APPOINTEMENTS DE LA TROUPE
Trop heureux d'avoir trouvé le document que l'on va lire, nous avons voulu le respecter comme il le mérite, n'y rien ajouter, n'en rien retrancher. Pour les emplois des artistes, il faudra donc, quand la mention n'en sera pas faite, se reporter aux pages 118 et 156, où a été dressé le tableau de la troupe :
Touschain , régisseur-caissier, aux appointements de 2,400 liv. pour l'année commencée le lundi de Quasimodo 1787 et qui finira le samedi veille des Rameaux 1788, payables en douze portions de 200 liv. de mois en
mois, ci 2,/iOO 1. » s.
Walville, régisseur et les comiques , aux appointements de 3,600 »
Baptiste l'aîné et son épouse, engagés pour trois ans, jusqu'au samedi des Rameaux ' 1790, aux appointements de 8,500 liv. et deux demi- représentations par année (1), à la charge en outre de leur faire, dans le cours du carême de chaque année , une avance de 1,200 liv., à déduire par portions égales sur les appointements de l'année qui suivra ladite avance, ci 9,300 »
Baptiste cadet, engagé pour trois ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1790, aux appointements de 1,800 liv. pour l'année 1787-1788, et 2,000 liv. chacune des deux autres années, ci 1,800 »
Bérard, encore pour un an, jusqu'au samedi des Rameaux 1788, aux appointements de 5,000 liv. et une demi-représentation, ci. 5,400 »
Lefèvre dit Desfossés, engagé encore pour deux ans, aux appointements de 1,200 liv. pour l'année 1787-1788, et 1,800 liv. pour l'année suivante, ci 1,200 »
M. et M"^ Lebert, aux appointements de
A reporter 23,700 1. » s.
(1) Une demi-représentation, à cette époque, doit être évaluée, en moyenne, à 400 liv.
{yote de l'auteur.)
Report 23,700 1. >■ s.
/i,000 liv. pour l'année qui finira le samedi veille des Rameaux 1788, plus une demireprésenlation pour madame, ci ^,/»00 «
Duverger, pour la dernière année de son premier engagement qui finira le samedi veille des Rameaux 1788, aux appointements de 2,Zj00 liv. (le second engagement de cet artiste commençait le lundi de Quasimodo .1788 jusqu'au samedi veille des Rameaux 1791), ci 2,m >»
Laperrière, engagé pour trois ans, aux appointements de 100 liv. par mois les deux premières années, et 1,800 liv. pour la troisième, ci 1,200 «
Bellemont, encore pour deux ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1789, aux appointements de 2,000 »
M. et M"* Desrosières, jusqu'au samedi des Rameaux 1788, aux appointements de 7,500 liv., plus une demi-représentation, ci. 7,900 »
M. et M"* Prin, encore pour deux ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1789, aux appointements de 2,Z(00 liv, pour eux deux et deux quarts de représentation chaque année, ci 2,800 »
M., M""^ et M"* Fradelle, jusqu'au samedi des Rameaux 1788, aux appointements de 6,600 liv. et deux demi-représentations, ci . 7,/i00 »
A reporter 51,8001. » s.
Report 51,800 1. » s.
Juliet, engagé encore pour trois ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1790, aux appointements de 2,000 liv. pour l'année 1787-1788, pareille somme pour la suivante et 2,/i00 liv. pour la dernière année, ci. . . 2,000 »
Dozainville, engagé pour deux ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1789, aux appointements de 1,800 liv. et une demi-représentation, ci 2,200 »
M. et M"'* Manceau, engagés pour trois ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1790, aux appointements de /i,800 liv. et une demi-représentation pour chaque année, ci 5,200 »
Paulin, engagé encore pour deux ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1789, aux appointements de /i,000 liv. et une demi-représentation pour chaque année, ci 4.400 »
Dubus, engagé pour trois ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1790, aux appointements de 4,000 liv, et une demi-représentation pour chaque année, ci 4,400 »
M"* Dufresne, jusqu'au samedi des Rameaux 1788, aux appointements de 3,600 »
M"" Guérin, engagée pour trois ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1790, aux appointements de 4,500 liv. et une demi-représentation évaluée à 500 liv. pour chaque année, ci 5,000 »
A reporter 78,600 1. » s.
DK HOlJEiN. 181
Report 78,600 1. » s.
Manyer, encore pour deux ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1789, aux appointements de 2,700 liv. et une demi-représentation garantie 300 liv., ci 3,000 n
M"*" Daraassis (1), engagée encore pour deux ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1789, aux appointements de 5,000 liv. et deux demi-représentations par chaque année, ci. 5,800 »
M. et M"^ Granier, engagés pour trois ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1790, aux appointements de Zi,500 liv. par chaque année et une demi-représentation aussi chaque année ; M. Granier avait en outre 33 liv. par mois comme répétiteur du ballet, à commencer le paiement le 16 août (2), ci. . . . 5,164 »
Fleury (3) , engagé jusqu'au samedi des Rameaux 1790, aux appointements de 3,600 liv. et une demi-représentation garantie à 400 liv. pour chacune des deux années de 1788 h 1790, et au prorata pour le restant de celle
A reporter 92,5641. » s.
(1) Première chanteuse, désignée comme duègne à la page 156, parce qu'elle a changé d'emploi dans le dernier mois de Tannée 1787-1788.
(2) On sait que le ballet n'a commencé qu'à la fin de juillet. — M°'« Granier était dugazon.
(3) Rôles à tablier, c'est-à-dire deuxième basse-taille..
{Noies de l'autevr.)
Heport 92,56M. » s.
de 1787-1788, commencée au second mois d'ouverture. Partant, on lui paiera au prorata de onze mois à raison de 300 liv. qui font 3,300 liv., plus la demi-représentation de 400 liv., ci 3,700 »
M"^ Malerbe, aux appointements de 200 liv. par mois, ci 2,400 »
M''* de Saint-Philippe, aux appointements de 40 liv. par mois, plus 20 liv. par mois comme figurante dans le ballet, à commencer le paiement le 16 aoîît, ci 640 »
M"'' de Sainte-Glaire, aux appointements de 40 liv. par mois, plus 10 liv. par mois comme ûgurante de ballet, à dater du 16 juillet, ci 560 »
Lefaivre, contrôleur, aux appointements de 100 liv. par mois, ci 1,200 »
Boiteau, peintre, et son aide, aux appointements de 100 liv. par mois, ci 1,200 »
Clavel, magasinier, et son aide, aux appointements de 100 liv. par mois, ci ... . 1,200 »
Griote, premier violon, aux appointements de 80 liv. par mois, ci 960 »
Roussel, violon, aux appointements de 50 liv. par mois, ci 600 •>
Vallery, violon , aux appointements de 50 liv. par mois, ci 600 »
Griselle, violon, 50 liv. par mois, ci . . . 600 »
A Reporter 106,224 I. » s.
DE nOlJEN. 183
Report 106,22U. » s.
Cb. Baix, premier violon des seconds dessus, 66 liv. par mois, ci 792 »
Even, violon, 66 liv. par mois, ci ... . 792 » Rocher, violon, 66 liv. par mois, ci . . . 792 » Dorenore, violon, 50 liv. par mois, ci . . 600 »
Moliex, alto, 66 liv. par mois, ci 792 »
Lehmane, alto, 60 liv. par mois, ci . . . 720 » Loth, basse, jusqu'au samedi des Rameaux 1789, aux appointements de 1,200 liv. par
an, ci 1,200 »
Laroche, basse, 100 liv. par mois, ci. . . 1,200 » Valentin, contrebasse, 75 liv. par mois, ci. 900 » Rebours, premier hautbois , Sk liv. par
mois, ci 1,008 »
Rhein, flûte, 83 liv. par mois 996 >'
Pelissier, cor, jusqu'au samedi des Rameaux 1788, 66 liv. par mois, ci 792 »
Vauchelet, deuxième cor, engagé pour trois
ans, jusqu'au samedi des Rameaux 1790,
66 liv. par mois les deux premières années
et 72 liv. par mois la troisième , ci . . . . 792 »
Nortmann, cor du régiment de Turenne,
60 liv. par mois, ci 720 »
Barthel, basson, 100 liv. par mois, ci . . 1,200 » Christophe, deuxième basson, 50 liv. par mois, augmenté de 16 liv. 13 sols à commencer le paiement le 16 août, ci 733 k
GofBer, copiste, 50 liv. par mois, ci . . . 60O »
A reporter 120,853 1. h s.
Report 120,8531. /| s.
De Saint-Eugène, souffleur, 50 liv. par mois, ci 600 »
Poitevin, 50 liv. par mois, ci 600 »
Cadet, machiniste, 80 liv. par mois, ci. . 960 »
Le perruquier, 30 liv. par mois, ci. . . . 360 »
Les quatre garçons de théâtre, 126 liv. par mois, ci 1,512 »
La sentinelle du foyer, 30 liv. par mois, ci 360 »
Adam (1), kO liv. par mois, plus 10 liv. par mois comme figurant dans le ballet à partir du 16 août, ci 560 »
Cabousse, chef de musique, 200 liv. par mois, ci 2,600 »
Julien, basson, 36 liv. par mois à commencer du l*^' août 1787 (18 liv. du 1" au 16 août), ci 306 »
Leclerc, violon, à payer le 16 août 1787 à raison de 30 liv. par mois, ci 2/i0 »
Morue, basse, 30 liv. par mois à payer le 16 août 1787, ci 2Zj0 »
M. et M™^ Devos, pour eux deux 300 liv. par mois à payer le 16 août, ci 2,/iOO »
M"* Camerer, à payer le 22 août 200 liv. par mois, ci 1,600 »
A reporter 132,991 1. h s.
(i) Choriste, chef d'attaque. (Note de Vauteur.)
Report 132,991 1. ti s.
Borda, à payer le 16 août 150 liv. par mois, ci 1,200 »
Baudin, à payer le 16 août 75 liv. par mois, ci 600 »
Thomin, à payer le 16 août 50 liv. par mois, ci 400 »
Chenu, à payer le 16 août 50 liv. par mois, ci 400 »
Lucet, figurant, à payer le U septembre 50 liv. par mois, ci 350 »
M"* Oriot, à payer le 16 août 50 liv. par mois, ci 400 »
De Saigne, à payer le 16 août 50 liv. par mois, ci 400 w
M'"' Sainte-Elie, h payer le 16 août 50 liv. par mois, ci 400 »
M"* de Saigne, à payer le 16 août 50 liv. par mois, ci 400 »
M"" Galle, à payer le 16 août 50 liv. par mois, ci 400 »
Classelles, à payer le 16 août 60 liv. par mois, ci 480 »
Auguste Guingret, à payer le 16 août 66 liv. 13 sols, ci 533 4
M"^ Josse, à payer le 16 août 50 liv. par mois, ci 400 »
M"e Lefèvre, engagée le 6 septembre à 78 liv. par mois, ci 507 »
A reporter 139,861 1. 8 s.
18fi THÉÂTRE
Report 139,861 1. 8 s.
M"" Rapigeon, engagée le 6 septembre à 75 liv. par mois, ci /j87 10
M"« Durozel, engagée le 6 septembre à 50 liv. par mois, ci 325 »
Goubert, figurant, engagé le 16 septembre à 50 liv. par mois, ci 300 »
Total l/t0,973 1.18 s.
Ainsi, pendant cette campagne, la troupe de tragédie et de comédie, celle d'opéra, le ballet, l'orchestre et les employés ont coûté à la direction U0,973 liv. 18 s. — le ballet n'ayant commencé qu'après quatre mois d'ouverture ; — avec le ballet pendant toute l'année, on eût dépensé H8,672 liv.; tandis que, pour ne citer qu'un point de comparaison, un demi-siècle plus tard, pendant l'année théâtrale 1827-1828, les quinze premiers sujets de comédie et les dix-sept premiers d'opéra ont coûté, à eux seuls, 166,100 fr.
Nous aurons souvent occasion de faire connaître les appointements des artistes, et à mesure que nous avancerons les rapprochements deviendront de plus en plus significatifs.
La Montansier et Neuville dirigeaient le théâtre du Palais-Royal à Paris, ceux de Versailles, Rouen, Caen, le Havre, enfin tous les spectacles de la Loire. Neuville se vanta un jour au café qu'avec le théâtre de Rouen il gagnait par an 30,000 liv. et plus, qui lui servaient à payer ses troupes du Havre et de Caen. Ce propos iraprudent lui valut une plus grande exigence de la part des habitués du théâtre.
DE ROllEIN. 187
11 était, du reste, très-avantageux pour la Montansier et Neuville de desservir ainsi beaucoup de villes. Quand un acteur ne plaisait plus dans une localité, ils l'envoyaient dans une autre, où, par l'attrait de la nouveauté, il avait des chances de succès. Voilà pourquoi, à cette époque, nous trouvons, à Rouen, des débuts disséminés dans tous les mois de l'année. La Montansier et Neuville faisaient en petit ce que l'on a proposé, dans ces derniers temps, d'exécuter d'une manière plus générale ; nous voulons parler d'une administration centrale desservant tous les théâtres de France.
Les bénéfices réalisés par la direction Montansier et Neuville ont suggéré une idée exprimée ainsi dans un des pamphlets qui ont paru à l'époque de la grande cabale : « Les magistrats municipaux ne pourraient-ils pas choisir quelqu'homme entendu et honnête à qui ils feraient un sort ? il leur rendrait compte de la recette , et ce produit de votre goût effréné pour le spectacle pourrait être appliqué à la décoration , à l'embellissement de la ville, et surtout au soulagement des hôpitaux. » La gestion des théâtres par les villes elles-mêmes, proposée si souvent dans ces derniers temps, est loin, comme on le voit, d'être une idée neuve.
Année théâtrale 178S-17S9.
La direction Montansîer-Neuville continue, mais Neuville, associé, peut-être même seulement agent de M'°' Montansier, se met seul en avant.
Le 1" avril 1788 s'ouvrait une nouvelle campagne théâtrale, et Bérard prononçait un compliment d'ouverture de sa composition et dont voici un passage :
« La célébrité de votre ville est connue, et chacun sait que, dans le pays des arts, les artistes y trouveront toujours de nobles protecteurs et de véritables appréciateurs du mérite.
(( Combien d'acteurs , d'acteurs célèbres , parce que vous les avez encouragés, ont-ils embelli la capitale de leurs talents? Oui, messieurs, c'est presqu'à vous seuls que la capitale doit ses premiers acteurs, c'est par vos leçons qu'ils se sont formés, et c'est encore à vous que tous les jours ils rapportent leurs succès.
<( Tant de bontés pour eux doivent inspirer une noble confiance à ceux qui parcourent la même carrière, et qui, pour la première fois, paraissent devant vous. La réputation de vos connaissances est si juste que, lorsque vous daignez accorder une simple fleura l'artiste qui s'en rend digne, elle doit lui valoir ailleurs le plus brillant laurier.
" Les hommes éclairés jugent bien et ne flattent jamais.
DE HUUEN. 189
La sévérité dans les arts est souvent nécessaire, mais cette sévérité n'exclut pas toujours l'indulgence. »
En même temps, Neuville annonçait au public, par cette lettre envoyée au journal, les intentions de la direction :
« Rouen, le 30 mars 1788.
« Monsieur,
« La direction n'a rien négligé pour composer une troupe digne du théâtre de Rouen. Elle a su que le public désirait encore un premier comique ; afin de ne rien donner au hasard et de consulter son goût, elle a fait les sacrifices nécessaires p»ur en avoir deux à l'essai, en sorte que celui qui réunira le plus de suffrages restera à Rouen.
« Quant à l'emploi des reines, la direction a cru remplir en partie les vœux du public en engageant encore une amoureuse en état de seconder MiM™'^^ Dufresne et Baptiste, en sorte que la première sera chargée des rôles de reine dans les pièces qui en exigeront une, et que le nombre des femmes sera complet dans celles qui en demandent le plus.
« Le plus grand nombre des nouveaux sujets, venant de fort loin, ne peuvent arriver que dans le cours de la semaine prochaine ; ils paraîtront successivement et sans délai. La direction s'est rendue ici pour être témoin de leurs efforts et du degré de succès qu'ils pourront obtenir.
« Le sieur Jalliot, première basse-taille , qui n'a point encore paru sur notre théâtre, débutera jeudi prochain par le rôle du déserteur.
« Au reste, monsieur, voici la liste des nouveaux sujets, que je vous prie de mettre sous les yeux de vos lecteurs :
« Dans la comédie : 1" une nouvelle amoureuse pour la comédie et la tragédie ; 2" une actrice pour les caractères et les confidentes.
« Dans l'opéra : 3° une première chanteuse pour les ariettes
de bravoure ; 4° une autre première chanteuse pour l'emploi
de M™^ Dugazon ; 5° une seconde chanteuse ; 6" une jeune
personne pour les Betzi ; 7° enfin deux hautes-contre.
« J'ai l'honneur, etc.
« Neuville.
« P. 'S. — On vient de m'adresser à l'instant un imprimé intitulé : Projet (Tordre h établir et de réforme à faire pour procurer à la ville de Rouen un spectacle intéressant (1).
« Je Tai reçu avec reconnaissance et je sens tellement la justesse des conseils qu'on veut bien m'y donner, que je ne négligerai rien pour les mettre en pratique. »
Le 1" avril, jour de l'ouverture, on a donné la Fausse Agnès; le lendemain, le Festin de Pierre, suivi des Précieuses ridicules, et le surlendemain, Nanine avec le Déserteur, opéra, pour le premier début de Jalliot dont Neuville avait parlé dans sa lettre. Cet artiste n'a pas été reçu.
Puis on représenta successivement, pour les débuts, la Colonie, — Démocritc, — les Evénements imprévus, — Alexis et Justine, — les Dehors trompeurs, — le Joueur, — le Grondeur, — le Déserteur, drame, — la Fausse Magie, — le Devin de village, — la Dot, — Sylvain, — la Femme jalouse, — le Tableau parlant, — le Dissipateur, — la Pupille, — V Epreuve villageoise.
Une mention toute spéciale doit être réservée aux débuts éclatants d'une vraie tragédienne, M™^ d'Estival, d'abord dans Sémiramis, puis dans Mérope et Phèdre. Elle eut également de grands succès dans la comédie, le Dissipateur, la Pupille, etc.
(1) Ce projet d'ordre se trouve page 173.
Le ballet, de son côté, faisait merveille et s'enrichissait de deux ouvrages :
Mirza et Lindor^ ballet-pantorairae en trois actes, par feu Gardel. Première représentation en avril 1788.
Les Blanchisseuses, ballet, joué pour la première fois, à Rouen, au mois de mai de la même année.
Cependant, pendant le mois d'avril et de mai, un orage grondait sourdement ; les dispositions du public le portaient peu à l'indulgence. Plusieurs débutants furent vivement repoussés : Berger, rôles de valet ; Jalliot, première basse; M"* Martin cadette, première chanteuse, etc.
Enfin, le /i juin, la tempête a éclaté; une société de jeunes gens s'est assemblée à cette date dans une chambre du café de la Comédie ; le sieur Neuville, directeur, s'y est présenté et a dit qu'il venait, sur l'invitation qui lui avait été faite verbalement par le sieur Baptiste le jeune, de la part de la société, et qu'il la priait de vouloir bien lui communiquer ses plaintes, parce qu'il ferait tous ses efforts pour la satisfaire s'il lui était possible ; alors, on lui a remis, par écrit, une série de demandes auxquelles on a joint ses réponses par article.
Voici ce procès verbal :
« 1° Une première haute-contre. — Prorais pour le 5 juillet le sieur Simon et, au refus de ce sujet, le sieur Dubus ou le sieur Dubreuil ;
« 2° Une première chanteuse. — A dit qu'il avait fait ses efforts pour avoir M"'*" d'Herville et prorais de lui écrire de nouveau et de communiquer le lendemain, à onze heures, sa lettre au public ;
« 3° Que les fourriers et les bas-officiers soient placés
ailleurs qu'au parterre. Ces spectateurs gênent sous tous les rapports. — Promis qu'il solliciterait un ordre pour satisfaire sur cet article ;
« [i° Que les acteurs et gens de la direction n'applaudissent jamais les premiers lorsqu'un nouveau sujet débute. — Promis d'y tenir la main ;
(( 5° Que le costume soit observé strictement : qu'une soubrette ne paraisse plus sur la scène plus brillante que sa maîtresse, et qu'une paysanne ne se présente pas en bourgeoise. — Promis ;
(( 6° La non -suppression du ballet dans les pièces qui en exigeaient. — Prorais après quelques difficultés;
(t 7° Que la troisième représentation des pièces nouvelles soit toujours donnée dans un jour d'abonnement. — Promis;
« 8° Qu'une assemblée de village ne soit pas simulée par deux ou trois acteurs en guenilles. — Promis;
« 9° Que le spectacle commence toujours à cinq heures et demie précises. — Promis ;
« 10° Que le lustre soit toujours allumé à quatre heures précises. — Promis après quelques difficultés ;
« 11° Que le sieur Neuville donne une autre issue pour les perruquiers. — Promis de consulter l'architecte de la salle ou d'obtenir un ordre pour qu'ils sortent avant la fin du spectacle ou quand le monde sera écoulé (1) ;
« 12° Que les engagements soient toujours faits au moins six mois avant, pour éviter le prétexte de ne pouvoir trouver d'autres sujets. — A prouvé qu'il obéissait au vœu du public par plusieurs engagements déjà faits
(1) Voir aux incidents une ordonnance à ce sujet.
et notamment celui du sieur Duquesnai, haute-contre, pour le prix de 8,000 liv.;
« 13° Que le sieur Neuville ne communique jamais avec le public par ses écrits, mais qu'il soit prêt à paraître quand on l'exigera. — Arrêté que lorsqu'il y aura quelque plainte ou demande à faire, le régisseur se rendra au même endroit qu'aujourd'hui. »
Le lendemain de cette assemblée, le public a reçu communication de la lettre écrite par Neuville à M""' d'Herville ; la voici :
« Rouen, ce 5 juin 1788.
« Concevez, ma belle amie, que nous avons dû être fort étonnés de votre lettre après la promesse que vous nous aviez faite de remettre la mienne à M. le comte de Rouville et de l'amener dîner avec nous ou de nous donner vous-même à dîner.
« Je dois croire que vous vous êtes conduite d'après votre lettre, puisque je n'ai reçu aucune réponse de M. le comte de Rouville, et c'est un juste reproche que vous devez vous faire à vous-même ; quelle qu'intimité que vous ayez avec lui, vous n'avez pas dû lui retenir une lettre à son adresse, à moins que ce n'ait été par modestie, car le contenu de cette lettre vous rendait toute la justice qui vous est due et que je me plairai toujours à vous rendre ; talent, taille, figure, tournure, voix, tout, oui, tout concourt à vous rendre la plus charmante créature ; et vous voudriez ensevelir tout cela ! vous voudriez priver le public qui vous chérit du plaisir de vous admirer ! Allons, ma chère d'Herville, un généreux effort. J'ai eu hier une entrevue avec plus de cent personnes assemblées qui m'ont parlé au nom du public sur différents objets relatifs au spectacle. Je me suis fait un devoir et un plaisir de les satisfaire sur tous les points qui étaient en mon pouvoir , on vous demande, T. I. 13
19i THÉÂTRE
on vous di^sire. Voire directeur vous en prie ; j'ajouterai même (lue ce sera me rendre service, et ce point seul est capable de vous déterminer, car je sais que vous avez le cœur excellent. Venez donc orner notre scène, venez briller et recevoir les applaudissements de tout un public qui vous aime et qui vous rappelle dans son sein. Apportez vous-même votre réponse et, par cette promptitude, vous ajouterez à nos plaisirs et à notre reconnaissance.
« Vous connaissez les sentiments d'estime et d'amitié sincère avec lesquels j'ai l'Iionneur d'être bien véritablement, ma chère et belle amie, etc.
« Signé Neuville.
« P. -S. — Dans tous les cas, je vous prie de me faire un mot de réponse, et si elle m'annonce votre arrivée, ainsi que j'ai lieu de l'espérer, puisque ce sera me rendre service, et que vous aimez à obliger, je ferai tout disposer pour vous recevoir le mieu.x, possible. »
Les promesses de Neuville à l'assemblée du k juin et sa lettre à M"'" d'Herville ont amené quelques jours de calme, et la direction en a profilé pour continuer les débuts. Le sieur Simon, première haute-contre, s'est fait entendre dans le Magnifique, le Tableau parlant, VAmant jaloux, les Evénements imprévus et dans la Suite de Julie, ou V Erreur d'un moment. Cet artiste a révélé des qualités réelles et brillantes.
De son côté, M'"" d'Estival a joué le rôle de Cléopâtre dans la tragédie de Kodogune et y a produit un grand effet.
Le 23 juin, on donnait la première représentation de VOptimiste, ou l'Homme content de tout, comédie en cinq actes et en vers, par Gollin d'Harleville. Cette pièce est
ie développement d'un caraclère déjà esquissé dans le Philanthrope, de Legrand, en 1723.
Enfin, le 28, les comédiens chantaient, pour la première fois , Hélène et Francisque , opéra-comique en quatre actes, paroles imitées de l'italien de Litiganti, par Dubuisson, musique de Sarti.
Malgré tout cela, l'opposition qui, depuis vingt-cinq jours, observait avec prévention tous les actes de la direction, ne se trouva pas satisfaite ; saisissant donc, comme on va le voir, le plus léger prétexte, elle fit circuler l'écrit suivant :