PAUL
Mon pauvre âme être interdite De tous vos bons sentiments; Chacun de nous les mérite :
Nous frères dans tous les temps.
On rappelle Le tambour bat, je vous quitte...
Adieu, pour dernière fois :
Toujours opéir aux lois !
On donnait, avec les Regrets du cœur, la comédie la Fausse Agnès, et le spectacle était terminé, vu le départ du régiment, par la troisième et dernière représentation de Mirza et Lindor, grand ballet pantomime (probablement des soldats y figuraient; cependant ce ballet a encore été dansé peu de temps après).
Pendant la représentation, les officiers qui étaient dans les loges se sont levés pour remercier le public des applaudissements sympathiques qu'il ne cessait de faire entendre; beaucoup de soldats pleuraient. On a demandé et obtenu une deuxième représentation pour le lendemain , afin d'honorer davantage ce régiment auquel la garde nationale offrit un drapeau au moment de son départ. — En décembre de la mé^ne année, le régiment de Salis-Samade passa par Rouen, et le soir, au théâtre, l'accueil le plus flatteur fut encore fait aux officiers, sous-officiers et soldats qui assistaient au spectacle.
Le second incident est un acte de bienfaisance. Dans le mois de septembre 1791, en l'absence des troupes de ligne, vingt jeunes gens de la ville s'offrirent pour faire les évolutions militaires dans la Liberté conquise ou le Despotisme renversé, joué par Saint-Prix et Naudet, et cependant ils prirent des billets de parterre afm que la recette n'en souffrît pas. Alors, par un combat de délicatesse entre ces jeunes gens et la direction, le prix de leurs places fut destiné aux pauvres, et l'un des jeunes gens le remit au bureau central de charité (établi en la maison commune, rue Saint-Lô) sans vouloir prendre de reçu.
La présence des artistes de la capitale n'empêcha pas la politique de se faire jour au théâtre. Le 31 mars 1792, entre les deux pièces, un cri presque unanime demanda l'air Ça ira! l'orchestre l'exécuta sur le champ; alors on manifesta le désir de voir arborer dans la salle le drapeau de la nation, et soudain il fut apporté au bruit de la musique qui jouait l'air de Lucïle, opéra: Où peut-on être tnietix qu'au sein de sa famille I Le sieur Bosquet, régis-
seur, s'avança sur le théâtre ; on demanda que le drapeau fût placé dans la salle, ce qui fut exécuté sur le champ, au bi'uit des airs : Ça ira! et Vive Henri IV, Cette inauguration, qui fut faite à l'imitation de Paris, Strasbourg et Bordeaux, se passa avec calme et dignité.
A l'époque dont il est ici question, le spectacle commençait de très-bonne heure. Ainsi, le ik avril 1791 on annonçait que le spectacle commencerait immédiatement après la cérémonie publique. Or, cette cérémonie publique était l'entrée h Rouen de Charrier de la Roche, évêque métropolitain des côtes de la Manche, par conséquent évêque de notre département. — De même, le dimanche 15 mai 1 791, l'afiiche prévenait qu'on ne commencerait le spectacle qu'après la revue. — Le 18 septembre de la même année, le fait est encore plus clairement énoncé : « Vu la revue, le spectacle ne commencera qu'à six heures et demie. » On sait que ce jour-là on donnait un à-propos relatif à l'heureuse acceptation du roi (voir les pièces de circonstance).
Enfin, et ce n'est pas l'incident le moins curieux de l'époque révolutionnaire qui nous en fournira tant d'autres, la direction a battu monnaie au mois de février 1792. On sait peut-être que la municipalité de Rouen a patroné alors une association patriotique qui, pour remplacer les divisions et subdivisions du numéraire habituel disparu presqu'en totalité de la circulation, échangeait gratuitement les assignats et émettait des billets; le capital destiné à la garantie de ceux-ci était déposé dans une caisse placée dans l'enceinte de la maison commune, les membres de l'association ne retirant aucun intérêt de leur mise.
Sur les entrefaites, un des entrepreneurs de la comédie de Rouen a émis des billets de cinq sols portant une légende pareille à celle des bons de l'association dont nous venons de parler, c'est-à-dire les mots : Association patriotique.
En présence de ce fait, la municipalité a invité , le k février 1792, les habitants de Rouen à se tenir en garde contre une émission dont elle ne connaissait ni les associés, ni leur solvabilité, ni aucun fonds destiné à la garantie de leurs billets. L'identité de la légende justifiait bien cet avis du conseil municipal.
L'association patriotique de la comédie de Rouen a répondu d'une manière péreraptoire, en annonçant que tous ceux qui possédaient des bons do cinq sols émis par elle pouvaient se présenter au bureau de recelte des troisièmes loges de la comédie, tous les matins, depuis neuf heures jusqu'à midi ; on les rembourserait en bons de 6 livres, 3 livres, 30 et 20 sols de Rouen et assignats de 50 livres, conformément à la promesse mentionnée sur les bons.
284 THKATKE
Année théâtrale 1792-1793.
La réouverture du théâtre de Rouen , fermé depuis douze jours seulement, a eu lieu le samedi Ik avril 1792, par le Philosophe marié, ou le Mari honteux de Vêtre , comédie en cinq actes et en vers, de Destouches, et VEpreuve nouvelle, comédie en un acte et en prose, de Marivaux.
Interprète de la direction Cabousse, Bérard a prononcé, au lever du rideau, le compliment d'usage, dont voici quelques passages :
« Messieurs,
« Une nouvelle carrière dramatique va s'ouvrir pour vos amusements.
« Les sujets destinés à la parcourir sont jaloux de vos sufl'rages; ils savent que l'artiste auquel vous les accordez peut se vanter à bon droit de son talent.
« Je ne viens point ici, messieurs, faire 'parade d'un zèle auquel vous ne croiriez peut-être pas.
« Nos travaux constants et soignés, le choix de nos pièces, le beau genre de comédie enfin qui vous convient, voilà sans doute, si nous vous tenons parole, le compliment le plus agréable et le plus flatteur.
(c Vous parler de vous, messieurs, et de votre goût éclairé dans tous les arts, c'est répéter ce qu'on vous a dit cent fois, et ce que personne n'ignore. Mais j'en ai parlé à mes nouveaux confrères ; je les ai maintenus dans
DE ROUEN. niy
h haute opinion qu'ils avaient devons : je leur ai dit que la médiocrité trouvait en vous un juge inexorable, que vous étiez quelquefois sévères pour les talents faits; mais que vous enflammiez par vos encouragements ceux à qui vous soupçonniez les moyens d'acquérir encore. Pouvais-je mieux les assurer de votre indulgence? Car quel est l'artiste qui, chaque jour, ne fait pas de nouvelles découvertes dans son art?
» Jls vont donc paraître devant vous avec le désir et l'intention de bien faire. J'ai osé les encourager tous; car qui plus que moi pouvait parler avec sentiment des honorables bontés dont vous m'avez si souvent comblé?»
Les débuts ont commencé dans les deux pièces de la soirée d'ouverture; ils ont continué le lendemain dimanche et les jours suivants pour la tragédie, le drame et la comédie, dans {'Habitant de la Guadeloupe, les Jsux de V amour et du hasard, ou Arlequin maître et valet, Tartufe, le Dépit amoureux, Mélanide, comédie en cinq actes et en vers, par La Chaussée, qualifiée quelquefois de drame; le Joueur, Don Juan, ou le Festin de Pierre, VEcole des maris, Eugénie, drame en cinq actes et en prose, de Beaumarchais ; la Faiisse Agnès, ou le Poète campagnard, le Père de famille, Zehnire, enfin Phèdre et Hippolytv. En même temps , M"" Parisot , première danseuse , s'est essayée, avec quelque succès, dans 7 arrw/e, rôle de Marianne, et dans la Jeune Indienne, comédie en un acte et en vers, de Chamfort.
Les débuts d'opéra ont été faits dans : la Belle Arsène, Bose et Colas, la Fausse magie. Biaise et Babet, V Amant statue, Sargines, Alexis et Justine, la Mélomanie, enfin VEpreuve villageoise.
Îi86 THÉÂTRE
Pour le ballet, un pas russe a servi de début à M"* du Chaumont, élève de l'Opéra de Paris.
La troupe a été composée ainsi qu'il suit :
Pour la comédie, artistes nouveaux : Beauval, premier rôle; Dubreuil, jeune-premier; Colson, troisième rôle à la place de Laclienée, qui a échoué dans ses débuis; Delval, grande utilité; M^"*" Valmore, deuxième premier rôle, grande utilité ; M'"*^' Beauval et Ménonval, utilités; M"" Brulo, jeune-première; iM"* Gonlhier, soubrette. (M"* Bernard, qu'elle remplaçait, était engagée au théâtre Louvois. Le bruit a couru à Rouen, en juillet 1792, que M"* Bernard ayant échoué à Paris, en était morte de chagrin. Dubuisson, administrateur général du théâtre Louvois, écrivit pour assurer qu'au contraire M"" Bernard remplissait avec succès les rôles d'ingénuité et de première amoureuse.) — Artistes restants : Valmore, Ménonval, Bérard, Prin et M"" Dufresne. Il faut savoir que Berard, quittant son emploi, a pris cette année les valets. Pour faciliter les débuts, il joua encore le rôle de Tartufe, puis débuta lui-même par le rôle de Gros-Iléné du Dépit amoureux, de Sganarelle de Don Juan et d'Hector du Joueur. — M"* Parisot jouait accidentellement la comédie.
En novembre. M™" Valmore a changé d'emploi et a débuté dans Turcaret pour tenir celui qu'on appelait emploi des caractères.
Pour l'opéra, artistes nouveaux : Duberneuil, première haute-contre; Dupuis, haute-contre; Guvillier, deuxième basse; Desromains, trial; M'^'* Micallef, duègne; M ""^ Duberneuil, deuxième duègne. — Artistes restants: Lecoutre, Fleury, Manyer, M"'' Pauline, première chanteuse;
DE KOUKN. '287
M"* Lecoutre, dugazon; M"'' Delisle , dugazon-corset, c'est-à-dire les jeunes filles.
Desfossés, première liaute-contre, est rentré en septembre seulement dans le Devin de village et le Nouveau Don Quichotte, opéra bouffon en deux actes, deBoissel et Champein.
Le mois précédent. Bourgeois, haute-contre, a débuté dans VAmant statue, Biaise et Babet et le Devin de Village.
Pour le ballet : Barré, M""' Parisot et du Chaumont.
LA POLITIQUE AU THEATRE. — Dorénavant nous ne trouverons pas seulement des pièces de circonstance, mais encore nous rencontrerons un grand nombre de faits relatifs à la politique; aussi devons-nous élargir notre cadre pour y faire entrer tout ce qui touche aux événements révolutionnaires.
Dans l'espace de douze mois la même pièce, la même allusion pouvaient être accueillies diversement. Ainsi, à propos de Pierre-le-Grand, opéra, qui a été donné en avril et en juin 1792, les Rouennais se montrèrent fort irrités contre M""' Lecoutre, chargée du rôle principal (Catherine), qui substitua le mot Français au mot sujets. M"* Lecoutre, pleine de déférence pour le public, s'empressa de se justifier : « Cette substitution, dit-elle, a été « faite par M"^ Rousselois elle-même au mois de mars 1792 « et le 21 avril suivant par M"' Pauline, et lorsque ces « changements sont faits par des acteurs de Paris, nous « nous y conformons, parce qu'il est à présumer qu'ils le « sont avec l'agrément de l'auteur. » Or, voici le couplet que chante Catherine et sur lequel roulait le débat :
2XR THÉÂTRE
CATHERINE {(lU puMic).
En célébrant un empereur
Que son peuple chérit, révère,
Chacun de nous sent que son cœur
Lui nomme notre auguste père.
Si, par ses travaux assidus,
Pierre fit fleurir son empire,
Louis, par ses grandes vertus,
Force tous les Français à dire :
Béni soit à jamais
Notre prince dont la tendresse S'occupe sans cesse Du bonheur de ses sujets! (1)
En tout cas, la substitution était insignifiante, et tant de bruit pour rien prouve combien, à cette époque, était grande la susceptibilité du public.
La même remarque pourrait être faite à propos de V Anglais à Bordeaux, comédie représentée en mai 1792, qui l'ut bien accueillie , parce qu'à cette époque la France n'était pas en guerre avec l'Angleterre (voyez page 7). Cette pièce de circonstance, qui datait de 1763, était donnée quand la France avait l'Angleterre pour alliée et chaque fois que la paix était signée entre les deux peuples. Aussi ne la vit-on plus figurer sur l'affiche à partir de février 1793, la Convention nationale ayant déclaré la guerre au roi d'Angleterre.
Les dates ont ici la plus grande importance ; nous suivrons donc ponctuellement l'ordre chronologique.
(1) Pierre-le-Grand, Tours, imprimerie Legier, 1790.
11 Mai 1792. — Première représentation d'un ballet, appelé Ballet patriotique , analogue aux circonstances où l'on se trouvait, c'est-à-dire à la guerre contre le roi de Bohême et de Hongrie qui avait refusé de renoncer au concert des puissances liguées contre la France, à savoir la Prusse, la Suède, la Russie et l'Espagne. Ce ballet était composé sur les airs patriotriques les plus populaires, et rempli de manœuvres, d'évolutions et de marches militaires. Ce qui a fait choisir le 11 mai pour cette représentation, c'est qu'il y avait ce jour-là en passage b. Rouen : 1° le 3" bataillon des volontaires de la Seine-Inférieure, venant de Dieppe et allant à Lorient, d'où il devait s'embarquer pour la Martinique; 2» un bataillon des volontaires d'Ille-et -Vilaine.
14 Juillet. — A cette date fut célébrée la cérémonie annuelle de la Fédération du district de la ville de Rouen. Le soir, on a eu soin de donner au théâtre la Famille patriote, ou la Fédération nationale, comédie ornée de tout son spectacle et d'évolutions exécutées par les jeunes enfants de la garde nationale.
15 Juillet. — Même spectacle avec le ballet patriotique (c'était un dimanche).
24 Août. — On a composé un spectacle demandé par les volontaires de Lorient : la Mort d'Abel, tragédie ; la JfJélomanie, opéra, et un ballet nouveau.
10 Septembre. — Le Déserteur, drame, après lequel MM. les volontaires du 4* bataillon national de la Seine-Inférieure ont exécuté des évolutions militaires. Ce bataillon se composait de huit compagnies de soixante-douze hommes chaque, et devait partir le lendemain pour Meaux ; un détachement seulement a paru sur la scène. La prestesse et I. , 19
290 TIlEATiU':
la précision qu'il a montrées dans les raouvemenls ont soulevé des applaudissements unanimes.
17 Septembre. — Spectacle pour les frais de la guerre, composé de Raoul Barbe - Bleue et de la Mélomanie. Ghesnard, de la Comédie-Italienne, a joué dans ces deux opéras, et le produit de la recette, 1,/|67 livres 5 sous, a été porté à la municipalité.
21 et 29 Septembre. — Bruius, tragédie.
22 Septembre. — Première représentation de la Mort de Dillon, fait historique en trois actes et en vers, par Béville, citoyen de Rouen (Théobald Dillon avait été tué par ses propres soldats dans la fatale journée de Tournai). Cette pièce, ornée de tout son spectacle et d'évolutions militaires, retraçant une des actions de la guerre de la liberté, était à l'ordre du jour; elle a été fort applaudie et a valu une ovation à l'auteur. L'année suivante, des voleurs se sont introduits chez Béville, qui demeurait rue Pavée, n" 27, et, entre autres papiers, ils lui ont pris le manuscrit d'une pièce de théâtre en trois actes et en vaudevilles ; infortunés voleurs ! !
3 Octobre. — Première représentation des Dangers de l'opinion, drame en cinq actes et en vers, de Laya. II n'est pas question dans cette pièce de l'opinion polilique, mais de celle qui flétrit le fds d'un condamné; cependant l'état des esprits lui imprima un cachet d'actualité.
16 Octobre. — A la demande des volontaires de Brest, h Mort de Dillon, fait historique, et le Grondeur, comédie en trois actes et en prose, de Brueys.
18 Octobre. — A la demande de MM. les volontaires de Lorient et de Brest, Brutus, tragédie, et les Deuv petits iSavoyards, opéra.
DE IIOLJEN. 291
2k Octobre. — Conformément au décret de la Convention nationale, à la date du 28 septembre précédent, on a célébré à Rouen, en grande pompe, les succès de nos armes en Savoie, et le soir au théâtre on a donné la Mort de Dillon.
29 Octobre. — Mucius Scœvola au camp de Porsenna^ mélodrame.
7 Novembre. — Première représentation du Départ des volontaires villageois, comédie en un acte et en prose, mêlée de vaudevilles, par Lavallée, ancien capitaine au régiment ci-devant de Bretagne. Dans cette pièce il était question de la proclamation de la république, d'une fête patriotique à celte occasion, d'un Te Deum de la révolution, du roi de Prusse, du duc de Brunswich et de l'hymne des Marseillais.
17 Novembre. — Première représentation de V Offrande à la Liberté, scène religieuse composée de l'air Veillons au salut de VEmpire et de l'hymne des Marseillais, arrangée par le citoyen Gossec. Le spectacle se terminait par Bruîus, tragédie.
19 Novembre. — Deuxième représentation de Y Offrande à la Liberté, avec Mucius Scœvola, ou le Volontaire Romain, mélodrame en un acte et en vers, par une société d'hommes libres, musique du citoyen Granier. Lors de la première représentation à Rouen de ce mélodrame, on avait annoncé qu'il était composé par des amateurs de Rouen et que la musique était de M. Granier, musicien de l'orchestre.
26 Novembre. — Reprise du Comte de Waltron, ou la Discipline militaire du ISord, drame orné de tout son spectacle et d'évolutions militaires exécutées par les
citoyens de la garde nationale, « Prestesse, aplomb, justesse, précision , rien ne s'est laissé désirer dans ces évolutions, w
28 novembre. — La garde nationale de Rouen figure pour la seconde fois dans le Cointe de WaUron.
10 Décembre. — La représentation de VOrphelin anglais, pièce qui prête à des allusions favorables à la royauté, a causé un tumulte affreux. Quand la femme de Thomas a dit en scène à son mari qu'elle venait de parler au roi, des applaudissements ont éclaté, et en même temps des sifflets et les cris la Marseillaise ! Ça ira! Caboussef On a, dans la salle, dansé et chanté la Carmagnole, à tel point que l'on n'a pu finir la pièce l'Orp/ieim anglais, une partie du public demandant même qu'elle fût brûlée sur le théâtre. Le bruit s'est prolongé pendant les Visitandines, quoique ce fût la première représentation de cet opéra, dont le succès, à Rouen, ne date pour ce motif que de la deuxième audition.
19 Janvier 1793. — Première représentation du Siège de Rouen, ou le Dévoûnient de Blanchard, capitaine des bourgeois sous Charles VI, fait historique en cinq actes et en vers, ouvrage dédié aux citoyens de Rouen par le citoyen Vieillard (Boismartin).
Deux jours auparavant, l'auteur adressait à ses concitoyens, par la voie du journal, la préface suivante :
Vauîeur du Siège de Rouen à ses concitoyens.
<( Concitoyens, je me suis proposé, dans l'ouvrage que je vous présente, d'approprier les mœurs publiques à l'esprit d'une constitution libre. Guy Le Bouteiller, gouverneur de la ville et château de Rouen en 1418, ouvre la
DE ROUEiN. 293
scène avec son confident; il haïssait niorlellement Blanchard, le chef et le héros des bourgeois de Rouen. Ce fut Guy qui trahit vos ancêtres : son caractère doit donc fortement contraster avec le caractère de Blanchard. Dans la première scène du premier acte, Guy trace avec son confident le plan de la ville de Rouen et du généreux Blanchard.
« Vous sentirez dès-lors que le langage de Guy doit avoir une parfaite conformité avec son caractère. Je ne puis mettre le langage du patriotisme dans la bouche d'un homme qui méprise, hait et trahit le peuple. »
On a beaucoup applaudi quelques vers en forme d'adage, tels que ceux-ci :
On n'est pas sur le trône à Tabri du tonnerre (l). Qui ne cède qu'au sort, n'est qu'à demi-vamcu. Soixante ans de vertus valent bien des aïeux.
Les rôles principaux ont été remplis par : Beauval, Henri roi d'Angleterre; Valmore, le capitaine Blanchard ; M"" Dufresne, Constance. L'auteur, demandé à grands cris, a paru sur le théâtre et a été salué par des applaudissements frénétiques.
Antoine Vieillard, devenu, en 1793, maire de Saint-Lô, a écrit aux maire et officiers municipaux de Rouen la lettre suivante :
(1) Cette pensée a dû, le 19 janvier 1793, et surtout à la deuxième représentation, le 21 du même mois, produire su-r l'auditoire un effet véritablement dramatique.
294 THÉATUE
« 6 Octobre 1793.
« Très-chers concitoyens,
« Je vous adresse un exemplaire imprimé de la tragédie patriotique de Blanchard; les applaudissements qu'elle a reçus sur votre théâtre m'ont prouvé qu'il existe dans votre ville beaucoup de citoyens capables de marcher sur les traces de ce héros ; pour moi, très-chers concitoyens, je ne forme plus qu'un vœu, c'est celui de mourir comme lui plutôt que de survivre au bonheur de ma patrie.
« Vieillard. »
28 Janvier. — Première représentation du Siège de Lille, fait historique en un acte et en prose, paroles et musique de Kreutzer. Celte pièce retraçait la résistance des citoyens et de la garnison de Lille aux soldats de l'Autriche, quand, au mépris des lois de la guerre, le duc Albert de Saxe-Teschen fit bombarder cette ville en 1792.
9 Février. — Première représentation de V Apothéose de Beaurepaire, pièce en un acte et en prose, du citoyen Lesur, ornée de tout son spectacle, chants et marches. Cette œuvre était palpitante d'actualité. Beaurepaire, chargé de défendre Verdun contre les Prussiens, venait de se suicider pour éviter la honte de se rendre. La convention a fait transporter son corps au Panthéon.
16 Février. — Un opéra nouveau, intitulé Tout pour la Liberté, a été représenté pour la première fois.
TRAGÉDIE. — La pompe tragique devait plaire et plaisait beaucoup au milieu des grands événements de la révolution. On trouve, en effet, au répertoire les tragédies suivantes :
Adélaïde Dugnesclin. — Bnitus. — Çinna.
Le Comte d'Essex, en cinq actes, de Th. Corneille.
Fénélon, ou les Religieuses de Cambray, en cinq actes et en vers, par Ghesnier. Première représentation à ce théâtre le h mars 1793 (1). Valraore jouait Fénélon ; autres acteurs : Beauval, M"'" Dufresne, Valmore et Ménonval. On sait que cette tragédie rappelle un événement dont Fléchier fut le héros, mais que Ghesnier attribue à Fénélon, archevêque de Cambrai. On a applaudi un grand nombre de beaux vers, parmi lesquels doivent être cités les suivants :
La pitié qu'on inspire adoucit les malheurs. Le bien vient de Dieu seul et le mal vient des hommes. Le malheur qui n est plus n'a jamais existé. Dieu fit la liberté, l'homme a fait l'esclavage.
Gabrielle de Vergy. — Hypermnestre.
Iphygénie en Tauride, par Guimond de la Touche.
Mahomet. — Marins à Minturnes.
La Mort d'Abel, tragédie en trois actes et en vers, de Legouvé, ornée de tout son spectacle. Première représentation en juillet 1792. Valmore jouait Adam, Beauval Gain, Dubreuil Abel, M"« Dufresne Eve, M™' Valraore Mehala , et M"* Brulo Thirza. Les applaudissements ont souligné ce vers, que le remords dicte à Gain : Un frère est un ami donné par la nature.
(1) Nous disons à ce théâtre, parce que depuis le 2 février précédent il y avait à Rouen un autre théâtre : le Nouveau Théâtre-Français, et que précisément Fénélon y avait été représenté la veille.
Ce vers, tant de fois parodié dans des ouvrages légers, contient une pensée qui n'est pas de Legouvé; elle appartient cl un auteur indien.
OEdipe chez Admète, par Ducis.
Phèdre et Hippolyte. — Philoctcte.
Roméo et Juliette. — Sémiramis.
Tancrède. — Zaïre. — Zelmire.
En tout, dix-neuf tragédies représentées dans l'année, dont deux nouvelles.
DRAME. — On a représenté Jmclie et Mom-ose , les Deux amis et Beverleij ; mais il ne faut pas oublier qu'on a donné d'autres drames, dont nous avons parlé à propos de la politique ou des débuts,
COMÉDIE. — La direction Cabousse a maintenu à la scène les comédies pour ainsi dire classiques dont les noms suivent :
Amphitryon. Les Femmes savantes.
Le Barbier de SéviUe. Les Folies amoureuses.
Les Châteaux en Espagne. La Folle journée. Le Dépit amoureux. Le Glorieux.
Le Dissipateur. Les Jeux de l'amour et du
Don Juan. hasard.
L'Ecole des Femmes. Le Menteur.
UEcole des Maris. La Métromanie.
L'Ecole des Pères. Le Misanthrope.
L'Etourdi. Nanine.
Les Etourdis. Tartufe.
La Fausse Agnès. Turcaret.
Le Distrait, en cinq actes et en vers, par Regnard.
Le Légataire universel, idem.
Le Joueur, idem.
Le Méchant, en cinq actes et en vers, par Gresset.
\J Enfant prodigue, ou V Ecole de la jeunesse, en cinq actes et en vers, par Voltaire.
D'autre part. le répertoire a été enrichi d'un certain nombre de comédies oltertes pour la première fois au public rouennais, ou dont la reprise a mérité une mention spéciale, savoir :
VAndrienne, comédie en cinq actes et en vers, de Térence, traduite et mise au théâtre français par Baron, Première représentation de la reprise en mai 1792. Acteurs : Valmore, Lecoutre, Bérard, Dubreuil, M""' Dufresne et Gonthier. A l'exception de Bérard , ils portaient, au lieu d'un costume grec, des habits à la française, des perruques à bourse et des chapeaux à plumets ; ils s'en excusèrent en disant que la même chose se faisait à Paris.
Le Cadeau, ou les Etrennes vivantes, folie en un acte et en prose, par Patrat. Première représentation le 1" janvier 1793.
Marianne et Dumont , comédie en trois actes et en prose. Première représentation en décembre 1792, M"^ Dufresne jouait madame Dumont.
Le Mystérieux, comédie en cinq actes et en vers, par le citoyen Ménonval, financier de la troupe du théâtre. Première représentation en janvier 1793. L'auteur a été demandé et applaudi. C'était en effet la première fois que ce caractère était traité sur la scène française, tandis que Cumberland, poète anglais, avait donné au théâtre de Londres le Mari mystérieux (the Mysterious husband), qui avait eu un grand succès.
298 THÉATHE
Le Retour du mari, comédie et un acte et en vers, de de Ségiir. Première représentation en août 1792.
On a donné aussi pendant cette année théâtrale :
VAinant auteur et valet, comédie en un acte et en prose, de Ceron.
UAjnant bourru, — Les Bourgeoises de qualité.
Le Bourru bienfaisant. — Cèphise.
Le Consentement forcé . — La Coquette corrigée.
Les Dangers de C absence. — Dupuis et Desronais.
L'Epoux par supercherie. — h' Epreuve réciproque.
Les Fausses infidélités, comédie en un acte et en vers, par Barthe.
La Feinte par amour. — La Femme jalouse.
Le Français à Londres, en un acte et en prose, par de Boissy.
La Gageure imprévue, en un acte et en prose, par Sedaine.
La Goucernante. comédie en cinq actes et en vers, par Nivelle de la Chaussée.
V Homme du jour. — \J Impromptu de campagne.
Le Mariage secret.
Les Maris corrigés, en trois actes et en vers, par de la Chabeaussière.
Le Mercure galant, ou la Comédie sans titre, en quatre actes et en vers, par Boursault.
V Obstacle imprévu.
Le Procureur arbitre , en un acte et en vers, par Ph. Poisson.
La Pupille.
Les Rivaux amis, comédie en un acte, de Forgeot.
Le Somnambule.
Tom Jones à Londres. — Tom Jones et Fellamar.
Le Triple mariage. — Les Trois frères rivaux.
Le Tuteur.
Les Vacances des procureurs, comédie en un acte et en prose, par Dancourt, ornée de sa marche et vaudeville et terminée par un ballet.
OPÉRA. — Nous aurions pu appeler l'année précédente Tannée de Paul et Virginie. Ce genre de locution est fréquent en langue théâtrale ; appelons celle-ci l'année des Visiiandines. C'est en effet, au milieu des nouveautés et des reprises, cet opéra qui domine, surtout au point de vue du succès populaire et du temps pendant lequel il est resté au répertoire. Voici du reste la liste des œuvres lyriques non citées dans d'autres chapitres de cet exercice :
L'Amant jaloux, par d'Helle et Gretry.
L'4mi de la maison. — U Amitié à V épreuve.
U Amoureux de quinze ans, ou la Double fête.
Biaise le Savetier.
Camille, ou le Souterrain, en trois actes et en prose, par Marsolier, musique de Dalayrac. L'auteur du libretto a rais dans la bouche d'une mère ces belles pensées :
0 ciel ! dans ma douleur amère Je dois respecter tes décrets.
Si nos pleurs ne coulaient jamais II serait trop doux d'être mère.
Dors, cher enfant... Que je l'embrasse!
Ah ! tout dit à mes sens ravis Qu'il n'est pas de maux que n'efface Un baiser qu'on donne à son fils.
Celle pièce, mêlée d'arieltes, décorée quelquefois du tilre d'opéra, a été représenlée pour la première fois à Rouen en septembre 1792. Acteurs : Duberneuil, Dupais, Desromains, Fleury, Cuvillier, M""" Lecoulre, Delisle (rôle d'Adolphe) et Sophie. Cette dernière avait paru, le mois précédent, dans le rôle de la Française de la Caravane du Caire, en l'absence de M"^ Delisle.
Le Comte d" Albert et sa suite.
Le Déserteur. — Les Dettes. — Les Deux avares. ' Les Chasseurs et la Laitière. — Les Deux tuteurs.
Le Devin de village, avec une décoration nouvelle représentant un village, composée et peinte par Guingret le jeune.
La Dot. — Le Droit du seigneur.
Les Evénements imprévus.
Le Faux lord , opéra en deux actes et en prose , de Piccini fds, musique de Piccini père. Première représentation de la reprise en mai 1792.
Les Femmes vengées. — Lucile. — Le Magnifique.
Le Mariage clandestin. Première représentation en février 1793.
Les Mariages samnites.
Le Maréchal. — Le Maréchal ferrant. — Nina.
Œdipe à Colonne, opéra ou tragédie lyrique, en trois actes, paroles de Guillard, musique de Sacchini, orné de tout son spectacle et ballets, Première représentation en juillet 1 792. Lecoulre jouait le rôle d'OEdipe, Cuvillier celui de Thésée, M"' Pauline celui d'Antigone, M"* Delisle celui d'Eriphile, enfin Duberneuil celui de Polinice.
Panurge dans File des Lanternes, par Morel et Gretry, reprise en octobre 1792.
Paul et Yit'ginie, opéra en trois actes et en prose, par
Favières, musique de Kreutzer, orné de tout son spectacle, repris en août 1792 et joué une fois en janvier 1793, en présence du citoyen Kreutzer,
Les Pécheurs. — Les Prétendus.
Pygmaîion, scène lyrique de J.-J. Rousseau.
Raoul sire de Créqui.
Benaud d'Ast. — Les Rigueurs du cloître. — La Rosière.
La Servante maîtresse. — La Soirée orageuse. — Le Soldat magicien.
Le Sorcier, opéra en deux actes et en prose, par Poinsinet et Piiilidor.
Stratonice, opéra en un acte, par Hofîraann et Mehul. Première représentation en novembre 1792 : c'est l'anecdote grecque d'Antioclius et de Stratonice.
Le Tonnelier. — Les Trois ferîniers.
Les Visitandines, opéra-comique en deux actes et en prose, de Picard, musique de Devienne. Première représentation le 10 décembre 1792. On a surtout applaudi le rondeau : Enfant chéri des dames. On a vu que cette soirée a été très-orageuse {voyez page 292).
Zémire et Azor.
BALLET. — Le ballet, en honneur durant les années précédentes, fut au contraire très-négligé pendant cette campagne ; les seules nouveautés ont été un pas russe, le grand Ballet patriotique de 1792 et un divertissement de la composition de Barré. Ajoutons toutefois que presque tous les soirs le corps du ballet dansait à la fin du spectacle.
CONCERTS. — Au mois d'août 1792, Rode, virtuose de Paris, qui donnait alors des concerts dans la salle des
Consuls, a exécuté sur le théâtre, entre deux pièces, un concerto de la composition de Violti. — En novembre, le citoyen Rethaller le jeune a fait entendre de même un concerto de corno-basseto, instrument inconnu à Rouen. — Dans le même mois et en janvier 1793, le citoyen Rethaller, musicien du spectacle, a exécuté un concerto de clarinette.
Nous avons hâte d'arriver aux vrais concerts. Le premier de l'année théâtrale date du mois de mai 1792 ; il a été donné par Punto, premier cor du concert spirituel de Paris, qui y a exécuté plusieurs morceaux de sa composition. En voici le programme : 1° symphonie de Haydn, par l'orchestre; 2" grand air de Diclon : Ah! que je fus bien inspirée, chanté par M"* Pauline ; 3° sonate de Krumpholtz, sur la harpe, par M"^ Moliex; h" ariette chantée par Cuvillier; 5" duo A'Oreste et Pilacle , par Cuvillier et Dupuis; 6° un quatuor de cors exécuté par Punto. — Le concert a fini par de petits airs (sic).
Un second concert vocal et instrumental a été donné au théâtre, en juin de la même année, par Punto. C'était à peu près le même programme , sauf deux ariettes italiennes chantées par M™* Schneider.
Punto a organisé un troisième concert divisé en deux actes — comme on disait alors — dans une des salles des Consuls ; puis en novembre , un quatrième dans la même salle, avec le concours de quelques-uns des artistes du théâtre. Toutefois, nous tenons à fixer l'attention sur ce dernier pour un tout autre motif, parce que Boïeldieu y a exécuté sur le forte-piano un nouveau concerto de sa composition. Dans le compte-rendu de cette soirée, un critique a écrit ceci : u La satisfaction publique n'a pas
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moins distingué M. Boïeldieu ; on a remarqué avec intérêt qu'il exécutait très-nettement sur le forte-piano la volubilité. Ce jeune artiste oflYe les plus grandes espérances, quand l'expression, fruit d'un travail exercé, viendra embellir son talent du coloris des charmes de l'art. «
En décembre 1792, Puntoa donné un nouveau concert dans la salle des Etats à l'évècbé. Desfossés, première haute- contre du théâtre de Rouen, y a chanté une ariette de la composition de Boïeldieu.
Les citoyens Rode et Garât, dans un concert qui a eu lieu aux Consuls au commencement de janvier 1793, avaient chargé le jeune Boïeldieu de l'accompagnement sur le piano. « Ce jeune artiste, écrivait-on le lendemain, ne doit pas être oublié parmi ceux qui ont concouru à l'ensemble et à la perfection de ce concert. » A quelques jours de là, dans un deuxième concert offert encore aux Consuls par Garât et Rode, Boïeldieu exécutait une sonate de forte-piano , de sa composition , et ensuite un potpourri, également de sa composition. Aux mois de février et de mars suivants, Garât et Rode se sont fait entendre à plusieurs reprises dans la salle de la bibliothèque des ci-devant Cordeliers (rue des Cordeliers) et à la ci-devant Chambre des Comptes, rue des Carmes. Boïeldieu était au nombre des exécutants pour la partie instrumentale. — Enfin, le 29 mars, le lendemain de la clôture du théâtre, un grand concert spirituel a réuni, dans la salle de la rue des Carmes, la citoyenne Rousselois et les citoyens Garât, Punto, Rode, Boïeldieu et un amateur de Rouen.
Mais rentrons au théâtre après cette digression que justifie l'intérêt que nous portons â fout ce qui touche Boïeldieu et ses œuvres immortelles.
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La salle du grand spectacle, arrangée en redoute, a été ouverte le 13 février 1 793 pour un concert spirituel, vocal et instrumental au bénéfice du citoyen Punto et du citoyen Kreutzer, violoniste et compositeur en renom, avec le concours de la citoyenne Pauline et du citoyen Desfossés. Le forte-piano était tenu non par Boïeldieu, mais par le citoyen Broche, organiste de l'église Notre-Dame à Rouen.
REPRÉSENTATIONS EXTRAORDINAIRES. — L'aunéC 1792-
1793 n'était pas propice pour engager des artistes étrangers; cependant elle a fourni encore quelques belles soirées.
Chesnard, acteur de la Comédie-Italienne, qui, le 17 septembre 1792, avait chanté dans une représentation pour les frais de la guerre, s'est fait entendre le lendemain dans la Colonie et dans Félix, ou VEnfant trouvé.
Au mois de décembre suivant, Dumas, acteur du Théâtre-Français delà rue Richelieu, a joué le rôle d'Ylus dans Zelrniie, tragédie, et celui de Raoul de Couci de Gabrielle de Vcrgy. tragédie.
A la fin de mars 1793, à l'époque ordioaire des grandes représentations. M"* Rousselois, actrice de l'Opéra, a chanté dans Camille, ou le Souterrain, le Tableau parlant, Didon, Ariane abandonnée, Euphrosine , la Caravane du Caire, Sylvain, le Devin de village, Œdipe à Colonne, Iphigénie en Aulide, enfin les Visitandines. Dans ce dernier ouvrage, le citoyen Punto, premier cor du concert spirituel de Paris , a accompagné l'ariette de cor de chasse.
Bientôt à M'^« Rousselois est venu se joindre Chéron, également artiste de l'Académie de musique de Paris, et
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il a paru avec elle dans Ariane, Didon, la Caravane^ le Devin, Œdipe à Colonne et Iphigénie en Aulide.
Le 28 mars 1793, pour la clôture de l'année théâtrale, on Si donné Roland furieux, suivi d'Ariane abandonnée dans Vile de Naxos. Les acteurs de Paris ont joué dans les deux opéras.
Voici quelques renseignements inédits relatifs àM"^ Rousselois, qui faisait, en 1793, les délices du parterre rouennais. Trente ans plus tard, elle était une duègne trèsdistinguée, que Bernard, directeur du théâtre de Bruxelles, avait eu le bonheur de s'attacher. C'était en 1823, et, malgré son âge, la duègue redevenait parfois chanteuse et paraissait dans les Voitures versées et la Fausse magie ; dans la Fausse magie, quand l'artiste chargé de dire : « Ah ! voilà de nos femmes, on n'en fait plus comme cela », avait terminé cette phrase, le public, appliquant ces paroles à M'^' Rousselois , lui décernait plusieurs salves d'applaudissements.
Un jour, elle chanta dans un concert en même temps qu'une de ses filles, M'"« Lemesle, et qu'une première chanteuse légère, M"* Gazot ; quoiqu'elle eût de beaucoup dépassé la cinquantaine, elle eut, pour sa part, beaucoup plus d'applaudissements que les deux jeunes cantatrices. — Disons, de suite, qu'une autre de ses filles était M"" Fay, et qu'ainsi M'* Rousselois était grand'-mère de Léontine Fay.
M"^ Rousselois était une femme originale ; se fiant à ses rares moyens, elle se dispensait souvent d'assister aux répétitions ; quelquefois on se mettait à sa recherche, et on la trouvait péchant à la ligne, dans l'eau jusqu'à mi-jambe.
Quelques années plus tard, elle quitta le théâtre. I. 20
BÉNÉFICE DES HÔPITAUX. — Le saiiiedi 24 novembre 1792, la première des représentations au bénéfice des hôpitaux se composait du Départ des volontaires villageois, comédie, de Mucius Scevola, mélodrame, et d'Azemia, opéra; la deuxième, le mercredi 13 mars 1793, de Fénclon, tragédie, et du Départ des volontaires villageois. Le même jour, à la même heure, sur le nouveau Théâtre-Français de la place de la Poissonnerie, on jouait aussi Fénélon, le produit de la représentation étant destiné h subvenir à l'équipement des frères d'armes des bataillons du département,
BALS. — Le dimanche 17 février 1793, à la demande du public.^ l'administration a donné un grand bal (non masqué, bien entendu) à onze heures du soir, après le spectacle.
INCIDEN.TS.
Le l""^ mai 1792, un incendie terrible éclata (i Saint- Etienne-du-Rouvray, district de Rouen ; 120-1/10 bâtiments furent détruits, une femme et son jeune enfant périrent dans les flammes. Une souscription fut sur-le-champ ouverte à la municipalité et à la Société des Amis de la Constitution de Rouen. Le 3 mai, on donna, au bénéfice des incendiés de Saint-Etienne-du-Rouvray, Sargines, opéra, et la Partie de chasse de Henri IV, comédie. (L'abonnement de ce jour fut généralement suspendu et remis au 5 mai.) MM. les comédiens ont en outre consacré à cet acte d'humanité une journée de leurs appointements.
Le lendemain 4 mai, Cabousse, directeur du théâtre
âe Rouen, a remis h M. Lesieur, curé de Saint-Etiennedu-Rouvray, l,9/iO livres 10 sous, produit de la recette et de la générosité des artistes.
La conquête de la Savoie par l'armée française, en 1792, a donné lieu, comme nous l'avons dit plus haut, à une fête célébrée à Rouen, le 2k octobre de cette même année. On peut en lire le procès-verbal détaillé dans les registres des délibérations du conseil général de la commune de Rouen. Voici ce qui concerne le théâtre : « Au retour, les Savoisiens ont pris, avec quelques officiers îuunicipaux et notables, leur part d'un dîner patriotique préparé dans la salle du tribunal criminel. Après le dîner, ils ont été conduits au spectacle par plusieurs membres du conseil général, qui ne les ont quittés qu'à la fin. Le directeur, entrant dans les vues du conseil général, a substitué au spectacle qu'il avait annoncé le matin la Mo7-t de Villon et les Deux petits Savoyards, comédie mêlée d'ariettes. Les entr'actes étaient remplis par des cris de : « Vive la nation française ! » que ne cessaient de répéter les loyaux Savoisiens, qui, après le spectacle, ont monté sur le théâtre et ont prononcé, par l'organe de l'un d'eux, un discours qui a été vivement applaudi ; ensuite ils ont dansé en rond avec les acteurs et actrices. Une chanson savoyarde, chantée par l'un d'eux, a terminé cette fête civique. »
Nous n'étonnerons personne en constatant qu'à l'époque à laquelle nous reportons le lecteur le public se montrait bruyant dans les salles de spectacle. Une liberté voisine de la licence était tolérée dans celui de Rouen. — Les scènes du plus grand intérêt étaient fréquemment inter-
rompues par des cris et des défis portés entre le parterre et les loges. On poussait le désordre jusqu'à insulter ou contrefaire hautement l'acteur dont le rôle frondait un ridicule ou combattait des maximes dangereuses. Il n'était pas rare d'entendre de grotesques imitations du cri des plus vils animaux. Quand nous traiterons du service de la police des théâtres , nous mentionnerons les arrêtés pris successivement eu vue de mettre un terme à ces excès.
Lorsque l'on représentait des tragédies et en général les pièces où l'on observait l'unité de lieu, le passage d'un acte à un autre était marqué par une symphonie ; le souffleur élevant le bras au-dessus de la scène donnait le signal à l'orchestre.
Un Rouennais a émis à ce propos les idées suivantes :
(( Le meilleur moyen de conserver l'illusion théâtrale, relativement au souffleur, serait de lui cacher la tête à la faveur d'une caisse dont l'intérieur fût doublé en fer blanc, et dont l'ouverture, du côté des acteurs, fût plus large que le fond, lequel pourrait servir à poser les feuilles de musique du chef de l'orchestre.
« Au nombre des avantages qui résulteraient de cette disposition, il en est un principal, c'est que la voix du souffleur ne serait plus entendue des loges ni du parterre ; que, portée tout entière vers le fond du théâtre, sans se perdre latéralement, elle irait avec plus de force frapper l'oreille de l'acteur en défaut; tel est d'ailleurs l'usage consacré sur les théâtres de Lyon, de Nantes, de Bordeaux, et adopté déjà dans notre ville par le nouveau Théâtre- Français. »
Nous avons tenu à ne pas laisser dans l'oubli ce détail, quelque puéril qu'il puisse paraître.
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Il en est un autre d'un genre tout différent et surtout bien plus difficile à présenter à tous les lecteurs. Un sieur Bourgeois, haute-contre, débutant, comme nous l'avons dit, en août 1792, dans le Devin de village, se fit remarquer par un costume qui dessinait trop les formes, au point qu'on fut forcé de lui adresser des reproches à ce sujet. On fit observer au sieur Bourgeois que plusieurs années auparavant un comédien de Rouen s'était fait huer pour le même motif, et que les magistrats, alors chargés de la police, lui avaient imposé l'obligation de respecter le public, — Le croirait-on, nous retrouverons plus tard un semblable incident sur la seconde scène de Rouen ?
Le mardi-gras, en 1793 (12 février), s'est encore passé assez gaîment à Rouen, si on en juge par le spectacle de la soirée : le Malade imaginaire , avec la réception burlesque du médecin.