CHAPITRE III. <* LBS C0RTÈ8 DE
des senlimenls, à des intérèls qui la faisaient pencher tantôt d'un côié, tantôt d'un autre.
Elle n'était ni modérée ni progressiste; pour asseoir sa souveraineté d'une manière décisive, elle avait envoyé, en 1836, des hommes convaincus et compromis pour la cause de lu liberté; par eux une constitution venait d'être votée, par eux la vente des biens nationaux avait été légalisée, et l'organisation civile du clergé sur des bases nouvelles avait été ordonnée.
Dès lors, pour la nation^ le but réel de la révolution paraissait atteint ; ce qu'elle réclamait désormais, c'était l'ordre, la tranquillité intérieure, et surtout le rétablissement de la paix.
Les hommes du parti modéré sentirent bien, dès 1837, le revirement profond qui se faisait dans les dispositions in* times du pays; ils avaient organisé, sous le nom de Société de Joveilanos^ une forte association politique qui étendait ses correspondances dans toute la Péninsule; par cette combinaison, ils avaient pu suivre partout une seule et môme politique et agir avec ensemble sur tout le territoire. Ils s'étaient arrêtés, pour triompher dans les élections^ au programme suivant : maintien de la constitution de 1837, continuation de la vente des biens nationaux, rétjiblissement de l'ordre, mais surtout effort considérable pour arriver à la paix, môme en sollicitant l'inlervention étrangère.
La grande masse des électeurs^ qui était fatiguée de la lutte et lasse des discordes, adopta ce programme et envoya aux Gortès ceux qui le soutinrent devant elle ; on vit donc reparaître tous ceux qui figuraient avaut i836 dans les conseils du gouvernement, Marlinez, Toreno, Galiano; mais ces hommes d'Etat avaient pour mission de gouverner sous de nouvelles conditions; Thonneur leur défendait de chercher à reconstituer la plénitude absolue de l'autorité
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monarchique, ils deTaient gouverner avec les principes et les tendances de la constitution à laquelle ils s*étaient raillés. S'ils entraient loyalement dans cette voie, s'ils tendaient la main à ceux de leurs adversaires qui avaient les mêmes aspirations, une nouvelle ère de paix, de concorde et d'activité l.'ilK)rieu8e pouvait s'ouvrir pour le pays. Mais si le programme défendu devant le corps électoral par les modérés n'était qu'un leurre pour reprendre la position que leur avuit fait perdre le mouvement de la Granja ; s'ils ne songeaient qu'à flatter chez la régente ses goûts d'autorité absolue, si la substitution à la Constitution de 4837 d'un statut royal octroyé restait leur idéal; si surtout ils ne voyaient dans le pouvoir qu'un moyen exclusif d'assurer les places et les honneurs à ceux qui consentaient à arborer leurs couleurs, la réconciliation définitive des Espagnols allait encore se trouver ajournée pour longtemps ; on pouvait voir en perspective de nouvelles discordes, car les progressistes, ainsi rejetés du pouvoir et des honneurs, en appelleraient à la nation, qui ne larderait pas à leur donner raison.
Les dispositions du Congrès et du Sénat se traduisirent dès les premières séances ; la présidence de la Chambre des députés fut donnée au marquis de Someruelos ; le président du Sénat fut un ancien collègue de Martinez de la Rosa au ministère ; le programme de paix, ordre et justice solennellement proclamé par ce dernier à la tribune fut acclamé par les plus vifs applaudissements ; enfin l'influence de Toreno se manifesta par le choix, en qualité de vice-président, d'un ieune député jusque-là inconnu, dont l'ancien ministre patronnait hautement la science et le mérite, don Âlejandro Mon (29-30 novembre).
En face de semblables dispositions, la régente n'hésita plus; sans oser pourtant appeler directement auprès d'elle les deux hommes qui lui étaient le plus sympathiques.
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Martinez el Toreno, lesquels d'ailleurs ne s'entendaient point ensemble et s'excluaient réciproquement, elle se décida à former un ministère exclusivement mofléré. Dans ridée d'être particulièrement agréable aux souverains du Nord, elle appela aux affaires étrangères un ancien ministre de Ferdinand Vif, le comte d'Ofalia; et ce vieillard se laissa séduire par l'idée d'avoir plus tard h effectuer une grande mission diplomatique à Paris pour obtenir cette intervention si désirée; elle confia les finances à ce nouveau député, Alejandro Mon, que Toreno avait si vivement recommandé à l'estime de ses collègues ; et l'un des corypbées de l'opposition modérée pendant les Cortès constituantes, dont la jeunesse contrastait également avec la maturité d'Ofalia, Castro y Orozco, fut en même temps chargé du portefeuille de grâce el justice (16 décembre).
Tels furent les principaux membres du ministère que la régente choisit elle-même avec soin après la victoire inespérée que les élections venaient d'attribuer au parti modéré ; elle se hâtait ainsi de consacrer dans les faits la révolution parlementaire effectuée par les électeurs eux-mêmes. Galatrava, Olozaga, Madoz, Sancho, San Miguel, Lujan, les principaux chefs du parti progressiste, ceux qui, dans les Constituantes avaient montré tant de déférence à la couronne, quoique ayant obtenu les suffrages de leurs concitoyens, durent bientôt se persuader k eux-mêmes qu'ils n'étaient aucunement sympathiques à la régente : se souvenant moins des services qu'ils avaient rendus, que des entraves mises à l'exercice de son pouvoir, celle-ci ne voulait pas plus leur faire une place dans la direction des affaires, qu'elle ne consentait à en faire une au comte de las Navas et à Caballero, moins conciliants et beaucoup plus constanis dans leur effort révolulionnaire.
11 était cependant un côté par lequel la régente n'avait pas
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consenti h abdiquer entre les mains du parli modéré; c'est pour tout ce qui dépendait du ministère de la guerre. Une conflunce irrésistible la poussait à se reposer sur le général Espartero du soin de mettre un terme à la guerre civile; et comme ce général avait mis jusqu'alors un soin extrême à se tenir en dehors de toutes les factions, comme elle le croyait solidement attaché et à la cause de la succession directe et à ses propres intérêts à elle-même, elle avait insisté auprès des nouveaux ministres pour que tout ce qui avait trnit aux affaires militaires lui fût spécialement réservé. En conséquence le portefeuille de la guerre lui avait été offert : peu disposé à se mettre au service d'une faction, alors que l'attention du pays tout entier était fixée sur lui, Espartero hésita quelque temps à savoir s'il devait ou non accepter l'offre qui lui était faite ; il se décida enfin pour la négative, mais en manifestantà la régente l'importincequ'i^ y avait à ce que le ministre de la guerre se trouvât toujours en parfait accord avec lui.
Dans le moment le plus critique de l'expédition de don Gurlos sur Madrid, le gouvernement avait résolu la forma* tion t\ Jaen d'une armée de réserve composée des bataillons mobilisés de la milice d'Andalousie ; armée dont le commandement avait été confié au brigadier Narvaez. Après le triomphe électoral des modérés, la question suivante surgit aussitôt : organiserait-on dansle Midi, sous le prétexte de pacifier les plaines de la Manche, une armée nombreuse capable de faire contre-poids h celle du Nord ? Désagrégerait-on la grande force groupée sous la direction exclusive d'Ëspartero et susceptible, en un moment grave, de lui donner une influence prépondérante?
Il était évident que le commatidant en chef des troupes de Navarre et de Biscaye devait se préoccuper vivement de la création de l'armée de réserve, surtout en la voyant aux