M. DE CRAC
Ce jeune homme prétend que je tire chez lui. Suis-je dans lé cas, moi, d'avoir besoin d'autrui?
THOMAS {le garde de M. de Crac).
Vous risquez de tirer sur la terre d'un autre, Quand vous n'ajustez pas du milieu de la vôtre.
Cette pièce, qui, donnée à Paris pour la première fois le k mars 1791, a été mise à Rouen à la scène en novembre de la même année, renferme plusieurs traits d'un bon comique ; par exemple celui-ci : M. de Crac prétend que voyant en même temps une perdrix et un lièvre, il tire ses deux coups, la perdrix tombe sur le lièvre blessé luimême mortellement. Son fds trouve cela fort ordinaire ; il lui est arrivé plus fort, à lui : le tonnerre gronde, il éclate et tombe dans le bassinet de son fusil ; le fusil part et tue un lièvre qui passait.
Voici le couplet final :
M. DE CRAC , au public.
On se fait là-bas une fête Dé savoir lé sort dé ceci.
En tout cas ma réponse est prête :
Je dirai que j'ai réussi.
Mon sort serait digne d'envie Si vous né disiez pas que non ; Alors une fois dans ma vie J'aurais dit vrai quoique Gascon.
h'Obstacle imprévu, ou V Obstacle sans obstacle, en cinq actes et en prose, de Destouches.
Le Portefeuille., comédie en deux actes et en prose, par
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Collot d'Herbois. Première représentation en mai 1791..
La Pupille, en un acte et en prose, par Fagan.
Le Retour imprévu, en cinq actes.
Bicco en deux actes et en prose, par Duraaniant.
Le Somnambule, en un acte et en prose, de Pont-de- Vesle.
Le Sourd, ou V Auberge pleine, comédie en trois actes et en prose, de Desforges. Première représentation \e 6 juillet 1791. Correard a créé le rôle de Danières et Dozainville celui du garçon d'écurie. On sait que cette pièce est restée très-longtemps au répertoire et a été reprise tout récemment.
Tom-Jones à Londres, en cinq actes et en vers, par Desforges.
Tom-Jonea et Fellamar, en cinq actes et en vers, par Desforges ; cette pièce est la suite de la précédente.
Les Trois Cousines, comédie en trois actes et en prose, de Dancourt, ornée de tout son spectacle. Première représentation en décembre 1791, au bénéfice de ^P'^-Camerer, danseuse; aussi y eut-il au premier acte un ballet de meuniers, au deuxième un ballet de bohémiens et au troisième un ballet de pèlerins.
Les Trois Frères rivaux, en un acte et en vers, de Lafont.
Le Tuteur, en un acte et en prose, par Dancourt.
Enfin, on a représenté aussi :
V Anglais à Bordeaux. VEpreuve réciproque.
Le Bourru bienfaisant. L'Esprit de contradiction^
Le Chevalier à la mode. Les Etourdis.
Le Dépit amoureux. La Fausse Agnès.
V Ecole des maris. La Feinte par amour.
DE ROUEN. 2fif)
Le Festin de Pierre. VHcitreîisc erreur.
La Folle journée. Le Joueur.
Les Fourberies de Scapin. Le Legs.
La Gageure. Le Médecin malgré lui.
Le Glorieux. Le Menteur.
Guerre ouverte. La Métromanic.
V Homme à bonnes for- Le Misanthrope,
tunes. Le Triple mariage.
OPÉRA. — Nous commencerons par les nouveautés et les reprises importantes; elles sont au nombre de neuf:
La Belle esclave, opéra en un acte, de Philidor. Première représentalion en novembre 1791. — Insuccès.
Didon, grand-opéra en trois actes, musique du célèbre Piccini {sic), orné de tout son spectacle. Première représentation de la reprise en mars 1792, dans laquelle M*'^ Rousselois, première actrice de l'Académie royale de musique, jouait le rôle de Didon.
Euphrosine, ou le Tyran corrigé, opéra en trois actes, ou drame lyrique, avec ses agréments, par Hoffmann et Méhul , élève du chevalier Gluck. Le fond de la pièce est emprunté à l'article Coradin, de la Bibliothèque des romans. Première représentation en mai 1791. — En décembre de la même année, cet ouvrage a été repris avec un troisième acte nouveau et des changements considérables, musique de Méhul. Acteurs ; Paulin, Lecoutre, Dozainville, M"'" Lecoutre et Damassis.
Les Mariages samnites, opéra en trois actes, de Grétry, orné de son spectacle et marches triomphales et guerrières. Reprise en mars 1792.
Paul et Virginie^ opéra en trois actes, de Favières,
musique de Creulzer, orné de tout son spectacle el de trois décorations nouvelles : la première représentant un site américain, la seconde l'intérieur d'une habitation et la troisième un site orageux. Première représentation en janvier 1792. Virginie, M"^ Lecoutre; Paul, Renaldi; le nègre, Fleury.
Les Prétendus, opéra en un acte, suivi d'un ballet analogue à la pièce, et orné d'une illumination , paroles d'un anonyme, musique de Leraoine. Première représentation en septembre 1791. Acteurs : Paulin, Desfossés, Lecoutre, Fleury, M™" Pauline, Lecoutre et Damassis.
Rosine el Colin, opéra en un acte. Première représentation en septembre 1791. — Insuccès.
Ruse d'amour, opéra en un acte, de Ghardini. Première représentation en octobre 1791.
La Soirée orageuse, opéra en un acte, par Radet et Dalayrac. Première représentation en juin 1791.
Nous avons, à propos des débuts et des pièces à allusions politiques, parlé d'un certain nombre d'opéras ; les représentations extraordinaires nous donneront l'occasion d'en enregistrer d'autres. Cependant nous n'aurions fait qu'ébaucher l'étude du répertoire lyrique si nous ne mentionnions pas encore, pour l'année 1791-1792, les opéras suivants :
V Amant jaloux, opéra en trois actes, de Grétry.
h' Amant statue, — Azemia, — la Belle Arsène.
Biaise le savetier, — la Caravane du Caire.
La Colonie, opéra en deux actes, du célèbre Sacchini, disait l'affiche ; elle aurait pu ajouter que le compositeur Framery, né à Rouen en 17/(5, avait arrangé, en 1775, cet opéra-comique pour le Théâtre-Italien.
Les Deux Avares, — les Deux Tuteurs.
Les Deux Chasseurs et la Laitière, opéra en un acte, par Anseaume et Duni.
La Dot.
Le Droit du Seigneur, opéra en trois actes, orné de tout son spectacle, par Martini.
Les Evénements imprévus.
Le Jugement de Midas, en trois actes, par Grétry.
Julie, en trois actes, de Dezède.
Lucile, en un acte, de Grétry.
Le Magnifique, en trois actes, de Grétry.
Le Maréchal ferrant, en deux actes, par Philidor.
Le Maréchal, — le Milicien, — Nina.
Le Nouvecài don Quichotte, — Panurge, — les Pêcheurs.
Les Rigueurs du Cloître, — Rose et Colas.
La Rosière de Salencij, — le Soldat magicien.
Le Tonnelier, — les Trois Fermiers.
La Vieillesse d'Annette et Jjuhin.
Zémir et Azor, ou la Belle et la Bête, grand-opéra bouffon en quatre actes, orné de tout son spectacle, de ses changements de décorations et de ballets analogues à cette pièce, musique de Grétry.
BALLET. — Mole avait eu bien raison de craindre l'elïet des bruits qui circulaient à la fin de la campagne précédente. Ce genre de spectacle, en effet, a continué k être très-goûté. Le 16 mai 1791, par exemple, un divertissement, annoncé pour la fin du spectacle, n'ayant pu être donné, le plus grand tumulte a régné dans la salie. Que n'aurait-on pas fait , si la troupe du ballet eût été supprimée ?
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Beaucoup d'ouvrages étaient représentés avec des ballets analogues à la pièce, comme on disait à cette époque. Ainsi, le Devin du Village, avec un ballet pastoral ; la Rosière de Salenaj, avec un ballet pastoral animant le Couronnement delà rosière; une autre fois, c'était un Ballet des Pèlerins, ou bien encore un Ballet de Bohémiens, enfin un Ballet de Meuniers, sans compter le Pas russe, un pas de trois dansé par Rossy et M"*' Camerer et Parisot, etc., etc.
A la fin de Monsieur de Crac, en novembre 1791, Barré, qui était alors maître des ballets en remplacement de Rossy, a fait exécuter un grand Ballet de Tambourins de sa composition. Quelques jours après. Borda, danseur de la troupe, a composé aussi un ballet qui fut mis à la scène; Barré s'est alors hâié d'en produire un nouveau. Cette lutte a servi les intérêts de la direction.
On a repris Mirza et Lindor, et monté les cinq grands ballets dont les noms suivent :
Les Aventures et la Mort du capitaine Cook dans le nouveau monde, grand ballet- pantomime en trois actes, mis au théâtre de Rouen, le 10 août 1791, par Hus et Joubert, danseurs de Londres, avec M"* Parisot, danseuse de la troupe. (On sait que le navigateur James Cook, d'York, est mort en 1779, à l'âge de cinquante-un ans.)
En quittant Rouen, Hus adressa au public la lettre suivante :
« 3 octobre 1791.
« Messieurs, t( Le premier des devoirs étant celui de la reconnaissance, je croirais y manquer si je partais sans témoigner
au public combien je suis sensible à l'accueil favorable qu'il a bien voulu faire à mes ouvrages. Il y a près de trente-deux ans que vous eûtes les mêmes bontés pour mon père, dont vous reçûtes les prémices : depuis ce temps, il fut assez heureux pour se mériter une réputation dans les premières villes du royaume et même dans la capitale. Je vais suivre sa carrière, me réservant, si je suis aussi heureux que lui, de revenir à Rouen. On doit l'hommage de ses talents à ceux qui savent inspirer le désir d'en acquérir; mais en tel temps que j'y reparaisse, croyez, messieurs, que ce sera toujours avec la même reconnaissance, le même zèle, et que vos bontés pour moi ne s'effaceront jamais de mon ressouvenir; c'est dans ces
sentiments que je me dis avec respect, etc.
« Hus fds. ))
Le Bonheur d'aimer, grand ballet anacréontique, par d'Auberval, maître des ballets de l'Académie royale de musique, rais au théâtre de Rouen par Rossy, en juin 1791. Autres artistes : Borda, M"" Parisot, Gamerer et Vanloo.
Les Deux Jumelles, ou la Méprise, grand ballet-pantomime historique en trois actes, de la composition de Barré, pensionnaire de l'Académie royale de musique; il était orné de tout son spectacle et de deux décorations nouvelles : l'une représentant une gloire, l'autre un lieu désert et pittoresque sur le bord de la mer. Première représentation en octobre 1791. — En 1792, Dutarque, élève de Barré, a débuté dans ce ballet par le rôle principal.
La Fête de Sophie, ou les Deux Amis soupçonnés criminels, grand ballet-pantomime en trois actes, orné de tout I. 18
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son spectacle, luîtes et combats, et d'un pas de quatre sabotiers exécuté par des enfants. Ce ballet, de la composition de Barré, de l'Académie royale de musique, a été donné pour la première fois en février 1792.
Les Marchandes de Modes, grand ballet-pantomime en un acte. Première représentation en octobre 1791. A la deuxième représentation. Desfossés, haute-contre, a chanté dans ce ballet l'arietle du Malheur d^ Auguste, victime d'OEdipc à Colonne , et M"* Vauquelin la jeune une romance de Renaud d' Ast. Aux six représentations suivantes, ces deux artistes ont fait entendre une nouvelle ariette et une nouvelle romance.
CONCERTS. — Il n'y eut pas, à proprement parler, de concerts au Théàtre-des-Arts, Voici ce que nous placerons cependant sous ce titre :
Entre les pièces on entendait souvent des solistes : en mai. Landes, première clarinette du régiment de Salis, exécuta un concerto de Michel ; — Delange, clarinette de l'orchestre, a exécuté une autre fois un concerto également de Michel ; — Schneider père et fils ont donné sur le cor une symphonie concertante; — Kuntz a exécuté un concerto de violon de Jarnovict ; — Griot, premier violon du spectacle, a joué un concerto de Viotti ; — enfin, Voyls a fait entendre un concerto de flûte, une sonate et de petits airs variés de sa composition.
Un musicien de Londres, nommé Devvrelle, a fait connaître, en décembre 1791 et dans le mois suivant, son talent tout spécial sur le violoncelle par plusieurs airs variés, dont une sonate de sa composition; il a chanté en outre une arieite en s'accompagnant, et une scène bouffonne dans laquelle il a imité dix sortes d'instruments.