UYRB IV. — TRANSFORMATION DB LÀ SOCIÉTÉ
A notre point de vue, les deux hommes en qui la période pourrait le mieux être incarnée seraient le pamphlétaire Larra et le poëte Espronceda. Tous deux, en effet, se présentent animés de cette passion profonde qui poussait l'Espagne à se dégager violemment des liens où Tabsolutisme et le cléricalisme l'ont tenue enchaînée depuis si longtemps; tous deux ont entrevu Tabîme de corruption, d'indifférence, de lâcheté morale, où les principes du doctrinarisme constitutionnel peuvent plonger un peuple aussi démocratique que la nation espagnole. Mais tous deux sont morts trop jeunes \ la fougue de leurs sentiments n'a pas eu le temps de se régler par la maturité du jugement : ils sont restés sceptiques sans avoir trouvé la vraie direction dans laquelle leurs compatriotes devaient se lancer. Rien de dogmatique, de vraiment philosophique dans leurs écrits, tout y est à l'état de négation. Simples opposants, ils ne font qu'une œuvre de démolition, en un siècle où, la critique étant achevée, ce qu'il y avait surtout à faire c'était de concilier les sentiments intimes de natures très-impressionnables avec toutes les découvertes de la science, avec toutes les exigences de la raison.
Vouloir remplacer la foi à la révélation chrétienne par la foi h l'athéisme, c'était pure folie. Le néant ne peut inspirer d'enthousiasme, et il y a autant d'intolérance à vouloir affirmer une négation qu'il peut y en avoir à imposer la croyance au surnaturel et au miraculeux.
En aucun pays, et là surtout où la religion a toujours joué un rôle important et où le sentiment religieux tient dans les âmes une très-grande place, rien n'autorise à conclure de la nécessité de faire disparaître une religion vieillie, à la négation de toute espèce de religion.
L'histoire prouve que toutes les religions sont des créations de l'activité humaine et résument au moment où elles