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PI.OTIN PSYCHOLOGIE. ft«9
que rinstitution des mystères défendait d'ouvrir (e saiic tuaire à ceux qui u'étaient point initiés. Le véritable initié s'identifiait avec l'objet de sa contemplation *■ ; il s'était dépouillé de toutes ses faculté, du mouvement , de la passion , du désir , de la raison , de la pensée, même de la personne, pour se laisser rdvir et posséder par le Dieu. C'est alors que, tout entière à. son objet, son âme goûtait un repos ineffable dans la pure abstraction de sa propre essence , après avoir franchi le chœur des vertus et )e monde intelligible *. Elle avait fait comme celui qui laisse derrière lui les statues qu'il a rencontrées en entrant au temple et va droit au sanctuaire ^ L'état inexprimable de l'âme ravie en Dieu n'est point une F^mple contemplalinn : dans cet acte suprême, l'âme se retire d'elle-m^me, se simplifie, s'abandonne h son objet; elle aspire, non plus k la simple vision, mais au contact ; et enfui, parvenue k son but, elle se fixe et se repose autour du Dieu qu'elle embrasse de toutes parts *. Telle est l'extasp, seul procédé par lequel Dieu se laisse saisir*. L'Ame en extase est sortie de l'être pour entrer dans le divin ;
■ Eon. VI, II, 11 Éiti\ Toi'wv Sio via w, iiX' h ffj oûtA; ô \iin npbï ri) iujijifM'>m<, ù( «v fii, ia^fùvn, diX). qvufUïOv.
Enn. VI, VII, 11. Où yàf ti incy^TO Jtap aÙTÛ, où âvfiiç, ovx imOufi''» ÔÏXsu ituf^ï ovT'j ŒvoSifi'jïîTi, AU' *•''« J.ijoi, vAi tij viM.;, oW S)**c oiÙTiç, (! Sit-i.-x\ Tovre \iytii, o)l' ûoitip ntitoiî6t(î r, iMioaiiiai 'fr'uCT *" 'piif^ taTaçâmt yiyt'vB-rai àtfXfiiîrii oiùtaO
3 Enn. VI, vu, 11.
* Eon. VI, »ii. 11.T4Ar™(Wi si Sta;™. iXlà «Isr rforeo; T6J Hiïv, fcfoîiî, xa'i fiir/.MÇ(î, lai iici'îoai; oÛTov , mît ftscai; iro/ij
■^ Enn. VI, ïii, 11. El H liYf.'^-.^\imi,i'Ai-i ■<riftxi.
5«0 ANALVâË. LIVRE I.
CM* elle ti'est plus une esseace, mais qudque chose de sapérieur, un Diea *. QBand die est déchue de cet état, elte peut y remonter graduellement par la vertu, par la sagesse , par l'intelligence. Telle est la vie des Dieux et des hommes divins et bienheureux, affrandus des biens et des voluptés d'ici-bas ; c'est la société de r&me , seule à. seul , of/ec Dieu *.
Haintenaot ne semble-t-il pas étrange de considérer comme le terme suprême de la perfection xm état dans lequel l'ftme perd la pensée et la conscience d*eHfr> même ? Si tel est l'efiet de Tamour, en quoi est-il supérieur à la science , à la vertu , À la vie pure et pai^ faite de la pensée? C'est là le peint le plus délicat de la doctrine de Plotin. Pour être craiprise. sa pensée a besoin de développement. Plotin recoonait dans la nature humaine des priDdpes ecnf^rieurj , comme le corps, le principe animal , et des principes intérieurs, comme l'âme, l'intelligeDce , le bien. La conscienoe, telle qu'il l'entend, n'est pas simplement le sentiment de l'individualité personnelle; ce sentiment n'en est que le premier degré. L'âme n'arrive â la pleine conscience d'elle-même que dans la contemplation de son essence. Jusque là, elle ne se connaît pas en elle-même, mais seulement comme distincte du corps et du principe animal. C'est en vertu de ce rapport et de cette opposition qu'elle se reconnaît comme un être & part, un individu. A mesure qu'elle s'éloigne de l'extérieur, elle tend à. rentrer en elle-même, k s'y recueillir, à se posséder, à se reconnaître ; en sorte que plus la vie est
I Enn. VI , *ii , H . Kai oùx iv t^ Svti , h iuîï^. Tifntv yéf » Enn. VI , ni , 4 < . «v/n f^i^ Kp!>c ^»ï.
t>LOtiN. frSVCBOLOGiE, ^^r
int^î«are et pure, plus l'&me a conBcieii<!ed'eflc-m^e. Il De fut pas oublier que , selon Plotin , autre chose est rindividualité , autre -chose l'esBence de l'homme , à tel' point que l'essence est en raison inverse de l'individuatité ! Duis sa pensée, l'existence individuelle et personnelle de l'àme a sa racine dans une circonstance tout extérieure. L'àme hunaaine n'est devenue un être individuel et n'a eu conscience de son individualité qp'après s'être séparée et détadiée de son principe*. Or, en vertu de son essence, elle tend & rentrer dans l'àme et dan» l'intelligence universelles. Donc , k mesure que le sentiment de l'existence individuelle s'affaiblit et s'efTace dans l'àme, la conscience' de son essence, et par conséqu^t d'elle-même, devientplus claire et plus profonde ; c'estainsi que cette ccmscience , obscure dans la sensation , se dég^e dans la^ vertu, et devient parfaitement claire dans la uontemplation. En eSst, comme l'àme y rencontre un. objetî supéneur., mais identique avec son essenee, la contentplatjon de cet otyet redouble en elle le seotimeat de sa) propre. nature. Pluseliecontemple, et plus elle se-scot âme, plus elle a le sentiment de sa vertu et desa^ grandeur infinie '• L'amour, qui confond et absorba
1 Enn. IV, n, 3, È^ùBeAm A IuîSh »'■ vi* i^»^imti ta b,' Tt A otûriï OTRRoc^uvn , mil frcpav tddiivMa «Tvai , xal sTav itfni'''
' Edb. IV, IV, S. AU' là ■!■%" ^ ^^ *«i|TÙ «uMt, r««T* nirj(ti- Ti Sii.» xa( ôUa «pè; «ûrJrv, koù tÀ ■* c»T^ ' i xaBnnif tv tÇ v«»i^ oSva, ^fi -ri àfittiAvnv la'i aùn- Kai y^ sàirn (71* & tçîv ' iwàt x«'i Ônn tï îuhtf ^ «S tiwy, lif nw«n( tXAtn rù vu jnrâym, lÎKipt
rânae en Dieu , détruit toute conscieDce de l'essence , même universelle; mais il fortifie, il exalte le sentiment de la nature de l'&me, confondue avec la nature divine. L'&me ne 3*y sent plus comme être indtvi> duel, comme vie, comme intelligence, mais comme Dieu. C'est en Dieu seul qu'elle a conscience de sa divinité; c'est donc par l'extase qu'elle arrive à la parfaite connaissance d'elle-même. Tel est, selon Plolîn, le vrai sens du ■p'toOt uEœ/niv. Et qu'importe que, dans cette union avec Oieu, l'&me perde la connaissance de son sentiment? Sans doute elle ne sait pas qu'elle sent, puisque l'amour détruit tout savoir. Mais le sentiment n'entratne pas nécessairement la conscience ; au contraire, il l'exclut \ Plus il est énergique et pur, moins il est accompagné de conscience. Tant que Tâme sait qu'elle sent, elle se distingue et se sépare en quelque sorte de l'objet de son amour; mais quand elle a perdu la conscience même de son sentiment , c'est alors qu'elle est véritablement ce qu'elle sent, et qu'elle ne fait qu'un avec son objet. C'est en ce sens que l'âme conserve le sentiment d'elle-même dans le monde qu'elle habite après la mort. L'extase, pour l'Âme condamnée à vivre ici-bas , n'est qu'un accident heu-
Sic. OuTWf ou* (■/(cvaa oin sv fUiâ^KUai, àXÂài ^ai Ôw àisticT**; npô;
■ Ean. IV, IT, 3. A«i A riiv fiHiftqv "kafJSâytn «ù fisksv h f» oTm aledâvnOai in pvnftBïiu» , èûià xai Sto» JiouqTai Mttâ ni
Oaûvni 3cr tjfii, t^ln itoio' oiiTv Irj^fM^ipaç , i) t( tlttin ' tlJùc firv •fif tax» "* ''( °^« ^'» Ô)Aat oûrof iSï ■ 6yv»Siv Si Sti îj^ti, nnèu-
PLOTIN. PSYCIlOLOTiIE. &93
reux , bien qu'elle soit l'état le plus conforme à sa nature. La matière pèse sur elle, l'enchatne et la trouble. Mais dans le monde intelligible , d'où elle est sortie et où elle se retire après la mort, l'âme, librç de tout obstacle et pure de tout contact, recommence sans effort et continue sans fatigue la vie parfaite qui lui convient, vie toute de contemplation et d'amour. L'extase n'y est plus cet éclair qui brillait çà et \b. dans la sombre nuit de la vie sensible ; c'est une pure et douce lumière qui ne cesse jamais d'éclairer l'âme *. Le séjour permanent de i'âine en Dieu est la destinée des &mes pures qui n'ont rjen gardé du corps. Essences libres et incorporelles, après la mort elles vont là où est l'intelligible , le divin et Dieu lui-même; ce Dieu que, dans la vie actuelle , l'ftme la plus privilégiée ne peut qu'effleurer rapidement, elle le possède ou plutôt l'habite définitivement K Cette félicité ineffable n'est pas de ce monde. L'état habituel des Ames vertueuses ici-baa, c'est le bonheur.
Le proMème du bonheur, agité par toutes les écoles, trouve dans la philosophie de Plotin une solution aussi neuve que profonde. L'opinion qui étend le bonheur à tout ce qui existe ne parait pas digne d'une réfutation sérieuse k Plotin, et semble n'avoir été citée par lui que comme une conséquence extrême du principe que le bonheur consiste k suivra le cours de la nature. Mais il
I BiiD. IV, IV, 4,3, 3.
' Edd. IV, tii, Si. Tait A tSi i}iu](hv a&afoT( oitai(, xs' fir^-i (tqJbfm Ift^iofUM»; Tov OMfiara;, iC iiéyan oùfefiM O'JftotTs; ùiraç- ^11 itrai. Ei g5t tîat nul ftiitaff.v «wfiara;, où A jàf, f;(-.vci aùua, su
Twï, Mil i> tf'nu i Tsiaûir, 'Jfl'/Jl Ffai-
»94 ANALYSE. LIVSE I.
s'applique à réfuter la doctrine qui charohe le bontatur parmi les <tres qui sentent, et qui lo fait consister dans le aentimeut qu'ils éprouvent de cet état *. Pour se sealir beureux , il faut déjà l'être ; donc le saoUment n'est point le principe , maia le résultat du bonheur. En outre, être heureux ou bien vivre, c'est vivre selon le bien. Or le bien , ou au moins le meilleur, n'est paa le sentimrait, mais la raison et ta pensée '. £st-ce donc dans la raison qu'il Eaut placer 1« tww heur? Pas encore ; car la raison n'est point uns fia , mais seulement uqe faculté excellente de l'&me pour arriver k une fin *. D'ailleurs, faire résider le b<H>heur dans la raison, c'est le placer dans un accidwit, non dans l'essence m&ne de la vie ^. Les êtres intelligibles n'ont point la raison , et pourtant leur vie n'en est que plus parfaite et plus heureuse. Mais si le bonheur est essentiel à la vie , il faudra admettre que partout où est la vie est aussi le bonheur, et au même degré que la vie. Le bonheur alors serait commira à toute la nature. Cette conséquence n'est pas néceeaalre. Le bonheur est sans doute attaché à la vie et en suil les divers degrés. Mais le vrai boaheur n'appartint qu'à la vraie vie , & la vie parfaite , laquelle n'est pas de ce monde ^ La vie des êtres sensibles n'est qu'une ombre de la vie , ce qui fait que leur bonheur n'ert qu'une ombre du bonheur. Tout au plus peut-on din
' Bon. I, IV, S.
> Enn. I, iT, i. AU' ■! S«< «i«« ri At*^tb*, «bi altWwMt «wn %w ^, <IU' irifmt ^iCrMC 4 wt' rf>C ) Ebu. I, nr, a.
* Edd. I, iT, 3.
* Enn. I, tv, 3.
que rbonune possède par instants la vie et aussi par iostîuita le bonheur; la vie, la perfection , le bonheur sont choses identiques *, Ainsi la question du bonheur ici-bas se réduit à savoir si l'homme peut y mener une vie parfaite. S'il ne le peut , le bonheur n'est pas de ce monde, et il faut le renvoyer aux Dieu:t.
11 est un signe auquel l'&me peut reconnaître qu'elle est en possession de la vie parfaite et du bonheur : c'est le calme et le repos produit par le silence absolu des désirs et des besoins. Quand l'âme est parvenue k cet état , rien ne peut troubler ni détruire son bonheur *. Mais ici viennent les objections en foule. La douleur, la maladie , la langueur et l'inertie du corps m sont-elles pas un obstacle au bonheur î Le bonheur est possible chez les Dieui dont l'essence est pure; mais l'homme , être composé d'âme et de oorps , ne porte-t-it pas toujours et partout le poids de sa triste nature '7 La réponse k cette objection est facile. Le bonheur est un et simple ; il est propre k l'&me et ne peut venir que d'elle. Il n'y a ni secours à attendre ni obstacle à craindre du corps dont il ne vient pas. 11 n'y a qu'un bien comme il n'y a qu'une &me et qu'une vie, l'àme pure et la vie parfaite K La possession de ea
' Enn. I, n, 3. Ott ik n Ttïita Çuiii une q akifinii xsi Sitwç, h ixtiv^ T^ v«ipf fûoit aaii Sri «I (XXcu -iTiliTi, xai IitdtXfittTa (^4. am où tlXifuï, «{A xtAmfitt m où (MUm I^mù ii Tïùnvtln, noUÂuf
» Eon. I, lï, 4.
> Ean. I, lï, 6.
' Edu. I, iV, 6. Ei A ri tiAo; h ri (Tvsi, ôU' où itaUà ^i kxtito )^ iafJSiiu» ftivvf, .S f«](aTdv li Ici »ai rifuiriaccov, >«'i S q
S96 ANALVSE. UVRE f.
bien , de ce seul bien , fait le bonheur. Tous les biens et lous tes maux sont indifférente par eux-mêmes; on les considère comme des biens ou dea maux parce qu'ils sont des moyens ou des obstacles. Ainsi la bonne ou la mauvaise fortune , la santé ou la maladie peuvent être des biens ou des maux par leur rapport au vrai bien de l'âme et au bonheur. Mais ces choses sont si peu des biens et des maux par elles-mêmes, qu'elles deviennent alternativement bonnes ou mauvaises selon leur rapport au bien *. Si la maladie fait languir l'&me , elle e-st un mal ; mais si au contraire elle exalte son énergie , elle est un bien. La santé est un bien quand elle dispose l'&me à l'activité, elle est un mal quand elle l'engourdit ^ La poursuite et la pf^session du bonheur et du bien ne dépendent essentiellement d'aucune de ces choses. L'&me peut toujours y arriver par la seule énergie de son essence. Les fléuux extérieurs que l'on énumère ne sont des obstacles que pour les Âmes faibles.
Mais, dira-t-on encore, l'homme n'est point heureux daus le sommeil , dans le détire , dans la léthai^ie et dans d'autres états involontaires où it a perdu le sentiment de ce qui se passe en lui. C'est une grossière erreur que de placer la vraie vie et le bonheur dans le sentiment. La vie, comme le tionheur, est dans l'énergie pure et parfaite de l'essence ^. L'acte , pour être parfait , n'a pas besoin d'être réfléchi dans la sensibilité. Ainsi l'acte de l'intelligence esl libre rt
> Enn. I, IV, U 1 Enn. I, I*, U ' Enn. I, IV, 9. Kai ïçii r, tS; sùff-'o; aùrii i>t»iix h ovtv, «i
PLOTIN. rSYCHOUKÎIE. 597
pur de tout tjtintinient, puîsqu'eii lui se confondent la [)ensée et l'être. Ce n'est que dans l'&me , être complexe, que la vie se réfléchit dans le sentiment comme daas un miroii' *. Quand une cause quelconque a brisé l'harmonie entre l'&me et le corps, comme il arrive dans la léthargie et dans l'extrême souffrance, la vie de l'âme cesse de se réfléchir dans la sensibilité , et alors le sentiment dispai'alt. Mais la vie elle-même n'a point cessé ; au contraire, elle s'est retirée au fond de l'âme et s'y dérobe aux regards de la conscience '. N'est-ce pas d'ailleurs le caractère des plus sublimes actions, d'être faites sans conscience et sans réflexion ? La conscience et la réflexion , loin d'être le signe de l'énergie de la vie intérieure , en révèlent l'afTaiblissenient ^ La plus pure activité, la vie la plus parfaite n'a point d'écho dans la conscience.
L'homme vertueux est infailliblement heureux, et heureux en proportion même de sa vertu ^. C'est dans le sanctuaire même de l'essence qu'il faut placer le
' Bdd. ], IV, 10, Air^ip ta icp« BVTiÂYiijiiw; ivipyiii^ tTvff, liiti^ TÔ ain, T» »«tfv xa'i Acti- Kaî taixtv n âiriXijJiiç iTi«t «ai ytviadai> 3vaxsui)iTovt«; trnt v«/ifuiro{, xaù t9Û èvtpyovvTo; rav xarà t6 Zpv
» Enn. (, IV, 10. .WvOovti A ïn»(, t>ô pi Ktpi itiwï i«» «lo-
> Edd. I, IV, II). IIoitAàc i âv tif lùfoi xs! iypnyoptTun' xoÀÔï f.ipFylfiiï, xo'i ânopta;, xeù itfiâ^Ui, 5tl 3«i(pJÛ(*Iv, xVi Stl irpârtofxn 10 ira^xiÀaudiîv ig/iSi «ùrarf oui kj^maat--- Sçt TSf iropaiiî.iu- 9>Mt(t xrewktûfn spvJpoTipaf aÙTà; xà; tytfytiat, ni; icopoxaXïu- %«4i, itoiiiv ' fi-ivof ji aiiTÔt; ouss;, lo^fiàf tôti ilvai, ksi fùÀXftv (vipyiiv, la'i ^àÂXav f^^v.
* Enn. 1, )v. M.
59S ANALTn. LIVRB I.
beobenr, là oh l'ftine peut toujours agir, ob outift impremon ne peut la troubler , oii elle n'entend pu lea cris de la béte enfermée duis le taureau de Phalam *. Il faut toujours se souvenir de cette maxime de Platon : « que c'est par rapport au souverain bien qu'on doit » juger de la sagesse et du bonheur, n C'est là la seule (^ose dont il faille tenir compte ; tout le reste se réduit à un chiuigement de dtuation *. Le corps n'est qu'un instrument au service de t'&me. Quand l'homme vient à mourir, l'&rae ne fait que laisser là un instrument usé, comme le musicien jette sa lyre. Seulement, le eorps est une lyre qui , loin de soutenir et d'aider la voix de r&me , la voile et (a trouble. Quand l'àme ne peut plus s'en servir, elle chante sans instrument , et son chant n'en est que plus pur et plus éclatant'.
La félicité est comme la vie parfaite avec laquelle elle se confond, un acte simple, indivisible, immanent, non susceptible de degrés. Elle est tout entière dans un état présent de l'âme , auquel le souvenir du passé ne peut rien ajouter *. Mais , pourrait-on objecter , puisque le temps augmente le malheur, ne semble-t-i) pas qu'il doive produire le même effet sur le bonheur? Il faut répondre que la conséquence n'est nullement nécessaire. Car entre ie malheur , accident d'une vie
' Eau. I, IV. 1 3. Tï A fuytçov fiâOnfis frpdj^tipM ^1 xa'i fur* où-
ï Enn. I, IV, 16.
' EoD. I, IV, 1 6. OTau tl psuoiKÏj XùpMf ttf tinrt ][piis9«i ' (1 A frà, £kXnv iHâ^ttat, i àipiimi tôï Xûpof jpittu, raù ti5 de lifou ■Kpyiiv àgfi^iiau , iiXn Esjmv Ôviu Xûpaf ^lf*^\ ■" tipirt» itX^«*
* Enn. [.V, 1.
PLOTTN. PSYCHOLOGIE. Kft9
mobile et passionnée, et la bonheur qui est la vie ellemême dans toute sa pureté et toute sa. perfection , il y a la différence du mobile à l'immuable , du temps à réternité *■. Mais , dira-t-on , le désir de vivre toujours étant le plus puissant désir qui anime ta nature humaine , la plus grande félidté n'est-elle pas dans la satisfaction de ce désir? Il répugne à la nature de la vraie félicité de s'accroître par cette succession perpétuelle. Autrement il faudrait dire que c'est le temps et non la vertu qui est la mesure de la félicité, et que les Dieux ne jouissent pas d'une félicité parfaite *. Le temps , il est vrai , mesure le bonheur des êtres sensibles, mais il ne peut rien sur la vraie félicité; acte pur de l'essence de Tâme on contemplation , la félicité échappe & la durée. Jusqu'à ce que l'âme y arrive, la vie est soumise à ta loi du temps, et avec la vie, l'ombre de bonheur qui s'y attache ; mais lorsque l'âme est parvenue h la pure félicité , elle s'arrête et se fixe dans un acte qui exclut le mouvement et la succession '.
■ Eqd. I, T, «.
* Bnn. I, T, 1.
» Bon. I, T. 7.
mi DO nBUtl TOLDMI.