‹ Histoire critique de l'école d'Alexandrie (volume 4)Chapitre 1 sur 34 · Histoire critique de l'école d'Alexandrie · texte numérisé non relu

Histoire critique de l'école d'Alexandrie

Ce livre est un mémoire couronné par TAcadémie des sciences morales et politiques. Avant de le présenter au public, j'ai dû reprendre, sur les observations du savant rapporteur j M. Barthélémy Saint-Hilaîre , tous les points qu'un premier travail, trop rapide^ m'avait fait négliger dans le programme tracé par TAcadémie.

Voici ce progamme :

1® Faire connaître, par des analyses étendues et approfondies^ les principaux monuments de Técole d'Alexandrie, depuis le ii* siècle de notre ère , où elle commence avec Ammonius Saccas et Plotin , jusqu'au vi"* siècle , où die s'éteint avec l'antiquité philosophique, à la clôture des dernières écoles païennes, par le décret célèbre de 529, sous le consulat de Décius et sous le règne de Justinien ;

2^ Insister particulièrement sUr Plotin et sur Proclus;

Montrer le lien systématique qui rattache l'école d*Alexandrie aux religions an tiques, et le rôle qu'elle a joué dans la lutte du paganisme exprrarnl contre la religion nouvelle ;

Il PRÉFACE.

3" Après avoir reconnu les antécédents delà philosophie d'Alexandrie, en suivre la fortune à travers les écoles chrétiennes du Bas-Empire et du moyen-àge, et surtout au xvi« siècle, dans cette philosophie qu'on peut appeler philosophie de la renaissance ;

4° Apprécier la valeur historique et la valeur absolue de la philosophie d'Alexandrie ;

ô'' Déterminer la part d'erreur et la part de vérité qui s'y rencontre, et ce qu'il est possible d'en tirer au prolît de la philosophie de notre siècle.

De quelque manière que Ton juge l'école d'Alexandrie > on ne peut méconnaître en elle tous les caractères d'une grande philosophie. Ecole remarquable par ses origines , par le génie de ses penseurs , par la richesse et la profondeur de ses doctrines, par sa longue durée, par son r61e historique, par son influence sur les écoles du moyen-âge et de la renaissance, elle mérite une place à part dans l'histoire de la philosophie , à côté du Platonisme et du Péripatétisme ; et la critique moderne qui , depuis quelque temps, s'est exclusivement occupée de Platon et d'Aristote, ne pouvait oublier la doctrine qui fut le dernier mot de la philosophie grecque.

Avant de commencer ce travail, il convenait d'en déterminer rigoureusement l'objet , d'en énumcrer les diverses parties , d'en indiquer le plan.

L'école d'Alexandrie , ou le Musée, ne doit point être confondue avec lecolo philosophique qui porte le môme nom. Le Musée, dont la fondation remonte, à ce qu'il semble, au premier des Lagides, com-

PREFACE. m

prenait toutes les sciences connues et lous les exercices de la pensée, philosophie, mathématiques, physique, médecine, philologie, littérature. Toutes les écoles grecques y coexistaient et y travaillateiit chacune dans le sens de ses principes Gt de ses traditions. C'était , en un mot, un véritable Institut et non une école. Un même esprit, une même pensée générale ne servait point de centre à ces directions diverses. Le seul caractère commun aux écoles qui composaient cette grande société littéraire et scientifique , c'est qu'elles avaient toutes apporté et conservaient religieusement l'esprit grec au milieu d'une ville orientale. Il est à remarquer que le Musée demeura toujours fidèle à son origine j et ne se laissa jamais absorber par les écoles d'origine orientale, avec lesquelles il eut de nombreuses communications. Ainsi jamais il ne laissa s'altérer la pureté de son esprit au contact de Téoole juive et de l'école chrétienne, et des sectes gnostiques; il réagit au contraire énergiquement dans toutes les parties de la science et de la littérature contre les tendances et les traditions de rOrient.

Non seulement l'école d'Alexandrie n'est pas tout le Musée, mais elle ne comprend même pas les écoles philosophiques qui s'y trouvaient réunies. Ces écoles représentaient presque toutes les directions du mouvement philosophique qui avait commencé à Thaïes et fini à Zenon, le Pythagorisme , le Platonisme , le Péripatétisme, le Pyrrhonisme , et le Stoïcisme. Or il ne s'agit ici que d'une école et d'une doctrine qui a toujours conservé l'unité de ses principes et

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