‹ Histoire complète et méthodique des théâtres de RouenChapitre 43 sur 55 · THEATRE DE U MONTAGNE · texte numérisé non relu

THEATRE DE U MONTAGNE

A la dénomination de théâtre de Rouen, donnée jusqu'alors il la salle de la porte Grand-Pont, a été substituée, le 18 noverabre 1793 (28 brumaire an II), celle de théâtre de la Montagne (1). En coasignant dès à présent ce changement de nom, nous évitons une subdivision inutile dans l'étude de l'année à laquelle nous sommes arrivé (2).

(1) Le nouveau Théâtre-Français de la place du Vieux-Marché s'est appelé alors théâtre de la République.

(2) Le calendrier aussi a changé pendant cette année. A partir du 7 octobre 1793, on a compté le seizième jour du premier mois de l'an II ; le septième jour du deuxième mois de l'an II s'est appelé septidi de brumaire, puissent venus frimaire, nivôse„ pluviôse, etc., etc.

THÉÂTRE DE MONTAGNE. 'Mi

Année théâtrale 1793-1794.

Cette année théâtrale, comprise tout entière sous la Terreur, et que l'on pourrait appeler l'année des Fêtes Décadaires, a été signalée par une foule de créations révolutionnaires, si l'on peut s'exprimer ainsi.

L'ouverture a eu lieu le l^' avril 1793 ; le théâtre n'est donc resté fermé que trois jours, ce qui n'a rien de surprenant, puisque Cabousse a conservé la direction.

La troupe de tragédie, drame et comédie est restée composée comme pendant la précédente campagne ; il n'y a eu que des rentrées qui ont été toutes heureuses. Nous retrouvons donc Beauval, Dubreuil, Valmore, Bérard, Ménonval, Colson, M"' Dufresne devenue M"'" Bérard, M"" Brulo, Gonthier et Vanloo, M"'" Valmore, Ménonval et Beauval.

Pour l'opéra, après des débuts effectués dans la Mcîornanie, Biaise et Babet, la Rosière de Salency, l'Epreuve villageoise, Nina, et enûn la Dot, la troupe a été composée ainsi : artistes nouveaux : Buffard, première basse-taille, remplaçant Lecoutre; Collin, deuxième haute-contre; Defond, trial, et !\F''' Caroline, première dugazon; artistes restant: Desfossés, Duberneuil, Fleury, Cuvillier, Manyer. M"" Pauline et Delisle.

Au mois de septembre 1793, une demoiselle Laurens a débuté par le rôle de Lucette de la Fausse magie.

Le ballet a perdu M"e Parisot, qui, engagée par Ribié, avait, dès le 26 mars, c'est-à-dire avant la fin de l'exercice 1792-1793, débuté avec succès au nouveau Théâtre- Français.

Le régisseur était Verteuil.

Le peintre décorateur était Guingret.

REPRÉSENTATIONS EXTRAORDINAIRES. — C'est par uuc représentation de ce genre qu'a été faite l'ouverlure; deux comédies, le Philinte de Molière et le Retour du mari, ont été jouées en effet le 1" avril 1793, par Mole, acteur du théâtre de la Nation (Théâtre-Français de la rue Richelieu). Les jours suivants, l'ex-directeur du théâtre de Rouen a donné les Châteaux en Espagne, V Epoux far supercherie, V Optimiste, ou Y Homme content de tout, VEntrcvue, le Mariage secret, enfin la Gageure imprévue. Nous devons une mention spéciale au Vieux célibataire, comédie dans laquelle Mole a créé le principal rôle lors de la première représentation à Rouen (voir plus loin).

Pendant l'année, il n'y a pas eu d'autres artistes étrangers en représentation, pour des motifs que l'on devine sans peine.

LA POLITIQUE AU THÉÂTRE. — Cabousse, dlrecteuT du grand théâtre , était l'ami intime d'un nommé Lamine, ardent républicain , membre de la Société populaire , et qui a failli être maire de Rouen. Ribié, directeur du nouveau Théâtre-Français, était également membre influent de la Société populaire ; Cabousse était membre du comité de l'instruction publique que le conseil général révolutionnaire de la commune s'était adjoint; Vernon, régisseur du théâtre de Ribié, faisait partie de ce même comité ; il en est

résulté, l'époque du reste l'exigeant, une grande émulation entre Gabousse et Ribié. Aussi notre chapitre de la politique au théâtre va se trouver plus rempli que jamais.

26 Avril 1793. — Reprise de Y Apothéose de Beaurepaire, pièce en un acte, mêlée de chant et marches.

15 Mai. — Pour les frais de la guerre de la Vendée, reprise du Siège de Lille, opéra en un acte , précédé de la Coquette corrigée, comédie en cinq actes.

20 Mai. — Première représentation de la Mon du général Dampierre , fait historique en deux actes et en prose, du citoyen Ménonval, acteur du théâtre de Rouen, orné de tout son spectacle et d'une marche funérale. (Dampierre a été blessé mortellement sous les murs de Valencienn.es, le 7 mai 1793.)

\k Août. — Brutus, tragédie, remise probablement à l'occasion de la fête de la Fédération, qui a été célébrée le 10 août.

15 Septembre (dimanche). — Mucius Scœvola, avec le Départ des Volontaires villageois.

28 Septembre (samedi). — L'annonce du spectacle contenait entre parenthèses ces mots : « Pour le peuple, entrées libres.» On donnait 6'Mi7/aMjne Tell, tragédie patriotique, et le Départ des Volontaires villageois, comédie. Ce jour-là, le même fait se produisait au nouveau Théâtre- Français, où le spectacle était composé ainsi : le Général et le Charhonnier et les Bizarreries de la fortune, comédies, et VOffrande à la Liberté.

l'è-"^ jour du premier mois de l'an II (19 octobre 1793). — Première représentation de Caïus Gracchus, tragédie de Marie-Joseph Ghenier. Le public a beaucoup applaudi cet hémistiche :

Des loix et point de sang. . .

Le quartidi de la deuxième décade de brumaire {h novembre 1793), — on a donné la Première réquisition^. comédie en un acte.

Le sextidi de la troisième décade de brumaire an H' (16 novembre 1793). — Première représentation de VAîni du peuple, comédie en trois actes et en vers, par Gammaille (Saint- Aubin). Marat, sous le nom de Déraophyle, est mis en scène par l'auteur. Roland et Duniouriez, sous des noms supposés, jouent dans cette pièce un rôle bien intéressant pour les circonstances. Beauval, représentait Marat ou plutôt Démophyle; autres acteurs : Bérard et Valmore. — Au sujet de VAmi du peuple est survenue une grosse affaire qui donne une idée de la disposition des esprits. Verteuil, régissear-directeur du théâtre de la Montagne, en annonçant à Fauteur que sa pièce avait réussi h Rouen, ajoutait que les journalistes n'en avaient pas rendu compte. Le 15 nivôse, Cammaille a fait imprimer la lettre de Verteuil dans les papiers publics de Paris. Le 29 du même mois, Noël, rédacteur en chef du Journal de Rouen^ a repoussé vigoureusement cette calomnie, et prouvé qu'il avait au contraire rendu un compte détaillé de VAmi du peuple le lendemain de la première représentation.

7 Frimaire. — Mucius Scœvola.

9 Frimaire (29 novembre 1793). — Première représentation de V Heureuse décade , opéra en un acte.

10 Frimaire. — La relation de la première fête de la Raison, célébrée à Rouen ce jour-là, c'est-à-dire le jour

(Je îa première décade de fiiniaire (1), touche par plusieurs points à l'histoire des théâtres ; d'abord la déesse Raison était représentée par M"'" Ribié, femme du directeur du théâtre de la République. « On a terminé, dit le procès- « verbal officiel, par exécuter à grand orchestre une « hymne patriotique dont les paroles sont de Real, substitut « du procureur de la commune de Paris, et la musique de

« Champein Cette fêle de la Raison, de la Liberté et

« de l'Egalité s'est terminée par les représentations de « Caïus Gracchus, V Heureuse décade, le Dernier juge- « ment des rois et la Caserne, ou le Départ de la première (( réquisition. Le patriotisme des directeurs des deux théâ- « 1res les a portés à donner ces spectacles gratis. »

Ajoutons qu'un chant populaire pour la fête de la Raison, à Rouen, a été composé par le citoyen Noël, rédacteur en chef du Journal de Rouen, et mis en musique par Boïeldieu.

16 Frimaire. — Brutus, tragédie.

22 Frimaire. — Arrivée dans les murs de Rouen de la division de l'armée du Nord, qui se rendait dans le Calvados, et qui se composait d'une douzaine de régiments. Le soir, un soldat de cette division a chanté sur le théâtre de la Montagne (théâtre de Rouen) deux hymnes patriotiques de sa composition, et a obtenu le plus grand succès.

28 Frimaire (18 décembre 1793). — Première représentation de Régulus, tragédie, qui fut jouée comme elle avait été écrite. Nous verrons par la suite quelles suppressions et quels changements cette tragédie a dû subir de par l'autorité supérieure.

(1) En exécution de la délibération du conseil général de la commune, du "23 brumaire.

3 Nivôse. — La Veuve du républicain, comédie en trois actes.

5 Nivôse (25 décembre 1793). — La nouvelle de la prise de Toulon excita aux deux théâtres un enthousiasme dilTicile à contenir; des couplets analogues, chantés dans les entr'actes, servirent d'expression à la satisfaction générale. — Le lendemain 6, on a proclamé la prise de Toulon, officiellement, sur les places publiques, et le soir on donnait au grand théâtre le Siège de Lille, opéra. Bérard annonça, pendant le spectacle, que le lendemain 7, il y aurait représentation au bénéfice des veuves, mères et enfants des frères d'armes morts sur les murs de Toulon (1).

Parmi les couplets chantés le 6 au spectacle de la Montagne, on a distingué les suivants :

Air de la Montagne.

Français, braves républicains, Jouissez de votre cono 'lête ; Des lauriers cueillis par vos mains Nous allons orner votre tète.

Quand la victoire suit vos pas, Qu'elle est toujours votre compagne, La gloire aussi vous tend les bras Du haut de la Montagne.

Peuple franc, abandonne-toi Aux doux transports de ton délire ; Chante l'égalité, la loi

(i) La même offrande a été faite le 7 nivôse par le tliéâtre de la République.

Et la liberté qui t'inspire.

Pour détruire tes ennemis, Il ne te faut qu'une campagne.

Va, reviens trouver tes amis, lis sont sur la Montagne.

15 Nivôse. — On a donné à la fois : la Veuve du républicain, le Départ des Volontaires villageois et la Reprise de Toulon. Cette dernière pièce était jouée aux deux théâtres.

22 Nivôse. — Première représentation de Roussel et Sophie, ou le Négociant vertueux, paroles de Conjon, musique de Granier. Cette pièce était remplie de couplets patriotiques qui rappelaient que sans lois il n'y a pas de société, sans mœurs pas de république.

23 Nivôse. — La Mort de César.

30 Nivôse. — Guillaume Tell, avec VHeureuse décade.

3 Pluviôse (22 janvier 179/i). — Première représentation du Véritable ami des lois, ou le Républicain à Vépreuve, comédie en quatre actes et en prose, ornée d'évolutions militaires, par la citoyenne Villeneuve. La scène se passe en Vendée. La pièce de la citoyenne Villeneuve a eu à Rouen un grand succès et a été donnée trèssouvent en pluviôse et en ventôse.

22 Pluviôse (10 février 179/i). — Première représentation des Deux prisonniers , ou la Fameuse journée, drame lyrique en trois actes, orné de tout son spectacle, paroles de Martin, musique de Cbampein. C'est l'histoire touchante de Latude et de Dalègre, en 1756. Le succès de cet opéra a été très-grand, parce que le public y a trouvé des allusions à la tyrannie monarchique. Bulïart a créé le rôle de LatudC; Duberneuil celui de Dalègre.

Voici des couplets adressés ci cette occasion à Champein :

Am : Mon honneur dit, etc.

Fils d'Apollon, chantre de la Montagne, Nouveau Lulli, dans tes charmants concerts, De tes talents la gloire est la compagne Et ceint ton front de lauriers toujours verts.

Sur le théâtre, aux accents de ta lyre, L'air est frappé de sons mélodieux, Quand la patrie est le dieu qui t'inspire. Tu prouves bien qu'elle est tout à tes yeux.

Poursuis, Champein, ta carrière brillante. Du sol français chante la liberté, De ton pays la voix reconnaissante Porte ton nom à l'immortalité.

Citoyenne C. D.

27 Pluviôse. — Première représentation de : Les Tu et les Toi, en trois actes et en prose, du citoyen Dorvigny, avec la troisième représentation des Deux prisonniers. Les Tu et les Toi est une des meilleures comédies qu'ait fait éclore la révolution.

k Ventôse. — Encore im curé, opéra en un acte. On donnait en même temps V Heureuse décade.

13 Ventôse. — Le Siège de Landau, pièce en trois actes, tout-à-fait de circonstance.

30 Ventôse, jour de fête décadaire, offrant cette particularité qu'il y avait, outre les cérémonies habituelles, trois plantations d'arbres de la liberté. — On a donné, avec Les Tu et les Toi, la troisième représentation de la Fête de V Agriculture, comédie de circonstance, composée en trois jours par deux acteurs, Valmore et Beauval, à l'occasion

des fêtes rurales et républicaines du Champ de l'Egalité, commencées le 16 ventôse (défrichements des bruyères Julien, autrefois et aujourd'hui Saint- Julien, par tous les bataillons de la garde nationale de Rouen, qui s'y rendaient tour à tour) ; elle a été aussi annoncée sous le nom de la Fête des Bruyères^ ou l'Heure du repos; elle était en un acte.

9 Germinal. — La Seconde décade , opéra en deux actes.

10 Germinal. — Celte même pièce avec la Fête des Bruyères. Après les couplets, sur l'air de la Carmagnole , chantés par Bérard, chargé du rôle de maire dans la comédie, un des acteurs lui demanda s'il l'autorisait à chanter une nouvelle Carmagnole de la composition d'un frère de Paris. Sur la réponse affirmative de M. le maire, cet acteur chanta huit couplets, entre autres ceux-ci :

Air de la Carmagnole :

Sur ma guitare assez longtemps (bis.)

J'ai chanté les tendres amants ; (bis.)

Chantons la liberté,

La sainte égalité

Et le doux nom de frères.

Soyons unis, soyons unis,

Et le doux nom de frères.

Soyons unis, mes amis.

Il fut un cheval de renom, (bis.)

Celui des quatre fils Aimon; (bis.)

Pourquoi l'antiquité

L'a-t-elle tant vanté ?

C'est qu'il portait des frères.

Soyons unis, etc.

:i20 THÉÂTRE

Dans le joli mois des amours, {bis.)

Quel signe préside aux beaux jours ? (bis.)

Alnianachs vieux, nouveaux

Vous diront : les Gémeaux,

Cest-à-dire les frères, Soyons unis, etc.

Deux frères, fils de Jupiter, (bis.)

L'un pour l'autre allaient en enfer. (bis.) Envions tous le sort De Pollux, de Castor, Et mourons pour nos frères.

Soyons unis, etc.

On a demandé l'auteur des huit couplets et les applaudissements ont éclaté quand on a nommé Florian, citoyen de la section de la Halle- au-Blé et soldat dans la septième compagnie, le poète qui a chanté Estelle et Némorin.

A toutes ces pièces politiques il faut encore ajouter trois ouvrages qui figuraient dans les représentations républicaines :

Alexis et Rosette, opéra en un acte ;

Au retour, opéra en un acte ;

Le Marchand de Smyrne , comédie en un acte, par Champfort.

A chaque iête décadaire, à chaque plantation d'arbres sur les places, on donnait le soir un spectacle composé d'œuvres républicaines ou de pièces dans lesquelles on pouvait trouver des allusions aux idées révolutionnaires. Le directeur n'avait pas grand effort à faire pour arriver au but qu'il se proposait; en effet, le public, avide d'émotions, les faisait naître à tout propos. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple , le chœur des Rigueurs du cloître :

DE LA MONTAGNK. 321

« O liberté , déesse de la France ! etc. » , devenait pour cet opéra un nouvel élément de succès que l'on aurait eu tort de négliger. Voici ce chœur, tant de fois répété :

CHCEUR d'hommes.

Périsse à jamais l'homme impie.

Qui pourrait trahir nos .^serments !

Que les remords, la honte et Tinfaraie, Comme des vautours renaissants.

Jusqu'au dernier jour de sa vie, Ne lui donnent que des tourments.

CHCEUR GÉNÉRAL.

0 liberté, déesse delà France, Plutôt mourir que de vivre sans toi !

Du despotisme étouffer la puissance,

N'obéir jamais qu'à la loi, Punir tous ceux qui lui seraient rebelles,

Voilà nos vœux. Dieu ! devant toi Nous le jurons, nous leur serons fidèles. . Vive la liberté, la patrie et la loi!

Il faut savoir aussi que, pendant la célébration des fêtes décadaires, des morceaux de musique étaient exécutés par les musiciens et les comédiens des deux théâtres, avec le concours d'un certain nombre d'amateurs.

Voici une lettre du directeur qui trouve ici tout naturellement sa place; elle était adressée au président du conseil général de la commune révolutionnaire de Rouen :

« Rouen, ce 18 pluviôse an II de la république française une et indivisible.

a LIBERTÉ. ÉGALITÉ.

« Citoyen , «La décade dernière, la commune m'a procuré le plaisir d'avoir à mon spectacle dix citoyens ou citoyennes I. 21

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h son choix. Je te prie de réclamer pour moi, tant pour celte décade-ci que pour les suivantes, le même avantage. Rien ne peut mieux embellir mon spectacle que ce qui peut y être placé par une autorité aussi respectable qu'aimée par tous les vrais sans-culottes.

« Mon seul désir est de propager l'esprit qui vous anime, certain que votre route est celle qui doit nous asseoir au sein de la Montagne, trop heureux si mes efforts peuvent mériter une feuille des lauriers que les vrais amis de la chose publique vous préparent. Mon grand et seul vœu est le vôtre, le bonheur de la République. Je te prie, citoyen, de ne faire aucune mention de ce que mon cœur et mon zèle te demandent.

« Salut, courage et fraternité.

(( Signé Cabousse. »

Enfin, il est, à la date du ^, frimaire an II, un arrêté du comité de salut public de la Convention nationale qu'il ne faut pas oublier, celui en vertu duquel, dans tous les spectacles de la République, V Hymne de la Liberté devait être chanté régulièrement tous les décadi et chaque fois que le public le demanderait. Cet arrêté fut signifié à Cabousse, qui s'y est conformé à partir du 12 du mois.

RÉPERTOIRE. — Il a pu être divisé, comme les années précédentes, en comédie, drame, tragédie, opéra et ballet, à l'exception de deux ouvrages, peu importants d'ailleurs, qui ont été annoncés sans aucune qualification, ce sont :

'L'Amour et les Muses.

L'Intérieur de la Maison, ou les Epoux raisonnables.

COMÉDIE. — Quelques ouvrages des meilleurs auteurs

DE LA MONTAGNE. S'i'S

ont été mis h la scène. Le lecteur saura les remarquer dans la liste que voici :

Adèle et Paulin, ou la Prévention paternelle, comédie en deux actes et en vers, par Delrieux. Première représentation en avril 1793.

Le Cercle, ou la Soirée à la mode, comédie épisodique en un acte et en prose, par Poinsinet.

Le Conciliateur, ou V Homme aimable, en cinq actes et en vers, par Deraoustier. Première représentation en mai 1793. On y trouve cet éloge de la peinture :

Quel bonheur de créer, sur la toile animée, Ces regards séduisants et cette bouche aimée, Et ces traits enchanteurs, et ce front adoré. De les faire rougir et sourire à son gré ; L'heureuse main qui trace une si belle image Semble avec le pinceau caresser son ouvrage.

Le conciliateur, chargé de terminer à l'amiable un procès entre deux voisins, parle ainsi à l'un des plaideurs :

Que ce terrain, sujet de guerres intestines, Devienne un bien commun. Des deux routes voisines Ne faites qu'un chemin. Ces sentiers réunis Demain s'appelleront le Chemin des Amis. Il communiquera de sa terre à la vôtre ; Vous irez promener au-devant l'un de l'autre ; Chacun avec plaisir en fera la moitié , Bien sûr d'y rencontrer au milieu l'amitié. Vous nommerez ce lieu le Rendez-vous des Frères. Là, dans vos derniers ans, bons amis, heureux pères. Vous verserez souvent des pleurs de volupté. Et vos enfants, témoins de voire intimité,

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De vous presqu'en naissant apprenant comme on aime, Chériront votre exemple et s'aimeront de même.

Le Conteur, ou les Dciix postes, coraédie en trois actes et en prose, mêlée de vaudevilles, par Picard. Première représentation en avril 1793.

Les Deux billets, comédie en un acte, représentée pour la première fois à ce théâtre en juillet 1793, tandis qu'elle avait été montée au nouveau Théâtre-Français dès le mois de février précédent, c'est-à-dire quelques jours après l'ouverture de la salle; elle est de Florian.

Le Divorce par amour, comédie en trois actes et en vers. Première représentation en germinal an IL

Les Fausses confidences, comédie en trois actes, par Marivaux.

Les Femmes, comédie en trois actes et en vers, de Deraoustier. Première représentation en septembre 1793.

La Mère coupable, ou V Autre Tartufe, pièce en cinq actes, de Caron-Beaumarchais. Première représentation en juillet 1793. Il y avait déjà à la scène française : la Mère coquette, de Quinault; la Mère embarrassée , de Pannard; la Mère jalouse, de Carolet; la Mère ridicule, par un anonyme ; la Mère confidente, par Marivaux; la Mère jalouse, de Bartlie ; la Mère parricide, canevas italien en cinq actes ; la Mère rivale, par Beaucharaps ; une autre Mère rivale, par Marnot, et encore une autre Mère rivale, en un acte, par un anonyme.

Avant la pièce de Beaumarchais, le théâtre en France n'avait pas de Mère coupable, et il faut ajouter que cette mère coupable est plutôt une épouse coupable; cette mère coupable est une bonne mère. Le théâtre italien,

au conti'aire, possédait une pièce d'Albergalila, la Madré colpevole, quijuslifie son litre âeMère coupable, car à la fin de la pièce elle reconnaît son fils dans son amant, son fils qu'elle avait abandonné au toit conjugal pour mener une vie d'aventures.

Les Trois Cousins, comédie en un acte, de Levrier- Ohamp-Rion.

Le Vieux Célibataire, comédie en cinq actes et en vers, par Collin d'Harleville. Première représentation en avril 1793. Mole lui-même, étant en représentation à Rouen, a créé le principal rôle. — On sait qu'en 1775, Dorât avait fait une comédie intitulée le Célibataire, et Dubuisson, en 1782, le Vieux Garçon.

Dans une autre catégorie, celle des comédies des grands maîtres, on doit enregistrer aussi pendant cette année :

La Fausse Agnès.

Les Folies amoureuses.

Le Grondeur.

Le Joueur.

Le Légataire universel.

Le Mariage de Figaro.

Le Méchant.

Amphitryon.

Le Barbier de Séville.

La Bonne Mère.

Le Bon Père.

Le Dépit amoureux.

Don Juan.

Le Distrait.

V Ecole des Maris.

L'Ecole des frères.

\JEnfant prodigue.

UEtourdi.

Les Etourdis.

Le Médecin malgré hti.

Le Menteur.

Le Misanthrope.

Tartufe.

Turcaret.

Relativement au Mariage de Figaro, les Méridionaux se sont montrés beaucoup plus chatouilleux que les Normands. En nivôse an II, la commission municipale de

Marseille a défendu la pièce de Beaumarchais parce qu'elle était jouée avec des costumes proscrits, parce qu'elle rappelait d'anciens préjugés, des maximes de despotisme et des distinctions anti-sociales, enfin parce qu'elle était attentatoire aux bonnes mœurs. A propos de ce dernier point, nous rappellerons que lors des premières représentations du Mariage de Figaro, on avait fait cette épigramme :

Et pour voir à la fois tous les vices ensemble, Le parterre, à grands cris, a demandé l'auteur.

Nous aurons cité toutes les comédies, quand nous aurons encore dressé cette liste d'ouvrages maintenus au répertoire :

L'Amant bourru. Mélanide.

Le Bourru bienfaisant. Les Maris corrigés.

Céphise. Le Mercure galant.

Les Dangers de V absence. Nanine.

L'Esprit de contradiction. L'Orpheline.

Les Fausses infidélités. Le Philosophe marié.

La Feinte par amour. Les Portefeuilles (1).

L' Impromptu de] cam- La Pupille, pagne. Les Trois Frères rivaux.

La Jeune indienne. Le Tuteur.

DRAME. — Nous retrouvons à la scène l'Habitant de la Guadeloupe, Beverley, la Pïété filiale, ou VHonnête cri-

(1) Comédie en deux actes et en prose, par CoUot-d'Herbois, annoncée lors de la première représentation sous le nom de : Le Portefeuille (voir page 267).

minel, Eugénie, enfin VIndigent. Le seul drame nouveau de l'année est Adèle de Crécy (août 1793), encore est-ce un draine héroïque ; mais, entre toutes, cette variété du genre était bien celle qui convenait le mieux alors.

TRAGÉDIE. — Lîdépendamraent des tragédies politiques et patriotiques, on a donné :

Le Cid. Sémiramis.

Fénélon. Tancrède.

La Mort d'Abel. La Veuve du Malabar.

Philoctète.

La tragédie en cinq actes et en vers de Leraierre, intitulée : Barnevelt, grand pensionnaire de Hollande, a été annoncée pour le 11 mai 1793, mais depuis il n'en a plus été question.

OPÉRA. — La première représentation de Lodoïska, de Kreutzer, et surtout celle de la Fille coupable, de Boïeldieu, caractérisent suffisamment cette campagne, dont voici du reste le contingent :

Ambroise, ou Voilà jua journée, opéra en un acte. Première représentation en août 1793.

Le Batelier de Rouen et l'Aubergiste de Dernétal, joué en août 1793.

Caroline et Werther (appelé aussi Werther et Charlotte) , opéra en un acte, par Dejaure et Kreutzer. Première représentation en juin 1793. Le sujet de celte pièce est tiré des Passions du jeune Wet'ther, ouvrage traduit de l'allemand (Goethe).

La Caverne, ou Rolando chef de brigands. Première représentation en septembre 1793. Le sujet de la pièce est tiré de Gil-Blas.

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La Chasse, opéra-coinique en trois actes, de Desfontaiiies, musique de Saint-Georges.

Les Deux hermiies. Première représentation en juin 1793. C'est un opéra-coraiqne en an acte, par Planterre, musique de Gaveaux.

Le Directeur dans l'embarras, opéra bouffon italien, en deux actes, par Dubuisson, musique de Cimarosa. Première représentation en mai 1793.

La Fête du cillage, appelée quelquefois la Fête de village ou bien encore la Fête villageoise, comédie mêlée d'ariettes en deux actes, c'est-à-dire opéra, par Dorvigny et Desormery.

La Fille coupable, en deux actes, par le citoyen Boïeldieu, de Piouen. Première représentation le duodi de la deuxième décade de brumaire de l'an II (2 novembre 1793). C'était la première pièce jouée à Rouen de notre illustre compatriote; c'était aussi sa première composition lyrique pour le théâtre (1). On a beaucoup applaudi l'ouverture et plusieurs morceaux. Le jeune élève des Muses, comme disait le journal du temps, a reçu des gages non équivoques de la satisfaction publique. A la deuxième représentation, Boïeldieu apporta à son œuvre quelques changements qui en augmentèrent encore le succès.

Malgré les beautés de cet opéra, un mauvais plaisant de l'époque a écrit que le père de Boïeldieu était coupable d'avoir fait Boïeldieu fils , que celui-ci était coupable d'avoir fait la musique de la Fille coupable, que le directeur était coupable d'avoir monté cet opéra, que les acteurs étaient coupables de l'avoir chanté et que le public

(1) Les paroles étaient de Boïeldieu père.

DK LA MONTAGNE. 32!)

était bien coupable de les avoir écoutés jusqu'au bout. L'envie commençait h s'attaquer aux œuvres de notre compatriote, c'était déjà d'un bon augure.

Les Folles Amours, opéra joué en mai 1793.

Le Franc Brelan, ou le Négociant de Nantes, en un acte, par Dejaure, musique de Kreutzer.

Jean et Geneviève, opéra-comique en un acte, de Favières, musique de Solié.

La Journée dérangée, opéra joué en octobre 1793.

Lodoïska, ou les Tartares, grand-opéra en trois actes, paroles de Dejaure , musique de Kreutzer. Première représentation en avril 1793. Cette pièce était ornée de tout son spectacle, danses, combats, évolutions et incendie. M"' Caroline a créé le rôle de Lodoïska.

Midas au Parnasse, ou la Suite du Jugement de Midas, opéra joué en juillet 1793.

Le Mort imaginaire, opéra avec un divertissement. Première représentation en vendémiaire an H.

Philippe et Georgette, opéra en un acte, musique de Dalayrac. Première représentation en juillet 1793. Fleury, qui jouait dans cette pièce, était aimé à Rouen, non-seulement comme artiste, mais encore comme citoyen. Quand il y disait : « Je suis honnête homme, je suis chéri, aimé de tous ceux qui me connaissent », les applaudissements de tous les spectateurs ne manquaient pas d'accorder à Fleury l'hommage le plus llatteur.

Les Sabots et le Gcrisier, opéra joué en juin 1793.

La direction a conservé au répertoire un certain nombre d'opéras, dont la vogue n'a pas été éphémère, tels que :

Alexis et Justine. Félix.

U Amant statue. Le Jugement de Midas.

L'Ami de la maison. I^ucile.

Azémia. Le Maréchal.

Camille. Le Nouveau Don Quichotte.

Le Comte d'Albert et sa Paul et Virginie,

suite. Les Prétendus.

Les Deux Avares. Raoul Barhe-BUue.

Les Deux petits Sa- Renaud d'Asi.

voyards. Rose et Colas.

Les Deux Tuteurs. Sylvain.

Les Dettes. Le Tableau parlant.

Le Droit du Seigneur. Le Tonnelier.

Le Devin de village. Les Visitandines.

BALLET. — Souvent le spectacle se terminait par un ballet sans autre désignation ; on dansait quelquefois à la fin des pièces, par exemple à la fin de la Belle Arsène, une chaconne, divertissement dont nous avons défini le caractère ; toutefois, la danse et lu pantomime ont occupé moins de place dans le répertoire et l'on a monté seulement :

La Précaution inutile, ou l'Oiseau perdu, ballet annoncé quelquefois sous le titre de V Oiseau pris. Première représentation en juin 1793.

L'Hermitage, ou les Brigands de Pologne, pantomime dialoguée. Première représentation en frimaire an IL

CONCERTS. — Un grand concert vocal et instrumental, dans lequel Boïeldieu a fait entendre un concerto de clavecin de sa composition, a été donné le 27 mai 1793, sur la scène du théâtre de Rouen, au bénéfice du citoyen

Kreutzer; entre autres morceaux, ce violoniste a exécuté, avec Griot, dont nous avons souvent parlé, une grande symphonie concertante. Schneider a joué du cor. Lombard de la basse, Réthaller de la clarinette et la citoyenne Moliex du violon ; les citoyens Duberneuil, Colin et Théodore ont chanté des airs et des duo. L'orchestre et les chœurs du théâtre ont complété l'ensemble.

Les talents de notre immortel compatriote étaient déjà très-estimés à Rouen ; dût-on nous accuser de sortir de notre sujet, nous voulons mentionner tous les concerts dans lesquels il fit sa partie. En revenant un peu sur nos pas, nous rencontrons un grand concert , à son bénéfice, qui a eu lieu le 8 avril 1793, dans une des salles de la ci-devant chambre des comptes ; Garât et M"* Rousselois pour le chant; Rode, violoniste, et Punlo, premier cor du concert spirituel de Paris, s'étaient réunis au bénéficiaire, qui a exécuté sur le piano, avec firoche, un morceau de la composition de ce dernier, puis un concerto de piano de sa composition, et enfin un nouveau pot-pourri arrangé par lui. — Il est curieux d'apprendre en passant que le concert commençait à six heures très-précises.

En second lieu se place un concert du 2 mai suivant, salle des ci-devant francs-maçons, porte Cauchoise, au profit de la citoyenne Rousselois, avec le concours de Boïeldieu, Garât, Punto et Rode. — Le 13 du même mois, autre concert à la salle du ci-devant bureau des finances, vis-à-vis Notre-Dame , par Boïeldieu , Punto , Garât, Broche et Rode. Un nouveau duo, de la composition de Broche, a été exécuté, ce jour-là, sur deux pianos, par lui et Boïeldieu.

Le 20 juin de la même année, ce même duo a été en-

tendu clans ini grand concert vocal et instrumental, au ci-devant couvent de Saint-Louis, place de la Rougemarc, au bénéfice du citoyen Broche. Les autres artistes étaient Garât et Théodore pour le chant, Rode, (iriot, Moliex et Lombard pour les instruments. Ces quatre derniers ont exécuté un quatuor de Pleyel.

Garât, Boïeldieu et Punto ont organisé, à la fin de brumaire an II, un grand concert dont la recette a élé consacrée ci concourir à l'armement et b. l'équipement des volontaires qui devaient partir sous peu de jours.

Enfin, le 21 ventôse de la même année, la salle du cidevant bureau des finances , vis-à-vis le temple de la Raison (1), s'ouvrait pour un grand concert vocal et instrumental, au bénéfice des citoyens Rode, volontaire du /t« bataillon de la Dordogne, et Boïeldieu. Desfossés, haute-contre, y a chanté h deux reprises. Rode a fait entendre plusieurs concerto de violon, et Boïeldieu a exécuté une sonate de forte-piano de sa composition et la sonate la Coquette, d'Hermann.

Il n'y eut pas en 179^, h proprement parler, de clôture de l'année théâtrale. Pâques était le 20 avril; si l'on eùi suivi les errements habituels, les vacances eussent commencé le samedi veille des Rameaux, 12 avril. Il y eut, au contraire, spectacle le dimanche 13 avril, de même le samedi saint et toute la semaine de Pâques. Cette absence de clôture n'a rien qui puisse étonner, la direction restant dans les mains de Cabousse. D'autre part, on était en pleine Terreur, le directeur ainsi que les artistes avaient

(i) Notre-Dame.

DK LA MONTAGNE. 33:{

intérêt k ne pas rompre les engagements. Il devait en être de même dans les autres villes ; les débuts et les mutations d'usage à cette époque ne pouvaient guère, celte année-là, être effectués. Enfin le comité de salut public, voulant que des représentations de par et pour le peuple fussent données fréquemment, les conseils généraux des grandes communes révolutionnaires et en particulier celui de la commune révolutionnaire de Rouen ordonnèrent que les théâtres resteraient ouverts.

Pour nous, nous terminerons fictivement l'année théâtraleau 24 germinal an II (13 avril), jour des Rameaux, et nous commencerons la suivante par la publication des pièces ofTicielles relatives à ces spectacles civiques donnés gratuitement au peuple.

INCIDENTS

Les incidents de cette année théâtrale se ressemblent tous et sont très-significatifs : nous les rapporterons sans commentaires.

En brumaire de Tan II, le citoyen Griot, au nom des artistes composant l'orchestre du grand spectacle, a rerais la somme de cent cinquante livres en assignats et dix paires de bas de laine chez les citoyens Elle et Leclerc père, rue de l'Hôpital, 13, chargés de l'habillement et équipement de la première réquisition.

Le 3 frimaire an II (23 novembre 1793), a été célébrée à Rouen une fête populaire en mémoire de Jourdain et de Rordier, morts martyrs de la liberté en

:i3k THÉÂTRE

1789 (1). Ribié, directeur du théâtre de la République, membre de la Société populaire de Rouen, a pris la parole pendant cette solennité, qui se passa sur le port, à l'entrée du pont, entre le quai Bordier et le quai Jourdain ; là des hymnes patriotiques, des airs favoris des amis de la liberté ont été chantés par les actrices des deux théâtres, vêtues de blanc, ayant sur la tête une guirlande de roses et portant une ceinture tricolore. La musique militaire et celles des spectacles les accompagnaient.

En ventôse an II, le bruit a été répandu à Rouen que le citoyen et la citoyenne Lecoutre, ci-devant attachés au théâtre de la porte Grand- Pont et alors pensionnaires de celui de Bordeaux, avaient subi la mort pour avoir participé aux complots du fédéralisme dont Bordeaux a été le berceau. Cette nouvelle était fausse. En effet, quelques jours après, Lecoutre a demandé et obtenu un diplôme de membre de la Société populaire de Rouen.

La délibération qui va suivre nous a paru, sinon surprenante, au moins fort curieuse. Le conseil général révolutionnaire de la commune de Rouen (séance publique du 5 germinal an II, — 25 mars 179/t), sur le rapport de son comité d'instruction publique:

Arrête, l'agent national entendu ; que les directeurs ou régisseurs des théâtres de la Montagne et de la République seront tenus de faire lever la toile tous les jours à cinq heures et demie du soir très-précises, et de finir à neuf heures, à peine d'être condamnés en cent livres d'amende, par voie de justice municipale.

(i) Voir page 220.

Année théâtrale 1794-1795.

Celte nouvelle campagne de la direction Cabousse est surtout remarquable par les représentations offertes gratis au peuple tant pour l'instruire que pour l'amuser. Nous commencerons donc par elles et nous n'épargnerons pas les détails.

SPECTACLES DE PAR ET POUR LE PEUPLE. — C'est SOUS CC

titre qu'il convient d'ouvrir un nouveau chapitre politique.

Le maire de Rouen a donné connaissance au conseil général révolutionnaire de la commune, dans sa séance du 25 ventôse an II, d'un arrêté du comité de salut public qu'il venait de remarquer dans la feuille du Salut public, concernant les spectacles civiques qui devaient être donnés gratuitement au peuple, trois fois chaque décade, sur les théâtres de la République. Ces représentations étant déjà organisées à Paris, il a proposé de prendre des mesures pour suivre un si bel exemple. L'étude de cette question a été renvoyée par le conseil à son comité d'instruction publique, qui s'en est occupé dès le surlendemain.

Un membre du comité a pensé qu'on pourrait donner chaque décadi, alternativement sur les deux théâtres de la commune de Rouen, une représentation gratuite. On a fait observer que les deux théâtres n'étant pas également vastes, 15 à 1,600 citoyens jouiraient à la fin d'une décade du bénéfice de la loi, tandis que la décade suivante

5 cl 600 seulement obtiendraient cet avantage. L'alternat a été rejeté.

Un autre membre a dit qu'il vaudrait mieux choisir un autre jour que le décadi, parce que ce jour-là les citoyens jouissent déjà d'un spectacle également amusant et instructif dans le temple de la Raison. Pour ce motif, le conseil a été d'avis que les représentations de par et pour le peuple devraient être fixées au quintidi de chaque décade, jour placé au milieu des neuf jours de travail et dans lequel ou pouvait sans inconvénient accorder le soir au peuple quelques heures d'une récréation agréable, instructive et peut-èire nécessaire. Le conseil a pensé aussi que le même jour et à la même heure chacun des deux théâtres, de la Montagne et de la République , pourrait donner un spectacle gratuit. — Une commission a été chargée de faire un rapport et l'a soumis au comité le 28 ventôse.

Ce rapport adopté a été présenté le jour même au conseil général, ainsi qu'un projet d'arrêté. Le conseil, le substitut de l'agent national entendu, a pris, le 5 germinal an II (25 mars 179/j), l'arrêté suivant:

« Le conseil général révolutionnaire de la commune de Rouen, lecture faite de Tarrêté du comité de salut public de la Convention nationale, en date du 20 ventôse, dont Tarticle 6 porte que, dans les communes où il y aura des théâtres en activité, la municipalité est chargée d'organiser, sur les bases y énoncées, des spectacles civiques donnés au peuple gratuitement chaque décade ;

« Considérant que, s'il importe à Tégalité de détruire entièrement Taristocratie des richesses et de rendre communs au peuple les avantages jusqu'ici réservés exclusivement à Topu-

DE LA MOiNTAGNE. va-

lence orgueilleuse, il est aussi du devoir d'une administration populaire et révolutionnaire de hâter cette époque bienfaisante;

« Considérant que les bons citoyens de cette commune, concourant, autant qu'il est en eux, au maintien de notre sublime révolution, méritent de jouir le plus tôt possible des bienfaits que la loi assure aux bons citoyens des grandes communes de la République ;

« Et, sur le rapport de son comité d'instruction publique, et les conclusions de l'agent national, « Arrête ce qui suit :

« Art. ^^^ — Il y aura tous les quintidi de chaque décade, à dater de ce mois, une représentation gratuite de pièces patriotiques sur les deux théâtres de cette commune.

» Art. 2. — Le comité d'instruction publique désignera chaque tridi les pièces dont la représentation devra avoir lieu le quintidi suivant sur les deux théâtres.

« Art. 3. — Aucun citoyen n'y sera admis s'il n'est muni d'une carte, qui ne sera délivrée par la municipalité qu'aux citoyens dont le patriotisme est reconnu. La Société populaire, à cet effet , sera invitée de donner au comité d'instruction publique une liste des citoyens qui doivent profiter des faveurs delà loi.

« Art. 4. — Dans les deux théâtres, les places du parquet, des premières loges et galeries, seront uniquement destinées pour les femmes, les enfants et les vieillards, qui recevront en conséquence des cartes particulières.

« Art. 5. — Le comité d'instruction publique fera, primidi prochain, un rapport sur la manière de délivrer les cartes mentionnées aux deux articles précédents.

« Art. 6. — Le conseil général, considérant que les propriétés sont inviolables; considérant que, par le décret du 8 ventôse sur les détenus, les propriétés des patriotes ont été particulièrement déclarées inviolables et sacrées, accordera aux directeurs

XiH TIIKATKE

(les théâtres de la Montagne et de la République les indemnités

auxquelles ils auront droit de prétendre.

« En conseil général, le 5 germinal an II de la République,

une et indivisible.

•< Signés PiLLON , maire,

«et Havard, secrétaire-greffier,

« Avec paraphes. »

Un autre arrêté du conseil général, à la date du 13 germinal, est ainsi conçu :

« Le conseil général, ouï le rapport de son comité d'ins truction publique, et Leboucher faisant pour Vabsence de l'agent national, arrête :

« Art. \". — Les théâtres de la Montagne et de la République seront ouverts, et donneront une représentation de par et pour le peuple le quintidi prochain.

« Art. 2. — Les directeurs seront tenus de faire afficher aux portes de leurs salles respectives, en caractères très-ostensibles, une inscription portant ces mots :

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