‹ Histoire critique de l'école d'Alexandrie (volume 2)Chapitre 1 sur 36 · Histoire critique de l'école d'Alexandrie · texte numérisé non relu

Histoire critique de l'école d'Alexandrie

Ce livre esl nn mémoire courooné par l'Académie des Bciences morales et politiques. Avant de le présenter au public , j'ai dA reprendre , sur les observaiionsda savant rapporteur, M. Barthélémy Saint-Hilaire, tous les points qu'un premier travail, trop rapide, m'avait fait négliger dans le programme Uracé par l'Académie.

Voici ce progamme :

1* Faire connaître, par des analyses étendues et approfondies^ les principaux monuments de l'école d'Alexandrie ^ depuis le ii* siècle de notre ère , où elle commence avec Ammonius Saccas et Plotin , jusqu'au vi' siècle, où elle s'éteint avec l'antiquité philosophique, à la Clôture des dernières écoles païennes, par le décret célèbre de â29, sous le coDSulat de Décius et sons le règne de Juslinien ;

2' Insister particulièrement siir Plotin et sut P reclus ; i

Montrer le lien systématique qui rattache l'école d'Alexandrie aut religion3antique3,et le rôle qu'elle a joué dans la lutte du paganisme expirant contre la religion nouvelle ;

Il PREFACE.

3" Après avoir reconnu les antécédents do la philosophie d'Alexandrie, en suivre la fortune à travers les écoles chrétiennes du Bas-Empire et du moyen-àge, et surtout au xvi* siècle, dans cette philosophie qu'on peut appeler philosophie de la renaissance ;

4° Appréclor la valeur historique et la valeur absolue de la philosophie d'Alexandrie ;

5" Déterminer la part d'erreur et la part de vérité qui s'y rencontre, et ce qu'il est possible d'en tirer au prolit de la philosophie de notre sièclo.

De quelque manière que l'on juge l'école d'Alexandrie, on ne peut méconnaître en elle tous les caractères d'une grande philosophie. Ecole remarquable par ses origines , par le génie de ses penseurs, par la richesse et la profondeur de ses doctrines , par sa longue durée, par son rdie historique, par son influence sur les écoles du moyen-âge et de la renaissance, elle mérite une place à part dans l'histoire de la philosophie, à c^té du Platonisme et du Péripatétisme ; et la critique moderne qui , depuis quelque temps, s'est exclusivement occupée de Platon et d'Aristote, ne pouvait oublier la doctrine qui fut le dernier mot de la philosophie grecque.

Avant de commencer ce travail, il convenait d'en déterminer rigoureusement l'objet , d'en énumcrer les diverses parties , d'en indiquer le plan.

L'école d'Alexandrie , ou le Musée, ne doit point être confondue avec l'école philosophique qui porte le même nom. Le Musée, dont la fondation remonte, à ce qu'il semble, au premier de? Lagides, com-

prenait toutes les sciences connues et tous les eiercices de la pensée, philosophie, mathématiques, physique, médecine, philologie, littérature. Tontes les écoles grecques y coexistaient et y travaillaient chacune dans le sens de ses principes et de ses traditions. C'était , en un mot, un véritable Institut et non une école. Un même esprit, une même pensée générale ne servait point de centre à ces directions diverses. Le seul caractère commun aux écoles qui composaient cette grande société litté* raire et scientiHque, c'est qu'elles avaient toutes apporté et conservaient religieusement l'esprit grec au milieu d'une ville orientale. Il est à remarquer que le Musée demeura toujours fidèle à son origine, et ne se laissa jamais absorber parles écoles d'origine orientale , avec lesquelles il eut de nombreuses communications. Ainsi jamais il ne laissa s'altérer la pureté de son esprit au contact de l'école juive et de l'école chrétienne, et des sectes gnostiques; il réagit au contraire énergiquement dans toutes les parties de la science et de U littérature contre les tendances et les traditions de l'Orient.

Non seulement l'école d'Alexandrie n'est pas tout le Musée, mais elle ne comprend même pas les écoles philosophiques qui s'y trouvaient réunies. Ces écoles représentaient presque toutes les directions du mouvement philosophique qui avait commencé à Thaïes et fini à Zenon, le Pythagorisme , le Platonisme , le Péripatétisme, le Pyrrhonisme , et le Stoïcisme. Or il De s'agit ici que d'une école et d'une doctrine qui a toujours conservé l'unité de ses principes et

IV PBÈFACE.

de sort esprit dacs les diverses phases de son leog développement , et qui , en cbaogeant de thé&tre et de fortune , es,\ toujours restée au foed U m^me, à Alexandrie, à itopue ei, à Athènes , dans ses jours de force et de triomphe, comme dans ses jours de décadeqce et d'adversi té. C'est œtta philosophie qui fera l'objet de notre travail.

Hais où commence et où finit-elle? Tous les historiens s'accordent à eu considérer Ammoniai Saccas comme le vrai fondateur. Nous ne voyons pas qu'il y ait lieq de s'écarter de l'opinion générale. Sans doute Ammonius n'est pas le premier philosophe chez lequel se rencontre cet esprit de conciliation entre les principales doctrines de la philosophie grecque, qui caractérise la philosophie d' Ammonius. Plutarque. Alcinoûs, CroQius,Numénius surtout, et, dans un autre ordre de traditions, Pbilon, avaient déjà essayé de môler, sinon d'ac* corder les diverses doctrines, soit philosophiques, sojt religieuses. Mais s'il est raisonnable de voir dans ces essais un précédent pour Ammonius et Plotin , ce serait aller beaucoup trop loin que d'y reconnaître le principe même et le fond de la philosophie alexandrine , telle que ces grands esprits l'ont constituée. Ce qui est certain, c'est qu'avant Ammop^os il p'y a encore que des écoles philosophie ques professant ptiacune une doctrine particulière plus oq moins exclu^ve t t^ellehCi le Pythagorisme. celle-lfi le Platonisme., telle autre le Péripatétisme, telle ^utre encore le Stoïcisme, Avec Ammonius seur lement commence cette philo^phift qui bientôt ab? ^rbft toute» lei éopl^ et toutes \m dwitrines.

PRiFAGB. f

La fin de l'école alexandrioe n'est pas moins eoBnue. 11 est évident que Damaieitu et Sinplieias MAt les deroiers philosophea AlMandriss. De mâiae que cette philosophie est préparée par des teatativet analogaes antérieures, de même elle ne disparaît pas de ta scène philosophique sans laisser des tracas dans les écoles du Bas* Empire. Mais ces traces vent se perdre dans U grande religion qui vioit de s'élever sttr le« raines de l'antiqaité. joan Philopon, Jean daûamas, Michel Psellns. Boèce, Cassiedore, saot des chrétiens enoere pénétrés des idées néeplatonieieattea ; ce ne seai plus de^ Aleiandrins.

L'école d'Alexandrie oottmaice donc vers 19S et finit WPS 539. Pendant u^e période de plus de Ifoia «àûles, el)e change, dans le cours de son déve* loppement, de situation , d^ rôle et de théâtre ; elle gardct invariablement ses principes et ion asprit, tant e^ subissant l'inflqenee des hommes et des eirçcNUtaiiçes. SssiintieUement ratiomtelle avec kmmonius , Pletin et Porphyre, elle dégénère en pra* tiques tbéurgiques avec ^amhlique, Chrjsanthe, Maxime et Julien i puis, elle reprend une forme plus sévère e| un esprit plus platonicien a Athènes Eivec SyrianuBjProoluatit Daieascius. Ces variations peur vent ê^e ram«»ées k trois périodes distinctes :

|o Période de déyelctppdment et de formatiqn. Amwoaius Saeças fonde une tradition quePIotin et Porphyre convertissent en doctrine écrite.

41!^ Période d$ décadence et de corruption. C'ept alors que Jamblique , ChryKKBtfae , Maxime, Julien, Appliquent Ift philosflphie de l'école à la théurgie , et en font nne doctrine pQlijjqnei et religieuse.

byGooyle

Page 1