A PAGANINI
D'où s'échappe la voix frémissante et cachée
Qui vibre dansles doigts? Est ce une voix de fée?
(i) L'auteur de ces vers est M. Valraore, premier rôle de la troupe, mari de Marceline Desbordes et neveu de Valmore, père noble à Rouen en 1818-1819.
53a THâATRË
Dis-nous? Est ce un cœur d'homme uix pleurs harmoRieux ?
Un sourire de femme égaré vers les deux I
Ce coloris des sons, fascinante merveille,
Semble crée? pour nous le prisme de ToreiUe.
Le cœur bat, Vâme écoute et meurt de tes accents,
L'ivresse à flots pressés ruisselle dans nos aei^.
Si ton rapide archet de ses ailea de flammes
Voie comme Téclair sur tes brillantes gammes,
Jetant des notes d'or dans un sillon de feu.
N'est-ce pas qu'en ton sein vient s*agiter un dieu %
De la divinité, toi, vivante étincelle,
Toi seul prouverais l'&me et sa source immortelle ;
Quand ton génie altier sait d'un sublime écart
Renverser à tes pieds les bï^rrièr^s de Ta rt.
On dirait sous ta corde et sans frei^i et sans règle
Un nid de rossignols couvé par des yeux d'aigle !
LES HOUENNAIS A PA6ANINI.
Tout un peuple en délire à tes divine accents, N'a pas pour ton génie un ^ssez pur encens ; Mais cette ville heureuse eut aussi sa merveille. Et jette sur ta gloire un laurier de Corneille !
Au dernier concert^ Paganini a reçu cet hommage poétique :
Un ange saint du firmament s'élance ; Jeune ministre, aux ^rts il sert ^'^ppui ; Il vient exprès nous créer un silence, Entier^ céleste^ et digne enfin de lui. Hommes, enfants, femmes, il faut se taire : Il est tout prêt, Tenchanteur demi-dieu, Paganini, le héros du parterre.
S'est emparé de son archet de feu.
L'aide a versé dfin^ son l^me profonde li'é\^n diyin qui fait bondir le s^ng ; De poésie admiral;)le il inonde Ce front d'Homé|re et ce cœur si puissant ! La passion coule et se précipite En pleurs de sang du violon vainqueur ! Grâce!... mon sein, qui brûle et qui palpite, N'a plus d-échapeuf répcmdPQ à son cour. Les longs regrets, les douleurs déchirantes, L'eipiession qui touche et qui ravit, Les voluptés, leurs flammes expirantes, Le sentiment qui meurt et qui revit.
Tout a parlé ; mais, ô Als d'un dieu même, Toi qp'oi) ne pept jamais assez vanter, C'est sous le 4^^t ^vec un diadème, Et dans las; cieux que tu devrais chante/.
Adolphe Letannbur.
Puisque nous sommes revenu sur les concerts de Paganini à Rouen, donnoQs le tableau ()u prix des places à chacun d'eux :
Premières loges et loges louées 10 fr. »
Location des stalles (places réservées
au parquet et à rorchestre) 10 »
Parquet (pris sur la place du parterre^ qui sera i^ssis et élevé au
niveau du parqi|^t ) 7 »
Galeries 6 »
Secondes . . 4 30
Troisièmes 3 >»
Quatrièmes 1 SO
Dans le dernier mois de l'année théâtrale, Bouffé, en représentation à Rouen, a joué, dans le Bouffon du Prince, le rdle du maître d'école et il a chanté à la fin de la pièce des vers de sa composition, qu'il adressait au public rouennais, tout en restant adroitement dans son rôle.
Air de la Valse des Comédiens.
Messieurs, ce soir J'ai quitté mon village, L'ambition m'amène à cette cour; Rester là- bas eût été bien plus sage, Je suis peu fait pour ce brillant séjour.
Peut-être, hélas ! ce soir, dans le parterre, Chacun de vous, en pensant à Tacteur, Dit: C'est aussi ce qu'il aurait dû faire ... Que voulez- vous? c'est un moment d'erreur.
Dans ma carrière à peine commencée, Un noble but avait frappé mes yeux, Et pour former mon goût et ma pensée, Tout me poussait vers ces murs glorieux.
Jadis, messieurs, au saint pèlerinage Les chevalier» accomplissaient un vœu ; Sanctifiés après ce long voyage.
Ils revenaient plus dignes de leur dieu.
Cédant comme eux à la foi qui m'entraine, Gai pèlerin, au sein de vos remparts, Je viens, messieurs, accomplir la neuvaine Que j'ai promise à ce temple des arts.
Ah ! ce pays est si riche de gloire ! Là, chaque instant enfante un souvenir;
Car vos aïeux ont fatigué l'histoire De tant de noms légués à Favenir !
C^est là, c'est là qu'une palme est bien belle Pour les talents qui peuvent l'obtenir ; Mais moi qui glane après ces grands modèles, C'est une fleur que j'y voudrais cueillir.
Un peu pour tous, oui, donnez à la lyre Tout votre encens et vos nombreux bravos; Mais dans l'entr'acte accordez un sourire Aux faibles sons de mes joyeux pipeaux.
Ces couplets avaient cela de bon, qu'ils pouvaient servir à Bouffé dans toutes les villes du monde.