CHAPITRE 111. — LIS COETÈS DK 1838. ICI
ordres d'un g(5népal qui avait déjà refusé ouverlement de servir sous ses ordres.
D'ailleurs Tinlention de créer un état-major hostile à Tinfluence libérale de Tannée du Nord était bien justifiée par les faits. Narvaez s'était entouré des officiers les plus compromis dans l:i sédition de Pozuelo de Aravoca, et de ceux que leurs traditions de famille attachaient le plus à l'ancien régime, les Mazarredo, Pezuela, Concha, Ros de Olano, Quesada, etc.
Aussi ne faut-il pas s'étonner de la défiance avec laquelle Esparlero avait vu les efforts du gouvernement en faveur de celte armée de réserve, alors qu'on lui ménageait les subsides et les renforts^ et que cependant il avait affaire à la plus forte concentration de troupes.
Quelles que fussent d'ailleurs les proclamations chaleureuses de Narvaez, c'est dans le Nord que s'étaient accomplis les faits de guerre principaux depuis le retour de l'expédition de don Carlos. C'était là qu'Ëspartero avait rétabli le prestige du commandement militaire par des châtiments rigoureux, dont la sévérité ne trouve d'excuse que dans la violence des crimes qui avaient été commis.
Les mois de juillet, août et septembre 4837 s'étaient signalés par une série de désordres et d'actes d'indiscipline. Le 4 juillet^ à Hernani, le régiment écossais de la légion britannique s'était soulevé en réclamant sa solde ; le comte de Mirasol avait été obligé de demander aux habitants de Saint-Sébastien une contribution pour payer les arriérés dus aux étrangers. Mais la vue de ces sommes avait excité la convoitise des nationaux, qui s'étaient mis, eux aussi, à réclamer avec violence. Le comte de Mirasol avait en vain interposé son autorité, sa voix n'avait pas été écoutée ; son aide de camp avait été tué à ses côtés, et trois autres officiers blessés ; lui-même avait dû chercher protection à l'abri
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des canons de rarlillerie anglaise. 11 avait fallu, pour cal* mer cette sédition, que le brigadier Léopold O'Donnell, avec un courage et une fermeté froide qui lui assurèrent dès ce jour un grand ascendant, all&t ne mêler sans armes au groupe des révoltés, s'exposÂt à toute leur fureur, leur fit entendre raison et les ramenât, soumis et honteux, au sentiment de leurs devoirs.
Le 15 août, h Miranda del Ebro, le général Don Rafaël Ceballos Escalcrn, qui, pendant la marche d'Espartero dans la Nouvelle-Castille au-devant de la colonne de don Carlos, avait été chargé du commandement en chef des troupes restant au nord de l'Ebre, avait été assassiné par ses soldats révoltés. Le général qui lui avait succédé, baron de Garon* delet, avait eu la plus grande peine à ressaisir l'autorité sur les troupes, et ne s'était pas senti assez fort pour rechercher et punir les coupables auteurs du meurtre de son prédécesseur.
Le 16 août, à la nouvelle de la mort d'Escalera, une autre sédition avait éclaté à Yittorin : les bataillons de Zurbano et d'Almansa s'él2>ient soulevés, avaient massacré le gouverneur de la place, un de ses aides de camp et sept des principaux personnages de la ville. Les rebelles, organisés à l'avance, s'étaient emparés de la ville et lui avaient imposé une contribution de 200000 francs (40000 douros). A ce prix la municipalité put re[)rendre possession de la cité, obtint le départ des deux bataillons, et évita de nouveaux désordres.
Plus tard, le 26 août, deux corps francs, cantonnés dans les environs de Pampelune, s'étaient dirigés sur cette place forte contre Tordre de leurs chefs, en avaient surpris une des portes par une manœuvre hardie, et s'étaient installés par force à l'hAtel de ville. Les alcaldes, après avoir écouté les réclanuàtions qui leur avaient été présentées i^ar une
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commission de sergents, s'étaient résignés à répartir sur la population tout entière une contribution qui devait préserver la ville de tout pillage ; mais en même temps ils nvaient convoqué la garde nationale et cherché par tous les moyens à empêcher le désordre de prendre de plus grandes propor* lions. Tous leurs efforts étaient venus se briser contre l'esprit de révolte et d'indiscipline; les soldats, s'abandonnnnt à la violence de leurs passions, avaient manifesté le plus violent acharnement contre le vieux général SaarsflekU qu'ils accusaient de les avoir maladroitement exposés dans Texpé^ dition sur Hernani, et s'étaient déchaînés en imprécations contre lui.
En vain un ofGcier de la milice essaya4-il de le sauver; poursuivi dans sa maison d'étage en étage, Saarsfield fut atteint au quatrième, criblé de balles, puis achevé à coups de sabre et de baïonnette ; son cadavre^ ignominieusement traîné dans la rue, resta livré à la foule pendant plus de deux heures. Le colonel Mendivil, chef d'état-major de la place, et plusieurs autres personnages de la ville avaient été également assassinés dans cette terrible nuit; plusieurs maisons avaient été aussi saccagées, et pendnnt plus d'un mois Pampelune était restée livrée aux corps francs; le dévouement et le courage d'un petit nombre de patriotes empêchèrent seuls qu'elle ne tombât aux mains des carlistes.
Tant de crimes ne pouvaient rester impunis : la discipline aurait cessé d'exister dans l'armée, si de sévères exemples n'étaient venus faire compren^îre aux soldats que devant l'ennemi l'obéissance est le premier devoir qui leur incombe ; aussi Bspartero, dès son retour sur les bords de l'Ebre, avait-il songé à frapper les imaginations par une série de mesures susceptibles de faire oublier les fautes par la sévérité de la répression.
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Arrivé à Hiranda le 30 octobre» il avait ordonné que le bataillon provincial de Ségovie, dans les rangs duquel se trouvaient les soldats coupables de la mort d'Ëscalera, fût immédiatement formé en bataille ; entouré par la cavalerie, , placé sous le feu d*une nombi:^use artillerie chargée à mitraille, ce bataillon avait vu apparaître en tète de sa colonne le général en chef. Ëspartero avait renvoyé tous ses aides de camp : équipé comme en un jour de lutte, sur son cheval de bataille, l'épée à la main, il avait harangué les soldats coupables avec la chaleureuse passion qu'il mettait dans tous ses actes et qui lui donnait sur Tarmée un si grand prestige. Après les avoir fait rougir de leur action, leur avoir rappelé les mérites du général qu'ils avaient tué, il avait terminé en demandant aux soldats de nommer immédiatement les coupables, s^ls ne voulaient être décimés.
A rinstant dix malheureux furent désignés par leurs camarades, et furent immédiatement passés par les armes ; la dissolution du bataillon fut ensuite prononcée par le général en chef; tous les soldats qui le composaient furent disséminés entre les divers corps; trente-six furent destinés aux galères; le chef, les offlciers et sergents furent honteusement renvoyés à leurs foyers.
Le lendemain, Ëspartero voulut également que, dans le bataillon de Gerona, le commandant lui amenât chargés de chaînes tous ceux qui avaient participé aux excès d'Hernani, et il envoya aux galères tous les prisonniers qui furent conduits devant lui.
L'affaire de Pampelune était beaucoup plus compliquée ; les corps Trancs, après le meurtre do SaarsQeld et de Mendivil, s'étaient laissé séduire par des meneurs habiles qui avaient voulu transformer leur sédition, purement militaire, en une insurrection spéciale pour l'indépendance du royaume de Navarre : un conseil de guerre pouvait seul