‹ Histoire complète et méthodique des théâtres de RouenChapitre 15 sur 55 · A LA COMPAGNIE · texte numérisé non relu

A LA COMPAGNIE

« Plusieurs d'entre vous, messieurs, savent combien nous sommes sensibles et reconnaissants des peines qu'on prend pour nous plaire. Pouvez-vous dire : « Nous avons travaillé inutilement ? » Non. Nous nous empresserons toujours de vous donner des marques de notre estime, tant que vous travaillerez à la mériter. »

La réponse à cette lettre ne se fit pas longtemps attendre. M""' MontaPiSier, directrice des théâtres de Rouen, du Havre et de Versailles, et qui habitait cette dernière ville, adressa au rédacteur du Journal de Normandie les explications suivantes :

« Versailles, le 19 avril 1787.

'< Monsieur,

« Les régisseurs de ma troupe de Rouen m'ont fait passer la lettre qui a été jetée sur le théâtre, le jour de son ouverture, le 16 courant. J'ai reçu en même temps les ordres concernant le spectacle, de la part du magistrat supérieur qui, à cette époque, était chargé de la police de la ville. Je me suis cm-

pressée de les exécuter, et voici en substance ce que j'ai eu riionneur de lui marquer:

« Mon régisseur m'a remis copie de la lettre eil question, et j'ai cru remplir les intentions du public, en faisant partir sur le cliamp le sieur Paulin pour Rouen. C'est un acteur d'un physique agréable, qui, sans avoir une très-grande voix, a fait d'autant plus de plaisir dans toutes les villes où il a été, qu'il est chanteur et comédien ; et, vu la rareté des hautescontre, je regarde comme un très-grand bonheur de pouvoir offrir un sujet comme celui-là au public de Rouen, très-persuadée qu'il l'honorera de son suffrage, s'il daigne l'encourager. Voilà donc la première et principale demande du public qui va être remplie.

« M"** Verdelet joue l'emploi de M"'' Dugazon ; elle y joint les premières chanteuses et les fortes secondes ; M"<' Guérin est engagée de même pour chanter des premières et des fortes secondes ; de sorte que dans tous les opéras où il se trouve deux fortes amoureuses, les deux rôles seront remplis par ces deux premiers sujets, et le public en "Sera plus satisfait que si nous n'avions envoyé qu'une seconde chanteuse, ainsi qu'il l'a demandé.

« Nous espérons que M"* Verdelet, d'une ligure décente et agréable, grande musicienne, sera accueillie favorablement par un public aussi éclairé.

ft Notre intention n'était pas de laisser le sieur Valville, basse-taille, à Rouen, sachant qu'il n'y réunissait pas tous les suffrages.

« Nous n'avons rengagé l'acteur auquel le public paraît faire quelques reproches que parce qu'il a toujours été en possession de lui plaire. 11 profitera sans doute de son avertissement, et, en le perdant, le public pourrait regretter des talents réels qu'il a toujours accueillis. Les talents sont rares, très-rares, et surtout dans les hautes-contre ; on n'en trouve point. Nous

DE ROUEN. iU

nous réglerons donc à cet égard, comme en tout, d'après les ordres du public. Au reste, s'il consent à lui rendre ses bontés, nous veillerons à ce qu'il ne paraisse que vêtu avec la décence due à un public respectable.

« Le chanteur et sa compagne, ainsi que celui qui détonne toujours, ne reparaîtront plus.

« Quant à la jeune élève, outre qu'elle ne sera qu'en troisième sous M"''^ Verdelet et Guérin, dans l'opéra, et sous ^mes Dufresne et Baptiste, dans la comédie, pour jouer quelques amoureuses, cette même qualité d'élève sera pour elle un titre vis-à-vis du public, lorsqu'elle ne sortira point des bornes. D'ailleurs, les talents de son père (1) sont précieux et rares, et, pour en jouir, nous espérons que le public voudra bien encourager les talents de la fille, talents naissants, et qui, parla suite, deviendront son ouvrage.

« Il y a déjà plusieurs années que nous avons fait observer la nécessité de faire mettre les bureaux en dehors ; il n'a pas dépendu de nous'quecela ait été exécuté. Nous allons prendre les mesures les plus convenables pour satisfaire le public à cet égard.

« Le ballet est un objet d'une dépense excessive. 11 serait indispensable d'augmenter les prix, mais nous ne le pouvons sans le consentement du public et la sanction des magistrats. Il ne faut pas se dissimuler qu'il y aurait encore beaucoup d'inconvénients. Où loger ce ballet dans un théâtre où il n'y a nulles commodités, où il n'y a pas la moitié des loges nécessaires pour les acteurs, où il n'y a point de magasin pour les décorations, point de magasin, — ou du moins, un très-petit, — pour les habits ? Au reste, nous serons toujours disposée à tout entreprendre pour donner au public de nouvelles preuves de notre zèle et de notre soumission ;\ ses volontés.

(i) Fradelle.

K Nous faisons Jans ce moinenl-ci tout ce qui est en notre pouvoir pour prouver au public notre empressement à tout ce qui peut nous rendre digne de ses suffrages.

« Nous allons prendre de nouvelles précautions pour le choix des sujets, et pour que le service se fasse avec le plus grand ordre, la plus grande exactitude et à la satisfaction générale. Mais quels que soient nos efforts, ils ont besoin d'être secondés par les bontés de ce même public. ïl n'est point d'acteur, même à talent reconnu, qui ne tremble en paraissant devant un public aussi éclairé. Il a donc besoin d'encouragements pour jouir de ses moyens : ce sera un véhicule aux nouveaux soins que nous allons nous donner pour mériter ses suffrages, et pour nous conserver la protection de tous nos supérieurs.

« Nous allons aussi envoyer à Rouen le sieur Manier, jouant les rôles de laruette. Nous devons espérer qu'il aura du succès, car il a plu généralement dans toutes les villes oîi il a été.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

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