‹ Histoire critique de l'école d'Alexandrie (volume 4)Chapitre 10 sur 34 · LE STOÏCISME · texte numérisé non relu

LE STOÏCISME

rame que par le choc. Le principe de tout le système perce déjà dans la logique.

La sensation , point de départ nécessaire de toute science , n'en est pas le terme , ni même Tobjet. La science n*est pas une pure collection de représentations sensibles, même vraies; c*est un enchaînement systématique de notions générales ^. Qu'entendent les Stoïciens par ces notions (irpo^yi^ei;), c'est là le point le plus obscur de leur doctrine. Voici , si nous ne nous trompons , toute leur pensée à cet égard. Ces notions générales ne sont point des principes à priori^ innés , antérieurs à la sensation, et correspondant à des objets purement immatériels et intelligibles, comme les idées de Platon 2. Elles ne représentent que les rapports naturels et invariables des choses, èiën qu'elles ne se forment point en nous sans les seiis , elles sont l'œuvre de la nature, en ce sens que c'est en elle et non hors d'elle que l'âme les puise. Les Stoïciens, de même qu'Aristote, concevaient l'esprit comme une table rase ; mais s'ils ne la dotaient point d'idées innées , ils ne la réduisaient pas à une simple capacité. L'esprit est une force, et comme tout est force dans l'univers, la connaissance des choses , en tant que forces , lui est naturelle. Tel est sans doute le sens des mots ?jjl-

La physique des Stoïciens est parfaitement simple et conséquente à leur logique. Il n'y a de réel que ce

» Plutarch., DePlac.phiL^ 1. iv, p \\.

2 Stob., EcL^ 1. I, p. 332. Tàç I jcaç àwirafXTOvç tTvou.

* De Stolc.^ p, 17.

88 INTUODLCTION. LIVRE I.

que nous percevons par les sens. Dans la doctrine d'Aristote, l'âme est inséparable du corps, parce qu'il n'y a pas de forme sans matière. Mais/outre qu'Aristote reconnaît des êtres purement immatériels , il considère la forme conmie tout-à-fait immatérielle en soi. Les Stoïciens pensent, avec Aristote, que l'être est tout ce qui agit , et que l'essence de l'être est l'action. Mais tandis qu'Aristote, dégageant l'activité de toutes se^ conditions matérielles, parvient à en découvrir le type dans la seule pensée, le Stoïcisme s'arrête à une manifestation tout extérieure et très imparfaite de l'activité, à l'action proprement dite. Le mouvement est un acte véritable, et l'effort est le type de l'activité. La matière n'était que le sujet de l'être ( et encore seulement de Fêtre sensible) dans la doctrine péripatéticienne ; l'être véritable , l'essence résidait dans la forme. Chez les Stoïciens , la matière est la base et la substance même des choses ( oiaia ) *. La forme en s'y ajoutant n'en fait que la qualité ( Troior/ira ). Il est vrai que ces deux mots n'ont pas tout-à^fait ici le même sens que chez Aristote et chez Platon ; dans le langage stoïcien , oùaia signifie proprement la substance, et 7roîor/iç, l'essence. Quoi qu'il en soit, le corps, qui pour Platon n'est qu'un instrument incommode de l'âme , et pour Aristote une simple condition de l'être, en devient, dans le Stoïcisme, un principe constitutif. L'âme et le corps entrent essentiellement dans l'idée de l'être. Ce n'est pas à dire que les Stoïciens aient attribué une égale dignité à ces deux principes. L'âme est pour eux le

< Diog. Laert., 1 vu, p. 450. — Stob., Ed., I. i, p. 32i.

LE stoïcisme. 89

principe actif, et le corps le principe passif de l'être *. Tout être complet, en effet, reçoit et rend, subit et résiste, pâtit et agit. C'est par le corps qu'il reçoit, qu'il subit, qu'il pâtit ; c'est par l'âme qu'il résiste et qu'il agit^ Tout être est double; la nature divine ellemême n'échappe point à cette loi. Dieu est âme et corps *. Pour être âme et corps. Dieu n'en est pas moins un être simple et parfaitement un. Dieu est essentiellement une force. Cette force en expansion , c'est le corps de Dieu , le monde ; cette même force concentrée et recueillie en elle-même , c'est l'âme divine. Le monde fait partie de Dieu, ou du moins il en est la substance. Les Stoïciens varient beaucoup dans leur manière de concevoir le rapport du monde à Dieu. Tantôt ils confondent Dieu avec l'univers , tantôt ils l'en distinguent. La contradiction n'est qu'apparente. En soi, en tant qu'il se concentre dans l'unité absolue et indivisible de son essence, il est simple, immatériel ; il est Dieu. En tant qu'il se produit et se disperse, il est le monde *. Les Stoïciens comparent souvent le principe divin à une semence d'où germe et se développe le monde selon un rapport déterminé *. Ainsi ,

' Diog. Laeri., 1. vu, p. 4 34. Aoxeri' «ûroTç ôp^^tlvac Té5v okw èôoy To iroioûv xa\ râ irao](ov. Senec, Ep. 65. Diouot stoici nostri duo esse in rerum naturû, ex quibus omnia fiant, caussam et materiam.

* Diog. Laert., 1. vii , p. h il. — Cicér.,/)^ N^at. Deor,, 1. ii, p. 47. — Plut., DcStoic. rep,, p. 44,

» Plut., De Sioic. rep., p. 39. — Adr. Stoic, p. 3$.

* Stob., Ed., 1. 1, p. 4 4 4. —Diog. Laert., 1. vu. p. 136. To>

non seulement le monde sort du sein de Dieu , mais il est Dieu lui-même , Dieu considéré dans son développement. La théologie stoïcienne est dans la philosophie grecque la seule doctrine, avec celle d'Heraclite, qui mérite le nom de panthéisme. Le Dieu de Platon et d' Aristote est distinct et séparé du monde , que d'ailleurs il ne produit point. Le Dieu des Alexandrins tire le monde de son sein : néanmoins il en est distinct et séparé , tellement séparé que c'est précisément pour combler l'intervalle qui existe entre Dieu et le monde que cette école imagine son échelle des principes intermédiaires. Seul, à l'exemple d'Heraclite, le Stoïcisme réunit et confond Dieu avec le tout. La distinction qu'on vient d'expliquer est toiite logique. L'univers n'est p(as Dieu tout entier, sans doute ; il n'en épuise pas l'idée. Mais il fait partie de Dieu, il est Dieu même, considéré dans l'expansion de sa puissance. Un tel Dieu ne se borne point, comme le Dieu d' Aristote, à présidei- au monde , des hauteurs inaccessibles où il est placé. îl pénètre et remplit tout; il échauffe de sa flamme , il anime de sa vie cette nature que le Dieu d'Aristote n'éclairait qu'indirectement de ses pâles rayons. Toutes les forces , toutes les puissances de ce vaste univers ne sont que les diverses formes de la vie divine. Le Stoïcisme accepte pour son Dieu tous les noms que la mythologie a pu inventer. C'est un Prêtée qui, sans forme lui-même et sans état déterminé, revêt toutes les formes et passe par tous les états ; il se rend semblable h tout et se fait tout en tout ^.

^ Pottidon. ap. Stob.» £cl,t t. i, p. 58. Btéç ici irvcu^Mi voip^ %a\

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Il est tour à tour Athéné , Héphestos , Héra , Posidon , Cybèle , Pluton , selon que sa puissance vitale se manifeste dans l'éther, dans le feu, dans l'air, sur la terre , dans les lieux souterrains. Comme cause générale de la vie, il est Zeus, le Dieu suprême qui domine et comprend tous les autres * .

Tout être est force dans ce monde ; toute vie est action et tension de la force. La nature est un esprit homogène tendu comme une chaîne d'une extrémité de l'univers à l'autre 2. Toutes ces forces se développent par l'antagonisme. La guerre est une nécessité universelle. Les Stoïciens ont reproduit les images d'Heraclite , comparant l'univers tantôt à une lyre, tantôt à un arc tendu *. Chaque être , étant double , est le symbole de la grande lutte du monde ; le principe actif et le principe passif qui le composent y manifestent leur opposition. Mais cette guerre. a ses lois; une harmonie supérieure domine cette lutte de forces contraires. Le principe de cette harmonie, Dieu, gouverne ou plutôt administre le monde , et s'applique à faire triompher partout dans l'ensemble l'ordre et le bien \ I^ néces-

pecoufitvov ir«9c.

> Plut., De Plac, phiL, I. i, p. 7. — Diog. Laert., 1. vu, p. U7.

* Plut., Ûe Plac. phil.y 1. i , p. 7. Ûvcufjux ià\i ftrfxov ii' SXou

TOV XO^flOV*

' Ap. Plut., De Isis et Osir,^ p. 45. llaXcvTovoç ycip opfioyn} xo9fiou, oxaaainf Xupiç xa( t^Çou.

^ Diog. Laert., I. vu, p. 434. Tbv ^ xo^fiov olxcToOac xorà vovv

site, le mal , ne prévalent jamais que dans les parties. Le mal n^est d'ailleurs qu*un moyen dont se sert la Providence pour ramener toute chose à l'ordre universel *. L'optimisme stoïcien n'est point absolu; c'est en grand et dans l'ensemble seulement qu'il juge le monde, et le trouve beau et parfait. Si le monde est beau et parfait, celui qui l'a produit et qui le gouverne est lui-même le type de la beauté, de la raison et de la perfection. Mais la sagesse de Dieu ne ressemble en rien à la sagesse humaine qui prévoit par raisonnement et administre avec choix les choses qui lui sont confiées. Elle agit sûrement , par les voies tout intérieures de la nature. La nature, telle que la conçoivent les Stoïciens, n'est pas une puissance aveugle ; c'est une force qui a en elle-même la mesure et la loi de son développement; c'est une raison en même temps qu'un principe de vie ^ (Xoyo; oirepixaToco;). Toute semence , dans le monde , se développe régulièrement ; toute force , en agissant , poursuit une fin. La Providence ou plutôt le Destin (c'est tout un pour les Stoïciens) n'est que l'ensemble des raisons et des lois qui régissent la vie universelle.

Cet exposé sommaire de la pensée stoïcienne nous montre jusqu'à quel point le Stoïcisme a compris et résolu les difficultés auxquelles ni Platon ni Aristote n'avaient satisfait. Au premier abord , il semble que toutes ces difficultés se sont évanouies avec les doctrines

t Plut., Adv. Stoic, p. 4 3 , 4 4.

* Plut., De Plac. phiL, I. i, p. 7. IKp rv^v»!^ tfiiTrc|MefX»y«ç iravTotç Towç oiwpfWTJxowç Xoy©yç , xaO* oOç fxoça xflc9* lifiiflipfifvKîv yiyvcvac.

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que le Stoïcisme remplace. Dans sa logique, la barrière qui séparait la raison de la sensation disparaît. Au fond, toutes les facultés de l'âme, la sensation, l'imagination, l'entendement, la raison , la volonté, sont de même nature ; elles ne diffèrent que par le degré. Toutes sont les affirmations, les énergies diverses d'une même force. La sensation est déjà une raison particulière ; la raison est une sensation générale. Entre facultés de même nature , les relations s'expliquent facilement. Dans sa physique, le Stoïcisme n'éprouve pas de peine à expliquer la coexistence et le rapport de l'âme et du corps. Tout est force dans ce système ; l'âme et le corps, en tant que forces , ont donc même substance ; ils ne dictèrent que par la qualité et la fonction ; l'âme est le principe actif de l'être , le corps en est le principe passif. L'opposition de l'âme et du corps est la loi même de l'être; elle n'apparaît plus seulement comme possible , mais comme naturelle et nécessaire. Dans ce système encore , Dieu produit et comprend tout , les corps aussi bien que les âmes , la matière comme l'esprit. Le principe matériel ne flotte plus dans le vide ; il est ramené et fixé en Dieu. Le Stoïcisme aboutit à l'unité de principe et de substance , tandis que Platon et Aristote en étaient restés au dualisme. Enfin le Dieu des Stoïciens est wie vraie Providence ; il administre dans les détails comme dans l'ensemble cet univers qu'il a tiré de son sein. Le Dieu incompréhensible de Platon , le Dieu solitaire d' Aristote ont fait place au Dieu vivant et universel qui remplit tout de sa présence et pénètre tout de sa propre vie.

Mais en y regardant de près, on trouve que la doc-

trine stoïcienne n'atteint pas même les difficultés, loin de les épuiser. Elle concilie la sensation et la raison en les transformant l'une et l'autre. Dans cette transformation chacune de ces facultés de l'âme perd son caractère propre; pour qu'elles se rencontrent, il faut que la sensation s'élève et que la raison s'abaisse jusqu'à l'activité volontaire. Il est plus difficile d'expliquer comment la vraie sensation et la vraie raison concourent à la connaissance. Platon et Aristote y avaient échoué ; mais ils avaient maintenu la haute dignité de la raison. Le Stoïcisme , en supprimant le problème , supprime tout l'ordre des notions intelligibles. De même, s'il réussit à concilier les deux principes des choses, c'est à la condition de retrancher la partie supérieure de l'âme, l'intelligence. D'ailleurs il prend la réalité, telle que l'expérience la lui montre, sans remonter à ses principes. Platon et Aristote avaient pu se tromper dans l'explication de cette réalité ; mais tous deux avaient pénétré au-delà; ils avaient trouvé dans l'intelligence la raison de l'âme , et dans la matière la raison du corps. Aristote surtout avait porté à sa dernière perfection la théorie du principe matériel. Après lui il n'y avait plus qu'à rattacher la matière elle-même au principQ suprême et unique de toutes choses. Que fait le Stoïcisme? II néglige toute cette théorie qu'il ne comprend pas , 3' en tient à l'expérience et se renferme dans le cercle de la nature. Le piouvçment, la force, tel est pour lui le type de l'être et de la vie ; rien au-delà de la physique ; la science de l'intelligible et de l'intelligence pure lui reste étrangère.

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Qu'es-tce , d'ailleurs , que le Dieu des Stoïciens? Rien autre chose que le principe de la vie universelle , le centre , sinon l'ensemble des forces du monde. jCe Dieu est plutôt Destin que Providence dajis le sens élevé du mot ; il agit plutôt comme une puissance naturelle que comme une intelligence. Tout ce qu'il fait, il ne le fait point par un acte de vplonté et d'après un dessein de sa sagesse, mais bien par l'instinct fatal des raisons séminales. Toutes les comparaisons des Stoïciens expriment cette action toute naturelle de leur principe divin. Ce Dieif est comme un germe dont le monde est le développement ; il pépèti-e et circule partout , coipme le miel dans les rayons K C'est le Dieu de la nature et non de l'intelligence. Toute cette théologie n'est que la divinisation systématique des puissances naturelles et ne dépasse guère le Polythéisme. Le Dieu de Platon qui ordonne la matière sans la créer, le Dieu solitaire d'Aristote qui ne fait que mouvoir le monde, ne sont ni l'un ni l'autre l'idéal de la théologie. Mais du démiurge ou de l'intelligence suprême à cette sorte d'âme du monde dont le Stoïcisme fait son Dieu, combien la chute est profonde ! Platon et Aristote, quelque haute que fût lj5ur pengée, avaient encore un degré à franchir. Si la philosophie, après eux , voulait trouver enfin le Dieu qui satisfait à toutes les conditions du principe suprême , c'était au-delà du démiurge , au-delà de l'intelligence qu'il fallait le chercher. Le Stoïcisme le cherche au-dessou»; l'unité à laquelle il arrive ne dépasse point ||^ nature

' TeriuW, De Jrt.,p, 44.

et laisse en dehors et au-dessus d'elle tout le monde intelligible proprement dit. Il valait mieux en rester au dualisme de Platon ou d'Aristote.

Au stoïcisme fmit le travail dogmatique de la philosophie grecque. Cette philosophie ne tenta plus rien de sérieux pour résoudre les grandes difRcultés qui avaient dépassé la portée du Stoïcisme; elle n'alla point au-delà du Dieu de Platon ou du Dieu d'Aristote. C'est un phénomène remarquable que cette impuissance de la pensée grecque à franchir le dualisme. Aucun philosophe grec avant les Alexandrins n'a conçu le véritable Dieu de la raison , le principe d'où tout sort, où tout rentre, et dans lequel tout subsiste. La seule doctrine qui ait paru s'élever jusqu'à l'unité n'a pu aboutir qu'à une unité abstraite et logique dans laquelle le monde se trouve , non pas contenu , mais absorbé et détruit. Quant au Dieu du panthéisme stoïcien, on vient de voir qu'il est fort loin de la suprême unité. L'esprit grec devait s'arrêter là. Pour s'élever plus haut, le génie d'un Platon et d'un Aristote ne lui a point sufli; il lui faudra le secours d'un génie étranger.

Les controverses de la moyenne et de la nouvelle Académie , le scepticisme de Pyrrhon , le dogmatisme épicurien renouvelé de l'école atomistique, le dogmatisme stoïcien renouvelé d'Heraclite, en ce qui concerne la physique, attestaient déjà plus ou moins la décadence de la philosophie grecque. Peu à peu l'ardeur des discussions entre les diverses écoles sceptiques et dogmatiques s'affaiblit et s'éteint ; le silence 9e fait , la vie cesse. Le Stoïcisme seul reste debout et

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vivant au milieu de ces ruines ; mais ce n*est plus la spéculation, c'est- le sentiment moral qui le fait vivre. Les symptômes de mort se manifestent de toutes parts. Le scepticisme redoutable d'Énésidème et de Sextus vient proclamer énergiquement l'impuissance des écoles dogmatiques. Mais cette doctrine ne s'étend guère au-delà d'une école de physiciens et de médecins empiriques. Une autre tendance , beaucoup plus générale , se révèle dans les esprits de cette époque. Les doctrines se rapprochent, se mêlent, se concilient entre elles. La méthode éclectique de Potamon devient plus ou moins la règle de toutes les spéculations philosophiques. Les uns combinent avec art; les autres confondent sans discernement; mais tous cherchent à former une doctrine avec des emprunts faits de tous côtés. On ne crée plus, on compose; l'œuvre systématique a fait place aux recherches do l'érudition.

C'était là un signe de mort bien plus décisif pour la philosophie que le scepticisme. En effet, l'esprit de système , qui est le fond de l'esprit philosophique , se montre encore sous la forme du scepticisme, tandis qu'il s'efface complètement dans le travail tout éclectique dont Potamon donnait l'exemple. Du reste, cette disposition des esprits, très peu philosophique en elle-même, eut une influence immense sur la philosophie ultérieui'e. Si elle ne produisit immédiatement que des compilations et des commentaires , si elle ne fit d'abord que rapprocher les diverses doctrines de la philosophie grecque d'une manière fortuite et superficielle, elle en prépara, par ce rapprochement, la conciliation I 7

systématique et la transformation au sein d'une synthèse supérieure.

Voilà donc où en est la philosophie grecque avant de passer en Orient. Toutes les grandes écoles , non seulement celles qui sont nées du mouvement socratique, mais aussi les écoles antérieures qui avaient reparu dans les derniers temps, occupaient encore la scène ; mais toute ardeur, toute aspiration spéculative avait disparu. Seulement, la vie s'était conservée dans quelques unes , comme le Stoïcisme , le Platonisme et le Pythagorisme , grâce au sentiment moral qui les animait. Ce sentiment gagna peu à peu toutes les écoles , et y succéda au mouvement scientifique. Cest un phénomène digne du plus grand inté rôt, et qui n'a point été assez remarqué, que l'absorption graduelle et universelle de toute spéculation dans la vie morale. Cela explique comment des écoles primitivement si diverses présentent toutes vers la fin à peu près le même aspect. La pensée spéculative s'affaiblissant et s'éteignant peu à peu , les différences et les oppositions qu'elle provoquait s'effacent insensiblement, et alors le sentiment moral devient comme le fond commun dans lequel disparaissent toutes les diversités. Ainsi , c'est au moment oîi la philosophie grecque meurt à la spéculation qu'elle renaît à la vie morale. Elle y renaît , par sa propre vertu , au sortir des arides et sophistiques discussions de la nouvelle académie. Avant que le souffle de l'Orient l'ait touchée , le sentiment moral s'y est déjà manifesté soUs toutes les formes, par le Stoïcisme (on pourrait, jusqu'à un certain point dire aussi , par l'Épicurisme), par la

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