‹ Histoire critique de l'école d'Alexandrie (volume 2)Chapitre 13 sur 36 · I. lu · texte numérisé non relu

I. lu

iU INTRODUCTION. LIVRE H.

Diett n'est pas, (nais nort ce qu'il est. Philon semble itller plus loid quand il attribue h. Dieu le bonheur parfait, et qu'il le représente au sommet de la félicité et de la perfection *. ï!ais au fond sa thèse sur l'impossibilité de connaître tïieu subsiste tout entière. Car que sait l'hoinme de ce bonheur parfait que possède Dieu? Quant atix autres attributs que Philon prête à î)ieu, comme l'activité incessante ', la bonté , la justice, la providence *, ils n'expriment pas dans sa pensée la nature même de Dieu, mais ses rapports avec le inonde, tels que l'intelligence humaine les Conçoit.

Si Dieu restait toujours caché dans les ténèbres de sa nature ineHable et inaccessible, toute communication deviendrait impossible entre le Créateur et la créature;- l'intelligence humaine, même aidée de la grâce divine, n'atteindrait point le divin. Dieu n'a pas vpulu qu'il en fût ainsi : ne pouvant élever l'âme jusqu'à, ta hauteur de sa nature infmie, c'est lui qui descend vers elle, et se manifeste k ses regards. L'Écriture dit que Dieu s'est montré au sage, et non que le sage a vu Dieu '^i Dans cette révélation^ Dieu ne dé-

« DeCheriib., p. 122.

ï Leg. alleg., 1. i, p. 4t. noûiwii yàp ifMmtt iretùi ô â.iî, iXX (SsiMjj ïJio» rt xai'tiT ««(As kù xiivo; ri t|jû^iiv, oGru xai j5«o5 TÏ iroiirt ■

3 De Fict. offcr., p. 860.

^ * De Abrali., p. 36). iU (5,iî) Tmw ^,l^^p^la^ ip.xvou,.^ XV» ^v](m wî niiTÔv oùt iiriqsâfn, irpovnaïTrJtrac fi tV iccuroû fiaa liait, ïoQ' Ô5BV s'sïT w H(r> tIï piticoïT«. Aiï hytnt, oi^ îti ô

couvre point à un œil humain sa face invisible ; il ne fait que lui montrer son image, son Verbe. Bien que la théorie de î*hjlon sur le Verbe contienne beaucoup d'élémentâ empruntés au Platonisme, elle doit être considérée comme un développement naturel et nécessaire de sa doctrine théologique. Le principe qui domine toute cette théorie , c'est que Jéhovah est retiré dans les profondeurs impénétrables de son essence. Dès lors comment expliquer la création du monde? Comment expliquer la communication de Dieu avec les êtres créés, autrement que par un médiateur? Le Verbe est précisément ce médiateur : Philon le représente comme la parole extérieure {Xi^i Tcpo^oputôç), l'image *, la figure de Dieu (irpomaïrov), c'est-ii-dire comme la manifestation des puissances cachées dans le sein du principe suprême, Jéhovah. Seulement Philon n'admet pas que le Verbe lui-même soit la représentation parfaite et complète des puissances de Dieu ; il n'y voit encore que l'ombre de la lumière divine '. Comme première manifestation des puissances divines, le Verbe est le premier né , le premier archange de Dieu ' ; comme type idéal de la nature humaine, c'est l'homme parfait , l'Adam céleste. Dans cette dernière dénomination est contena le principe d'une grande doctrine , h. savoir, l'incarnation du Verbe de Dieu sous forme hu-

' I^g. alleg., I. Il, p. 89, Samp yàp i âAç itapâSttffi» ni ilsiroç, if «won Twl xi'nXiixni , oÛtw; v tîxùv SJXon yntxat irixpâ*

* Leg. alleg., I. ii, p. ^9.XtA 5toC S, & Xiyot wùroû içm.. ' Ëusèb., Pr^p. éoang.. 1. tiii, c. iz, p. 323. — Ibid-, I. xi, G. 4 5, p. 633.

maine. Sur ce point important, i! faut écouter Philon lui-même. « Pourquoi Dieu dit-il : J'ai créé l'homme à l'image de Dieu, comme s'il s'agissait d'un autre Dieu et non de lui-même? En effet, ce n'est pas au Dieu suprême, père de l'univers, qu'un être mortel pouvait ressembler, mais au second Dieu , qui est le Verbe de celui-là. Car il fallait que le type rationnel dans l'âme de l'homme fût une empreinte du Verbe divin, puisque le Dieu qui est avant le Verbe est meilleur que toute nature rationnelle : donc rien de mortel ne pouvait ressembler au Dieu supérieur au Verbe , qui réside à part dans l'essence par excellence ^. » Autre passage décisif : «J'ai entendu un disciple de HoTse (iTsiîpuv) prononcer cet oracle : Voilà l'homme dont le nom est Orient (ma-m'kii); appellation étrange, si on avait voulu parler de l'homme composé d'une âme et d'un corps. Mais s'il s'agit de cet homme incorporel qui comprend en soi l'idée divine, on avouera sans peine que ce nom d'Orient est le nom qui lui convient le mieux '-. n Ainsi, dans la pensée de Philon , le Verbe, qui , en regard de

> Ibid., I. vu , c. 1 3 , p. 323.e>iiT» yàf tiiSa âmiitavisdnïai «m; ■A» àvuTSTu xai «Btipa tSï £),wï «Jùvar», ôUà irpit rtv ^tÛTt,Mv SAv , S; içiï iufvo'j J.ôys-. EJii yàp toï Xcyixi» i» ivÔfwiïou '^ra^ Tvttcï, uni Sk'su \iy:u ;^9pa-(9^ai , latitii o irfi toÛ liyiu aib; , t^àeaun iov ri irôaa i.tytià) yisij ' tû Si ùir'eo riv yiyn , iv rn piÀ- Ti'c? "■"' Tivi iÇaijîitM wirtcûri ïii<f, «Mi» âi'fiit îï ytvmt^i%9

ï Ibid., l.n, c. <5, p. 633. Éi» ft «ï à«ip,TBï atX^n- 5cl-n Urâii yopaûvTs , ûcBvùf ipiiaynoiiî, On cùOuSiXÛTan» Svg^ia iniwQ-

PUILON. U9

Dieu, est l'image des puissances divines, devient, en regard de la créature, non pas le type vague et universel des choses créées, mais particulièrement le type de la nature rationnelle, et par suite de la nature humaine en ce qu'elle a de rationnel *. Philon n'a pas seulement conçu le principe de cette grande doctrine , qui doit servir de hase au Christianisme ; ii en a entrevu les conséquences morales. Si le Verbe divin est le type de l'humanité, il en est le père, et tous les hommes sont ses fils, selon une filiation immédiate. Ils sont fils du Verbe avant d'être les enfants de Dieu. n 11 faut que chacun , tout en se trouvant indigne de porter le nom de fils de Dieu , s'efforce de se perfectionner d'après le Verbe premier né de Dieu , le plus ancien des anges, et qui sous des noms divers est représenté comme un archange. Car il est tour & tour appelé Principe, Verbe, l'Homme exemplaire (swôpontoî wtT'fixova) , le Voyant d'Israël. C'est pourquoi j'ai été conduit depuis peu k louer les vertus de ceux qui disent que nous sommes tous les fils d'un seul homme. Et, en effet, si nous ne méritons point encore d'être comptés pour enfants de Dieu, au moins sommes-nous déjà les fils de son image ' sans forme, et de son Verbe le plus sacré. »

Le Verbe de Dieu , te! que le conçoit Philon , est tout autre chose que l'intelligence pure d'Aristote ou

' La mËmfl doclrioe »e retrouïe dans la Cabale, Voyez le livre de M. Franck.

' Euséb , Prép. évartg., I. ii, c. 13, p. 633. Ka'c yàp il jinint (unai diov icaTJi; voui;ia9ai ytyivaitt-j , HXi :it r^f àtiimt tltruç

le >j^ dttb; de Platon. Philon identifie dans la nature du Verbe l'intelligence et l'âme, l'idée et la puissance, le principe de l'essence et le principe de la vie. « Il faut savoir, dit-il, que le Heu divin, l'espace sacré, est rempli de verbes incorporels ; or, ces verbes sept des âmes immortelles *. » Ailleurs : « Dieu a recours h ces puissances incorporelles , dont le vrai nom est idée, pour donner à. chaque chose sa forme convenable '. a On sait qu'il nomme le Verbe le premier des archanges. Cette identification de l'intelligence et de la puissance est le fond même de la doctrine orientale du Verbe. Jamais l'Orient n'a séparé dans le Verbe le principe de l'essence du principe de la vie, aipsi que l'ont fait plus tard les Alexandrins. La distinction de ces deux principes de l'être est propre h. la philosophie grecque.

Cette double nature du Verbe explique son double rôle dans la création : il est à la fois le type de la pensée et l'organe de la puissance du Dieu créateur ; il fait vivre les choses en même temps qu'il les fajt être; il construit et anime l'univers. Du reste, il ne fait tout cela que sous ta main de la puissance divine : Dieu seul crée ; le Verbe concourt seulement à la création. Comme l'œuvre même de la création répugnerait à ia majesté divine, Philon transporte au Verbe tout ce

» Phil., De Sonm., \. i, p. 21. Eî^rân ft vOv irpoom" , Sri o * De fict. offer., p. 857. A)Ai tbTî àndfiârfti; iiiiiytaiit in

PHIM)N- 15*

qui dans cette œuvre lu4 pdxfttt indigne de JébQvatf, Ainsi , ç'e&t bien Dieu seul qui crée ; mais sa création SjB ^orne à un acte volontaire. I) veuf, que te monde soit, et rentre ensuite dans son repos, laissaat au Verbe le soin d'accomplir sa volonté. Du rest^ la volonté divine est une puissance féconde : vouloir, pour Dieu, c'est produira. It est évident que Fhilon ne s'en tient pas à la doctrine de la Genèse, et qu'|l conçoit l'osuvre de Dieu comme une création sub^taiiT tielle, comme une vraie fondation (itTiaiv). C^tte doc- ' trine, plus orientale qu'hébraJque , était déjà coifter nue en gerine dans les livrps de la Sagesse et de l'Ecclésiastique. « 11 fallait, dit Phi|on quelque part, que, pour faire briller le meilleur par le contraste, le pire fût engendré ég^I/sment par la puissapçe et la bonté de cett^ cause divine qui est Dieu*. » Mais voici une phrase qui ne laisse $ucun d<Qlftie sur I4 nature de la création divine : « Dieu, en faisant paître les choses, ne les a pas seulement rendues visibles, piafs il a produit ce qui auparavant n'existait pas; il n'^st pas seulement l'architecte de l'univers, il en est ^ussi le fondateur K»he Dieu de Philop est dope créateiir

> f^g. ttlleg., 1. Il, p- 7i- E&i y^ i(C «îiv -tùv ^ùxionn èiîijaan, yntan vico^ai Kt'i tw* ^(tipôvsw , «ici tuiifiua^ -nt oritrnî 4yrf»~ ■uroî Tîû aiTiov, ■^rrî içi'v h 5lôç.

' De Somn. , p. 677.. aUu{ vt, ùç ô nXiof rà xnfuftfuva tùv <nt- [UTtin Ixi&i'xvwrai, eûru lal é dti; rà irâvra yfwiqoof , o& (lôvov i\t ^trtfofvAt ^y«ynr, âUa xeît ôt icpôiipsv oùx nv, tminstv, où dii^isupy.bc pov«y, ôXUt xa^ xrîcnf (lîrriit ûv. II «st Trai de dire que Philoa «biploie quelquefois le mot yiyv?* comme synonyme de irotiTv' Aipsi ,

iSi INTBODLCÏION. LIVRE IL

dans toute la force du mot ; il n'ordonne pas âeulenieat l'univers , comme un simple Démiurge , il le produit, il le tire tout entier, non pas du néant, mais de luimême ; en un mot, il l'engendre (y^wiiostî, y^vesiv), et le fonde en soi (xtïctti;). Aucun texte ne révèle , dans les livres de Philon , la moindre idée de la création ex nihilo. La création n'est pas une œuvre passagère et momentanée, suivant Philon ; c'est un acte nécessaire et perpétuel de la puissance divine. Dieu produit sans cesse parce que sa nature est de produire , comme celle du feu est de brûler *. Philon ne voit qu'une figure dans ces mots de la Genèse : « Dieu se reposa le septième jour. » Il est évident , quelque tradition que Philon ait suivie , qu'il se rapproche , dans sa théorie de la création , beaucoup plus de la doctrine orientale de l'émanation que des idées de la Genèse.

Le Verbe divin , dans la pensée du philosophe juif, n'est point un médiateur entre le monde et Dieu. Il manifeste et représente les puissances divines, mais il ne les transporte pas au sein des créatures. En un mot, il n'est pas le véritable organe de communication entre la créature et le Créateur. De \k la nécessité d'intermédiaires transmettant aux fils les paroles du père et au père les vœux des fils *. Telle est la fonction des anges, ces messagers des paroles divines, ainsi que les nomme Philon. Sa doctrine des anges est assez incohérente ; il

D,.- riel. offer., p. 857. ÉÇ inivm (OXîe) yàp kwït' lyémiim i

' ieg. alleg.,]. t, p. It.

I Phil., Di' Simm., p. S86.

PUILON. *53

comprend sous ce nom des principes fort divers, le Verbe lui-mêm:!, les idées qu'il contient et les puissances qui réalisent ces idées; mais c'est qu'alors il considère comme ange tout principe qui produit ou porte au dehors les puissances cachées dans le sein de Dieu. En ce sens, le Verbe, première manifestation de Jéhovah , est un ange de Dieu , l'archange suprême ; les puissances qui réalisent les idées du Verbe sont aussi des anges, non plus des anges de Dieu, mais seulement du lieu divin, du ciel. Du reste, Phiion applique plus particulièrement ce mot aux puissances célestes (et non divines) qui se meuvent et se déplacent réellement. Celles-là sont les vrais messagers des paroles divines. Le Verbe et les idées sont aussi des puissances , mais des puissances immobile dont la nature toute divine répugne h. un contact immédiat avec la créature.

La doctrine des anges, d'ailleurs pleine d'incertitudes et de contradictions, ne suffisait pas pour expliquer complètement la communication entre Dieu et ie monde. 1^3 anges n'opèrent cette communication que par le mouvement et d'une manière accidentelle. Fhilon conçoiten outre un principe constant, universel, nécessaire de communication , l'Esprit. La pensée de Phiion sur ce point , tant qu'elle n'emprunte rien à la science étrangère, ne va guère au-delà de la tradition hébraïque. L'Esprit est conçu par lui comme un principe de vie pour la nature et d'inspiration pour l'humanité. « Dieu excita Bézéléel et le remplit de l'Esprit divin, à savoir, de sagesse, d'intelligence et de science pour tout ce qui concerne la conception

{54 INTRODUCTIQH. LIVRE II.

4^s œuvres ^. » Ainsi l'Esprit de Dieu n'est que la Sagesse divine passant dans les œuvres , l'intelligence & l'état de vie. C'est ce qui fait dire h. Philon que rflsprit tiat)ite l'&me et non la raison , qu'il est propre à celle-là et non h celle-ci. Efifin Phiion , d'accord en cela avec l'Écriture, représente l'Esprit comme un souffle qui remplit et pénètre les créatures ', tandis qu'il ponçoit plutôt le Verbe ou la Sagesse comme une lumière pure qui éclaire le monde, sans jamais descendre du foyer divin. C'est DieM gui inspire; l'Intelligence (la Sagesse) transmet l'inspiration; l'Esprit la reçoit et s'en pénètre , de manière & la répandre ensuite sur l'homme et E^^ la nature >.

Voilà pour |a théologie. La fnême tendance mystique perce dans sa doctrine sur les causes et la fm des actions humaines. L'âme n'a rien qui lui soit propre , ni pensée , ni action. Elle flotte constamment entre deux nécessités, l'une divine et l'autre matérielle^, se perfectionnant naturellemeiit et sans art , par la grâce de Dieu. Dieu seul agit (jans l'âme; i| l'incline cpmme il lui plait et où il ve^it ^. « Alors cessent les peines, tes soucis, les inquiétudes; et sans art, la seule

' iJe Gigaat., p. i87. Koc! iyiiAtan kùtsï irviûfiaTO; difou, mifiaç, evnintt;, iiriçiifDiï, Ik) «ovri tpju ttaaw^at. ' D.e Gigant., p, 39).

^ Lcg. atleg., 1, I , p. i7.

* De Somn., 1, ii, p. 692. O (ih y*f ^ài IxoûffiMf àvswoj A n «ùoia. — Ibid., Quh haer. Ter. div., p. Biî. Tofc <ni(*areç hày-

* Leg. alleg., 1. ii, p. 88. — De ifigrat- Abrak.^ p. 303- Twst

bonté de la nature (divine) nous comble en E^)ondance de toutes ses faveurs. Cette production spontanée de toutes sortes de biens se nomme délassement et repos , parce que l'âme se repose en eiïet de la fatigue de ses opérations et semble se délivrer ellemême de ses travaux par l'abondance des eaux célestes qui l'arrosent et la vivifient *. » La vertu n'est qu'une préparation à la vie parfaite, ^u-dessus de la vertu est la contemplation ; au dessus de la sagesse, l'enthousiasme. Il faut entendre Philon célébrer l'extase. «Tant que brille notre intelligence et que, comme le soleil de midi, elle verse la lumière par toute notre àme, nous demeurons en nous-mênies. Mais quand elle incline vers son couchant, alors naturellement commence en nous l'extase ; nous sommes possédés , une fureur divine nous saisit. « Mais n'entre pas en extase qui veut « Nul méchant ne peut devenir l'interprète de la divinité , et nul méchant ne saurait , & vrai dire , être saisi d'une fureur divine. Le sage peut seul la recevoir dans son âme ; car lui seul peut devenir un instrument qui s'ouvre et s'ébranle invisiblement au contact de la main de Dieu *. » L'extase n'est pas un don arbitraire , un pur caprice de la faveur divine ;

Ttipvi fiptfi icpofojâfi'f irâvTs ô^pôw, nivn »nftkifttt. Kolnnit St i yopi TW» oûttfMrriÇofu'ïWï àya9ûï 3fKt( iittii^ictp i ïb5; ôipi'iTai tûï xarà Tà{ ! ji'o; ilciSùà; atfytûtv xai ûffiTlp twv ix9uai<<» iî).tvO/—

' Quis rer. tUp. hcer., p. 51 8.

* Quisrer. div. iiœr.,p. 617. idwfti mif^xmit' if^ftirni, i*ù xa\ iiivoi Spyovw 5toû ic>v ^X^i xfouôpivov xal «Xiirrofinn

156 INTRODLCTION. LIVRE II.

c'est un fruit divin, que la vertu seule peut mûrir. Dieu seul produit cet état; mais il le produit infailliblement quand l'âme y est dignement préparée. L'extase telle que la décrit Philon a tous les caractères de ta contemplation orientale. Elle est entièrement passive ; ce n'est point, comme l'extase alexandrine, un effort de l'àme qui exalte toutes ses puissances pour atteindre jusqu'^ Dieu ; c'est un abandon complet de toutes les facultés au sein de la grâce divine. « Je ne rougirai pas de dire ce qui bien souvent m'arrive & moi-même. Résolu k écrire au sujet des doctrines ordinairement admises par les philosophes, et connaissant parfaitement ce que j'avais à dire, j'ai souvent trouvé mon esprit incapable de produire , et je me suis retiré sans avoir rien fait , mais admirant la puissance de celui qui est, et qui ouvre et ferme & son gré la matrice de l'âme. D'autres fois, vide de toute idée, je me suis mis au travail , et soudain je me sentais rempli , les pensées me venaient invisiblement d'en haut et tombaient comme la neige et la semence ; saisi par un Dieu et semblable aux corybantes, j'oubliais le lieu où j'étais, et les personnes présentes, et moi-même, et ce que j 'avais dit et écrit *. »

Toute cette doctrine est purement orientale. Soit que Fhîlon se soit simplement inspiré de la doctrioe des livres saints, soit que, comme il le fait entendre, il l'ait puisée à la source d'une mystérieuse tradition , soit enfin qu'il ait connu et suivi les idées religieuses des autres peuples de l'Orient, on n'^)ercoit

' Dk Migrai. Abrali., p. 393.

jusqu'ici aucune trace de philosophie grecque. Voici maintenant une seconde doctrine , bien différente de la première quant à l'esprit et à l'origine '. Si on se souvient que Philon prescrit à Vème de chercher Dieu hors d'elle-même , on sera fort surpris de l'entendre professer le yvùdt ntauxàv. 11 veut que l'âme s'arrache tout d'abord à la contemplation des choses célestes, qu'elle descende du ciel, non pour se laisser distraire par le spectacle de la nature , mais pour se recueillir et se concentrer en elle-même. Ne dirait^on pas un disciple de Socratc ou de Platon? Seulement il entend le yvûe^ cixiniyv à sa manière. S'il veut que l'âme se recueille , ce n'est pas pour qu'elle se contemple, noais pour qu'elle se méprise et regarde en elle autre chose qu'elle-même. C'est parce que laconnussance de soi-même aboutit à la distinction de l'intelligible et du sensible, du divin et de l'humain, qu'elle inspire à Tàme le dégoût de sa propre nature et l'amour de Dieu '.

Dans sa doctrine primitive , Philon ne voyait en ce Dieu ineffable et inaccessible que la puissance féconde. la source d'où émanent tous les êtres créés. Maintenant, sous l'influence d'une philosophie étrangère , il conçoit Dieu comme la cause finale de l'univers, comme le Bien. Sa doctrine cosmologique n'a rien de commun avec sa théologie traditionnelle. Il y a deux causes du monde , l'une active , qui est Dieu , l'autre

' Df Migrai, Ahrah., p. 416. MÎïïuî fi iaotsù;, uî t*u iou- * Leg. fillfg.. I. Il, p, fi6.

passive , qui est Id matière. La génération des êtres est !a transition du non-être à l'être ; le non-être est la matière. La matière, telle que la confiait Philon, n'est pas une simple capacité , absolument vide de formes et indilTérente à tout état ^. C'est une vraie substance (o'jota), possédant, comme la matière des Stoïciens, toutes les propriétés passives de l'être. Dieu ne crée point par lui-même, mais par l'intermédiaire de sa sagesse ou de son Verbe. Qu'est-ce que le Verbe de Dieu? Ici nous allons entendre le disciple de Platon : o Pour parler sans images , le monde intelligible n'est pas autre chose que la Raison de Dieu créant le monde ; et, en effet, cette cité idéale est quelque chose d'ana^ logue au raisonnement de l'architecte songeant à construire en réalité la cité qu'il a élevée dans sa pensée... Il est clair que cette image (par rapport & pieu) archétype, que nous disons être le monde intelligible, est lui-même l'exemplaire suprême (par rapport au monde) , l'idée des idées *. » Ainsi la doctrine tout orientale du Verbe ( \â^ç Tcpixpopixôî ) est convertie , sous l'influence de Platon , en la théorie du monde intelligible. Le Verbe n'est plus conçu comme la parole vivante , la puissance manifestée de Jéhovah, mais comme l'archétype des choses, l'unité suprême des idées ou formes primitives du monde

I De Mandi créât., p. *.

De Créât, muttd., p. 5. Ei Jl tic iOùiiaiit yufwoTtpoi; ■ffâ-

oiia6ai THf hvifiuim , ovolv Ô» tttfn «*xai tïv vbiitÏv iitai xcofin , ^

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ici», )) ô Toû ip);iT»«T0ïOî Xvj/tTfhi rAn rà vmvn* irôXcy vti^nt 4a-

VHtUflivOU.

PHltOTf. *69

cr^é. C'est !e î^oyoî ftetoî de Platon. Philon eXpose et explique la théorie des idées dflns un langage todt platonicien , et ne parait plus se souvenir de sa doctrine orientale sur le Verbe. « Quelques uns prétendent que les idées incorporelles sont un mot vain et sans aucune réalité , supprimant ainsi l'essence la plus nécessaire, l'archétype de tout ce qui prend qualité, c'est-à-dire forme et mesure *. w Ce Verbe, exemplaire suprême de la création , n'est plus la puissance créatrice ; 11 est principe d'essence et non de vie pour les êtres. De là la nécessité d'tiii quattième principe, qui est le Démiurge. Voili donc qliatre principes bien distincts qui concourent à la création, t)ieu ou le Bien, les idées, le DéiriiUrge* et la (nâtière. Dans cette nouvelle doctrine, î)ieu n'est plus là, cause substantielle du monde , mais simplement la cause finale. C'est le Démiurge qui crée, c'est-à-clîre qui ordonne le monde, dont la substance matérielle préexiste' à la création. Philon redevient dualiste avec Platon et toute ia philosophie gfecque.

De même que Philon avait converti, grâce au Platonisme , le Verbe en Démiurge ; de même , sous l'influence du Stoïcisme, il le transforme en Ame du monde. « Le Verbe éternel du Dieii éternel est la plus puissante ei là plus ferme colonne de l'univers. C'est lui qui , du commencement au milieu , du milieii aux extrémités, provoque et règle le cours incessant de la nature , ralliant et resserrant toutes les parties de

' DeVieHin. ojfer.,^. 887.

1 De Mandi mat., p. i.

l'univers. Car ie Père qui l'a engendré en a fait le lien indissoluble du monde *. » Philon, suivant toujours la trace des idées platoniciennes, professe l'éternité du monde , et cherche h mettre d'accord la Genèse et le Timée. Quand Moïse dit qu'au commencement Dieu fit le ciel et la terre , il n'attache point à ce mot un sens chronologique '. Le temps ne préexiste pas au monde; il est inhérent à la chose créée, comme te mouvement k la chose mue ; il existe avec le monde, ni avant ni après. Moïse a voulu seulement exprimer par 1& la priorité du ciel dans l'ordre logique de la création. Les six jours signifient dans la Genèse les six degrés de la hiérarchie des êtres créés par Dieu. A l'exemple de Platon , Philon fait intervenir la théorie des nombres et des proportions géométriques dans l'explication des formes et des propriétés des êtres , ainsi que des lois de l'univers '. Du reste , le nombre ici n'est que la loi des choses sensibles , la raison de Tordre, de la mesure , de la beauté de ce monde inférieur : c'est un principe , comme le temps et l'espace, inhérent aux choses créées , et auquel le monde intelligible n'est point soumis '. Le nombre préside à la combinaison des éléments primitifs. Le quaternaire est le nombre par excellence; il exprime la perfection. La décade signifie la plénitude et l'universalité de la création divine. De même que Platon , Philon abandonne aux puissances inférieures, aux Anges, la for-

' Euséb., Pirp. évang., I. vu, c. *3.

' De Mundi créai., p. 8. 7.

' De Créât, mundi, p. <0.

* De Miindi cretn..p. 10.

PHILON. tm

mation du corps humain , réservant à Dieu la création de l'&me. Il est vrai qu'il appuie celte doctrine sur un texte de la Bible : « Faisons l'homme à notre image. » Ce qui veut dire , suivant Philon , que Dieu s'est servi d'auxiliaires d'un ordre inférieur pour former le corps humain. Autrement il n'eût pas dit : Faisons, mais je ferai. Voilà pour la cosmologie. Sa psychologie n'est pas moins grecque. Il distingue avec Aristote l'âme végétative , l'âme sensitive , l'âme rationnelle , et considère avec Platon celte dernière comme l'essence même de la nature humaine, il parie de l'immatérialité de l'àme , de sa séparation d'avec le corps , de ses diverses migrations , de sa vie purement spirituelle dans un autre monde , comme le fait Platon lui-même *. Sa morale est toute stoïcienne; il montre le sage méprisant les biens extérieurs, et n'estimant que la vertu. Avec les Stoïciens , il soutient que dans la vertu seule est la liberté. Il célèbre le régime essénien, empreint, comme on sait, de Stoïcisme '.

Cet exposé fait ressortir suflisamment l'incohérence du syncrétisme de Philon ; c'est plutôt une juxtaposition qu'une combinaison systématique de doctrines d'origine différente. Ce qui fait l'unité de ce syncrétisme, c'est la prédominance des doctrines et de l'esprit de l'Orient , et non une idée supérieure à laquelle viendraient à la fois se rallier la tradition judaïque et la science grecque. La pensée de Philon est assez libérale pour puiser aux sources profanes ; maïs

' DeSoBtn.^p. 592.

* QaoHomniiroh. libri:, p. 873.

(ç? INTRODUCTION. LIVRE H.

çllç p'esl point assez indépendante pour faire un choix entre les doctrines. La science des Grecs ne devait lui servir qu'à, développer ou li démontrer des croyances qui lui ét^ent chères avant tout. Elle ne figure point daps sa doctriiie comme qnc alliée , mais comme une esclave de la tradition. Ce n'est pas que Phiton n'ftit un goût profond pour la philosophie grecque; mais ce goût cède toujours à la foi. Du reste , it faut Iç çlire, jamais foi ne fut plus intelligente. La science grecque est partout mise au service de la tradition, avec un tact et une sagacité admirables. Toutes les idées fondamentales de la doctrine de Philon, la notion de Dieu , la conception du Verbe , celle de l'Esprit, la doctrine des anges, appartiennent à la tradition ; mais il n'est aucune de ces doctrines qu'il n'ait démontrée, développée, éciaircie, à l'aide de la science grecque. Ainsi il cpiprunte à l*laton la conception de Dieu , comme cause finale, comme !e Bien. L'idée du Verbe est propre k l'Orient, aussi bien que la doctrine du Dieu ineffable ; mais cette idée n'est dans la tradition qu'une conception vague , exprimée par un seul mot, XoYo; TPfoipûpixàî. En y rattachant la théorie toute grecque des idées, Philon en fait une doctrine philosophique. Ce Verbe divin que l'Orient représentait par des images, qu'il appelait le fils aîné de Dieu, la parole divine, l'ombre de la majesté du Père, devient, grice au Platonisme, le principe du monde intelligible, la raison suprême des formes et des lois de l'univers, l'idéal du Beau , du Vrai et du Bon. La tradition s'était bornée à concevoir les anges comme les messagers des paroles divines. Philon les fait rentrer, avec

le sacours de Platon, dans I» dwtrips l(i«t« ration, noile dos 4mes. Quant 4 se» doctrines oMmologiques PO » vu que Pliilon comqiente aani o«se la G«n»«« «VK le TWa. Enfin, o'esi à l'tole du Platonisme qug le philosophe juif a appris ce spiriluallaoïe pre». que étranger à la tradiUon judaïque, l'immatiSrialil* de l'àme et sa ïie tout intellecluelle dans un nuira monde. Tel est le parti que Philon tire de la scienc» grecque. Il ne craint pas de puiser & tentes les sonroea de la philosophie : au Platonisme, il emprunte la théorie du monda intelligible, |a doctrine das (mes. la Béthoda psyçliologique du yyûSi o,,.jti, ; a» Starcisiiie, il doit la distinction de la cause active at ds la cause passive, la théorie d'une substance matérielle douée de certaines propriétés, ses idées morales sur la liberté, sur la vertu, sur le sage ; enlin m Pythagorisme, il emprunte la doctrine des nombres, dont il restreint la portée i Implication des choses sensibles.

Pour achever de faire connaître la caractère de la tentative de Philon, il reste à donner une idée de son eiégèse. Philon croit profondément ti la vérité de la tradiUon dans toutes ses parties; il n'entend en sacrifler ni même an négliger aucune. Mais c'est un croyant trop raisonnable pour s'en tenir ii la lattra des livres saints : de là un effort perpétuel d'interprétation. Les exemples les plus significatifs de cette exégèse hardie surabondent dans le Traité des alUgoria de la la. Partant, dès le début de ce livre, de la distinction du sensible et de l'intelligible, et posant d'ailleurs en principe que la parole sacrée ne peut quç contenir la plus haute et la plus profonda vérité, piijlon «tnadère

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I6i INTROm'CTION. LIVRE lï.

tout fait sensible comme la représentation d'une vérité intelligible. Ce n'est pas qu'il traite de purs mythes tous les faits dont l'Écriture contient le récit. Sauf le cas d'absurdité , c*est-ii-dire de contradiction manifeste avec la vérité métaphysique, il croit à la réalité historique de ces faits ; mais toujours sous le sens matériel il entrevoit un sens spirituel , plus élevé. Voici quelques unes de ses explications : dans ces paroles, «Vous ne vous ferez point h, vous-mêmes des dieux d'or et d'argent, « Philon découvre toute une théorie de la nature ineffable de Dieu *. Cela veut dire , selon lui, que Dieu est sans qualité, sans essence, immuable, incorruptible. On a déjà, vu que, dans ce simple texte, « Dieu s'est montré au sage , « Philon avait découvert toute la doctrine du Verbe. Bézébéel signifie Dieu en ombre: or, l'ombre de Dieu, c'est la parole dont il s'est servi pour créer le monde '. On a vu aussi comment sur cet autre teite, « Faisons l'homme à notre image » , Philon fonde deux grandes théories : 1* la distinction de Dieu et de son Verbe ; 2° la création du monde par l'intermédiaire de puisances démiurgiques. Par l'autel et le tabernacle, Philon veut qu'on entende les objets invisibles et intelligibles de la conlem-. plation *. L'Eden figure la sagesse de Dieu ; les quatre fleuves qui en sortent sont les quatre vertus qui émanent de celte sagesse. La pluie du ciel qui arrose et féconde la terre , c'est l'intelligence qui , comme une source, arrose le sens. Adam qui se cache de Dieu ex-

' teg. alleg., 1. i, p. 4», ,

* Leg. alteg., I. ii, p. 79.

* De thr., p. 260.

prime l'effet du vice qui nous dérobe la vue du divin *. Ces exemples suffisent pour Taire apprécier l'exégèse de Philon. La parole sacrée n'y est point un texte de critique exacte et positive; c'est seulement le prétexte d'une théorie que développe l'auteur sous forme de commentaire. L'interprétation de Philon n'a pas pour but d'éclaircir le sens littéral, mais de convertir le texte en symbole.

Tel fut le premier essai vraiment sérieux de fusion entre les idées de l'Orient et de la Grèce. La doctrine de Philon n'est point un éclectisme impartial ; elle ne consomme point l'alliance parfaite des doctrines grecques et orientales * ; elle ne fait encore que développer la sagesse des livres saints , en empruntant çà et là aux écoles grecques tout ce qui peut lui servir de démonstration et d'explication. C'est le dernier mot de la sagesse hébraïque, interprétée, il est vrai, par la science étrangère. Philon est avant tout fidèle à la tradition natiouaie; s'il modifie, s'il altère, s'il transforme même quelquefois les croyances qui lui sont chères, c'est toujours h. son insu et dans un esprit de mysticisme plus platonicien que grec, et plus oriental que platonicien. Philon est resté juif, autant qu'il était possible de l'être, au sein d'Alexandrie, avec une intelligence aussi éclairée et aussi ouverte aux idées éti'aogères. C'est ainsi qu'assailli de tous côtés par les idées et les institutions des plus grands peuples du monde, le génie indomptable de celte race fait plier sous sa loi et ses doctrines tout ce qui lui vient du

' M/fg. leg., i. I, p. il, i5, 52i I. ii, 0).

ité INTRODUCTION. Livre ii. -

dehors. Au moment même otl l'esprit universel le gagne et le subjugue , Il proteste encore de son indépendance, et proclame sa tradition la source de toute sagesse parmi les Gentils. Quel orgueil et quelle foi n'y a-t-il pas dans ces paroles : « Notre loi seule est restée toujours la même, immuable, inébranlable, et comme marquée du signe de la nature depuis qu'elle est écrite ; et il est à espérer qu'elle restera ainsi immortelle pendant tous les siècles futurs, tant que dureront le soleil , la lune , le ciel et le monde entier *? » L'influence de l'école juive et de Pliilon sur la pensée philosophique et religieuse de cette époque fut immense. C'est Philon qui ouvre la carrière du syncrétisme aux grandes écoles du temps, aux Gnostiques, aux Pères Alexandrins, aux Néo-PlatonicienS. la Gnose puisera largement à une source oti les croyances orientales se mêlent déjà r la tradition hébraïque. La théologie chrétienne trouvera dans Philon tout à la fois un commentaire supérieur de la doctrine traditionnelle, une méthode complète d'exégèse, et par dessus tout l'art de faire servir la science grecque au développement ou h la démonstration des croyances religieuses. Saint Clément et Origèné citeront fréquemment Philon : c'est à son école qu'ils apprendront k goûter et à mettre en œuvre la science grecque ; le vrai Platon, te Platon grec les eût peu séduits. Et, en effet, malgré l'affinité incontestable des doctrines, la théologie chrétienne se fût difficilement accommodée du Platonisme pur ; mais elle embrassera avec ardeur le

' m. JU<is.,\. III. p. 656.

LE CHRISTIANISME. l«7

Platonisme oriental de Phiton. Ainsi l'école juive prépare l'alliance qu'elle n'a pu elle-même accomplir. D'un autre côté, Philon inspirera au moins indirectement la philosophie alexandrine. Plotin, Porphyre, Jambiique, ne paraissent point avoir eu connaissance de ses livres : mais Numénius, le véritable précurseur du Néo-Platonisme , les connaît et les médite ; il les admire tellement qu'il est tenté de chercher dans thllon, plutôt que dans Platon, le véritable type du Platonisme. Ainsi par Numénius et par toute l'école syrienne, dont il est le chef, l'influence de Philoii va pénétrer jusque dans l'école d'Alexandrie proprement dite. En sorte que d'une part la théologie chrétienne, la Gnose , peut-être la Cabbale , et de l'autre le Néo- Platonisme, c'est-à-dire tout le mouvement oriental et tout le mouvement grec se rattachent plus ou moins directement h la tentative éclectique de Philon.

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