encore aborder l'Afrique , J* première patrie de Médée:- car /arrivé* en vne du Péloponnèse, ses Argonautes sont surpris par une seconde tempéte,baHoMésperi* dant plusieurs jours dans la mer Libyenne, et finalement jetés au ffrtnd de la Syrie.
>4*afr-
allemand Gerinntn , au participe G'runncn ( prononcé* encore vulgairement Grinne, Gronne) , mots qui ton» signifient $e figer, se coagula: Schœn, de g«'ogr. Argon. , p. 37.
(1) Sthoi. d'AppolL !▼ , 159-281/
(*) xxxu, 3*
(3) Zoâtmut , but v , 29,
(4) iv , p. 283 et *uiv, /
( iô )
Là* par une inspiration divine, ils prennent -leur navire sur les épaules, le lancent, après un portage de douze jours, dans quelque Palus Tritonide , et gagnent avec l'assistaoce du Dieu Triton , de nouveau la haute mer.
CA côté de cet, amalgamç bizarre de notions vagues , incohérentes et dénaturées , \ .que se sont permis les historiens des (^Argonautes, combien un autre rapport qu'offre Diodore de Sicile (i) d'urne découverte dans la mçr. d'Afrique , disparaître .satisfaisant. Evhémérus, JVlesséniea d'origine , voyageant par ordre deOssandre, roi de Macédoine , découvrit , vis-à-vis de la côte méridionale de l'Arabie Heureuse , trois îles , désignées ensemble sous le nom de Panchœa ; l'une très -grande , les deux autres plus petites, et à l'est de la première ; de la plus orientale , l'Inde apparaissait comme une faible imagée l'extrémité d'un immense horizon. 1 Lé sol produisait de la myrrhe et de Vencens dans une telle abondance, quelle suffirait pour en fournir lçp autels de tous les Dieu* de
l'univers entier. Une multitude de beaux arbres , de plantes aromatiques , la .réu* nion de tout ce qui peut servir à l'utilité i à l'agrément de la vie , faisaient de ces lies délicieuses un véritable Paradis, malgré les lions et les éléphans qui séjournent dans les forêts. Il y avait trois villes nom* mées Hiracia , Dali s et Oçéanfc. Legouverneoient était une nponarchie tempérée; le peuple , composé de quatre nations différentes y conservait de beaux privilèges , et les prêtres, entourés de la vénération publique, jouissaient d'une grande autorité ; un temple magnifique contenait des inscriptions en hiéroglyphe^ égyptiens*
La critique de plusieurs -géographes:, tant anciens que modernes, s'tst élevée contre Ev}rémérus < de même que contre d'autres voyageurs de V&Qtiquité î itoat nous pensons que le.douie,, assez naturelle m çnt permis à l'égard; des rapports dos voyageurs qui, les premiers, découvrent des religions inconnues , devient souvent excessif, injuste , et se propage par l'ignorance de ceux auxquels ces rapports sont adressés. La position vis-à-vis la côte méridionale de l'Arabie , la prodigieuse abon-
dance de la myrrhe et de l'encens cônviennent parfaitement à la partie de la cAte Africaine située à l'ouest du cap Guardafui , partie qui peut réellement présenter 1 apparence d'une île au navigateur qui débouche du golfe Arabique. Ajoutons -que la distinction des îles et des continens', toujours difficile, dut offrir des difficultés presqu'insurmontables dans l'enfance de la géographie. M. Malte-Brun f qui a fhabi-
ludç de compulser les sources et de les juger, demande (i) : « La Panchœa est-elle une contrée imaginaire, une Atlantide res- •suscitée ou quelque OphirPde quelle contradiction manifeste la relation d'Evhémère se trouve-t elle donc entachée? En effet , selon les poëtes cités par Pline (a) ,1e phénix y déposait , sur l'autel du soleil, son nid qui était à-la fois sa tombe et son berceau. Mais les traits physiques généraux rappellent la région de l'encens <3) et de la myrrhe sur la côte orientale d'Afrique; les institutions ressemblent à celles qui régissent TYemen : ainsi les Panchaeens
(i) Histoire de la géographie , 1 , 178.
(a) Hist. nat M x, 2.
f3) Virg. Georg. , il , 109.
sembleraient être une colonie arabe, établie en Afrique. Or , c'est justement vers l'extrémité orientale de l'Afrique , semée d'Arabes, que Pomp. Mêla (i) paraît placer sesPanchaei. Pourquoi ne pas chercher ici les régions visitées par Evhémère? Le groupe des trois lies dont il parle , ne représenterait-il pas le cap Guardafui avec les tles deSocotora et d'Abdal-Curia ». Le nom grec donné, par le voyageur, à la po • pulation mélangée de ces contrées, ne détruit point la supposition. Homère déjà (2) place entre les Ethiopiens et les Erembes (Arabes) des Sidoniens dont les Phéniciens étaient peut-être eu* -mêmes une colonie , et beaucoup de passages des an* tiens poêles démontrent jusqu'à l'évidence que ces régions médionales n'étaient pas inconnues (3).
L'on conteste la petite découverte d'Evhémère ; il parait cependant qu'à une époque très-reculée on a tenté des efforts
(1) ni, 8.
(2) Od. iv f 84-
(3) Heyne , novi comment, toc Reg. Goett, t, vin.
pour effectuer la circumnpvigation de l'Afrique entière.
Suivant Hérodote, ce fut NédiQ, roi tTE* gyptç , qui prdonna cette entreprise f i) v il rappprte que des navigateurs phéniciens , employés par ce prince qui venait de creuser du Nil à la mer Rouge , débouquèrent dans l'Océan méridional»
et continuèrent à longer la côte extérieure de l'Afrique, jusqu'au moment où ils man^ quèrent de vivres. Ils débarquèrent alors , ensemencèrent la terre et attendirent l'époque de la récolte , aprè^s laquelle ils continuèrent leur voyage. Après deux ans et demi de navigation, il* atteignirent les colonnes d'Hercule # et , delà , revinrent au point de départ. Us racontèrent qu'en côtoyant l'extrémité de l'Afrique , ils avaient le soleil à leur droite , c'est-à-dire au nord de leur route, fait qu'Hérodote refuse de croire, mais qui devient à nos yeux une forte présomption en leur fayeur , puisque nous savons que telle devait être la position du soleil à leur égard. Cette expédition est devenue le sujet de nom-
(k) Hérodote , iv , 4a. - '
( i5 j breuses et lavantes discussions. Gosse* lin (i), Vincent (a),Mannerf (3) et Zeune(4) se sont efforcés de prouver qu'elle était impraticable à cette époque où la navigation se trouvait encore dans l'enfance.
D'un autre côté le major Rennel (5) , par la force de ses argumens 9 donne une grande apparence de probabilité au récit des Phéniciens. .
On objecte que l'espace de tems assigné à ce voyage , est trop court ; que les Phéniciens ne se sont pas seulement aperçu de la marche inverse des saisons 9 et que les anciens u'ont eux-mêmes pas ajouté foià la relation d'Hérodote. Mais d'abord la relation originale a été perdue avec d'autres monumens historiques de l'antiquité ,.
et nous ne connaissons ce voyage que par la notice abrégée d'Hérodote qui lui-même n'y croyait pas , et qui certainement n'en a pas rapporté tous les détails. Le doute qu'il énonce , est une preuve qu'il a puisé , quoi-
(i) Géographie des anciens , 1 , 199 , ai6.
(a) Périple de la mer Erythrée.
(3)*Géogr. des Grecs et des Romains , svi , p. ia et suiv.
(4) Zeune de Historia geographise, 1.
(5) Géographie d'Hérodote.
( i6 ) que avfec défiance , dans des sources qu'il n'a pu dédaigner , et la position du soleil à la droite des voyageurs démontre jusqu'à l'évidence qu'ils avaient passé la ligne. Loin de trouver le 'teins trop court, il doit même sembler bien long , si l'on réfléchit qu'en allant de l'est à l'ouest, l'è*t*édition suivit le courant éqiiihoxial qui porte avec rapidité dans cette direction autour de l'Afrique. Larécdlte qu'ils ont faiteii'a pu les retarderbeaucôup, puisque dànsîes climats d'Afrique les moissons mûrissent en peu de tems(i) ; et si en Egypte les grains conamencent à jaunir vers le milieu de février, si à cette époque le lin et les fèves approchent de leur maturité ; si dans la Nubie la la terre produit plusieurs récoltes successives en une saison (2) : l'équipage phérticien,sousquelquelatitude correspondante de l'hémisphère méridional , a très-bien pu ne pas remarquer l'opposition des saisons, à plus forte raison que , dans les régions équinoxiales , les travaux champêtres rie commencent qu'après la saison des pluies
quand le soleil s'éloigne. L'opinion de quel-
(1) Savary , lettres sur l'Egypte , 1 , p. 56 et «75.
(2) Quatremcre , Mém. sur l'Egypte, it , p. 8.
(»7) ques géographes, ou critiques postérieurs,
tels <que Posidonius , Mêla , Pline 9 ne nous paraît être ici d'aucun poids. .
Au milieu des expéditions tentées pou^ la circumnavigation de l'Afrique avec de grandes ressources , et pair les ordres de monarques puissans 9 on distingua l'entreprise hardie d un simple particulier , sans appui et 'même persécuté. Eudoxus (i) 9 natif de Cyzique , chargé de porter à Cormihe l'offrande de sa patrie , relâcha , dans sa route, à Alexandrie. Ses connaissances en géographie et son zèle ardent polir les découvertes , attirèrent l'attention de Ptolemée E verge tes qui régnait alors en Egypte : ce prince semble avoir eu d'abord le projet de faire explorer le cours supérieur du Nil. Pendant qu'on délibérait sur les moyens d'exécution , le hasard amena dans Alexandrie un Indien qui avait été jeté à la côte au fond du gplfe Arabique. Cet homme s'offrit à montrer la route navale de l'Inde aux vaisseaux égyptiens. Une telle entreprise convenait parfaitement au .génie , au goût aventureux d'Eudoxus r le roi lui en confia la
(x) Strabon , il , 67 , 68 cl 69.
(î8> «direction. Èudoxus revînt charge de ri* cbeçses y trouvées dans les rivières fcii tarées des mines, d'aromates et à& pièrrefc précieuses. Evergètcss., en *oi* s'appropria tout. Cependant Eud*»xu& né «e décoa* ragea pas , et sous lerègn<< de*CIéopâtrei Yjeuve d'Evergètes , impartit pour la même .destination. Les vents le portèrent sor lefc .côtes orientale» de L'Afrique ; il -y débaiv qua plusieurs fois , et commoniqua fi?&- ,quemment avec les naturels du pays -, qu'il -se conciliait par des largesses en filment», ;en vin j en figues, etc. Les événement -de ce voyage lui inspirèrent un si violent désir de faire le tour du continent' africaift que , depuis , il paraît n'avoir eu d'autre •pensée. Il avait trouvé les débris d'un vaisseau arrivé , disait-on , de l'occident ; on remarquait surtout , parmi ces débris l'extrémité d'une proue sculptée en tête de -cheval* Les présomptions les plus légères; lorsqu'elles s'accordent avec leurs espérances , prennent , aux yeux des hommes , le caractère de l'évidence. Cette proue , transportée à Alexandrie , lut examinée pa)r des marchands de Cadix, qui la déclarèrent entièrement semblable à celles de certains
iwvîtgs employés à la pêche sur les tôle* de la Mauritanie ; ils foulèrent que plusieurs de ces navires, partis quelque temps auparavant pour l'ouest , n'avaient jamais reparu. Ces edaircissemens achevèrent de lever tous les doutes d'Eudokus qtri % dès cet instant, ne rêva plus qu'aux moyens d'effectuer- son projet favori.
Mécontent avec raison du successeur de Cléopâtre qui , dans l'intervalle , était morte ; il retourna chez lui , réalisa sa for-*» tune et tenta de nouvelles aventures. Si nous en croyons Cornélius Nepos , cité par Pomponius Mêla (i) et PHne (2)* Eudoxtis , pour se soustraire aux persécutions de Ptolenaée Latbyre , serait sorti du golphe Arabique , et aurait atteint Cadix en traversant la mer d'Ethiopie. Mais, Suivant le récit plus simple et plus probable dé Posidonius (3) , après avoir visité Marseille et d'autres ports célèbres de la Méditerranée , il se rendit à Cadix , alors déjà grande ville de commerce , où l'espoir de s'ouvrir
(1) m. ,io.
(») Hist. nat. , 11 , 67.
C3) Straj^ao , loc. rit.
une nouvelle route commerciale ne pouvait manquer d'extiter un vif intérêt. Secondé par d'autres hommes entreprenons, il équipa trois vaisseaux , un grand et "deux petits, avec une magnificence presque royale. Il embarqua , non - seulement des provisions et des marchandises , mais des -médecins , des sa van s , des artisan»
et une troupe nombreuse de musiciens.
Les équipages , composés principalement de volontaires remplis d'espérances extravagantes , incapables de se soumettre aux règles de la discipline et de supporter les fatigues d'un tel Voyage , se soulevèrent contre Eudoxus qui voulait tenir la haute mer, et le forcèrent à naviguer près des côtes , ce qui occasionna un accident que ce navigateur avait craint. Son vais»
seau toucha sur un banc de sable , et n'en put être dégagé. On parvint à sauver la cargaison et même une grande partie de la charpente* Eudoxus en lit construire une barque du port d'un navire à trente rames.
Ayant repris son voyage , il finit par rencontrer des peuplades qui parlaient le même langage que les habitans des côtes orientales où il avait précédemment
( at ) abordé , et qui lut semblaient appartenir
à la race d'hommes qu'il avait vus dans la Mauritanie. La petitesse de son navire ne lui permit pas de pousser pins loin*
A son retoiir il alla trouver Bocchns , roi de Mauritanie, et tâcha de faire partager à ce barbare son propre goût pour les entreprises maritimes. D'après les préparatifs ordonnés pour l'équipement d'une flotte, Eudoxus s'imagina qu'il avait réussi : mais instruit par des avis particuliers qne le roi, prévenu contre lui par des insinuations perfides , avait donné Tordre secret de l'abandonner dans une lie déserte, il se détermina à prendre soudain la fuite. Retiré d'abord en Italie, il se rendit une seconde lois en Espagne, et réussit à équiper une nouvelle expédition , moins considérable que la première , mais mieux appropriée au but de son voyage. Elle consistait en deux vaisseaux construits , l'un pour tenir k haute mer, l'autre pour reconnaître le»
côtes ; ils étaient potrvus, tous deux, de grains propres à ensemencer et d'instrum*is de labour , afin de pouvoir obtenir une moisson pendant le voyage, ainsi que l'avaient pratiqué les Phéniciens, si les
événernens l'obligeaient d'hiverner darts uneîle qu'il avait découverte* Malheureusenien.Ua narrât ion de StrabQTi finit en cetèodroit, et ne donne aucune Jumière sur le résultat de cette dernière expédition.
D'après l'extrait que nous av<ms donne des voyages d'Eudoxus , il partit qu'il côtoya certaine partie des rives orientales de l'Afrique, baignées par l'Océan Indien.
Depuis cette époque , les voyages et les découvertes 6e sont multipliés, certainement ; mais -il n'en reste d'autfe$ traces qu'un ou-» vrage intitulé : Périple (le la mer Erythrée , publié probablement par un écrivain postérieur au siècle /de Pline. C'est moins le récit d'un voyage particulier qu'un itinéraires l'usage des comraerçans qui trafiquaient alors le long des côtes de l'Afrique et de l'Inde. Us s'embarquaient à Myos- Hormus ( près Cosseir ) , et , dépassant Bérénice (B'iled el Habhesh), arrivaient k Ptolémaïs Thertai (promontoire par le»
»7° ô' deiat. N,) , notfl qui lui a été domu^ parce qu'il est très-fréquent é. par lqs chas* seurs. «
Le port le plus voisin était Adulis , marché principal de la contrée , .situé près de
f emplacement actuel de Jfasscrah qui est emore l'entrepôt de tout le commerce exlé rie ur de l'Abyssinie. Il 5 y fesait surtout 00 débit considérable d'excellent ivoire apporté de Coloë , situé dans l'intérieur , 4 trois journées de distance. Cinq journées ao~d*là * 9 é!e%ait la cité d'Axum dont il reste encore de magnifiques ruines. Enquitlant Adulis , 00 arrivait dans un canton gouverné , à l'époque du récit de l'auteur f par un prince nommé Zoskales, objet d'an brillant panégjrique , et dépeint comme brave , généreux et profondément versé dans les arts et sciences de la Grèce. Les objets d'exportation consistaient principalement en ivoire et cornes de rhinocéros; ceux d'importation étaient des étoffes , du fer, du cuivre , du vin , de l'huile , et quelques ornemens d!pr et d'argent destinés comme présens an roi* Les vaisseaux passaient ensuite le détroit et entraient dans le golfe d'Aval* tes. De cette côte jusqu'au cap Aromata ( Guardafui ) , on exportait lie la myrrhe , de l'encens , de la casse , et beaucoup d'autres aromates ; ainsi qu'une petite quantité d'hoire et d'écaillés de tortues. . •
1 Le cap Guardafui doublé , on cAt oyait le stéiile rivage d'Azania ( Àjan ). Lé navigateur rencontrait /pendant cette route, pUisieurs ports , distans entr'énit environ d'une journée de navigation , et placés chacun à des embouchures de rivière que le docteur Vincent suppose être les bouches du fleuve Qilillimanci. Non loin delà, s'offre aux regards une île basse et boisée , désignée sou* le nom extraordinaire d'Eitenedîommeaoulhesias ( probablement . Zanzibar ). Deux jours de navigation conduisaient ensuite a Rhapta (i), le plus éloigné des ports connus alors , et l'entrepôt du commerce d'Azania. Ce pays était , dans le temps ,' gouverné par un prince appelé Mophantes , d'origine Arabe , et tributaire des hobitans de Musa auxquels le commerce de Rhapta payait certains droits.
Cette ville fournissait de l'ivoire en grand? quantité , mais non pas autant qu'Àdutis , des cornes de rhinocéros et de l'écaillé de tortue réputée la meilleure de toute l'Afrique ; elle recevait. principalement des armes à l'usage des peuplades barbares de
(i> Qiu'laa , suivant le docteur VinceaU
C *5 > là contrée ; du blé , du viri , moins comme objets de commerce ordinaire , que comme présens destinés à entretenir bonne intellicence avec les naturels.
L'auteur du Périple s'arrête à Rbapta 9 mais il estime qu'à partir de ce point la côte se dirige constamment vers l'ouest , jusqu'au point où elle atteint l'Océan Atian* tique. Marinus de Tyr 9 géographe , a recueilli les récits de quelques voyageurs qui ont poussé leur navigation jusqu'à Prasum t promontoire où se trouvent uue ville et un port* Rhapta dépasse , ils font cçurir la côte du sud -ouest au sud - est ;• elle conserve cette dernière direction jusqu'à Prasum , et même beaucoup au - delà , jusqu'à cç qu'elle rejoigne la côte orientale de l'Asie. .
M. Gosselin s'est efforcé de prouver que l'antique Rhapta était situé à l'embouchure delaDoara, et que Prasum n'étaitautreque Brava moderne (i); réduisant, par cette hypothèse , à un espace très^borné , la navigation dont nous venons de parler.
Mais 1 opinion du docteur Vincent parait
(i) Géographie ancienne , i. ♦ 188 f etc. t etc.
1 ï i»6) fNgéfërable par deux circonstances , i*. le Tapprochmjeut de ces nombreuses env- -bottthures décrites dans le Périple, et qui ne peuvent se trouver qu'au* petit êndrok pétrit par l'auteur ; aVlt changement de la jcôle du sud- ouest Tau sud-est ;■ change^jnenLqui n'existe point en se renfeirttant -dans] es limites conjecturées par M. Gosse- 4m fi). Nous penchons toutefois à ne pas placer Prasum «m-deUi du cap Delgado , fiasse lequel casse le changeaient de direction. Le silence gardé sur le commerce de l'or jie )*erm*t pas de conjecturer qu'aucun voyageur se soit , à eette époque , approché <àa Sofala. . . '.« ■ ■ ■ ■» ' ■
i (i) ftt. Sait indique les bouches de la JD ëara comme le point où la côte change , du sud presque plein ,au ^ud-oueai : il n'est pas probable, d'après cela 9 que les navigateurs aient pu supposer que , dans ce même endroit , la direction changeait de l'ouest à l'est* i