‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 127 sur 152 · CHAPITRE II. — HOUYKHENT LITTÊRAIRB · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — HOUYKHENT LITTÊRAIRB

sont fondées l'ensemble le plus connplet des plus hautes idées générales acquises par rhumnnité, en même temps que les sentiments particuliers des populations auxquelles elles s^adressent. Pour qui connaît l'Espagne et le rOIe qu'y jouent les qualités affectives, il n'est pas supposable qu'elle consente actuellement à se priver des croyances à Timmortalité de Tàme et à une vie meilleure. De là pour les littérateurs espagnols la nécessité de donner dons leur patrie aux dernières conclusions de la philosophie moderne certain cachet religieux^ certain parfum national sans lesquels elles n'auraient pas facilement cours au-delà des Pyrénées.

Trouvons-nous dans la période qui nous occupe quelque esprit qui se soit bien pénétré de ces besoins, et qui ait eu assez de génie pour imprimer à ses compatriotes la direction qui leur fait défaut? Non; il n'y en a aucun. Tous les écrivains que nous allons citer, sceptiques, éclectiques, classiques, romantiques, catholiques, ne sont tous à des degrés divers que des reflets de la société au milieu de laquelle ils vivent ; ils en expriment assez bien les tendances et les aspirations. Mais nul n'a assez de force pour constituer à l'opinion publique un ensemble général d'idées qui la satisfassent ; ils la laissent flotter dans un vague embarras, dans une demi-science nuageuse ; ils sont ainsi responsables devant l'avenir de ses continuelles oscillations et de son peu de fixité.

S'ils ne se distinguent point par la rigueur des conclusions et le fort enchaînement des idées générales, la plupart des écrivains de cette période montrent au moins une tendance à Tuniversalilé qui les porte à cultiver plusieurs genres ; sauf quelques exceptions, ils ne tendent point à une excessive spécialité, comme il arrive aux époques de décadence ; ce serait plutôt dans l'extrême opposé qu'ils risqueraient de tomber. A ussi n'arriverait-on qu'à une mauvaise

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classification si on cherchait à les diviser suivanl la nature de leurs tnivaux; il nous a paru que nous les ferions mieux connaître en les séparant d*après la place qu'ils occupaient dans la société, d'après le rôle qu'ils ont joué dans le monde.

Nous allons donc nous occuper successivement des lettrés grands seigneurs, des lettrés qui ont été appelés à jouer un r61e politique, et enfin de ceux qui ont vécu de Tunique profession des lettres.

Il ne faudrait pas juger de l'aristocratie espagnole au milieu du dix -neuvième siècle par les quelques hommes que nous allons citer : loin d'être les représentants de leur caste, ils en sont l'exception, Thonorable exception, il est vrai. En général, les grands d'Espagne, les titrés de Gastille, ont affecté jusqu'à ce jour une répugnance instinctive pour les travaux de la pensée^ pour les œuvres de l'esprit. Beaucoup d'entre eux, en 4833, furent sympathiques à la cause de don Carlos, et par conséquent restèrent complètement en dehors du mouvement de leur époque. Us en étaient encore, les malheureux ! à Técrasement de la raison et à la toutepuissance spirituelle du pape. Mais c'est à cause même de ce contraste que l'influence des grands seigneurs qui s'adonnèrent au culte des lettres mérite davantage d'être appréciée. On peut calculer avec quel enthousiasme devaient être accueillis ceux des grands qui voulaient bien contribuer, avec leurs richesses et leur talent, à un réveil de l'esprit national. Nul doute que ce sentiment n'ait beaucoup contribué à rehausser l'éclat qui entoure aujourd'hui les noms du duc du Rivas et du comte de Toreno. Quand on songe au mauvais emploi que font tant de gens des avantages qu'ils doivent exclusivement à la naissance, ne faut-il pas savoir un gré infini à ceux qui savent consacrer ces avantages au perfectionnement de leurs facultés et à l'avancement de l'esprit humain?

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