‹ Histoire complète et méthodique des théâtres de RouenChapitre 40 sur 55 · I)K ROUEN · texte numérisé non relu

I)K ROUEN

Pour la première fois nous rencontrons un fait qui va dorénavant êlre très-fréquent : dans un entr'acte fort long de Washington , en novembre 1791, la musique nationale exécutait l'ouverture de Lodoïska, opéra du théâtre de Monsieur, et plusieurs marches militaires. Nous verrons souvent l'orchestre du théâtre jouer des ouvertures dans les en tr' actes.

REPRÉSENTATIONS EXTRAORDINAIRES. — Lc ballet et leS

concerts nous ont déjà fourni l'occasion de citer plusieurs artistes en représentation h Rouen, mais nous avons dû réserver aux autres ce chapitre spécial.

Thiemé, mime, venant de Paris et passant par Rouen, en aoiil 1791, avec plusieurs de ses camarades (sic), a joué la scène des Moines gourmands et VEmbarras comique, proverbe dans lequel il faisait cinq personnages différents. Il a donné aussi la Chasse, scène d'imitation ; le Comédien de Société , l'Etranger, proverbe en un acte, où il contrefaisait un anglais ; la Nuit blanche, proverbe ; V Ambigu comique, qui lui fournissait l'occasion d'imiter, sur sa main , la figure d'une femme qui rit, mange, chante et boit. Notons en passant que celte dernière pochade a figuré un jour sur l'affiche avec Zaïre, tragédie.

Le mois suivant, Saint-Prix et Naudet, comédiens français, pensionnés du roi, ont représenté Zaïre (Saint- Prix jouant Orosmane et Naudet Lusignan) et VOrphelin anglais (Naudet jouant Thomas Frick) ; la Liberté conquise, comme nous l'avons dit, et enfin Cinna.

En janvier 1792, Lazary, pantomime et machiniste italien, a donné Arlequin protégé -par V Amour, pantomime à machines, en deux actes, ornée de tout son spec-

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tacle. Il y a rempli le rôle d'Arlequin et fait, à vue d'oeil, sept travestissements.

Suivant un usage qui datait déjà de loin et qui a été respecté encore longtemps, une série non interrompue de représentations vraiment extraordinaires a eu lieu pendant la semaine de la passion (du 22 mars au 2 avril 1792). Cabousse avait engagé à la fois :

Mole, comédien français, l'ex-directeur du théâtre de Rouen.

M"" Rousselois, première actrice de l'Académie royale de musique.

Ghesnard, artiste du Théâtre-Italien.

Renaud, acteur de l'Académie royale de musique.

M"^ Rosine, également de l'Académie royale de musique.

Mole et M"' Rousselois jouaient ensemble dans Nanine et dans V Amant bourru, comédie en trois actes et en vers, de Monvel.

M^'" Rousselois a donné le Comte d'Albert et sa Suite, le Tableau parlant, les Prétendus, la Gageure imprévue, comédie en un acte, de Sédaine ; Renaud d'Ast, Picrrele-Grand et Sargines.

Avec Ghesnard, elle s'est fait connaître encore dans Ariane abandonnée dans Vile de Naxos, opéra en un acte, par Delman ; Raoul Barbe-Bleue, orné de tout son spectacle et de tous ses ballets analogues ; la Mélomanie, le Déserteur, l'Epreuve villageoise, Félix, ou V Enfant trouvé, en trois actes, par Monsiguy ; Sylvain, enfin Raotd iire de Crequi.

M"* Rosine a chanté une scène française del signor Piccini et un air de Rravura, paroles italiennes del signor Pasiello (textuel).

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Enfin, voici la représentation de clôture, celle du 2 avril 1792. On a donné Didon, avec Chesnard , Renaud et M"' Rousselois. Avant cet opéra, M"^ Rosine a chanté une grande ariette de Piccini.

Après la représentation de Diclon, Ménonval prononça le discours de clôture dont voici la teneur : « Messieurs,

« Choisi pour vous présenter le tribut de la reconnaissance que vous doivent les entrepreneurs du spectacle de cette ville, je me glorifie,, en ce moment, d'être leur interprète auprès de vous. Daignez agréer leurs hommages, leurs remerciements, et croire que le désir de vous plaire les a guidés sans cesse dans toutes leurs entreprises.

« Les preuves les plus évidentes de leur zèle et de leur activité sont les précieux talents de la capitale dont ils vous font jouir en ce moment, et le nombre de pièces nouvelles qu'ils ont fait monter dans le cours de cette année. Toutes n'ont pu réussir également ; mais celles qui ont obtenu vos suffrages, messieurs, resteront à jamais au théâtre : elles ont été jugées par le sentiment, l'esprit, la délicatesse, et approuvées par le bon goi^it.

« Veuillez recevoir par ma voix, messieurs, les justes regrets de ceux de mes camarades que d'autres engagements forcent à vous quitter : ils ne se consolent de ce départ affligeant que dans l'espérance de revenir un jour plus dignes encore de contribuer à vos amusements.

« Quant à ceux qui restent, croyez, messieurs, qu'ils feront tous leurs efforts, qu'ils n'épargneront rien pour se conserver ou mériter, à l'avenir, ce qui est le plus cher aux yeux des artistes, votre estime et votre approbation. »

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BÉNÉFICE DES HÔPITAUX. — Le mercredi 21 décembre 1791, les Arts et V Amitié, le Mariage secret et les Prétendus, opéra suivi d'un ballet, avec une décoration transparente. — Le 19 mars 1792, VEcoh de.t Pères et l'Ami de ta Maison, opéra bouffon en trois actes, de Grétry.

BALS. — Un arrêté du conseil municipal de la commune de Rouen a défendu les déguisements et les bals masqués dans la ville de Rouen et les faubourgs de ladite ville. — Séance du 31 janvier 1792, an quatrième de la liberté, publication le h février suivant. •

INCIDENTS

Depuis deux ans que le régiment de Salis-Samade (suisse) était à Rouen, il s'était concilié l'estime et l'affeetion de tous les bons citoyens par sa bravoure, sa discipline et les services qu'il avait rendus au département. En 1789, il avait contribué à rétablir la tranquillité; en juillet 1791, il avait fourni plusieurs détachements qui, avec la garde nationale de Rouen, avaient promptement réprimé une insurrection survenue à Auffay à propos du prix des grains. Aussi les comédiens de Rouen, partageant les justes regrets que causait à toute la cité l'ordre du départ de ce régiment appelé à la défense des frontières, ont-ils donné, le 2k août 1791, un petit intermède en prose terminé par un vaudeville analogue à l'événement. Cet à-propos, intitulé les Regrets du cœur^ était de Bérard et Ménonval, acteurs qui, après la représentation, ont été ramenés sur la scène par Correard au bruit des applaudissements una-

niraes. La donnée était fort simple : M. Delval, fabricant de Rouen ^ son fils Julien et son chef de comptoir se désolent du départ du régiment de Salis-Samade, d'aulant plus que Paul Helden, sous-officier du régiment, est l'ami et le maître d'armes de Julien. Une belle dame arrive sur les entrefaites et ne comprend pas un pareil engouement. Paul survient, et la dame, entendant l'expression de ses nobles sentiments* se range à l'avis commun et boit à la santé du brave régiment de Salis. Voici les couplets qui terminaient celte petite pièce de circonstance :

Air (lu vaudeville de Figaro.

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