LE STOÏCISME. S
essences dites intelligibles. Ce mot d'incorporel necomprend que des abstractions de la pensée, comme l'espace, le temps, l'idée générale ^. La sensation est Tunique source de nos connaissances ; toute faculté de perception est un sens ; toute chose n'est perçue que par le contact ^. La sensation n'est pas seulement l'impression produite par l'objet, ni même l'image que cette impression dépose dans l'âme; c'est un acte de l'âme réagissant contre l'impression adventice. Toute sensation suppose une affirmation volontaire ; les Stoïciens vont jusqu'à prétendre qu'elle est un consentement de la volonté \ Mais si toute vraie connaissance se fonde sur la sensation , est-ce à dire que toute sensation soit vraie ? Les Stoïciens ne pouvaient le penser après tout ce qui avait été dit sur les erreurs des sens. Ils ont donc cherché un critérium à l'aide duquel on pût discerner dans quel cas la sensation est une représentation vraie de la réalité, et dans quel cas elle n'est qu'une illusion. Toujours fidèles à leur principe, c'est encore dans l'élément interne de la sensation , dans l'activité de l'âme, qu'ils trouvent ce critérium.
I Sext. Empir., Jdp. Matth,, 1. tii, p. 38; 1. x» p 248. — Diog. Laert., 1. vii , p. 4 40 et 4 44 .
' Cicér., Acad., 1. ii, p. 40. Mens enim ipsa, quœ sensnum fons est atque etiam ipsa senstisest. Stob., Serm. Append,, l. xx, p. 9. 0( Sroifxoc Ttr*^ riiv xocvtiv moSi^rcv Ivr^ kf^ frpooayopcvovvc,
' Cicér., Acad.^ 1. ii, p. 33. Sensus ipsos assensos esse. — Ibid., 1. I , p. 4 4 . Sed ad bœc qu» visa sunt et quasi accepta sensibus assensionem adjungit animorum ; quam esse tuU in nobis positam et Yolantariam.
Selon eux, la vérité des représentations sensibles se inesure au degré d affirmation volontaire qui iès accompagne. Plus le consentement de l'âme est ferme, plus la sensalion est vraie. Mais, aurait-on pii dire, qu'est-ce qîiun critérium qui repose sur un acte de volonté , et comment une affirmation de Pâme |)eut-elle garantir la vérité de la représentation? La difficulté avait été prévue et résolue d'une manière fort ingénieuse : le consentement de i^âme est volontaire, mais non arbitraire; c'est une réaction de l'âme qui correspond à l'impression de Tobjet, réaction qui, bien que volontaire, est provoquée par l'action de la cause extérieure , et se développe toujours en raison directe de cette action *. Les Stoïciens ont même déterminé quel devait être le degré de l'iriipression adventice pour qu'elle provoquât une affirmation suffisante de l'âme. C'est seulement quand cette impression frappé comme un choc que l'âme conèent légitimemërit , et que la sensation est vraie ^. Alors, en effet, l'âme résiste et réagit, et la vraie sensation â lieu. Voilà dans quel sens le choc {izl-riyri) est le signe de la vérité des représentations sensibles. Mais puisque l'objet t)roduit uri choc, il est donc Une force : c'est une force qui perçoit; c'est aussi une force qui est perçue, là réalité extérieure ne se révélant à
> Cicér., Acad.^ 1. ii, p. 40. Ifensnaturalemvim habet,quam iotendit ad ea quibus movetur.
^ Sext. Emp., Adv. Math., \. vu, p. 257, Auty} yàp (i yon»Ta9ca) tvapyi)ç wca wxt irXiîxriwi. Cleanth. apud Plutarch., De Stoic. rep., p. 7. nXnyvi irupbç i t^voç èç^.