LES EXPÉDITIONS CARLISTES
Août 1886 à octobre 1837.
Avantages que pouvait retirer la cause carliste de la révolution de la Granja. — Incapacité politique des personnages les plus influents de la cour de don Carlos. — Agitation causée dans toute la Péninsule par l'expédition de Gomez. — Rapports de Gomez et de Cabrera. — Les carlistes tentent à nouveau le siège de Bilbao. — Espartero les force à le lever après avoir enlevé les lignes de Luchana. — Mouvement convergent vers l'intérieur des provinces basques^ tenté de trois côtés k la fois par les libéraux. — Espartero vient par mer, avec le gros de ses troupes^ appuyer les mouvements de sir Lacy Ewans. -*> Profitant de cette circonstance^ don Carlos
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part lui-même, à la tête d'une eolonne expéditionuaire pour Tin térieur de la Péninsule. -^ Par T Aragon, la Catalogne, Valence et la Manche il marche sur Madrid. — Actions de Huesca, Barbastro, Gra, Chiva et Herrera. -* Espartero amène une grande partie de l'armée du Nord au secours dp la capitale. ^ M^tlgré les succès d'une autre oolonne carliste^ commandée par Zariategui, qui occupe Ségovie et Valladolid, don Carlos se voit contraint de rentrer dans les provinces basques.
Dès le lendemain de la révolution de la Qranja, une grave question se trouva posée dans la Péninsule. Les défenseurs du Statut royal, les partisans du despotisme modéré, les membres du clergé qui avaient reconnu la succession directe, se jeteralontrijs dans les braa de don Carlos, en haine de la Constitution de 4812 7
En obligeant la régente à Jurer cette constitution , la nation espagnole avait afflrmé le principe de sa souveraineté. Elle avait repris les errements de 1810 et repoussé le vain palliatif d'une charte octroyée. Désormais, au lieu d'être Tinitiateur suprême de qui procédaient toute justice et tout droit, le monarque ne devait plus être qu'un chargé d'affaires, investi par la nation d'une autorité limitée, et chargé de remplir certaines fonctions spéciales qui lui étaient confiées.
Mais tous ceux qui vivaient des anciens abus, tous ceux que des privilèges de naissance rattachaient à la couronne, tous ceux à qui une mauvaise éducation et des préjugés invétérés Taisaient supposer que le droit puise sa source dans le pouvoir royal, inclineraient-ils à se détourner d'une autorité qui avait abdiqué, pour se ranger du côté de celui qui soutenait encore les prérogatives de la monarchie?
Il y avait là une belle occasion pour le prétendant : tout en restant dans son rôle, don Carlos pouvait, en se montrant accessible aux besoins des sociétés modernes, grouper au-
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four de lui tout un nouveau noyau de partisans* Rien ne lui était plus facile que de recruter dans la noblesse, le clergé, la haute administration, un certain nombre de personnages influents : il ne lui fallait qu'un peu d'adresse, un certain tact politique et la compréhension des sentiments et des idées de son époque.
Don Carlos ne sut tirer aucun proOt de la situation : son entourage, croyant à un prochain succès, éloigné de toute concession, aspirant à triompher sans conditions, ne voulut consentir à aucune transaction avec quiconque, en 1^33, avait reconnu la succession directe. C'eût été admettre de^ nouveaux candidats à la répartition des faveurs royales, qu'on entrevoyait comme conséquence Immédiate et néces* saire du triomphe par les armes.
Ainsi fut éconduit, au mois de septembre, don Joaquim Roncali, qui s'était présenlé à Durango, avec une lettre du marquis de Zambrano, dans laquelle ce dernier, en son nom et au nom de plusieurs autres grands d'Espagne, offrait d'organiser, armer et maintenir plusieurs bataillons car* listes, isous la seule condition que les décrets des 24 janvier et il juillet 1834 seraient révoqués. Roncali ne put même parvenir à se faire écouter : il fut renvoyé par le prétendant au quartier général, et de là dirigé sous escorte vers la frontière de France.
Des diplomates étrangers, qui se trouvaient en relation secrète avec les principaux agents carlistes, insistèrent vainement auprès d'eux pour qu'ils obtinssent de leur maître, à propos des événements de la Granja, une déclaration publique rappelant les premières promesses fuites en Portugal, après la mort de Ferdinand Vil; il suffisait, disaient-ils, de quelques paroles vagues d'indulgence, d'4)ub1i, de gouvernement modéré, d'administration propice aux idées d'amélioration et de progrès. On ne put rien obtenir de semblable î
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à la cour de don Carlos, il était d'usage de ne considérer les événements de la Granja que comme Tœuvre d'un ange exterminateur descendu du ciel pour couper ks liles maçonniques. « C'était Dieu, c'était la généralissime qui avait opéré celte révolution si favorable à Tabsolutisme. » On daigna seulement ordonner des prières publiques pour la purification du saint sacrement et Textermination des infidèles, en même temps que des actions de grâces pour la généralissime, la Vierge des Douleurs,
Une telle conduite eut le résultat qu'on devait en attendre : quelque irrités qu'ils fussent contre les partisans de la Constitution de i812, les modérés, même dans l'exil, ne songèrent pas à quitter le drapeau de Christine ; ils préfé* rèrent courir les chances de la lutte avec les progressistes, et conservèrent toutes leurs préférences pour la succession directe.
Ainsi la cause carliste perdit une occasion extraordinairement favorable, et qui ne devait plus se retrouver, d'attirer à elle une fraction très-importante du pays, spécialement la partie la plus influente et la plus riche de l'aristocratie.
Une aussi grande faute sufOrait à elle seule h démontrer ^incapacité réelle des principaux personnages qui avaient la faveur de don Carlos et qui conseillaient sa politique en flattant ses préjugés et ses passions; mais, si nous jetons un coup d'œil sur l'organisation intime de sa cour, nous comprendrons bientôt que, du jour où les affaires du parti ne furent plus dirigées par Zumalacarreguy , de ce jour-là l'unité de vues et la sagesse firent place à l'anarchie et à l'imprévoyance. Nous avons déjà mentionné la nuée de courtisans et d'ojalateros qui étaient veims offrir leurs services au prétendant : pleins d'illusions et de prétentions, ces ambitieux affectaient tous, pour complaire au maître, une piété et un respect des cérémonies religieuses qui trans-