ZUMALACARREGUY
Octobre 1883-jain 1835.
Premiers soulèvements des carlistes à Talavera, Bilbao, Vittoria et Lo^rofto. — Santos l^adron, en Navarre, est pria et fusillé* — Les débris de sa colonne passent sous les ordres de deux chefs qui bientôt après se soumettent à la direction suprême de Tomas Zumalaearreguy. — Le curé Merino dans la VieilU Gastille, le baron d'Hervèa dans le Maestrazgo. — LIauder parvient à maintenir la Catalogue. — Etonnante rapidité avec laquelle Zumalacarreguy or« ganise une véritable armée et crée toute une administration. «- Combata livrés par lai aux obrittiaos. «• Le premier général en obef choisi par le gouvernement de Madrid, Saarsfleld, ne sait pas ar* rèter nnsurreclion dans son germe. — Après lui Geronimo Valdès ne peut que la resserrer dans les parties montagneuses de la Navarre st de la Biseaye. — Quesada« venant ensuite, entame d'abord des négociations^ puis recommence la lutte avec acharnement. — Triste oaraetère de férocité que prend la guerre civile» — Quesada et Rodil, •on soceeseenr , éprouvent de nombreux échecs ; l'arrivée de don Carlos vient donner k Tinsurrectiou un nouvel élan. — Espoz y Mina est nommé général en chef. — Deuxième commandement de Geronimo Valdès. — Traité d'Elliot. — Grands succès de Zumaiacarreguj; les tronpes de Christine repassent l'Ebre. — Les carlistes entreprennent le siège de Bilbao : cette place est vigoureusement défendue. -> Zumalaoarreguy est blessé ; il meurt.
Nos lecteurs doivent se rappeler que, grAise ani dispositions prises par Christine dans la dernière année du règne de Ferdinand YII, après les scènes de la Granja que nous avons racontées, toutes les grandes positions militaires et administratives qo'occu paient, avant 483i,- les chefs du parti apostolique leur avaient été enlevée» pour être remises aux mains de partisans de la succession directe ; s*il en eût été autrement, les ressources do plusieors provinces
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auraient été mises immé^iatament au service de don Carlos ; mais, grâce aux mesures prises, le parti apostolique, que désormais nous n'appellerons plus que carliste, se vit réduit à susciter partout des insurrections partielles, et à compter sur le dévouement individuel de chacun de ses membres. Sa force était telle que, même dans ces conditions, son premier élan à la mort de Ferdinand faillit être irrésistible.
Le premier cri de rébellion fut jeté à Talavera, le 1" octobre 1833, par un administrateur des postes, Gonzalez, homme d'énergie et de caractère, commandant les volontaires royalistes, et afDlié, par l'entremise de son père, membre de l'ancien conseil des finances, à toutes les intrigues qui se tramaient dans la capitale. Son appel aux armes fut peu entendu dans la ville ; il fut forcé, avec tous ceux qui étaient venus se ranger autour de lui, de s'enfuir dans les campagnes de TEstramadure ; puis, acculé et poursuivi par les troupes qu'aidaient les paysans eux-mêmes, il fut fait prisonnier et exécuté avec ses fils, jeunes gens de seize et dix-huit ans, auxquels il avait mis lui-même les armes à la main.
Cette première excîlation n'avait pas trouvé d'échos; la seconde, qui se fit entendre dans le sein de la députation provinciale de Bilbao, avait une tout autre gravité. Deux partis existaient depuis longtemps dans le sein de cette corporation puissante, véritable gouvernante de toute la province de Biscaye : les uns inclinaient vers la régente; les autres, dirigés par le député Zabala, patronnaient ouvertement la cause du prétendant. A peine eut-on connaissance, le 2 octobre, de la mort de Ferdinand, que les deux bataillons de volontaires royalistes qui occupaient la ville prirent les armes, vinrent se mettre à la disposition de Zabaln, obligèrent les députés provinciaux qui leur étaient
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hostiles à prendre la faite, et proclamèrent Charles V.
Bilbao, capitale de la Biscaye, une des trois provinces basques, est une ville très-importante ; au point de vue de l'activité commerciale, de Tesprit d'entreprise, et surtout de la richesse en capitaux mobiliers, elle occupe un des premiers rangs parmi les grandes cités de l'Espagne; située à quelque distance des bords de la mer, elle jouit de tous les avantages des ports de mer, gr&ceau Nervion, qui la baigne, et qui^ à partir de Portugalete jusque sur ses quais, est accessible aux navires qui n'ont pas un trop grand tonnage. Aussi réunissait-elle les meilleures conditions pour devenir le centre d'une insurraction formidable ; en peu de jours, la députation provinciale réunit 3 millions de réaux, et^ faisant un appel aux volontaires, parvint à grouper autour d'elle tous les mécontents de la province et tous les adhérents de don Carlos. Puissamment aidée par les pères franciscains et les capucins, qui transformèrent leurs couvents en arsenaux, elle propagea l'incendie qu'elle avait allumé dans tontes les cités dépendant de son ressort, et envoya ses émissaires à Vittoria et à Saint- Sébastien pour l'étendre aux deux autres provinces basques, TAlava et le Guipuzcoa.
Dans la capitale de l'Alava, à Vittoria, Tinsurrection ne devait pas compter sur le concours de la députation provinciale ; ceUe-ci, en effet, composée de citoyens vraiment patriotes, ne voulait pas lancer le pays dans la guerre civile ; elle entendait se consacrer exclusivement au maintien de l'ordre et h la bonne gestion des affaires, tant que les fueros ne seraient point violés ; elle n'osait pas afficher des idées libérales dans un pays fanatisé et tout dévoué à la cause carliste, mais elle était décidée à appuyer en tant qu'il dépendrait d'elle l'action énergique du pouvoir central. Dans le premier moment, néanmoins, elle dut céder à Torage ; un homme du pays, qui jouissait d'une grande influence parmi
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868 concitoyens, Verastegui, s'étant rois en rapport avec les envoyés de Bilbao, attira une grande masse de paysans aux portes de la ville, obligea les troupes christines à se replier, et proclama ouvertement Charles V. La députation, ne pouvant résister, le laissa faire, lui permit d^organiser une junte supérieure de gouvernement, mais sut se conduire, en même temps, avec assez de dextérité pour conserver l'administration des intérêts provinciaux.
Saint-Sébastien, capitale du Guipuzcoa, est une place forte ; il n'était pas aussi facile de s'en emparer par surprise ; d'ailleurs la municipalité était libérale. Loin de s'associer aux mouvements de la Biscaye et de l'Alava, elle pro* testa solennellement contre les actes des rebelles, et offrit au gouvernement tout son concours pour les soumettre. Le reste de la province approuvait, au contraire, l'insurrection de Bilbao et de Vittorta, et, se mettant en état d'hostilité ouverte, empêchait les troupes de la régente d'opérer dans tout le pays autrement que par masses. Ainsi le mouvement de Bilbao s'était de suite propagé dans les trois provinces basques, et avait pris racine au mUieu d'une population énergique, habituée à une vie indépendante, condamnée, sur son territoire montagneux, à un travail excessif, s'isolant volontiers de tous ses voisins, et connue pour son caractère obstiné, qui lui défendait de revenir rapidement sur toute résolution prise.
il était probable que leur exemple serait suivi par la Navarre, comme elles pays de fueros, comme elles fanatisé par les prêtres, habité aussi par une race énei^ique qui savait s'administrer et résistait^depuis longtemps avec ténacité aux tributs que le gouvernement central lui réclamait. On s'attendait là à un soulèvement d'autant plas grand, qu'un corps de cinq cents hommes, réunis à Logrono par un chef royaliste très-connu, Santos Ladron, s'était dirigé
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sur cette province et allait offrir tto point de ralliement à tons les méconlents. Heureusement, il y avait dans la place forte de Pampelune, capitale de la province, des troupes disponibles ; elles furent mises, par le capitaine général, aux ordres d'un chef actif, et avant que Santos Ladron eût pu réunir un nombre respectable d'insurgés, il était batlu à les Arcos, fait prisonnier et fusillé comme traître à sa patrie. Le malbeureux laissait une veuve, qui épousa plus tard un autre des généraux de don Carlos, un de ceux que Maroto devait faire fusiller à Ëstella, avant de signer la convention de Vergara ; ainsi, une fatalité cruelle condamnait celte infortunée à porter successivement le deuil d'un des premiers promoteurs et celui d'un des derniers soutiens de cette longue guerre civile.
Malgré ce résultat, l'initiative de Santos Ladron' ne fut pourtant pas inutile à la cause carliste; sans se laisser décourager par cet échec, les paysans de la Navarre commencèrent à se grouper autour de différents chefs. Un colonel de l'armée, don Francisco Eraso> chef du cordon sanitaire de la frontière, était venu se joindre à eux avec quelques soldats ; il se trouva bientôt en état de tenir la campagne dans les environs de Roncevaux. Plus bas, dans le voisinage de Sanguësa et d'Olite, un vétéran de la guerre de l'indépendance, Iturralde, commanda bientôt un corps de neuf cents hommes, et se préoccupa de suite de combiner ses mouvements avec d'autres bandes qui occupaient le Bastan et les environs d'Huerte-Araquil. Le mois d'octobre n'était pas terminé, que la Navarre tout entière était déjà en pleine insurrection, à l'exception desa capitale, Pampelune, et qu'on pouvait considérer une grande parlie de ses ressources eu hommes et en argent comme acquises au parti de don Carlos. L'action des carlistes, toutefois, ne pouvait être dangereuse tant qu'ils n'auraient pas senti la nécessité de se sou-
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mettre à une direction unique, et tant qu'ils n'auraient pas, pour les guider, un chef dlniliative et d'organisation, capable de grouper autour de lui toutes les volontés et de les faire converger vers un plan préconçu. Par bonheur pour eux, ce chef vint tout à coup à se manifester. Un lieutenant* colonel de l'armée espagnole, natif d*Ormalztegui, éloigné du service pour avoir manifesté, d'une manière trop ouverte, ses opinions absolutistes, alors interné à Pampelune, au premier bruit du soulèvement des Navarrais, s'était échappé de sa résidence et était venu offrir son concours ; ses allures martiales, son rapide coup d'œil, le don du commandement qu'il possédait au plus haut degrés ses connaissances spéciales dans Tart de la guerre, plus que tout, Ténergie de son caractère et la portée de ses conseils, avaient immédiatement fixé sur lui tous les regards. Znmalacarreguy avait indiqué de suite la nécessité de se mettre en communication avec les députations de Biscaye et d'Alava, et lui-même s*étail rendu à Yittoria pour y chercher des hommes et surtout de Targent. A son retour, une junte de tous les chefs carlistes de Navarre avait été convoquée à Estella ; elle se réunit et, d'un accord unanime, le commandement unique lui fut dévolu par l'acclamation spontanée de tous les assistants.
Iturralde essaya de s'opposer à cette décision ; ^es propres officiers l'abandonnèrent et proclamèrent, au nom de Charles Y, comme commandant général, par intérim, de Navarre, douTomas Znmalacarreguy. Celui-K^i se vit à peine investi de l'autorité, que dans des allocutions fermes et ardentes il fit connaître, à tous ceux qui étaient réunis sous ses ordres, son intention d'établir à la fois la discipline la plus sévère et la régularité administrative la plus inflexible ; il ne leur promit ni richesses ni plaisirs, réduisit leur paye de deux réaux à un seul, leur annonça qu'ils devaient s'at->
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lendre à supporter toutes les fatigues de la guerre, mais en revanche il leur promit une préoccupation constante de leurs intérêts, un effort assidu pour que le faible gain qui leur était offert leur fût exactement payé, et la promesse de ne rien négliger pour assurer leur subsistance, leur habille* ment, tous ces avantages matériels qu'une bonne administration peut seule procurer au soldat en campagne. Son énergie, son ascendant imposèrent à tous. Ilurralde luimême consentit à devenir son second, et jusqu'au colonel £raso, dont le grade était supérieur au sien, brigua Thonneur de combattre sous ses ordres. Une fois son autorité militaire bien établie, le nouveau chef s'occupa du soin de concentrer toutes les ressources matérielles de la province, en chargeant de régler les contributions une junte spéciale qu'il composa des hommes les plus influents et les plus dévoués à la cause carliste.
Pendant que les provinces basques et la Navarre préludaient, par ces premiers essais, à l'installation d'une longue guerre civile, un mouvement qui paraissait au premier abord plus général, mais qui, en réalité, n'avait aucune consistance, éclatait dans la Nouvelle-Gastille sous les auspices du curé Merino, chef dont la physionomie toute spéciale mérite d'être tracée. On se souvient de ces audacieux parti* sans qui, pendant la guerre de l'indépendance, firent échec à nos troupes ; établis dans les montagnes, ils massacraient tous ceux de nos soldats qui se hasardaient à voyager isolément ; s'ils pouvaient grouper quelques hommes autour d'eux, ils attaquaient tous les corps inférieurs en nombre qu'ils pouvaient rencontrer. Toujours en mouvement, accueillis partout comme des défenseurs bien-aimés de la bonne cause, mêlant un vrai courage au fanatisme religieux le plus aveugle, sans souci du lendemain, sans goût pour le travail, aussi capables de commettre un crime pour acquérir des
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richesses et satisfaire une passion que de Faire, avec gaieté de cœur, le sacriQce de leur vie pour la cause qu'ils avaient adoptée^ ces hommes avaient été les ennemis les plus redoutables de notre domination pendant la période de i808 à 1844. Au retour de Ferdinand, tous ceux qui ne partageaient pas les idées libérales avaient été p.irticulièrement choyés par le roi; quelles que fussent leur origine, leur manière de vivre, ils avaient été reçus à la cour; des sinécures leurs avaient été octroyées. Le curé Merino, ignorant et brave, patriote et fanatique, le gueriUero le plus célèbre de la Gastille, son pays natal, avait particulièrement tous les titres à la faveur du monarque ; ses exploits guerriers, souvent susceptibles d*ètre confondus avec le vol et Tassas* sinat, furent récompensés, après 4844, par une place au chapitre de la cathédrale de Valence. Merino, pendant la guerre, s'était tout à fait déshabitué des règles de la vie sacerdotale; à Valence, il ne s'occupa qu'à manger ses revenus et à faire grasse chère avec de bons compagnons et des femmes de mauvaise vie, sans se soucier du scandale que de telles mœurs pouvaient causer ; il fallut le dispenser de la résidence en lui continuant sa rente. Après 4820, Merino crut que son devoir lui ordonnait de payer au monarque absolutiste les faveurs que celui-ci lui avait prodiguées ; il se mit donc de nouveau à la tête d'une guérilla et excita tous les paysans de la Gastille contre les défenseurs du principe constitutionnel; mais le triomphe du duc d'Angoulème Tobligea à mettre bas les armes. Il resta de nouveau condamné pour dix ans à une vie de solitude et au seul exercice de la chasse ; aussi en était-il fatigué, lorsqu'en 4 833 il crut voir se dessiner devant lui Taurore d'une nouvelle existencet Quoique Âgé de soixante^quatre ans, il s'imagine qu'il est de son devoir de faire proclamer don Carlos dans toute la Gastille, et entreprend de la révolutionner à lui seul. Son
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nom exerce, en effet, une influence magique sur toutes les imaginations castillanes. A peine la nouvelle de son soulèvement est-elle répandue qu'une foule nombreuse vient se ranger sous ses ordres. A Sépulvéda, où il est installé» il réunit jusqH*à quatorze bataillons de volontaires royalistes; une junte carliste établie k Burgos lui confie tous les bommes qu'elle a soudoyés. Don Ignacio Guevillas, commandant de toutes les bandes qui opèrent dans la Rioja> sur les bords de TËbre, se soumet à sa direction. En peu de temps, avec une extrême rapidité, Merino compte jusqu'à dix mille hommes sous ses drapeaux.
C'était trop» beaucoup trop, et pour son talent et pour ses ressources ; d'une part, il était incapable de faire manœuvrer cette masse; d'autre part, il ne s'appuyait sur aucun centre ^n étht de lui fournir les provisions et munitions qu'elle pouvait nécessiter. Aussi le voit-on hésiter, douter de luimême» entraîner ses hordes, mal enrégimentées, d'abord dans la direction de Burgos» puis dans celte de Madrid ; le gouvernement ne lui oppose aucune résistance ouverte» ne daigne même pas le poursuivre, et l'inertie de ses adversaires lui fait plus de mal qu'une déroute. 11 ne peut nourrir tous ces soldats qui se sont attachés à son sort» et voit bientôt la désertion commencer dans ses rangs. Il ne peut bientôt plus songer à attaquer ni Burgos ni Madrid, et il est obligé de se replier sur Logroûo afin de se mettre en rapport avec GueviUas» le commandant des carlistes de la Rioja» avec Yerastegui» le chef d'Alava, et avec Zumalacarreguy (mi-novembre 1^3).
Sur le littoral de la Méditerranée, toutes les villes avaient acclamé la régente Christine et se montraient bien disposées en faveur d'Isabelle. Dans les campagnes, au contraire, clergé et paysans manifestaient leurs sympathies ponr don Carlos. Aussi, dès le mois d'octobre 1833, vit-on des bandai
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se former en Catalogne, dans le bas Aragon et dans les deox provinces de Valence et de Murcie.
La Catalogne, à elle seule, avait assez d'éléments pour engager une lutte sérieuse ; il lui manquait seulement un chef unique. Le clergé s'offrait bien à grouper autour de lui tous les mécontents et à les organiser ; les chefs de bandes recevaient son argent, mais n'écoutaient pas ses instruc^ tions ; chacun d'eux, ne voulant coopérer qu'aux expédia tions pouvant rapporter gloire etprotit, se souciait peu d'un dévouement exclusif à la cause commune. D'un autre c6té, les christinos, bien dirigés par Llauder, les maintenaient dans un isolement respectif qui les empêchait de réaliser aucun projet sérieux.
Le bas Aragon, moins surveillé que la Catalogne, offrait aux carlistes un terrain plus facile pour un soulèvement ; là, il y avait plutôt disette qu'abondance de chefs ; presque tous les villages situés sur la rive droite de l'Ëbre étaient gagnés d'avance à la cause de don Carlos ; au lieu de s'organiser en un corps spécial, ils distribuèrent leurs recrues entre les provinces voisines, et les envoyèrent de préférence se ranger sous les ordres, soit de Zumalacarreguy, soit du commandant de la Rioja, soit des chefs qui opéraient dans le nord de la province de Valence.
Une défection malheureuse avait, dans cette dernière province, mis dès l'origine entre les mains des factieux une place forte importante, Morella, capitale d'un district très-montagneux, dont la population fanatique était toute à la merci de Tévêque de Tortose, un des plus fervents partisans de don Carlos. Il s'y était installé, sous la présidence du baron d'Hervès, une junte insurrectionnelle qui s'était occupée à lever des contributions et à organiser la révolte; des hommes ardents s'apprêtèrent là à une résistance obstinée et se partagèrent le soin de soulever toute la province.
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Parmi eux figuraient déjà Carnicer, Quilez et un jeune soldat que Tavenir réservait à jouer un grand rôle dans toute cette guerre, celui qui, après Zumalacarreguy, mérite le mieux de la représenter devant Tbistoiro, don Ramon Cabrera,
Dans le sud de la province de Valence, dans celle de Murcie, dans la Mancbe, on ne trouvait plus aucun de ces grands centres d'insurrection ; il n'y avait par-ci, par-là que des partisans isolés, plutôt dignes du nom de brigands que de celui de rebelles, pillant les caisses publiques, arrêtant, pour les rançonner, les hommes riches et influents de cha< que localité, et travaillant à s'enrichir au milieu de la détresse publique. En beaucoup d'endroits, comme dans toute l'Andalousie et l'Ëstramadure, les milices des villes et des yillages leur couraient sus, et contribuaient activement à rétablir Tordre.
L'ouest et le sud de la Péninsule se montraient bien moins agités que le levant : l'Andalousie s'était déclarée avec empressement pour la succession directe ; à peine quelques bandes étaient-elles signalées dans les montagnes de la Galice et des Âsturies; de leur côté, les villes de la côte can^ tabrique montraient les meilleures dispositions pour la cause de la régente. Santotia, Laredo, Castro Urdiales s'offraient à toute espèce de sacriGces pour le rétablissement de l'ordre. Santander, la rivale de Bilbao, déjà effrayée de certaines dispositions que manifestait contre elle la junte de Biscaye, se 'disposait à résister par elle-même à toute tentative qui serait faite contre elle par les carlistes, et, n'attendant même pas de secours du gouvernement central, songeait à vaincre par elle-même avec le seul concours de la milice urbaine.
Quelles avaient été les mesures prises par le gouvernement pour contrarier un mouvement déjà si général, qui
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menaçait de s'éteodre sur toute la Péninsule? Il avait à aa diaposiiion, sur les frontières du Portugal, un corps d^observation sous les ordres du général Saarsfield ; ce corps, dans Fesprit de Ferdinand VU, avait d^abord été destiné à réta-* blir don Miguel sur son trAne ; les menaces de TAngleterre Tavaient seules empêché de pénétrer sur le territoire portugais. Depuis que les dispositions du cabinet à l'égard de don Miguel s'étaient modiflées, depuis que Touverture de la succession du monarque espagnol liait désormais les intérêts du gouvernement de Madrid au succès de don Pedro, il n'y avait plus un grand intérêt à maintenir ces troupes à la ftontière du Portugal. 11 était possible de laisser aux capitaines généraux de Galice et d'Eatramadure le soin de surveiller tous les mouvements de don Carlos, et Ton pouvait diriger contre les rebelles le corps du général Saarsfleld. Quelle que fût la simplicité de ce plan, le cabinet de Madrid tarda longtemps à l'adopter ; surpris du nombre des mouvements qui lui étaient journellement annoncés, il ne distinguait pas ceux qui n'avaient aucune importance de ceux dont la répression devait être dilBcile ; on eût dit qu'il voulait voir les rébellions s'établir avant de s'occuper sérieusement de les vaincre.
Dès les premiers jours d'octobre, Saarsfleld aurait dû se mettre en mouvement pour reprendre les deux villes de Bilbao et de Vittoria; ce n'est pourtant qu'à la fin du mois qu'il transporte son quartier général à Salamanea et commence à se diriger vers les rives de l'Ebre. Sa lenteur est telle dans toutes ces circonstances, que les libéraux en viennent à douter de ses dispositions; on le croit secrètement attaché à la cause de don Carlos. En réalité, il ne songeait point à trahir le parti de là régente; mais, habitué à une stratégie savante^ il appartenait à cette école de militaires pour lesquels l'activité et la promptitude n'ont aucune importaBee'i
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et qui, etdaves d'une routine aveugle, craindraient de faire un pas en avant s'ils n'ont acquis d'avance la certitude la plus absolue de pouvoir le faire en toute Fécurité. Dans le cas présent, où il ne s'agissait pas de combattre une armée en campagne^ mais d'arrêter dans son germe une insurrection que chaque jour de répit rendait plus formidable, cette lenteur était la plus grande faute que pût commettre un général intelligenL N'oublions cependant pas que Merino avait réuni un très-grand nombre de volontaires dans la Gastillei qu'il se trouvait hors d'état de les entretenir et de les guider, qu'on pouvait compter sur le temps seul pour amener la dispersion de ses bandes et qu'il y avait certains avantages à éviter avec elles un choc qui pouvait être sanglant, alors que l'inertie seule devait en amener la déroute. Rien n'indique que Saarsfleld eût prévu ce résultat; en tout cas il devait compter sur le mérite de ses troupes pour balayer facilement tout ce qui tenterait de s'opposer à son passage. Et, en effet, il suffit d'un simple effort de son avant-garde pour renverser le premier obstacle qu'on voulut lui opposer à Villafranca de Montés de Oca ; Merino, battu, après avoir perdu huit morts, neuf prisonniers et une cinquantaine de soldats qui se rallièrent à un indulto (promesse de pardon) offert par le gouvernement, fut obligé d'implorer le secours des carlistes d'AIava et de la Rioja< Ceux-ci s'empressèrent d'accourir, et parurent vouloir un in« stant arrêter Saarsfield à Haro ; mais, voyant se dissoudre comme par enchantement tout le corps de troupe qu'ils venaient appuyer, ils ne tardèrent pas à regagner les lieux d'où ils étaient venus« Merino, resté à la tête de deux cents hommes^ n'était plus un ennemi suffisant pour tout un corps d'armée) sa pou» dite fut abandonnée aux soins du capitaine général de la Yieille-CaetUle ; il vit sa tête mise à prix, et, traité comme na bandit vulgaire, dut s'estimer heureux de poa«
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voir, après diverses aventures, s'interner en Portugal, où il alla se présenter à la cour de son roi.
Débarrassé de cet ennemi, Saarsfield prit d'abord quelques précautions pour faire surveiller toutes les rives de TEbre, depuis Miranda jusqu'à Logroflo ; il attira ensuite à lui les forces du général Lorenzo, sorti de Pampelune pour chasser les bandes d'Braso et d'Iturralde, et le 19 novembre se dé • cida enfin à marcher sur Yittoria. Il y enira le 21, après quelques escarmouches insignifiantes; la députation provinciale s'empressa de lui ouvrir les portes, et de manifester, ce qui était vrai, que la violence seule avait pu l'obliger à se détacher de Tautorité de ]a régente. Quatre jours après, le 35 novembre, Saarsfield, sans avoir rencontré de difficulté sérieuse, entrait également dans Bilbao, forçait à la fuite tous les amis de Zabala, qui avaient organisé avec lui la junte de Biscaye, et enlevait aux carlistes ce centre important qu'ils auraient dû à tout prix essayer de conserver.
Du fond des montagnes de Navarre, où il avait cru un instant que viendraient d'abord le chercher les troupes de Saarsfield, Zumalacarreguy comprit bien que la conservation de Bilbao devait être le but principal de tous les efforts du parti carliste; bien qu'il eût promis à ses soldats de les mener dans les riches plaines de la Rioja^ il voulut faire une démonstration pour essayer d'attirer sur lui l'effort des troupes christines. Il arriva trop tird; les juntes de Guipuzcoa et de Biscaye n'avaient pas su mettre le temps à profit : elles avaient éparpillé leurs efforts en vaines expéditions sur Santander, Santofla et Saint-Sébastien, et Bilbao n'avait pas été mis en état de défense. Elles ne se sentirent assez fortes ni pour arrêter Saarsfield dans sa marche vic(orieuse, ni pour se maintenir derrière les murailles d'une ville assiégée. Tout ce que put faire l'habile chef navarrais, ce fat d'offrir un asile dans ses montagnes à tous ceux qui
9*étaieDt compromis, de les engager à slunir à lui et de se faire donner par les juntes de Biscaye et de GuipuzcGa* chassées de leurs foyers, le titre de commandant en chef> ce qni étendait son action jusque sur les provinces basques, qui jusque-là avaient agi en dehors de son influence (7 dé^ eembre 1833).
Sous rimpression des rumeurs qu^avait causées dans Topinion la lenteur des premières opérations du général Saarsfleld , le ministère s'était décidé à charger de la con* daite de la guerre un général plus entreprenant et plus hardi ; son choix s*élait porté sur un des plus Vaillants capitaines de l'ancienne armée du Pérou, sur Geronimo Valdès, que nous avons eu si souvent occasion de citer en racontant les événements qui se terminèrent par la capitulation d'Ayacucho.
Depuis 18^0, la seule guerre vraiment importante à laquelle eût coopéré l'armée espagnole était celle du Pérou ; au moment où on avait besoin d'ofOciers expérimentés, il fallait donc avoir recours à ces hommes si injustement négligés par Ferdinand Vil depuis 1826, malgré les services qu'ils avaient rendus* Quand le canon tonne, les généraux d'antichambre ne servent plus à rien, il faut de vrais soldats : Yaldès, Mina, Espartero.
C'est à Bilbao même (26 novembre) que Yaldès prit le commandement des mains* du général Saarsfleld, promu à la vice-royauté de Navarre. Il ne vint pas, dès l'origine, à la pensée du gouvernement l'idée qu'il fallait centraliser toute la conduite de la guerre entre les mains d'un seul chef, si l'on voulait aboutir à un résultat sérieux. Même en plaçant Yaldès à la tète de l'armée, on limitait d'abord son action au rétablissement de l'autorité centrale dans les provinces basques. Le vice-roi de la Navarre était seul chargé de poursuivre l'ennemi sur son territoire, de même que les
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eapitaines généraux d'Aragon , de la Nouvelle et de la Viêille^CasUlIe avaient seuls autorité sur les troupes cantonnées dans leurs provinces.
. Aussi la situation du nouveau général en chef n*avaitelle rien d'enviable ; il n*avait que des ressources insuffisantes; ses points principaux garnis, il disposait d'une force de 9 000 hommes, dont 300 cavaliers seulement, pour tenir en échec trois provinces essentiellement monta* gneuseSiOccnpéesparunepopulationdeplusdciOOOOOâmes, presque entièrement hostile ; il avait la responsabilité de la guerre, et n'avait ni le droit de compter sur les troupes opérant dans les provinces voisines, ni Tespérance de rcce* voir de son gouvernement les renforts qu'il lui demanderait. Zea Bcrnmdez n'aurait jamais pu mieux placer sa confiance. Valdès était capable de tout, non-seulement de rbéroTsme qui consiste dans le sacrifice de la vie, mais encore de cette abnégation plus rare qui pousse un homme à tenter une entreprise dont la mauvaise' issue peut le déshonorer, avec des ressources qu'il sait à l'avance tout à fait insuffisantes. En apprenant la rentrée de ses troupes dans Yittoria et dans Bilbao, le ministère s^était. empressé de croire que les provinces basques étaient pacifiées, et dans son ardent désir de n'exiger du pays aucun effort nouveau, il pensait, avec les faibles moyens dont il disposait, pouvoir apaiser tous les mouvements.
Valdès, s'il out jamais cette idée, ne la partagea point longtemps. 11 se dévoua avec ardeur à la poursuite de toutes les bandes qui désolaient les provinces, mais tous ses efforts étaient vains ; à son approche, les carlistes se dispersaient, retournaient àleurscbaumières, y changeaient de chemise, suivant leur expression consacrée, puis, sur un avis de leurs chefs, reparaissaient en armes à un point qui Jeur était désigné d'avance. Ils devenaient chaque jour plus
auprru ▼. -« iumaucarimoy. 187
entreprenants à mesure qu'ils s'habituaient aux opérations militaires, et attaquaient déjà les soldats de Tannée régulière m6me à nombre égal. Un des lieutenants de Valdès, le baron del Solar, éprouva dans les environs de Guernica un revers qui eut pour i&cheux résultat de donner certaine confiance aux carlistes; Toldbs jugea nécessaire de leur opposer des officiers trbs-expérimentés, et choisit finalement pour le poste jugé alors le plus périlleux le maréchal de en mp Espartero, dont le mérite avait déjà été apprécié dans la campagne du Pérou. Espartero, nommé commandant militaire de Biscaye, consacra tous ses soins à fortifier Bilbao, dans la juste prévision que cette ville serait Tobjet de tentatives fréquentes de la part de Tennemi ; il y organisa l'élément libéral, qui était nombreux et plein d'ardeur ; il créa une milice urbaine dont il soigna avec le plus grand soin la composition, et se hâta de Tarmer de manière que la ville ellemême ptit offrir une résistance aux campagnards exclusivement dévoués à la cause carliste. Ces mesures étaient excellentes, et eurent dans la suite une influence considérable sur les événements ; mais, en attendant, les factions carlistes se réorganisaient en dehors de la ville sous le commandement d'un vaillant officier, Simon Latorre, qui exerçait beaucoup d'ascendant sur tous ses compatriotes ; c*était lui qui avait vaincu le baron del Solar à Guernica, Heu révéré des Bas* ques et considéré par enx comme le cœur même de leur patrie. Ancien officier de la garde royale, LaCorre avait su attirer plusieurs individus de cette troupe d'élite au poste qu'il défendait, et avait contribué plus que personne, dans les premiers mois de 1834, à établir la supériorité des carlistes dans la plus grande partie du territoire de la Biscaye; quoiqu'ils eussent été vaillamment disputés par Espartero, Bermeo, Guernica et plusieurs autres points stratégiques étaient entre les mains des partisans de don Carlos.
168 LITU I. — BÉ6BNGB Dl CBRliTim.
Un peu plus heureux dans la province de Guipuzcoa, Valdès était parvenu à rejeter sur la Navarre presque toutes les bandes qui désolaient cette province ; il avait roème> dans les environs d'Âzpeitia, dispersé un rassemblement nombreux ; mais il n'attribuait aucune importance à ce succès, car il savait bien que ces mêmes factieux, aujourd'hui dispersés, allaient immédiatement se rejoindre sur un autre point. Faire marcher ses soldats pendant Thiver dans ces pays montagneux, c'était les fatiguer sans proflt, tandis que leurs adversaires reposaient tranquillement à leurs foyers.
Pas plus qu'en Guipuzcoa, il n'y eut, pendant les mois de janvier et février 1834, d'engagement sérieux dans la province d*Alava. De ce côtelés factieux, pour éviter les attaques de Yaldès, se hâtaient de traverser l'Ebre, et dès lors devenaient pour lui insaisissables, car le capitaine général de Burgos, Quesada, ne mettait aucune bonne volonté à concerter ses mouvements avec les siens. Très-influent en cour, il aspirait à être chargé du commandement en chef, et prétendait qu'il lui serait facile d'entrer en négociations avec les carlistes et de rétablir ainsi la paix et la concorde. Yaldès n'était nullement opposé à ce moyen ; il avait manifesté au gouvernement la nécessité de promettre aux Basques la garantie de leurs fueros ; il avait adouci, autant qu'il dépendait de lui, les rigueurs de la guerre, en donnant de nouvelles preuves de la clémence qu'il avait déjà employée au Pérou dans un cas presque identique, en présence de la révolte d'Olafieta ; mais néanmoins il jugeait avec raison qu'il fallait faire marcher de front les tentatives de négociation et les opérations militaires, et se plaignait vivement dans ses lettres des obstacles qu'il rencontrait chez Quesada.
Le cabinet de Martinez de la Rosa, qui, depuis le i5 janvier 1834, avait remplacé celui de Zea Bermudez, avait dû . en grande partie son avènement à un manifeste lancé par
CKAPITU ▼. — ZUIUUCAIRBQVT. idO
Qaesada ; il se regardait donc comme débiteur envers ce général pour le service qui lui avait été rendu ; aussi, sans tenir compte du mérite de Geronimo Valdès, de son talent, du prestige qu'il exerçait sur les troupes, il préféra donner raison à son rival, et, pour mettre un terme à la mésintelligence qui venait d'éclater, conGa à Quesada le commandement de l'armée du Nord. Valdès, arrêté dès le 2! février au milieu de ses opérations, résigna noblement l'autorité aux mains de son rival; il mit le plus grand soin à l'instruire de tous les plans qu'il avait projetés, puis il se b&ta de retourner à Burgos, pour y exercer les fonctions de capitaine général de la Nouvelle-Castille (fin février).
Le commandement de Quesada n'était pas réduit aux provinces basques, comme l'avait été dans l'origine celui de Yaldès ; depuis que Zumalacarreguy avait été nommé, par les juntes de Guipuzcoa et de Biscaye, commandant des troupes carlistes, il avait concentré en lui la direction de tous leurs mouvements, et bien que la Biscaye eût continué, comme nous l'avons vu, à posséder de nombreuses factions agissant isolément, c'était en réalité en Navarre que résidait le noyau des bandes qui envahissaient incessamment le Guipuzcoa et l'Alava. Aussi après une campagne tentée directement par Saarsfleld contre Zumalacarreguy, campagne inutile, exclusivement composée de marches et de contremarches, qui ne servit qu'à développer chez les carlistes l'esprit de discipline et l'habitude des fatigues de la guerre, le ministre de la guerre à Madrid se décida-t-il à charger un corps d'armée spécial du soin de poui^uivre Zumalacarreguy.
Cette mission avait été enlevée au vice-roi de Navarre et confiée au général Lorenzo, qui fut placé sous les ordres de Yaldès. De plus> en même temps qu'on lui assurait par ce moyen un concours effectif des troupes opérant dans les
170 LITM I, ~ ItOBKCB Dl CHftlflTlKK.
provinces basques, Lorenzo avait été renforcé par Tarrivée d'un nouveau corps détaché do la capitainerie générale d'Amgon et commandé par un vieux loup de mer (el lobo cano), Marcelino Oraa, très-aimédes soldats et très-expéri* mente dans le genre de guerre qu'il fallait poursuivre (?8 décembre). Par ce moyen les christ i nos avaient retrouvé sous Yaldès la même force que les carlistes avaient obtenue en se rangeant sous le commnndemenl unique de Zumalacarreguy \ aussi, pendant les deux mois de Janvier et de février, la lutle n*avait pas cessé dans les montagnes do Navarre. Les carlistes s'étaient installés dans les villages de la Amezcoa, petit vallon ayant 13 kilomètres de long sur 3 de large, protégé de trois cAtés par des sierra$ presque inaccessibles, et situé & six heures de Yittoria et à trois d'Estella. Placés là près du fatte du plateau de séparation, d*où les eaux descendent d'un c6té au golfe de GascognCi de l'autre au bassin de l'Ebre^ils pouvaient à leur guise soit pénétrer dans la plaine au milieu de laquelle s'élève Yittoria, soit, en suivant des plateaux très-élevés, aller couper dans le Guipuzcoa les communications entre Yittoria et Saint-Sé« bastien ; s'ils étaient pressés avec trop d'acharnement, ils pouvaient aussi échapper en se dispersant jusque dans la grande chaîne pyrénéique, dont se détachent de nom" breux contre-forts entre lesquels coulent, à travers biNa* varre, trois rivières importantes, l'Kga, l'Arga el l'Aragon, tous trois affluents de l'Ëbre.
Lorenzo et Oraa, instruits par deux rencontres, dont ils n'étaient sortis victorieux qu'au prix des plus grands efforts, ne pouvaient attaquerZumalacarreguy dans cette forteresse que la nature a rendue presque inexpugnable ; ils imaginèrent de le resserrer peu à peu dans l'enceinte qu'il avait choisie, de manière à le forcer h capituler faute de ressources. A cet effet ils fortifièrent, sur les indications de Yaldès, les
. CBAPITiB V. -* EUMÀLACARBtdVT. ITI
pinces de Pacnte*Ia-Reina, d'Bstella y de los Arcos, destinées à protéger In vallée de TArga, celle de TEga et la principauté de Viana, et à devenir la base de leurs opérations futures; et ils allaient continuer leur système de circocvallation, lorsqu'ils apprirent tout à coup que leurs adversaires s*étaiont éloignés de leur camp et se dirigeaient sur Lumbier, point important situé sur TAragon, auquel aboutissent les trois vallées deTAyezcoa, de Salazar et de ' Roncal, qui co.nstituent toute la partie orientale de la Navarre pyrénéenne. Ces districts paraissaient assez bien disposés pour la cause libérale ; ils n'étaient cependant pas en étit de résister par enx-mêmes aux forces de Zumalacarreguy, et furent obligés de satisfaire à toutes les exigences du chef carliste, qui s'empara de la manufacture d'armes d'Orbaicéta; il y trouva un canon, deux cents Tusils et cinquante mille cartouches et arma dans ces parages un nombre assez considérable de recrues. Yaldès, prévenu par Lorenzo et Oraa de cette diversion des ennemis, ^tait ac« couru aussitôt ; il s'était mis à la poursuite des carlistes, les avait atteints à Huesca, les avait forcés de rentrer dans leurs anciens cantonnements^ et avait donné Tordre d'assurer la libre circulation de Yittoria à Pampelune par la vallée d'Araquil, en fortifiant les points intermédiaires d'Ecbarri'^Aranaz et d'Imrzun (16 février).
Td était donc l'état des affaires on N.ivarro quand Ouesada prit le commandement en chef. Zumalac^rrogiiy n'était plus un simple chef de bandes, il était déjà gi^néral d'une troupe de plus de 8 000 hommes, était reconnu comme le véritable chef de tout le mouvement carliste dans les trois provinces basques et dans toute la Nax'arre et faisait fonctionner, sur tout le territoire sur lequel il pouvait agir, les juntes nommées par lui, comme les seuls et uniques centresauxquelsdevaientabouiir les ressources provinciales.
172 LIVU I. •— ft^GIHGB DB CHBISTIIIB.
C'était, on le voit, une guerre civile déjà complètement organisée, et qui serait dès ce moment devenue bien plus terrible encore, si le gouvernement de la régente n'avait été assez fort pour comprimer les soulèvements de la Catalogne et du Maestrazgo.
Les points les plus exposés delà Catalogne étaient les montagnes de Monlserrat, le diocèse d'Urgel et les environs de Tarragone. De nombreuses bandes y étaient apparues; mais, grâce à l'inquiète vigilance de Llauder« elles n'avaient pu tenter aucune entreprise sérieuse.
La même surveillance avait empècbé le débarquement, sur les cfttes, d'une goëlette toscane, chargée de douze canons, douze barils de poudre, de grenades, de balles et de fusils, et la capture de ce navire avait porté le découragement chez les chefs carlistes.
Dans le Maestrazgo, les christinos avaient recouvré presque sans coup férir la place de Morella; les bandes du baron d'Hervès avaient été dispersées à Galanda ; leur chef avait même été fusillé à Teruel. Cependant le pays n'était pas tranquille ; une grande partie de la population, agitée par les prêtres, qui recevaient le mot d'ordre du clergé de Tortose, soutenait de ses ressources un grand nombre de factieux. De ces derniers, quelques-uns, pressentant déjà une carrière pleine d'aventures, travaillaient à grouper des partisans autour d'eux dans l'idée d'arriver à jouer un rôle brillant dans l'histoire de leur pays. Parmi eux se distinguait déjà Cabrera, d'étudiant transformé en simple soldat sous les murs de Morella, puis lieutenant d'une petite bande de neuf hommes, puis bientôt après à la tête de cent trente-cinq soldats, campés avec lui dans les environs de Valliborna, auxquels il distribuait A réaux (1 fr. 05) par jour, et s'instruisant avec soin de toutes les règles de la tactique militaire. Le gouvernement central, absorbé par d'antres pré-
CHAPITIB Y. — ZmULAGÀUUIfiCT. 1 73
occupations, n'avait pas les yeax fixés sur ce centre d'iQsurrection ; il s'en rapportait à ses capitaines généraux d'Aragon, de Catalogne et de Valence, du soin de rétablir la tranquillité sur leui s territoires; mais les insurgés du Maes* trazgo savaient mettre à profit leur situation spéciale; placés aux confins de ces trois capitaineries, quand ils étaient pous* ses par les troupes d'un de ces trois ressorts, ils passaient à l'instant sur le territoire voisin, et au prix de cette tactique évitaient presque toujours des poursuites auxquelles ils auraient succombé si elles avaient été poursuivies avec plus d'opiniâtreté*
On attendait beaucoup à Madrid de Quesada, le nouveau commandant en cbef ; il se jugeait si sûr de lui-même, et se vantait avec tant d'arrogance de pouvoir mettre fin à la lutte, dont il niait la difficulté ; son aplomb et sa fierté, joints, il est vrai, à une bravoure incontestable, exaltaient davantage les imaginations que l'héroïsme froid et les vertus solides de son prédécesseur. D'ailleurs, pendant la période de 1821 à i823, lorsque la Navarre et les provinces avaient été sillonnées par les bandes royalistes soudoyées par Ferdinand, Quesada avait eu des relations très-suivies avec Zumalacarreguy ; il semblait que les deux chefs ne pouvaient avoir oublié leurs rapports antérieurs el que, mus tous deux par un sentiment de patriotisme, ils trouveraient un prétexte pour nouer des négociations qui aboutiraient à une pacification générale. Aucune de ces espérances ne se réalisa. Quesada, doué d'une nature trop ardente et trop fougueuse pour exercer le commandement en chef, ne sut d'une part entreprendre aucune opération décisive pendant les cinq mois qu'il resta à la tète de l'armée du Nord (fé* vrier à juillet 1834), et d'autre part toutes ses tentatives de négociations échouèrent misérablement devant l'enthou* siasme des carlistes et la volonté de Zumalacarreguy. Ce-
174 UTtB I. *- ftftOmCB DS CHltSTlRB.
lui-ci voyait grandir à chaque inslant le nonibra de ses partisans, exerçait sur eux un ascendant de plus en plus irrésistible, organisait cbaquejour son armée sur une base plus large* ; il se sentait protégé de tous côtés, à gauche par les bandes delà Biscaye et de la Casiille, à droite par celles du bas Aragon, de la Catalogue et du Maestrazgo. Le temps semblait donc travailler pour lui, tandis que dans l'intérieur du pays la lutte des idées libérales et des idées conservatrices étaitpour ses adversaires un germe de discorde promettant de graves complications. Quel avantage pouvaiMl attendre d'une négociation entamée en de semblables circonstances? Dès qu'il reçut les ouvertures de (Jnesada, il n'y vit qu'un moyen d'obtenir une suspoQsion d'hostilités qui lui permit de faire reposer ses troupes fatiguées par les marches nombreuses que leur avaient imposées les poursuites de Valdès; puis, quand il jugea ses soldats suffisamment remis, il réunit ses principaux officiers et affecta de s'en rapporter à leurs avis. Ainsi, en repoussant les ouvertures qui lui étaient faites, il parut se résigner exclusivement à la manifestation de leurs propres désirs, quoiqu'il eût eu soin de faire échauffer à l'avance leur ardeur belliqueuse par celui d'entre tous ses lieutenants qui possédait le mieux sa confiance, Zariategui. Au bout de quelque tempe, Quesada dut reconnaître qu'il n'avait rien à attendre de la voie pacifique, et il se décida à reprendre énergiquement les opérations militaires ; mais, entraîné par la fougue de son tempérament^ il considéra
t Cette armée se eompoMlt, en mare iSS4» de S bataillons dlfl-
fauterie de 800 hommes, soit 4000 hommes, et d'un bataiUon choisi où se recrutaient les officiers. Chaque bataillon avait 8 compagnies, dont t d'élite, grenadiers et chasseurs. La cavalerie se bornait à aoo chevaux. Très-bon armement, beaucoup de munitions, peu d'ar* ge)it En outre de cette force régulière, Zumalaoarreguy disposait d'un très-grand nombre de bandes irrégulières qui se pourvoyaient eUesmfmes et infestaient tout le pays.
GiÀFtTRB T. — lOMAUCARftEQUY, 475
cOinme une insulte personnelle lé refus dé Zumalacarreguy d'écouter ses propositions, lui voua une haine mortelle» et se mit à le poursuivre avec une ardeur et une fureur qui contribuèrent beaucoup adonner à cette guerre le plus odieux caractère de férocité.
Ce serait une tAche des plus insipides d'entrer dans le détail des marches et contre-marches entreprises par les troupes christines et carlistes à travers les montagnes de la Navarre. Tous les généraux, maréchaux de camp, colonels mis à la tète d'une colonne, avaient à cœur de voir publier avec éloge leur nom dans la Gazette de Madrid^ et comme nous l'avons vu si souvent de notre temps à propos des guer* res d'Afrique, les pages du Journal officiel se remplissaient de bulletins sonores où une foule de grades avaient été mé* rites pour un engagement qui en somme n'avait produit aucun effet utile. Aussi nous nous garderons bien d'entraJner nos lecteurs dans ce dédale inextricable ; qu'il nous sufBse de leur dire que Quesada ne put jamais atteindre ses ennemis avec des forces suffisantes pour leur faire éprou** ver une véritable déroute, qu'il essuya lui-même des revers sérieux» comme à Muro et à Alsasua» qu'il eut la douleur de voir Zumalacarreguy traverser TEbre sans en* oombre et s'avancer jusqu'à Galahorra, que Vittoria assié* gée par les carlistes ne dut son salut qu'à la résistance de sa propre milice ; enfin que, pendant tout le courant du mois de juin 1834, tandis que ses lieutenants plus heureux remportaient quelques avantages insignifiants à Dallo et à Galina, lui-même se voyait forcé de changer d'attitude et, an lieu de jouer le rôle d'assaillant, grAce au talent stratégique déployé par son adversaire, était plutôt réduit à se tenir sur la défensive.
Malgré les exagérations du Journal officiel, Topinioil publique à Madrid était trop éclairée pour ne pas démêler
176 UTM 1. — BiGBHCI DE CHilSTIlfl.
la vérité au milieu des bulletins pompeux i l'aide desquels on cherchait à la dissimuler; il était évident que Zumalacarreguy, au commencement de juillet 1834, avait déjà conquis une situation prépondérante en Navarre, et cela était d'autant plus grave que les bandes de la Biscaye allaient aussi conquérant le même ascendant. Espartero, le commandant militaire de cette province, était impuissant à résister aux factions qui, grossissant sans cesse, attaquaient les points les plus importants du territoire, ceux qu'il tenait le plus à cœur de conserver, Portugalete, Ordufia ; il se voyait même menacé dans Bilbao ; ses soldats, obligés aux marches les plus rudes, dans un pays où tout leur était hostile, même les femmes et les enfants, étaient harassés de fatigue ; à chaque instant il fallait livrer combat pour passer d'un point à un autre, et dans ces luttes journalières les carlistes même vaincus triomphaient encore, car la déroute n'était pour eux qu'une occasion de retourner à leurs foyers, tandis que pour le vainqueur la victoire n'était qu'une cause de fatigues et de privations nouvelles.
Soldats et officiers commençaient à se décourager, les désertions étaient fréquentes. Quesada, qui avait osé pré* tendre que Valdès avait des ressources plus que suffisantes pour mener la guerre à bonne fin, était arrivé^ lui aussi, à demander des renforts au gouvernement ; et celui-ci tardait à lui en envoyer, car il avait à faire face aux autres factions de laCastille, de la Catalogne et du Maestrazgo, et ne pouvait entièrement dégarnir certaines provinces comme la Manche, l'Estramadure et la Galice, où le brigandage tendait à s'or* ganiser. Il avait ordonné dès le mois de mars une levée de 25000 hommes et avait procédé partout à l'armement de la milice urbaine pour remplacer le corps des volontaires roya* listes. Quelque importantes que fussent ces ressources, elles étaient encore insuffisantes, car les miliciens, aptes i
CHÀPlTftB T. — XII1ULÀCAARB60T. 177
la défense de leurs foyers, ne pouvaient être mobilisés pour la poursuite des bandes de factieux.
L*utilité de la milice s'était déjà fait sentir surtout dans le bas Aragon ; là une faction puissante, commandée par Carnicer, et dont faisait partie Cabrera avec sa bande, était parvenue à jeter la terreur dans tout le pays de la rive droite de TEbrc, depuis Saragosse jusqu'à la mer.
Les villes de Daroca et de Calatayud avaient été mises à contribution ; un officier supérieur de Tarmée Christine, le comte de Mirasol, avait été battu, et, enhardis par ces premiers succès, les carlistes étaient venus mettre le siège devant Batea. La milice de cette ville, abandonnée par le gouvernement, entreprit de leur résister ; et, aidée par ses voisins de Gandesa , quoiqu'elle eût à supporter des pertes cruelles, elle fut assez heureuse pour se préserver de leurs atteintes. Garnicer et Cabrera disposaient pourtant déjà d'une force de près de â 000 hommes. Au bruit de leurs succès, désirSux de partager le butin avec eux, les autres chefs, qui avaient jusqu'alors opéré isolément dans le Maestrazgo et le royaume de Valence, Quilez, Miralles, vinrent se joindre à eux, et tous ainsi formèrent un noyau assez compacte pour mériter le nom d'armée. Instruits de cette concentration, les carlistes de Catalogne invitèrent leurs compagnons du Maestrazgo à venir tenter la fortune sur leur territoire; Carnicer et Cabrera se laissèrent séduire par les offres qui leur furent faites ; ils se décidèrent à passer sur la rive gauche de TEbre. Mais là ils se trouvèrent en face de deux lieutenants du capitaine général de Catalogne, qui leur barrèrent le chemin dans les environs de Blayals et leur Qrent éprouver une défaite complète (10 avril). Cabrera eut beau déployer dans cette circonstance toute son énergie et son intelligence; son courage, digne d'une meilleure cause, ne put empêcher le triomphe des troupes chri9* T. m. is
178 LITIR I. •— itGUfCB Dl CHtltTlNg.
Unes; son parti perdit plus de 300 hommes morts et 700 prisomiiers, ce qui daas cette guerre impliquait déjà un engagement très-sérieux. Il fallut, après celte déroute, que les chefs de bande se dislribuassent une autre fois dans le pays par pelotons de cinq et dix hommes, jusqu'à ce qu^ils retrouvassent utie nouvelle occasion de se concentrer.
La défaite de Mayals répandit pendant plusieurs semaines une salutaire terreur chez tous les carlistes du Levant ; les Catalans particulièrement n'osèrent pas sortir de leur isolement ; ils étaient répartis en bandes nombreuses, mais faibles, qui ne pouvaient s^aventurer en dehors des montagnes les plus inaccessibles. Néanmoins, ils inquiétaient et fatiguaient les troupes de Llauder, et empêchaient qu'aucune partie de ses forces ne pût être distraite et envoyée en Navarre.
Il fallut auasi, dès les mois de mai et de juin, après les preuves d'audace données par Carnicer et Cabrera, destiner an corps de troupes à la poursuite de ces deux redoutables factieux, un instant découragés après Mayals, mais bientôt remis de leur échec.
On apprenait chaque jour à Madrid, dans le commencement de juillet 1834, la nouvelle qu'une bande avait traversé tel ou tel village de la Catalogne et du Maestrazgo, et comme ces bruits arrivaient toujours accompagnés des plus tristes détails de rapine, de vol et de meurtres, Topinion publique en était tristement affectée ; c'est à l'impression qu'ils produisirent sur la masse de la population madrilène que l'on doit surtout attribuer les tristes événements dont la ca* pitalede l'Espagne fut le théâtre en juillet 1834.
Lequel des deux partis, carliste ou christino, faut-il considérer comme spécialement coupable des atrocités commises dans le cours de cette guerre 7 Si nous aspirions à dramati« ser notre réoit, nous pourrions raconter une foule d'événe-
âienttt toas plus sanglants les uns que les aulres^ conséquence naturelle d'une lutte furibonde où les {Missions étaient pou»sées jusqu'à leurs derniferes limites. Dès Torigine, le gou* vernement central s*était réservé le droit de fusiller tous ceux qui étaient pris les armes à la main, et ce droit, nonseulement il en avait usé avec les chefs» Gonzalez, Santoe Ladron, le baron d'ilervès, etc.» etc., mais encore avec leurs soldats, pour la plupart déserteurs de l'armée. Ainsi menacés, traqués dans leurs montagnes comme des bètes fauves, les carlistes voulurent renvoyer à leurs ennemis la terreur qu'on cherchait. à leur inspirer à eux-mêmes; ils promirent de ne Taire aucun quartier et tinrent parole. Ce n'était donc des deux côtés que meurtres et fusillades; on ne faisait presque pas de prisonniers. D'ailleurs il était souvent difDcile de les nourrir ; les belligérants étaient si mal approvisionnés, qu'ils avaient à peine de quoi s'alimenter eux-mêmes. Ils craignaient aussi de s'embarrasser de cap<tifs qui les auraient gênés dans leurs déplacements continuels. Dominé par les élans de son noble cceur, Yaldès tenta, durant son commandement, de remédier à un semblable état de choses^ qui déshonorait l'Espagne aux yeux du monde entier ; il entrait plutôt dans son caractère de se servir de la clémence comme moyen de persuasion. Mais il ne fut pas aidé alors par Zumalacarreguy : ses promesses d'indulto furent présentées aux carlistes comme de simples manœuvres tentées pour les soumettre \ les rigueurs continuèrent bientôt de part et d'autre. Elles prirent, lorsque Quesada, après avoir inutilement tenté la voie des négociations, recommença les opérations militaires, un caractère de férocité vraiment inou! et k jamais déplorable.
Le général en chef christino ayant fait fusiller un alcade et deux volontaires dont le seul crime était d'appartenir au parti carliste, Zumalacarreguy se crut en droit d'ordonner
480 LItftB I. — tteiNGB 01 CHtISTiNB.
Texécution de quatre officiers et de quatorze soldais faits pri* sonniers dans l'affaire d'AIsasua. Ce meurtre, exécuté par calcul, était d'autant plus horrible que les victimes inspiraient un vif intérêt ; parmi elles se trouvait un membre de la famille O'Donnell, qui avait des parents dans les files carlistes, et un malheureux criblé de blessures, incapable de se traîner lui-même au lieu de l'exécution. On leur faisait gr&ce de la vie s'ils consentaient à abjurer leur drapeau, et ces braves gens préférèrent mourir en se serrant les mains dans une dernière étreinte, aux cris de : Vive la liberté I
Peu après Zumalacarreguy, voulant sans doute diminuer l'impression produite, osa écrire à Quesada pour lui offrir un échange de prisonniers, et demander la vie d'un de ses capitaines, nommé Bayena. Celui-ci avait déjà été fusillé ; réchange n'était plus possible. Pour sauver ceux de ses officiers qu'il ne pouvait plus échanger, Quesada, emporté par la passion, n'entrevoit alors qu'un moyen : il écrit à son adversaire en le traitant de chef de brigands et de bandits, et lui annonce officiellement qu'il a fait prendre comme otages quatre parents d'officiers carlistes, parmi eux une femme, et que ces otages seront immédiatement sacrifiés si la vie de ses ofQciers n'est pas respectée.
Avec de semblables conditions, il n'y avait pas d'entente possible : les deux chefs furent inflexibles; on fusilla de côté et d'autre par voie de représailles et, la haine provoquant la haine, les femmes et les enfants cessèrent d'être respectés. Cette nation espagnole, où l'amour de la famille est si profondément enraciné dans tous les cœurs, semblait prendre à t&che d'oublier ses plus nobles sentiments, pour s'abandonner à la passion de la haine et de la vengeance.
Ce n'était pas seulement en Navarre et dans les provinces basques que se commettaient ces atrocités ; les chefs de
CBAPITIB T. - ZUMALACABRIGUT. 181
bande de Catalogne, de Castille et du Maestrazgo procédaient €omme Zumalacarregay, et avec d'autant plus de violence que souvent la rapine était l'unique motif qui les animait. Ils s'emparaient des alcades, et, pour les forcer à imposer des contributions à leurs villages, ils leur faisaient subir de véritables supplices: avant de fusillerValcade deBurgodeOsma, on lui creva les yeux et on lui arracha les ongles. Cabrera, dans le Maestrazgo, inspirait la terreur la plus profonde; pour arriver à ses fins aucun crime ne lui coûtait. N'avait-il pas TEglise avec lui pour labsoudre de tout péché 7 II dé* fendait ce qu'il appelait la sainte religion; or, qu'est-ce que la vie d'un hérétique, homme, femme ou enfant, pour les défenseurs de la foi 7
Pour être juste, disons cependant qu'il y avait parmi les carlistes des hommes de cœur que toutes ces horreurs désespéraient; citons parmi eux yillareal,un des meilleurs officiers de ce parti, à qui l'ordre est donné par Zumalacarreguy de faire fusiller d'un seul coup cent vingt prisonniers : il ne peut 66 résoudre à un semblable forfait ; il court auprès de son chef, le conjure de revenir sur une décision aussi sanguinaire, le trouve inflexible, s'éloigne pour ne point participer au meurtre de ces malheureux, et parvient même à sauver la vie à deux d'entre eux.
L'expérience avait prouvé que Quesada n'était pas de taille à lutter contre son adversaire ; ce général avait d'ailleurs perdu tout son prestige dans l'armée, il était lui-même découragé. On songea à le remplacer, et, comme l'expédition de Portugal venait précisément de se terminer, on résolut de lui donner pour successeur le chef qui venait de la diriger avec succès, le célèbre défenseur du Gallao, Rodil. Il fut décidé que toutes les troupes qui avaient contribtté à , cette expédition seraient concentrées à Madrid, et de là dirigées sur le nord pour entrer immédiatement en campagne ;
183 LITRI r. ^ BtOINCB DB CBRISTINB.
eMtail un renfort considérable qu'on envoyail ainsi en Na« varre, et ropinion publique était en droit d'attendre que le nouveau général obtiendrait de meilleurs résultats que son prédécesseur. Le 31 juin 1834, toutes ces troupes (environ 16 000 hommes), bien vêtues, bien équipées, flères de la triomphante promenade qu'elles venaient d'accomplir en Portugal, étaient passées en revue dans les environs de Madrid, et le 9 juillet se joignaient à leurs compagnons d'armes, sur ]e théâtre même de la guerre, où Rodil prenait le commandement des mains de Quesada.
Il y eut, à la nouvelle de l'arrivée de ce renfort, une certaine émotion dans les rangs des carlistes ; ils hésitèrent un instant à «iccepter l'induite qui leur était offert dans la proclamation du nouveau général, puis, enhardis par ce qu'ils avaient déjà fait, ils reprirent bientôt courage, et, animés par Zumalacarreguy, qui, loin de défaillir, leur promettait de nouveaux succès, ils ne pensèrent plus qu'à continuer la lutte avec une nouvelle ardeur. C'est à ce moment même de doute et d'hésitation (i 1 juillet), qu'ils apprirent tout à eoup la présence de don Carlos à la frontière de France ; ils surent que ce prince, trompant la vigilance des polices française et anglaise, s'était décidé à venir partager leurs souffrances. Oubliant alors, dans leur enthousiasme fréaétique, les dangers auxquels ils étaient exposés, ils se préparèrent à de nouveaux sacrifices, et dédaignèrent à la fois les offres et les menaces de Rodil, Certaine illusion dont ils ne pouvaient S6 préserver leur laissait supposer que le prétendant apportait avec liii tout l'or de l'Angleterre et toutes les armées de la Sainte-Alliance, tandis qu'en réalité toute sa foroe résidait dans leur courage et dans leur énergie.
Zttmalacarreguy, dans toutes ses communications à ses compatriotes, avait toujours affecté d'agir comme repré* aentant fidèle de celui qu'il reconnaissait comme le seul roi
en Ai'iTBi y . -- BuvAUCAiRioirr . 1 83
légitime d*E9pagne ; de son cAté^ don Gurlos^ pour le récompenser des services qu'il rendait journellement à sa cause, dès le 18 mars 4834 lui avait adressé de Portugal une lettre oFBcielle , par laquelle 11 lui déléguait une partie de son autorité souveraine pour tout ce qui concernait le commandement militaire et Tadministration économique des trois provinces basques et du royaume de Navarre. Dans cette lettre, qui fut répandue à profusion sur tous les points où dominait Félément carliste, rengagement solennel avait été pris par don Carlos de respecter les fueros de ces provinces le jour où il monterait sur le trône. Zumala* carreguy avait été promu au grade de maréchal de camp ; tous les grades et emplois quil avait déjà donnés ou qu'il donnerait à l'avenir avaient été solennellement reconnus. Par ce moyen, l'avenir et la carrière d'une foule d'indi* vidus se trouvaient désormais attachés au succès de la cause carliste.
Aucun sujet de discorde n'existait entre le soldat et le monarque ; les succès de l'un et la confiance de l'autre avaient créé un lien indissoluble. La première entrevue qui se célébra entre eux ne pouvait donc être que cordiale ; elle eut lieu le 13 juillet à Eiizondo, et se termina au gré des deux parties. Don Carlos, pour cette fois, dans la nituation critique où il se trouviiit, n'ayant autour de lui aucun de ces prêtres fanatiques et de ces courlisnns ineptes qui l'enfermaient dans un cercle étroit de cérémonies religieuses et d'étiquette surannée, se montra actif, courageux, entreprenant ; il était disposé h agir ; il futgénéreux envers Zumalacarregiiy ; il ne lui refusa rien de ce qui pouvait accroître son autorité et son ascendant yis*à-vis de ses émules ; il le nomma lieutenant général, et, sous le titre de chef de son état-major, le charge i de la direction suprême des opératioos militaires.
184 LITBB I. <— RÉOBlfCI m CHRISTINE.
Aussi la grande impression produite par la nouvelle de sa présence ne se dissipa-t-elle point immédiatement ; la vue du prince pour lequel elles combattaient sufBt quelque temps à toutes ces populations simples et naïves. D'ailleurs, on n'avait pas le temps de manifester sa joie par des fêtes et des cérémonies ; il fallait avant tout combattre et résister aux troupes toutes fraîches que Rodil venait d'amener de Portugal.
Dès son arrivée, le nouveau général cbristino avait procédé à une nouvelle répartition de ses forces, de manière à fondre en une seule armée les soldats déjà habitués au genre de guerre spécial qui se pratiquait dans les montagnes, et ceux qu'il ramenait avec lui de PortugaL II forma cinq divisions, sur lesquelles trois devaient manœuvrer en Navarre ; la quatrième, dans les provinces d'Alava et de Guipuzcna ; la cinquième, sous les ordres d'Espartero, en Biscaye. Voulant, avec elles toutes, faire une démonstration puissante, et croyant qu'en opérant par masses on pouvait arriver à un résultat décisif, Hodil, avant de les séparer, voulut avec elles envahir le vallon de las Amezcoas, quartier général des carlistes, et occuper d'un seul coup, s'il était possible, tout le pâté de montagnes d'où ils s'élançaient à volonté sur les territoires de Guipuzcoa et d'Alava, et sur les vallées de la haute Navarre. Zumalacarreguy ne pouvait résister à cette invasion, et ne le tenta point; mais il donna Tordre aux siens de tenir l'ennemi en haleine, de le menacer sur ses flancs, en tète, en queue, et de l'obliger ainsi aux plus grandes précautions : tout détachement isolé était perdu ; il fallait que chaque division opérât tou-
jours d'accord avec les autres, sinon celle qui était abandonnée risquait d'être immédiatement décimée. Après trois semaines d'opérations, Rodil était déjà convaincu qu'il ne pouvait rien contre son adversaire obstiné. Se sou*
CHAPITIB Y. — ZUMÀtACÀMIGmr. 188
Tenant alors de la persécution qu'il avait dirigée contre don Carlos en Portugal, il se résolut à consacrer tous ses efforts à s'emparer de lui ; il ordonna à ses généluux divisionnaires de conserver tous les points qu'ils occupaient, de fortifier Âlsasua, Irurzun et Echarri-Aranaz, dans la vallée d'Araqaily puis il se mit lui-même à la tète d'une colonne destinée à faire la chasse à don Garlos.
Ce fut alors pendant deux mois toute une série de marches et de contre-marches; le prétendant était incessamment obligé de passer d'un point à un autre : aujourd'hui en Navarre, le lendemain en Guipuzcoa, puis en Biscaye ; jamais un moment de tranquillité ni pour le fugitif ni pour le persécuteur. Tantôt Zumalacarreguy proté* geait don Garlos à la tète de tous ses bataillons ; tantôt il le confiait an zfele de l'un de ses lieutenants ; tantôt il le tenait caché dans une retraite sûre. Plus d'une fois, pour échapper au milieu des montagnes à une poursuite trop vive, il fallut que don Carlos, sur le dos d'un guide S se résignât à descendre les précipices les plus dangereux, ou à gravir les montagnes les plus abruptes ; jamais il ne fut trahi ^ L'espionnage ne s'exerçait dans tout le pays qu'au profil des carlistes ; même à prix d'or^ les christinos n'obtenaient que de faux renseignements. Rodil dut se persuader que tous ses efforts seraient vains ; trois défaites, essuyées par ses lieutenants, vinrent lui faire comprendre qu'il aurait bien mienx fait de s'attacher à remplir les devoirs d'un général en chef que de faire l'office d'un simple colonel de gendarmerie. L'une de ces défaites n'était pas grave en elle-même , elle se bornait à la perte d'un convoi que se laissa enlever par Zumalacarreguy le général Figueras, incapable de lutter
* On donna plus tard h ce guide un nom spécial; il s'appelait bralalement cr l'Ane du Roi » {elBurro del Reif).
186 Lirai i. *— itomci di CBiriTiMi.
contre un advenuiire aussi sérieux. La seconde l'était beau* coup plus : 150 cavaliers et 750 fantassins furent surpris dans une gorge étroite, à las Pefias de san Fausto, et, sur ce nombre, 250 avaient été massacrés, et cinq cents à peine avaient pu s'échapper; les autres avaient été faits prisonniers; parmi ces derniers, on comptait un grand d'Espagne , le jeune comte de Via Manuel, qui servait comme volontaire dans les troupes christines; il ne put trouver grâce devant la sévérité inflexible, mais égale pour tous, de Zumalacarreguy ; on le fusilla avec tous ceux de ses compagnons qui refusèrent de s'engager dans les files carlistes. Le troisième revers était encore plus triste pour les cbristinos : le baron de Garondelet, gêné* rai de cavalerie , à la tète d'une colonne de 600 fantas^ sins et 300 chevaux, avait été battu entre Yiana et Lo« grofio, lorsqu'il pouvait également s'appuyer sur les deux villes situées à une très-petite distance, et dans la mêlée le régiment de Gastille avait perdu son drapeau (4 septembre).
Il n'y avait, en somme, rien d'extraordinaire dans ces trois surprises, et lorsque 25 000 hommes s'agitaient dans un si petit espace, en face d'un ennemi déjà organisé, soutenu par le pays tout entier, de tels événements pouvaient se renouveler sans influer en rien sur l'issoe de la guerre ; dans la circonstance actuelle, elles vinrent donner tout l'avantage moral aux carlistes. Les officiers dn parti chrIs* tino, au lieu de s'appuyer réciproquement pour obtenir un bon résultat, voulaient presque tous travailler isolément afin de se préparer par des bulletins pompeu)( des droits à un avancement rapide; ils étaient divisés en coteries, se niellaient déji\ en relation, depuis louverture des Cortès> avec les politiques de Madrid, et no voyaient trop souvent dans rinsuccès d'un des leurs que l'échec d'un rival, et non
CffAPlTM T. — K0HAIACA11MGUT. 187
le malhenr do la patrie. Au contraire les carlistes, bien corn-* mandés, excités par la présence de don Carlos, croyaient déjà en un triomphe prochain et luttaient avec une excessive GonOance.
Pour frapper le pays dans ses intérêts les plus chers, Ro« dil ordonna la destruction de certains monastères, l'incendie de moulins à farines établis dans un district trophos* tile ; il interdit la circulation des grains et boissons à travers tout le territoire, ces deux articles constituant l'objet principal de toutes les transactions; il fortifla Ëlizondo et d'autres points importants situés sur la frontière de manière à empAcher tout commerce avec la France. Ces mesures, destinées à intimid<>r les paysans, n'avaient fait que lesexns-> pérer ; ils se battaient avec une nouvelle ardeur, croyant que désormais Fexistonce de leur famille étnit attachée au triomphe do la cause de don Carlos.
L'enthousiasme devint tel dans les bandes carlistes, que bientôt non*seulement en Navarre, mais dans les provinces basques, ce furent elles qui attaquèrent les christinos ; ceux-ci restèrent sur la défensive. Les bnndes de Gôipuzcoa firent une tontative pour s'emparer de Vergara, point important situé sur la route de Franpe, entre Vittoria et Irun, et ne furent repoussées qu'an prix des plus grandsefTorta. En Biscaye, Espartero se vit réduit à fortiOer certains points, comme Lequeitio, Plencia, Bermeo qu'il avait repris; il cessa de poursuivre les bandes sur d'autres parties du territoire, impuissant à les atteindre en raison de leur nombre et de la rapidité de leurs mouvements. Celles-ci passèrent alors les limites de la province et, s'étondant jusqu'aux rives de l'Bbre, attaquèrent le village de Villarcayo, où elles incendièrent plus de trente maisons (18 septembre).
Sons le coup de tontes ces nouvelles, le cabinet de Madrid perdit confiance en Rodil ; par décret du Sa septembre il
I8H LIYBB 1. — ««GBMCB DE CBHISTINB.
modiQa encore une fois le commandement de Tarmée du Nord, la divisa en deux grands corps, l'un destiné aux provinces basques et l'autre à la Navarre. Il choisit pour le corps des provinces le général Osma,et se décida à opposer à Zumalacarreguy l'ancien guérillero delà guerre de l'Independance, le dernier défenseur de la cause libérale en 48^, le vieil Espoz y Mina.
Osma prit la direction générale en l'absence de Mina, qui n'était pas encore revenu de Témigralion, et son commandement intérimaire ne fut signalé que par les revers les plus fâcheux pour la cause de Christine. Un con< Yoi de 2 000 fusils fut surpris à Fuenmayor, dans la Rioja, par Zumalacarreguy, qui, passant sur la rive droite de TEbre, avait osé s'avancer jusqu'à Ëscaray pour tenter de s'emparer d'une grande manufacture de draps et assurer au détriment de l'ennemi l'équipement de tous ses bataillons ; une ville de la Rioja, Genicero> avait été réduite en cendres, malgré le dévouement de la milice urbaine ; enfin dans les plaines d'Alava, à Âlegria, le général en chef lui-même, désireux de venger l'échec d'un de ses officiers, O'Doyle, avait éprouvé une déroute complète ; sur 3 000 hommes exposés à cet engagement, plus de 1 000 étaient morts dans la lutte, et 2000 durent s'engager dans les files carlistes pour conserver la vie ; O'Doyle et ses principaux orficiers, qui n'avaient pu être vengés, avaient été fusillés (27 octobre).
Le désastre d' Alegria eut un grand retentissement dans toute la nation ; il vint augmenter le découragement, qui prenait de grandes proportions dans les troupes libérales. Osma dut résigner son commandement, et la direction générale passa, d'un commun accord, & Mina, en qui se fixèrent alors toutes les espérances.
Il ne pouvait être fait un meilleur choix pour ce genre de guerre. Mina, qui, pendant toute la lutte de Tindépendance,
CBAPlTftK Y. — 2ÎJ1IÀLACÀR1B61IT. 189
avait conduit au feu les patriotes de Navarre, qui plus tard avait soutenu y en 1822, la lutte en Catalogne contre toutes les troupes françaises, était bien l'adversaire qu'il fallait opposer à Zamalacarreguy. Par malheur, T&ge, les maladies, les blessures avaient détruit sa santé ; quoique l'énergie de Tftme eut résisté à toutes les défaillances du corps, il lui était impossible de diriger par lui-même les mouvements de ses troupes ; on ne pouvait attendre de lui que des conseils expérimentés, la responsabilité générale, la conception d'un plan : pour les détails, l'exécution devait en être réservée aux généraux divisionnaires.
On ne tarda pas, dès le lendemain de son arrivée à Pampelune, à s'apercevoir que la direction de tous les mouve* ments était confiée à un homme vraiment intelligent, qui savait embrasser à la fois l'ensemble et les détails de la guerre. Mina, bien différent de ses deux prédécesseurs Quesada et Rodil, étudie avec soin tous les éléments sur lesquels s'appuyait l'organisation de Zumalacarreguy, et c'est par les bases qu'il entreprend d'ébranler l'édifice fondé ; les ressources des carlistes consistaient dans les droits de douane qu'ils imposaient à toutes les marchandises qui passaient par la frontière de France, dans le tribut mensuel que payait le clergé inférieur, et dans les contributions qu'on tirait successivement de chacune des vallées entre lesquelles se divise la Navarre. Mina entreprend de s'appuyer sur les élén)ents libéraux de la province ; il donne des armes à tous ceux dont il connaît les dispositions hostiles au parti carliste, il les soutient, les encourage, leur promet un concours effectif, et crée avec eux une nouvelle force qui contrarie sur tout le territoire l'action de Zumalacarreguy ; en même temps il continue de fortifier sur la frontière les points les plus importants, Urdax, Santisteban, Elizondo, de manière à gêner toutes les communications
190 UVU I« — ttQKMCB 01 CBftUTmi.
des carlislesaveo la France ; il 8*eû(end avec le général Harispe, commandant le dépariemenl des Bassea-Pyrénées, pour qu^aucune mmiiUon ne puisse par là être fournie aux carlistes , et impose des tributs au clergé de NaTarre, de manière à diminuer le contingent avec lequel celui-ci pou* vait aider Tinsurrection.
Toutes ces mesures étaient excellentes et frappaient au point le plus sensible le système des carlistes ; aussi Zuma» lacarreguy employait-il tout son talent à prévenir ses concitoyens contre son adversaire. Mina> loin de se présenter avec la rigueur de Quesada et de Rodil, voulait employer à la fois un système de fermeté et de douceur propre à rassurer ses compatriotes, et à leur prouver que, sans les redouter, la nation espagnole était prête à renouer avec eux ses anciens liens de bonne harmonie. Zumulacarreguy, tout en reconnaissant par lui-même dans son for intérieur, et en réprouvant même pour sa propre famille, l'élévation de caractère de Mina, ne le présentait pas moins dans toutes ses proclamations comme un tigre altéré de sang; c'était pure tactique, il voulait empêcher à tout prix le preslige de cet ancien chef de prendre le dessus sur celui qu'il exerçait.
Malgré tout, cependant, le commandement de Mina, qui dura plus de cinq mois (novembre 1834 à mi-avril 1835), no produisit pas un revirement complet en faveur delà cause libérale ; ce n*était pas du premier jour que devaient produire leur effet les sages mesures ordonnées par ce général, elles devaient surtout s'appuyer sur le temps pour donner des résultats utiles, et les impatients, soit de l'armée» soit de Madrid, étaient incapables de comprendre l'ntilité de tout ce qui n'étoit pas carnage et incendie ; une importance chaque Jour plus gtande était accordée au moindre petit fait d^armes qui n'avait aucun résultat sur Tissue de la guerre ,
cHAPiTU V. — imuLÀCASRBfiinr. 491
toute mesure décisive ayant une importance réelle était incomprise et critiquée.
À la tête de ses divisions. Mina avait su ne placer que des hommes très-eipérimeotés, comme Lorenzo, Oraa, Espartero, ou de nouveaux chefs chez qui rintelligence et la justesse du coup d'œil pouvaient complètement suppléer à rbabitude du coomiandement, tels que Luis-Fernandez de Gordoba et Léopoldo O'Donnell; c'était la meilleure preuve qu'il pût donner de son mérite et de sa sagacité, car il démontrait ainsi une connaissance des hommes qui avait toujours manqué à ses prédécesseurs. Il déployait aussi une tolérance rare, et surtout un point de vue supérieur aux mesquines considérations de parti ; puisque quand il s'agissait de Teiistenoe même de la patrie, il n'accordait pas seulement sa conflance aux hommes qui avaient partagé de tout temps ses convictions libérales; mais il l'accordait même à un militaire, comme Gordoba, dont la vie avait, il est vrai, été consacrée à la défense de l'absolutisme, mais dont l'armée savait apprécier Tardeur^ Tinitiative et le talent militaire.
Avec des hommes comme ceux que nous venons de citer, il n'y avait pas à craindre de déroutes semblables à celles d'Ai0gria, de las Pel&as de San Fausto ou de Yiana ; aussi Zumalacarreguy voyait-il se transformer incessamment en tentatives inutiles les efforts constants qu'il essayait pour surprendre des détachements isolés ; tactique qui lui avait si bien réussi jusque-là. A Unzué, Lorenzo, par son énergie, l'empêcha de s'approprier un convoi dont il se croyait déjà le mattre; à Mendaia» 13 décembre, d'abord, puis à Arquyasy 15 décembrci au centre même de las Amezcoas, Gordova et Oraa vinrent lui disputer des positions où il l'était cm jusque-là inattaquable, et Tobligèrent à la défensive an moment même où il se croyait en position de thm-
IdS LITRB I. — RtolMCB DE CHEISTIIOI.
chir l'Ebre et de conduire don Carlos en Castille ; à Gelandieta et Ormaiztegui (2 janvier 1835)9 Espartero et Lorenzo sarent préserver leurs divisions d'une attaque soudaine que Zumalucarreguy avait dirigée contre eux, en se dérobanti suivant son habitude, avec le gros de ses forces par des marches rapides aux autres colonnes qu*il avait en face de lui ; dans les premiers jours de février, Lorenzo et Oraa le poursuivaient à nouveau dans les Amezcoas et lui disputaient une seconde fois le pont d'Arquijas, sur l'Ega, déjà témoin de luîtes nombreuses où le sang coulait inutilement sans qu'on arrivât de part ou d'autre à un résultat décisif ; enOn dans le mois de mars, la lutte ayant continué tout l'hiver malgré les neiges et les frimas dont ce pays essentiellement montagneux était couvert, Oraa, à Larainzar, Tempècha d'arrêter un renfort que Mina conduisait luimôme à Elizondo.
Nous avons déjà dit qu'un des soucis les plus constants du général en chef christino était de fe/mer absolument aux carlistes toute communication avec la France ; les vallées de la Navarre ont, en effet, avec les populations de notre territoire un commerce plus important qu'avec le reste de l'Espagne ; en fortifiant les points extrêmes des passages qui conduisent à nos départements des Basses et Hautes-- Pyrénées, non-seulement on devenait maître des droits de douane sur toutes les marchandises obligées de les franchir, mais encore on exerçait ainsi une pression très-énergique sur toutes les populations. La possession de San* tisteban garantissait de la fidélité de tous les habitants de la Bertizarana; celle d' Elizondo forçait à l'obéissance le Bazlan, vallon très-intéressant, formé de quatorze villages réunis en une seule municipalité de 7 682 Âmes, qui de temps immémorial s'administrait avec une indépendance presque absolue non-seulement du pouvoir central) mais
GBinm T. — iiraAUCAiRBGinr. 193
même de la dépntatioo provinciale de Navarre ; par Yal* carlos on pouvait dominer dans la vallée de Roncevaux. Orbaiceta était la clef de la vallée dite de l'Ayezcoa, que traverse la rivière Irati depois le bas des Pyrénées jusqu'à Lumbier» où ses eaux viennent se confondre avec celles du Salazar. La vallée formée par cette dernière rivière était ha* bitée par une population presque tout entière dévouée au parti carliste ; à l'extrémité^ du c6té des montagnes, il n'y avait aucun point sur lequel on put s'appuyer pour la dominer ; on ne pouvait agir sur elle que par l'autre extrémité , par Lumbier et Navascuès. Restait enfin la vallée dite du Rancal, baignée par l'Ezca ; il aurait fallu occuper le point même du Roncal pour bien la tenir sous sa dépendance; en réalité, les troupes christines n'agissaient sur elle que quand elles pouvaient détacher de Sanguèsa et d'Aybar quelques forces qui, après avoir remonté TAragon, osaient s'en** gager sur les bords de l'Ezca, sur un territoire très-élevé, très-abrupte, occupé par les neiges pendant plus de cinq mois de l'année, au milieu d'une population exclusivement composée de muletiers, de pasteurs et de contrebandiers. Parmi toutes ces vallées, celle que Zumalacarreguy tenait le plus A occuper était celle du Baztan ; pour la même raison, Mina entreprit de la lui disputer avec le plus d'achar^ nement ; il fortifia Elizondo avec le plus grand soin, et quoiqu'on éprouvât les plus grandes difOcultés à ravitailler sans cesse ce point, que Zumalacarreguy faisait incessamment attaquer, il parvint à le garder et à maintenir par ce moyen sa supériorité dans tout ce territoire ; il en vint même à faire recruter dans le pays des soldats qui se décidèrent à lutter pour la cause libérale, et forma avec eux le noyau d'un bataillon spécial qui devait jouer dans la suite de la guerre un rôle important.
Se voyant ainû disputer la suprématie dans le pays qu'il T. m. 13
194 LlYftl I. «- lÊGIItCB DB CHUtTlNB.
aspirait à dominer tout entier et comprenant l'avantager Que donnait aux obristino» la posseeaion dee villes et des forteresses qu*ils avaient établies sur les points principaux, Zumalacarreguy comprit qu*il lui était désormais nécessaire de ne pas se laisser enfermer par un réseau de places fortes, et que, pour se maintenir, il lui fallait absolument s'emparer de celles qui le gênaient le plus; il sentit en môme temps la nécessité d'avoir une artillerie de siège, et il Consacra tous ses eiforls à trouver le matériel et le personnel de cette arme puissante. Deux officiers intelligents, Reina et Monténégro, reçurent la mission de fabriquer dans les montagnes poudre, balles, obus et canons, et malgré Texigulté des ressources dont ils disposaient, ils eurent bientôt mis à la disposition de leur cher un petit matériel de siège ; dès lors Zumalaoarreguy commença à attaquer les forteresses où se réfugiaient en toute sécurité les colonnes christines. Il prit ainsi la ville de los Aroos, située entra Logroflo et Estella, où don Carlos put faire une entrée triomphale, entendre un Te />etim solennel et recevoir, à la porte de Téglise, les hommages d'un clergé enthousiaste. Puis, non content de ce succès^ il résolut d'attaquer les deux postes d'Bcharri-Aranax et d'Oloxagoitla, postes sur lesquels s'appuyait l'armée libérale pour assurer ses communications entre Pampelune et Yittoria. Echarri-Aranas, sur lequel il ne cessait d'avoir les yeux fixés depuis le commencement de la guerre, tomba en son pouvoir; quant à Oloxa* goitia, situé à l'entrée même de la vallée de la Berundap par où passe la grande route de Vittoria à Pampelune, et au débouché de plusieurs chemins de traverse qui, s'en* fonçant dans les Pyrénées, aboutissent à la grande route do France de Yittoria à Bayonne, Mina, reoonnaissont l'impossibilité de le défendre, préféra en détruire les fortifications plutôt que de le voir tomber aux mains de son adversaire
(flo mars). Ces plaeet ooe fois perdues, toate eommunicalion entre Yittoria et PampelUDS allait nécessiter Tenvol d'une forte colonne ; Estella se trouvait sérieusement compromise; en outre» comme la ligne de l'Arga n*offrait pas aux carlistes un obstacle insurmontable, puisque si Peralta leur avait résisté, gr&ce au courage de sa milice, ils s'étaient emparés de Villafhinca, et que de ce cAté les rudes campagnes de Tafalla et d'Olite leur étaient ouvertes, il devenait bien plus difficile k Mina de régulariser les mouvements de celles de ses colonnes qui, occupant le pays situé entre Aoi2, Lumbier et SaagOesa, avaient à protéger les vallées de TAragon et de TEsca.
Avec les progrès qu'avaient déjà faits les carlistes, pourvus comme ils étaient déjà do cavaliers et d'artilleurs, pos« sédant plus de vingt bataillons d'infanterie bien équipés et bien armés, la lutte qui s'annonçait aux premiers Jours du printemps de iS35> promettait devoir être plus sérieuse et pins vive qu'elle ne l'avait encore été Jusqu'ici. Mina sentait bien qu'il n'était plus d'Âge k suivre une campagne aussi dirCcile ; aussi se décida-t-il, le 8 avril, k envoyer sa démission au gouvernement, et il apprit bientôt qu'il serait rem** placé par le ministre de la guerre lui- ni Ame, don Geronimo Valdès, successeur de Llauder, qui, dans des circonstances aussi diiflciles, devait résumer en lui les attributions de ministre et celles de général en chef.
Bn envoyant Valdès lui-même sur le théâtre de la guerre, le cabinet de Martinez de la Rosa et de Toreno avait un double objet ; il voulait le charger de terminer une négociation, déjà ouverte sous les auspices de l'Angleterre, pour assurer le sort des prisonniers, et de rechercher en même tempiT avec le plus grand soin si l'intervention étrangère devait être réclamée pour mettre fin k la lutte.
Taldèt, k peine arrivé k Logroflo, consacra, en effet,
A96 LIfiB I. — IteUfCB M GBtnTlMI.
tonte 80Q aitantion à ces deux questions si importantes. La première fut bientôt résolue.
* Tont avait été préparé avec soin par son prédéeessenr. Ce n'étaient pas des hommes comme Valdès et Mina, qui pouvaient s'opposer à ce que les ministres anglais réclamaient avec une insistance qui les honore, c'est-à-dire à l'étahlissement d'une convention qui assurât, de part et d'autre, l'échange des prisonniers. Tous deux étaient également animés des meilleurs sentiments d'humanité ; mais Mina, plus en rapport avec les progressistes de Madrid, quand il reçut l'avis de se mettre en rapport avec lord Elliot, chargé par son cabinet de proposer une convention aux deux parties belligérantes, ne vit d'abord, dans la démarche du diplomate anglais, qu'une première tentative de la part de l'Angleterre pour faire reconnaître don Carlos. 11 ne manifesta point une opposition systématique, mais il ne mit aucun bon vouloir, et ses rapports avec lord Elliot contrastèrent étrangement avec les attentions bienveillantes et gracieuses qu'employa, au contrahre,à son égard, Znmalacarregtiy. Instruit de ces dispositions, le cabinet de Marti nez de la Rosa craignit de voir toute sa politique compromise par une attitude trop peu empressée de la part de Mina, et c'est pour éviter ce danger que Valdès fut chargé de mettre la dernière main aux négociations. Elles furent bientôt terminées, et aboutirent, le â7 avril, k la signature d'une convention en neuf articles, connue sous le nom de Traité de lord Elliot^ dont l'unique but était de régler l'échange des prisonniers entre les deux armées qui se faisaient la guerre dans les provinces basques et la Navarre.
Nos lecteurs se souviennent des luttes passionnées que suscita dans le corps des procuradorès l'existence, tenue trop longtemps secrète, de ce traité; les pn^ressistes croyaient y découvrir une preuve de la trahison de Martinez, que
CHAPITIE Y. «- ZUMALACAlRIGUy. I9T
leon journaux accasaieai ouvertement d'avoir tendu à don Carlos une main amie. Le cabinet, en accédant à ce traité, ne méritait aucun reproche de ce genre; la seule faute qui poisse leur être reprochée, c'est de n'avoir pas mis fln plus tôt à Faffreux système de représailles que cette convention venait justement arrêter; elle ne contenait, dans ses articles, rien qui justifiât l'ombre même des soupçons du parti progressiste (voir note F).
Restait la question d'intervention. Sur ce point, Valdès, préoccupé de la difficulté d'augmenter les ressources de l'armée, n'avait pas de parti pris. Gomme il avait déjà di« rigé la guerre lui-même, il accordait une foi entière aux réclamations de Mina, demandant de jour en jour des renforts; mais en même temps, chargé du ministère de la guerre, instruit de ce qui se passait en Catalogne et dans le Maes« trazgo, il appréciait la difficulté où se trouvait le cabinet de disposer de nouveaux renforts pour l'armée du Nord, il était disposé à croire que si, avec les dernières troupes qu'il allait diriger sur la Navarre et les provinces, l'insùrrection n'était pas soumise, force serait de réclamer l'interveniioo promise par le traité de la quadruple alliance.
Il ouvrit donc la campagne en avril 1835, en ajoutant à l'armée de Mina toutes les troupes de réserve qu'il put retirer sans danger de Gastille et d'Aragon, et il s'apprêta, avant d'engager définitivement le cabinet de Madrid dans la voie de l'intervention, à tenter une seconde fois le sort des armes. Son premier soin fut de courir à la défense d'Estella, avec trois divisions à la tête desquelles il avait placé Aldama, Seoane et Fernandez de Gordoba, ce dernier déjà particulièrement distingué par Mina. Les bataillons de Zumalacarreguy s'opposèrent à son passage à travers la Sierra de Andia; ils l'attendirent au pertuis d'Artaga, et l'obligèrent à accepter le combat dans ces parages neigeux
108 LiVM |. — BÉfilNCI DB CHRISTINE.
et escarpés. Les fronpei cbrietincs parvinrent à franchir Tobstacle qui leur était opposé; elles arrivèrent à Estelln, mais dans un état complet de délabrement, comme si elles avaient éprouvé un échec complet. Dans la nuit qui sui* vit Téngogement, les soldais, obligés de marcher dans les ténèbres, so croyant tout à coup surpris, s'étaient mis à tirer les uns sur les autres, et la panique s'était étendue aux deux divisions de Séoane et d'Aldama. Seul, Cordoba avait eu assez de sang-froid et d'énergie pour mointenir sa troupe en bon Ciai. On se rallia autour de lui, et, comme il rCj avnit pas eu de véritable déroute, l'armée se retrouva bientôt réorganisée. Mois elle resta triste, abattue ; l'im* pression, au début de la guerre, avait été trop vive : les soldats étaient découragés (iâ avril).
En cumulant les fonctions de général en chef et de minis* tre, Valdès s'était imposé une tâche beaucoup trop lourde; vu la difQculté des communications et la gravité des circonstances, ces deux postes ne pouvaient être occupés par un môme personnage, aussi Valdès ne réus^it-il ni comme commandant en chef, ni comme ministre. Le premier re** vers qu'il venait d'essuyer le poussa à exagérer lui-même la difficulté de la lutte ; il convoqua tous les officiers fu* périêurs de Tarmée, et, f osant devant eux la question de Tintervention, leur demanda de décider s'ils la jugeaient nécessaire. Sous Tempire de la démoralisation qui les do« minait alors, tous répondirent arfirmativement, et reconnurent ce qu*Avant ou après le moindre sergent aurait refusé d'avouer, que, sans des renforts venant du dehors, Tinsurrecion ne pourrait être domptée. Croyant alors servir la e'tuse du cabinet qu'il représentait, et faciliter les négociations tentées par lui nu dehors, Valdès s'empressa d'envoyer à Madrid le général Cordoba, pour y faire connnttre les sentimentsdo l'armée au sujet de l'intervention. Nous avons
CBAPITRI V. —- lOMÀUGARtCGDY. 499
indiqué combien eette démarche exaspéra les progressistes contre le cabinet, et avec quel acharnement son président Marlinez de la Hosa fut attaqué dans la séance du il mai.
Après avoir ravitaillé Estclla, Valdès s'était bâté de revenir k Logroflo» sans doute pour être plus rapidement au oo\i^ rant des événements de la capitale ; mais, tandis que son esprit était incessamment fixé sur ce qui se passait à Madrid, où le ministère croyait peut-être avoir besoin de ses troupes d'un moment à Tautre, Zumolacarreguy mettait le temps à proOt et, prenant de tous côtés l'avantage, devenait maître prépondérant en Navarre et dans les provinces basques.
Dans les environs de Guernica, il détruisait tout un corps de troupes ; en une seule journée, les cbristinos perdaient plus de cinq cents morts, deux cent cinquante-cinq prison* niers, deux pièces d'artillerie, un convoi chargé d^efTels, de munitions et de fusils. Une colonne de trois mille hommes se trouvait complètement dispersée; ses débris éperdus allèrent se réfugier à Lequeitio, Eibar et Durango. 11 fallut qu'Espartero sortit h la tète d'une colonne entière pour eau* ver deux cents hommes, qui sVHaient réfugiés h Renterin, dans un couvent, et y soutinrent uu siège pendant plusieurs jours contre des forces bien supérieures.
La nouvelle du désastre do Guernica se propagea rapidement dans le Guipuzeoa et la Navarre; l'élément libéral, que Mina avait si bien réussi à révoilier, se trouve alors tout à coup écrasé : partout les carlistes prennent l'avantage. Dans le Bazlan, les libéraux déclarés se décident à aban<r donner la partie etémlgront en France; tous les jeunes gens^ tous les bommos faits prennent parti pour don Carlos. Valdès ne se sent pas en force pour continuer l'occupation du pays ; il ordonne à Oraa d'abandonner tous les postes fortiflés qu'il avait établis pour dominer la vallée, et de se replier sur Vittoria; lui*mâme abandonna Irurzun d'abord.
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et bientôt après Estella, où don Garlos se hàte'de faire son entrée pour y installer sa Cour (15 mai).
Zumalacarreguy n*a garde de s'arrêter an milieu des succès de tous genres qui viennent couronner ses opérations ; il en poursuit le cours et s*cmpare de Trevifio, ville située entre l'Ebre et Vittoria, d'où il menacera la retraite des christinos, si le gros de leur armée s'obstine à rester dans la capitale de TAIava ; il va ensuite barrer le passage d'Oraa, se repliant d'Elizondo sur Vittoria, et, s'il ne peut l'écraser, il lui fait du moins éprouver des pertes sensibles. Il se porte enQn sur la grande route de France et en occupe les points principaux. La prise de possession de cette grande route par les carlistes est un fait trop capital pour que Yaldès ne cherche point à la leur disputer. Aussi, quel que soit l'état de ses troupes, quelque mécontentement que lui inspire la marche des affaires de Madrid, il croit de son devoir de faire un grand effort pour en rester le maître ; de Pampelune, où il se trouve alors, il se prépare à marcher avec des troupes au secours de Villafranca de Guipuzcoa, en ordonnant à la garnison de San Sébastian et à celle de Bilbao de converger aussi, chacune de leur côté, vers ce but.
Les deux commandants obéissent à ses injonctions, mais G^est seulement pour mieux assurer le triomphe de leur adversaire. Espartero, parti de Bilbao avec un corps nombreux, est enveloppé sur les hauteurs de Descarga, perd deux mille hommes en cherchant à s'unir aux deux autres corps venant de Pampelune et de San Sébastian, et prévoyant déjà l'extrême augmentation de forces que ce succès va donner aux carlistes, court à Bilbao pour la fortifier et la préparer à la résistance.
En effet, la route de France, après le désastre de Descai^ (â juin), ne peut plus être disputée aux troupes de don
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Carlos; celles-ci occupent Yillafranca, Yergara et Tolosa- Yaldès 8*e8time heureux d'avoir pu concentrer au-delà de TEbre toutes les colonnes qui circulaient autrefois à travers le pays; il confie à leurs garnisons respectives les places de Pampelune^ San Sébastian» Yittoria et Bilbao , et, désespéré surtout devant Tattitude de ses troupes, qui ont perdu toute énergie morale, il se prépare à donner sa démission de gé* néral en chef, après avoir donné celle de ministre (7 juin).
La dislocation du cabinet Martinez de la Rosa ne pouvait venir à une époque plus critique. C'est au moment où les carlistes sont à l'apogée de leur puissance, où ils ont conquis un véritable ascendant sur les troupes christines et où l'ivresse du succès va les rendre capables de nouveaux efforts, c'est alors que les libéraux se trouvent sans chef et sans di* rection. Certes, la partie était belle pour Zumalacarreguy. Peut-être eût-il mieux valu pour lui porter tous ses efforts sur Yittoria, et profiter de la situation pour traverser l'Ebre tout de suite, attaquer les troupes ennemies et tenter de condaire don Carlos à Madrid. Ce n'est pas ainsi qu'il pensa; malgré les exhortations de Yillaréal, il se rangea à l'avis de ceux qui insistaient sur la nécessité d'occuper une place importante à tous les points de vue, maritime, commerciale et stratégique; et comme Bilbao remplissait toutes ces conditions, comme on avait Tespérance de la part de banquiers étrangers de toucher des sommes importantes le jour où l'on serait maître de cette place, il fut décidé que toute l'armée carliste viendrait mettre le siège devant elle.
La situation de Zumalacarreguy n'était plus la même depuis que la cause carliste avait commencé à entrer dans la voie des succès. Tant qu'il n'y avait eu que des dangers à courir, sa volonté avait été souveraine, son autorité absolue; nul ne pensait à lui résister, il était l'homme nécessaire^ indispensable. Mais peu à peu don Carlos avait pu apprendre
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à connaître le« éléments sur lesquels s*appiiyait le parti carliste ; il avait en la prétention de se constituer une cour, un ministère. Ni courtisans ni ministres, comme bien on peut penser, ne lui avaient fait défaut; cette sorte de gens pullule plus que celle des héros et des sages. Peu à peu, autour du monarque avait commencé à se former une atmosphère épaisse de vieux courtisans aux allures grotesques et suran* nées, de prêtres fanatiques tout conOts de dévotion et animés des passions les plus haineuses, et de jeunes intrigants voulant acheter de beaux litres et de gros emplois au prix de quelques mois de gène et de souffrance. Telles étaient, en effet, les seules créatures qui plaisaient nu carnc« tire du prétendant ; quiconque avait de la hardiesse dans la pensée, de l'énergie dans le caractère, quiconque était doué d^une certaine force morale, raillant l'étiquette et ne se rési« gnunt pas à Jouer Thypocrisie pour conquérir la faveur, était sûr à l'avance de ne jamais avoir r^stime du mnltrc. Zumala* carreguy devait ôtro mal k Taise dans cette ignoble cohue; une barrière infranchissable Ten séparait : le mépris. On conspuait ses grandes qualités; il voyait avec dégoût ces laquais galonnés n'ayant pour tout mérite que leur hu« milité.
II y avait un moyen bien simple de semer la discorde entre don Carlos et son général : c'était do supposer à celuici certaines aspirations à ceindre la couronne. On n*y manqua point, et de petites insinuations jetées à propos sur les manières de Tomas I eurent bientAt éteint le sentiment de reconnaissance que de grands services avalent dû faire naître dans l'esprit du prétendant.
Zumalacarreguy ne tarda pas à s'apercevoir do la nouvelle situation dans laquelle il se trouvait; il devint d'à* bord déOant envers ceux qui pouvaient le mieux passer pour ses amis, et par lesquels on pouvait songer à le rem«>
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placer; bientôt il s'irrita, et, dans un moment d'hu* meur, remit sa démission à don Carlos (1 i Juin). Elle ne fiit pas acceptée, et une réconciliation qui paraissait sincère rétablit la bonne harmonio entre le prétendant et le gé^ néral.
C'est d'un accord commun que fut décidé le siège de Bilbao^ non que le militaire prudent nVût présenté aucune objection et n'eût annoncé une défense, qui pouvait être couronnée de succfts; mais il avait cédé devant TimpatiencQ de don Carlos. Le siège commença le 10 juin et déviait durer jusqu'à la fin du mois; les habitants de Bilbao, tous dévoués à la cause libérnle depuis que l'élément carliste avait émigré à la rentrée des troupes cbristines, se défendirent avec le plus grand cournge; ils attendirent patiem*> ment l'arrivée d'un renfort, sans se laisser intimider par tous les projectiles, bombes et obus, qui furent lancés contre leurs maisons. Après vingt jours d*efforls, les carlistes durent se retirer (30 juin), mais ils n'avaient plus do chef«^
Une balle, partie des murs de Bilbao le 15 juin, avait frappé à la jambe Zumalacorreguy alors qu'il indiquait luimême aux artilleurs les points essentiels où il fallait viser } quarante grenadiers se relayant le conduisirent sur un brancard d'abord à Durango, résidence de don Carlos, puis à Cegama. Un empirique de village voulut lui extraire la balle ; l'opération, faite le 24 dans de mauvaises conditions, amena la mort du blessé.
Aucun autre événement ne pouvait être plus fatal aux carlistes, plus favorable à la cause libérale. Zumalacarreguy avait été l'àme de cette insurrection ] c'est à lui qu'on devait tout, infanterie, cavalerie, artillerie, fonderie, personnel, matériel, munitions, approvisionnements, équipement; tout reposait sur lui : toujours à l'œuvre, ne se reposant jamais, droit, inflexible, nullement préoccupé des choses extérieures,
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sans vanité» mais avec la noble flerté de celui qui sent sa valeur; toujours pensif et réfléchi, pénétrant d*un coup d'œil profond. la pensée de quiconque s^approchait, scrutant les consciences avec un regard d'aigle^ rapide dans la con« ception, hardi dans l'exécution, plein d'égard pour le mérite personnel, dédaignant les formes trop conventionnelles, il était simple jusqu'à l'abnégation la plus entière. Son testament ne fut pas long. Je laisse ma femme et trois filles; ee sont les seuls biens que je possède. Je n'ai rien de plus à laif^er.
Pourquoi les circonstances ftttachèrent-elles la vie de ce grand homme au parti carliste? Tout dans son caractère et dans sa manière d'être dénote chez lui Thonmie libre, sage et vertueux.
Il n'était pas à son poste à cAté de don Carlos ; il est vrai que la faute ne venait pas de lui, mais de ses compatriotes. Sa mission n'a été autre que de les avoir compris et dirigés au combat. .
Quant à l'intention qui les animait tous, on ne peut la saisir. S'ils tendaient à rindépendance, il aurait mieux valu le dire : rien toutefois ne permet de le supposer.