PRÉFACE
Mille autres points de dissidence surgissent à la fois et chacun se prend à désirer qu'il existe un livre pour se renseigner.
Jusqa*'à présent, il n'y en a pas eu, mais nous prétendons combler cette lacune, non pas seule ment pour offrir un guide à ceux qui aiment à s'entretenir du théâtre, mais encore, et surtout, pour consacrer la mémoire de faits importants.
C'est en effet une gloire pour notre ville que d'avoir vu se former dans son sein, au contact de son goût pur et éclairé, les principaux artistes qui ont brillé dans la capitale. En recherchant dans les annales de Rouen, on trouve à peine consignés les faits qui établissent cette vérité ; il nous a fallu, pour rassembler tout ce qu'il importe de savoir sur la question théâtrale, aller puiser à plus d'une source ; nous nous sommes adressé à toutes celles qui nous ont présenté un caractère suffisant d'authenticité, et nous croyons avoir ainsi composé un ouvrage digne de nos compatriotes, auxquels nous l'offrons.
Nous ne faisons pas, du reste, de cette publication un objet destiné à nous attirer quelque renommée, — à telles enseignes que nous gardons Fanonyme, — encore moins cédons-nous à Tappât du lucre, puisque nous ne tirerons que le nombre d''exemplaires nécessaires au recouvrement de nos frais.
Puissent ces deux considérations nous attirer l'indulgence de nos lecteurs !
L'histoire des théâtres de Rouen sera, pour nous, celle du grand théâtre actuel, du théâtre de la place' du Vieux-Marché et du Cirque Saint-Sever, depuis leur fondation jusqu'à nos jours; cependant il n'est pas sans intérêt de jeter un coup d'oeil rapide un peu plus loin en arrière.
JEUX DE PAUIIIE.
Dès la première moitié du dix-septième siècle, il était d'usage chaque année qu'une troupe de comédiens ambulants vînt, de préférence aux mois d'août et de juillet, prendre possession d'un des locaux oii se tenaient les jeux de paume. Elle y donnait des jeux publics et des pièces comiques, avec l'autorisation du Parlement. Bientôt ce dernier, préoccupé des besoins toujours croissants de r Hôtel-Dieu, assujétit ces comédiens à donner au béné-
fice (les pauvres une représentation par chaque mois qu'ils passeraient dans la province.
Le local que choisissaient d'ordinaire les troupes de comédiens était celui du jeu de paume des deux Maures k cause de sa situation. Il était à l'angle de la rue Herbière et de la rue des Charrettes, c'est-ci-dire, pour nous servir des expressions du temps, au milieu du commerce, près le quai, le bureau des carrosses du Havre, le bateau de Bouille, etc.
Le 15 juillet 1650, les comédiens du jeu de paume des deux Maures remirent au receveur de l'Hôtel-Dieu 82 liv. 12 s., produit de l'une de leurs représentations.
Le 28 juillet 1651, par ordonnance du Parlement, une pièce fut jouée dans le même local, au bénéfice des pauvres, par la troupe de noble homme Laurent Conseil, seigneur d'Argueil. Les comédiens se firent tirer l'oreille pour en verser le produit, mais bon gré mal gré, ils durent s'exécuter.
Le 11 aoiit 1652, une troupe en représentation au jeu de paume des deux Maures remit au receveur de l' Hôtel- Dieu la somme de 91 liv. 17 s.
En janvier 1653 et en juillet 165/», la caisse des pauvres s'enrichit de la même manière.
Au mois de septembre 1656 et au mois d'août 1657, c'était la troupe du Marais qui donnait des représentations. Le bénéfice des pauvres fut, à la première de ces époques, de 115 liv. 15 s., et à la seconde de 152 liv.
En juin 1658, les comédiens de Son Altesse représentèrent, pour l'hôpital, une pièce qui ne produisit que 77 liv. /, s. 6 d.
Dans le même mois de la même année, un autre jeu