‹ Histoire contemporaine de l'EspagneChapitre 58 sur 152 · CHAPITRE 1. ^ LSS EXPÉDITIONS CARLISTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1. ^ LSS EXPÉDITIONS CARLISTES

formaient le quartier royal en un vrai conclave d'ecclésiastiques. 11 n'y était jamais question que de la Vierge, des anges cl des archanges : tout le reste, suivant eux, était affaire de pure formalité ; à les entendre, les hommes dévoués ne manquaient pas pour organiser une grande administration à l'instar de celle qui existait à Madrid ; créer des places, les leur conOer, voilà tout ce qu'il y avait à faire. Ils sauraient bientôt ouvrir des dossiers, fixer une législation et mettre en branle une machine gouvernementale qui fonctionnerait rapidement toute seule. Ecrasé sous les détails de sa tâche, don Carlos avait avidement écouté un langage qui tendait à diminuer sa peine tout en lui laissant Vautorité la plus complète et en Tempèchant d'avoir à redouter les prétentions d'un général victorieux.

Peu à peu les attributions avaient passé du commandant en chef aux mains d'un ministre travaillant directement sous les yeux du monarque ; encore avait-il fallu chercher, pour ces fonctions de ministre, un fonctionnaire à la fois fidèle, intelligent et laborieux : lo choix s'était porté sur un ancien conseiller d'Etat de Ferdinand VII, Junn Bautista Erre, qui a laissé la réputation d'un érudit par ses travaux sur les origines de la langue basque.

Erro était un esprit sérieux, un monarchiste convaincu, un travailleur assidu ; mais, en le nommant, comme on le fit au mois d'avril 4836, ministre universel, on lui imposa une fftche bien au-dessus de son talent et de ses aptitudes.

Erro créa un conseil général supérieur et une junte consultative pour tout ce qui touchait à la guerre. Il divisa les affaires entre les trois départements de la guerre, de grâce et justice et de TEtat (affaires étrangères). Mais c'était là la charpente extérieure de l'édifice; la difficulté réelle consistait dans le choix des personnes à qui seraient confiés les divers

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services. Sur ce point, Erro se trompa complètement. Il laissa s*approcher du monarque et prendre sur lui une influence décisive les hommes les moins capables.

Le portefeuille de grâce et justice fut ainsi conflé à Arias TeijeirO) intrigant subalterne qui suivait la ligne politique de Tévèque de Léon Abarca et prêchait hautement le retour aux pratiques de J^ancienne inquisition et l'impossibilité de toute transaction avec les idées modernes ; la direction re^ Ugicuse de Tarmée, avec le titre d'aumônier en chef, fut donnée au chanoine Juam Echevarria, dont le violent fanatisme dépassait encore celui de Teijeiro. La junte consul* tative de guerre avait été composée du comte de Villemur, d*Eguia et de Gonzalez Moreno, dont nous avons déjà constaté plus d'une fois les tendances; à Torigine, on y avait introduit, il est vrai, don Rafaël Maroto, dont les idées étaient toutes différentes et qui inclinait à une politique de transaction et de modération ; mais, en le plaçant seul en face de ses adversaires, on lui avait donné les moyens de critiquer, mais non ceux de faire triompher ses idées ; c'est autant pour l'éloigner de la junte que pour utiliser ses qoa^ lités militaires qu'on s*était décidé plus tard à l'envoyer en Catalogne.

Bientôt, sous Tinfluence de Teijeiro et d'Echevarria , les tendances Ihéocratiques de don Carlos se dessinèrent à loisir. Il fut décidé que, dans les causes criminelles intentées contre un membre du clergé, il faudrait toujours qu'il in* tervlnt un prêtre nommé par l'autorité ecclésiastique supérieure ; avant d'être jugée^ toute cause de ce genre devait être soumise au monarque ; on édicta des lois contre les blasphèmes, contré les mots obscènes; des avantages spé^ ciaux furent accordés aux jésuites du monastère de Loyola; les aumôniers de l'armée enfin eurent la mission de veiller à ce que toute la population, celle qui n'était pas sous les

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drapeaax comme celle qui y êUdt, accomplit ties devoirs religieux.

Un zèle aussi exagéré trouvait à la cour de don Carlos d'autant plus d*opposants qu'on y savait fort bien qtie, dans les juntes de Navarre et des pays basques, il y avait un c&V'» tain nombre d'hommes qui ne se souciaient pas de dépen** ser toutes les ressources provinciales et de livrer toute la population mâle de dix-huit à quarante ans pour Tunique avantage des partisans de l'inquisition ; de là une source permanente de discordes qni rendait extrêmement difficile et le choix des personnes et l'adoption de telle ou telle résolution. Les anciens amis de Zumalacarreguy, Villareal, Elio, Zariategui, formaient bande à part et se soutenaient entre eux, sans identifler leurs intérêts soit à ceux des partisans de Maroto et d'Eguia, soit à ceux des fanatiques défenseurs de Tabsolutlsme, comme Gonzalez Moreno, Villemur. Ceux qui attachaient une importance capitale au maintien des fueros provinciaux montraient une violente antipathie aux défenseurs exclusifs du pouvoir royal, qui n'aspiraient qu'à le rendre absolu pour se partager les privilèges.

Les offlciers qui avaient fait toutes les campagnes avaient vu avec peine s'organiser» sous le titre de bataillon de vo* lontaires de Madrid, une légion tout entière de candidats et de fonctionnaires, aussi peu empressés de se battre que dé'* sireux de toucher des rations ; ils regardaient ce corps avec jalousie, comme destiné k former une pépinière d'offlcièrs hors cadre que des faveurs imméritées devaient un jour élever à des fonctions supérieures sans qu41s eussent rendu de véritables services.

Enfln, si les juntes de Navarre et des provinces basques consentaient sans répugnance ft nourrir les armées qu'elles avaient organisées sur leur propre territoire, elles ne voulaient pas entretenir les cesanies et les intrigants qui s^abat-

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taient sur elles, en apparence sous le prétexte de soutçnir don Carlos, en réalité pour tenter la fortune à Tombre de son drapeau.

Toutes ces circonstances devaient empêcher avec le temps les chefs carlistes de tirer des événements tous les avantages qu'ils pouvaient en attendre ; en tout cas, elles ne s'opposaient pas, dans la seconde quinzaine du mois d'août i836, k ce que Gomez continuât, dans Tintérieur de la Péninsule, la course aventureuse qu'il avait entreprise.

Nous avons laissé, au moment où s^accomplissait la révolution de la Granja, ce hardi condottiere sortant de la petite-ville de Gangas de Onis, où il s'était retiré après l'échec d'Escaro, et se dirigeant vers Palencia ; toute issue vers le nord lui était fermée ; il s'était décidé à contrevenir aux ordres qui lui avaient été donnés, et avait songé à trouver son salut soit en se rapprochant de don Basilio, soit en atteignant, après un long détour, les défilés de Beceite, où Cabrera pourrait lui offrir un asile.

Le général Espartero s'était mis à sa poursuite, et, quoiqu'il eût mis en déroute un bataillon à Ëscaro, il ne pouvait se flatter d'avoir dispersé l'expédition Ses propres troupes étaient d'ailleurs épuisées par la fatigue, et avaient absolument besoin de repos. En tout cas, son adversaire sut roanœu- . vrer avec assez d'habileté pour le tromper sur la direction qu'il se proposait de prendre. C'est ainsi que Gomez put entrer dès le 20 août, tambour battant et enseignes déployées, à Palencia, où il fit saisir les nombreuses charrettes qu'on put trouver dans cette cité, centre d'un marché très-important de céréales ; non-seulement il voulait les utiliser pour luimême, mais il voulait encore en priver ses adversaires. Cette habile manœuvre, jointe à la rapidité de ses mouvements, lui permit de se dérober à la colonne poursuivante, de prendre une avance do trois jours, de traverser les

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plaines de la Vieille-Gastille et d'atteindre le pied des montagnes du Guadarama, où il savait lui être plus facile de s'abriter, et où il comptait retrouver don Basilio.

Espartero d'ailleurs n'était plus lui-même dans un étiit de santé à supporter les marches et les fatigues qu'exigeait la mission de poursuivre Gomez, et, dès le 23 août, il s'était vu obligé de confler la conduite de sa colonne au général Alaix, officier hardi et courageux, qui avait toute sa confiance; trois jours après, il apprit que le nouveau ministère Calatrava songeait à donner à Rodil l'héritage de Gordoba, et voulait qu'il allât lui-même le saisir par intérim. 11 se sépara donc de ses officiers, dans la ville de Lerme, en les laissant sous les ordres d' Alaix.

Ce dernier, plein d'ardeur, très-aimé de ses soldats, dont il partageait toutes les fatigues, se laissa entraîner par le désir de mener à terme l'œuvre qu'il avait commencée; le ministre lui ayant envoyé l'ordre de remettre sa colonne sous les ordres du général Rivero, il ne craignit pas de désobéir, garda pour lui la missive qui lui était adressée, ne la communiqua à personne de son entourage et prit sur lui, au nom du salut public^ de continuer la poursuite, plutôt que de s'arrêter un instant afin de remettre le commandement aux mains du général qui lui était désigné.

C'était une grave responsabilité que prenait Alaix en agissant ainsi : il lui fallait désormais, par son activité^ son ardeur, son habileté, son courage, ses succès surtout, justifier la voie de désobéissance dans laquelle il était entré.

La situation de Gomez était des plus critiques : inquiet de le voir ainsi s'avancer sur la Nouvelle-Castille, le ministère Calatrava, dès les premiers jours de son installation, s'était préoccupé de faire marcher contre lui toutes les forces dont il disposait dans les environs de la capitale. Une colonne à la tête de laquelle avait été placé Puig Samper était char-

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gée de couvrir Valladolidi et arait forcé le chef carliste à se détourner sur Péfiafiel; une autre, commandée par le capi-* taine général de la Yieille^Gastille, Manso, opérait dans les environs d'Almazan ; une troisième, sous les ordres d*Aspiroz, protégeait la province de Burgos, tundis que les troupes d'Alaix continuaient leur persécution acharnée. Enfln, non content de ces démonstrations^ le ministëre voulut protéger Madrid par un corps spécial, et confia au général don Narcisso Lopez une brigade composée de deux bataillons, d'un escadron et deux pièces d'artillerie.

Cet excès de précautions fut précisément ce qui sauva les carlistes. Ne rencontrant point l'expédition de don Basilio, qui, chargé de butin, était retourné dans les provinces basques, et se voyant acculé dans les environs de Jadraque, Gomez se décida à attaquer l'un des corps qui lui étaient opposés ; il présenta, à Matilla, la bataille h la brigade Lopcz, trop hâtivement organisée, et TobHgca à se rendre tout entière prisonnière de guerre (30 août). Puis, sous le coup de rémotion générale produite par cet événement, il cesse de menacer Ségovie et Madrid, se lance dans la direC' tioU du sud-est, traverse le Tage et, par une course rapide à travers la province de Guença, descend, sans se reposer, jusqu'à la ville d'Utiel, d'od il menace les territoires de Valence et de Murcio (8 septembre).

L'intention de Gomcz, en marchant à Test, était do tendre la main à Gabrera ; il se fût dirigé directement sur Gantaviejn, pour lui confier, dans le lieu ordinaire de sa résidence, tous les prisonniers qu'il avait faits dans la rencontre de Matilla, mais il avait appris que le nouveau général en chef de l'armée du Gentre, Ëvariste Saint-Miguel, barrait le chemin et ne lui permettrait pas d'entrer en Aragon. Voilà pourquoi il s'était dirigé vers le sud-est. Cette combinaison lui réussit complètement, car il put, à Utiel, se mettre en

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rapport avec les chefs carlistes , sur lesquels il venait B*ap^ puyer.

Quilez et Mirallès, sans attendre Tordre de leur cher supérieur, lui amenèrent, le premier trois bataillons, le second deux, soit 2500 fantassins et 800 cavaliers. Cabrera lui-même s'empressa d'accourir du fond de ses montagnes, reçut en dépôt les prisonniers de Matilla, qu'il remit à son lieutenant Arévalo, chargea ce dernier de la défense de Gantavieja, et, dans le premier moment de la joie que lui causait Tarrivée de ce nouvel allié, ne songea qu'à la possibilité, en unissant tous les efforts, de menacer Madrid.

Toutefois, avant de se lancer dans les plaines de la Manche, Cabrera demanda à Gomez, dont il lui fallait bien à regret reconnaître l'autorité, de tenter une attaque sur la cité de Reqùena ; il s'agissait de venger Téchec humiliant qu'il avait subi Tannée précédente par la décision et Ténergie des miliciens nationaux de cette ville. Requena, sommé de se rendre, répondit par un ref s, snpporta courngeusement une vaine tentative d'assaut et eut la joie de voir se retirer, le soir liiôme de Tattaqde, les forces qui lui avaient intimé Tordre de se rendre.

Gomez et Cabrera, quel que fût Timportant résultat de leur jonction , ne pouvaient avoir la prétention de tenir en échec toutes les troupes du gouvernement libéral ; forts devant les colonnes peu aguerries, ils n'étaient pas en état de lutter avec succès soit contre les vieilles troupes d'Alaix, soit contre Tannée du Genire; toute leur espérance devait être de tomber inopinément sur des corps détachés on sur des cités ouvertes* C'est la nouvelle de Tarrivée d'Alaix qui les avait décidés à abandonner le siège de Requena. Dès qu'ils surent ce général engagé dans les montagnes de la province de Teruel et de Guenca, ils jugèrent prudent de s'avancer eux-mêmes vers les grandes plaines de la Man«

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che, où de gros bourgs leurs offraient à la fois des abris commodes et des provisions abondantes ; c'est ainsi qu'après avoir passé le Gabriel et le Jucar, ils occupèrent Albacete^ la Gincta^ la Roda, et s'avancèrent sur la route do Madrid jusqu'à Villarobledo.

Mais Alaix n'avait point perdu leurs traces : il avait été retenu quelque temps à Guenca par le manque de chaussures, avait attendu ensuite l'arrivée d'un renfort de cavalerie; mais, bientôt pourvu et renforcé, il s'était rais en route, observait tous ses adversaires, et eut enfin l'adresse de les surprendre tout à coup à Villarobledo. Gomez, orgueilleux de ses succès, était devenu imprudent ; il n'avait pas su se garder, et à cette faute d'un moment il dut la perle de plus de \ 200 hommes et d'un matériel considérable : deux de ses bataillons furent dispersés et poursuivis par la cavalerie ; le reste fut obligé de battre en retraite dans la direction du sud (% septembre).

Après ce succès qu'il avait si vivement désiré, Alaix eût dû continuer la poursuite avec acharnement ; mais l'embarras que lui causaient les prisonniers ne le lui permit pas; il se dirigea lui-môme vers la côte pour les remettre aux gardes nationaux de la province de Garthagène, et ce mouvement malheureux permit à Gomez et Gabrera de jeter la désolation dans un nouveau territoire.

L'occupation d'Albacete par les troupes carlistes, connue à Madrid avant le résultat de l'attaque de Villarobledo, avait jeté les plus vives alarmes dans la capitale. Toute l'attention se porta sur les mouvements du général Rodil, dont on attendait des mesures énergiques et décisives; mais cet officier, plus capable de jouer un rôle de général de division que de remplir k la fois les fonctions de ministre de la guerre et de général en chef^ ne montra aucun talent dans ces difficiles circonstances.

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Il s'occupa bien de mettre en campagne toutes les forces disponibles, mais peu au courant des mouvements de Tennemi, se préoccupant trop de la nouvelle de Tapparition dans les Âsturies d'une nouvelle expédition que commandait le général Sanz ^ , et des tentatives de Villareal pour attirer de son côté tous les efforts de Tarmée du Nord, il ajouta trop d'importance à la nécessité de couvrir incessamment Madrid avec des forces supérieures, pas assez à l'utilité pressante d'en finir avec la colonne de Gomez et de Cabrera.

Parti de Madrid le lendemain même de l'affaire de Villarobledo, il réunit autour de lui un corps de 5 700 Tantassins et 300 chevaux, dont il forma deux brigades à la tèle desquelles il plaça les généraux Buerens et Rivero, et lorsque Topinion publique le croyait déjà très-engagé dans la poursuite des carlistes, il se contentait d'opérer un mouvement de circonférence autour de Madrid, en transportant son quartier généra] successivement à Sacedon, Huete, Gonsuegra, et enfin à Madridejos, où il était encore le 8 octobre, à cheval sur la route d'Andalousie, et observant les provinces de la Manche et de l'Estramadure.

Une telle mollesse, tant d'apathie excitèrent au plus haut

1 Cette expédition était partie des provinces Basques dans les derniers jours du mois de septembre ; elle avait surtout en vue l'occupation d'OviédO; capitale des Asturies. Les eiTorts du général Sanz n'aboutirent à aucun résultat; deux fois il se présenta devant Oviédo et essaya d'y pénétrer; deux fois (4 et 18 octobre) il trouva les habitants de celte ville en bon état de défense; désespéré de ses insuccès, il alla ravager la ville de Gijon et se dirigeait sur Avilès lorsqu'il fut poursuivi dans la direction de la province de Léon. Retenu dans les moulagnes-qui séparent la province de Léon de celle des Asturies par les bonnes dispositions du baron das Antas et des capitaines généraux de Galice, des Asturies et de Vieillo-Castillc, il vit se fondre sa petite armée, s'épuiser toutes ses munitions, et en fut bientôt réduit, avec un très-petit nombre de soldats restés Pulèles, à regagner les provinces basques.

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degré contre lui TirritatioD de la population madrilbue, d'autant plus que chaque courrier apportait à Madrid Tannonce d'un nouveau succès obtenu par Gomez et Cabrera dans leur course vagabonde.

Échappés au désastre de Yillarobledo, ils s'étaient em» pressés de regagner la Sierra Morena, et tandis que Rodil les attendait aux environs de Madrid, ils s'étaient dirigés sur l'Andalousie et avaient pénétré le S4 septembre à TJbeda. Profltant alors du premier moment d'alarme causé dans toute la province par leur présence inattendue, ils s'étaient avancés jusqu'à Baeza, Andujar, et n'avaient pas craint d'attaquer la vieille cité arabe, l'ancienne capitale des Kalires, Cordoue. La milice nationale avait bien essayé de leur opposer quelque résistance ; mais les défenseurs de la ville, pris au dépourvu, obligés de se réfugier dans trois des principaux édifices, sans munitions de guerre, sans vivres, sans chefs, sans eau, avaient été forcés de capituler ; on leur avait laissé la vie sauve ; quant aux fonds de rÉtat, à ceux des particuliers déposés dans les établissements publics, aux nombreux chevaux des haras particuliers de rinfant don François de Paule, aux fusils, ils étaient tombés entre les moins des vainqueurs (i«' octobre). Il est facile de concevoir tout ce qu'un tel succès dut donner d'élan h tous les défenseurs du parti carliste dans cette région ; ils étaient surtout nombreux à Cordoue, où l'élément ecclésiastique a toujours eu une très-grande importance, comme à Santiago, Murcie, Tortose. Aussi Gomez pût-il espérer un instant qu'il pourrait établir dans le pays un centre d'insurrection; il créa une junte de gouvernement, recruta un certain nombre de soldats, et laissant au marquis de Boveda, un de ses lieutenants, le soin d'organiser, sous la protection de quelques-uns de ses soldats, une administration carliste, il songea lui-même, avec le

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reste de ses troupes, à pénétrer plus avant dans l'Andalousie, du eôté de Grenade. Il mit en déroute quelques forces qui avaient été envoyées contre lui par le capitaine général de Malaga, et imposa des contributions aux cités de Baena, Cabra et Lucena; mais des nouvelles de Gordoue le ramenèrent bientôt sur les rives du Guadalquivir. Le marquis de Boveda ne s'était point senti assez fort pour se maintenir à Gordoue, et l'avait quitté dès le 1, emmenant avec lui un grand nombre de prisonniers, un butin considérable et une foule de personnages trop compromis pour oser attendre le retour d'une administration libérale.

Gumez hésita longtemps sur le parti qu*il avait à prendre : devait-il s'établir solidement en Andalousie > y installer la guerre, ou lui convenait-il d'abandonner cette province et de reporter la lutte sur d'autres points de la Péninsule? Cabrera^ qui avait reçu quelques nouvelles inquiétantes de Cantavieja et qui supportait impatiem* ment le l'Aie effacé auquel il était condamné, insistait pour que Ton s'éloignât; on resta quelques Jours indécis; enflu le retour vers le nord fut décidé.

Le 11 octobre Gomez repassait par Gordoue; mais le lendemain même il en sortait, et craignant de rencontrer Rodil dans les défilés de Despeftaperros, craignant d'être poursuivi par Alaix, qui venait de Mengibar et Jaen, pénétrait dans la sierra derrière lui et piquait déjà son arrièregarde, il s'engagea dans l'intérieur de la Sierra Morena h travers un pays montagneux et presque désert, d'où il pouvait gagner à sa volonté soit les plaines d'Ëstramadure, soit celles de la Manche.

Alaix ne crut pas prudent de s'engager à sa suite sur ce terrain \ il pensait que de l'autre côté de la Sierra Morena, le ministre de la guerre était en mesure de recevoir les carlistes et ne les laisserait pas échapper; quant à lui, sa

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mission pour le moment devait être plutôt de protéger TAndalousie que la capitale. De son côté, Rodll, mal servi par ses offlciers d'état-major, ne sut pas deviner les inten* tions de son adversaire, descendit dans les défilés de DespefiaperroB et laissa Gomez traverser toute la sierra du côté d'Almaden, tomber sur ce point important, centre des mines de mercure qui donnent un si important revenu au trésor espagnol, s'en emparer, s'approprier tous les fonds et approvisionnements qui s'y trouvaient et se répandre ensuite dans la province d'Ëstramadure, complètement dégarnie de troupes (24-î25 octobre). Cette faute énorme excita contre Rodil Tanimadversion générale : Topinion publique ne pouvait arriver à concevoir tant de maladresse et de sottise ; on avait essayé de faire croire dans les journaux que, sérieusement instruit dans la stratégie militaire, le ministre de la guerre, par ses mouvements parallèles à ceux de Tennemi, protégeait constamment la capitale et devait aboutir aux plus heureux résultats. Une caricature impitoyable le représenta étendu de son long sur le sol, regardant avec une lunette rhorizon» tandis que la faction passait entre ses jambes. Ceux qui ne l'accusaient pas d'ignorance murmuraient le mot de trahison.

Pendant ce temps Gomez parcourait TËstramadure, en« trait en vainqueur dans les villes de Logrosan, Trujillo, Gacéres, atteignait les frontières du Portugal, et tentait successivement de passer le Tage au Puente del Arzobispo et près d'Alcantara. Empêché par des démonstrations de forces ennemies, il revenait ensuite sur ses pas, reparaissait à Cacerès, se séparait de Cabrera et de Miralles qu'il renvoyait de force en gardant la plus grande partie de leurs soldats, et^ après avoir traversé de nouveau le Guadiana dans les environs de Yillanueva de la Serena, s'enfonçait une seconde fois dans les montagnes de Sierra Morena pour

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