‹ Histoire critique de l'école d'AlexandrieChapitre 22 sur 29 · SYMBOLIQUE DE PROCLUS · texte numérisé non relu

SYMBOLIQUE DE PROCLUS

tés profondes ou sublimes. Tout prend un sens dans sa critique ingénieuse ^ les pratiques du culte comme les dogmes de la religion , les artifices grossiers de la magie, comme les opérations théurgiques les plus élevées. Il réhabilite jusqu'aux superstitions de l'astrologie , si sévèrement condamnées par Plotin et toute son école.

Dans une telle disposition d'esprit, Proclus devait naturellement tenter une explication philosophique de ces croyances religieuses pour lesquelles son école avait déjà tant combattu et tant souffert. Sa pensée d'ailleurs était si vaste et si profonde qu'elle pouvait tout comprendre et tout expliquer sans effort et sans violence. Dans cet immense système d'essences et de puissances de toute nature et de tout rang , le Polythéisme devait trouver place pour ses innombrables divinités.

Proclus ne se borne point, comme l'avaient fait Plotin , Porphyre , Jamblique , à montrer les grandes vérités philosophiques , cachées sous le voile des symboles. Il embrasse l'ensemble des croyances du Polythéisme dans son explication , et s'attache à retrouver dans chaque divinité un principe , une essence , une puissance du monde intelligible ou du monde sensible. Il relève avec soin tous les détails d'un mythe et établit la corre^ondance parfaite de la vérité philosophique et de la vérité religieuse. C'est ainsi qu'il aboutit à une véritable équation entre la religion et la philosophie. Nous allons le suivre dans cet ingénieux travail.

Proclus explique nettement le principe de toule sa théorie de l'alliance de la religion et de la philosou. 26

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phie *. Ce principe, c'est |ridentité, quant au fond, du mythe et de la science. La vérité divine est une; mais il y a bien des manières de l'exposer. Le^poëtoê inspirée la révèlent par des noms mythiques et une re- {H*éseBtation frappante; les tragiques, par des noms saerés et des formes qui élèvent Tâme ; les prêtres, par des noms empruntés aux manifestations mystiques des Diefix ; d'autres l'expriment par des figures géométriqaes' ou par des formules arithmétiques; .d'autres rafln l'exposent dans le langage de la science et de la pure dialectique. Le symbole est l'œuvre d'hommes savants qui, tantôt inspirés directement, tantôt ayant contemplé avec bonheur l'intérieur même de leur âme , ont donné une enveloppe temporelle et corporelle aux vérités éternelles et incorporelles , et nous ont représenté comme composé ce qui est simple, comme multiple ce qui est un dans la divinité ; mais le symbole n'en exprime pas moins la nature divine , de môme que la science. Voilà pourquoi Socrate dit dans le Philèbe qu4l faut ne parler qu'avec respect des noms des Dieux *.

* Plat. thcoL, I, 4, 5, 29. Oî |mv yàj> ii' h^^uà^ «tpi t»v 3"fif0v X£yovTcç, y} ffu/u^oXixwç, %cCt |jiuO(¥6>ç, yj 5< * eixowv Xc'yovfftv. 0« h\ ôtTrapaxaXuirTo)? ràç cœurcov 5«avori«jfrç âîrayyeXXovTrç, ol piv, xotr' lîr«<7rî|[ir/v, ol ^, xarot rviv èx 3£&)v CTTtTrvotav TrotoOvrac ToùçXoyoyç.

> Cnm. Parm.^ iv, 39. Ta yàp ^uol xar' aXXov xat 5XXov rpoTtov

ifijknKîvcuKv xai cp|uicy«o?ç «^.otcpaç ' toTç Sk tî&ç tpaynooç wtviif t^c ^ Tor? pix^ôix^rç à7rc;^o|uicvo.(ç, aXXcoç $i tv B'eiù) çojiAarc yOfyydfxtv^iç , 4i' ô c«cy.T6)v (CcoTTpgTTfov, xat elç TO xy^oq àyYtyfitvriç iStaç ' toTç 6t St * «1- >ô.cjv avrà 7rposO-aev9«r, èÇay)£XXccv 5( ' ovooarwv poeOr//iaT(xw> ' ifiiTow T'^ V £v o'|5(9py,T*xc7ç Xf^^ofxcvcov r, twv yew/iACTptxwv.

• i^/«f. theoL, I, 30 ïb juièv àouvQtTov auTwv, df« çuv9eVwç. To

SYMBOLIQUE DE FROGLUS. 371

Mais «n même tenaps que Proclus adinet le mytiie eomme un certain mode d'expression de la vérité, il le déclare inférieur à la science et à la philosophie* « Platon, dit^-il, n admet point Tancien mode mythique, qui a rinconvénient de mêler le vrai et le faux , et de lea affirmer égal^nent, de préférer le sensible k Tin-* telleduel, la forme la plus grossière à la plus pure, et le simulacre k la réalité. Ces Actions de Dieux errants^ ennemis, adultères, déplaisent à Platon ; il n'aime pas qu'une fraude quelconque enveloppe la vérité et les Dieux, causes du bien pour tout l'univers K » Il ajoute un peu plus bas : «Platon a modifié dans le sens d'une morale plus pure le mode ou type mythique. II défend de confondre la théologie el la physique. Comme Dieu est distinct de la nature, la langue qui sert à l'expliquer ne doit rien avoir de commun avec celle qui sert à expliquer la nature 2. n Ainsi Proclus s'explique avec une parfaite clarté sur le rapport de la science et du mythe. C'est le même ob-

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* plat, théol.^ I, 4, Twv ^ yt TraXottwv tçoojtwv Tpaycxwrcpov ci»v- T(9cva( ràç ircpè twv 3ewv ajropprixouç 5coXoyia^ àJtouvTwv, xa'c ot« ToyTo TcXovotç^ÉWv, xac TOf*aç, xa». TtoXg/jtowç, xai ffTiapiyftovj, x^t âpnayàç, xai pot^^e/otç, xai TroXXor aXXa TOtotuTCi avjti^oXa lïoi^Mfjtvvhi rviq étnoxtxpiofxfu^riç xttji ' avr^ç irtp'e ro^v ^ccwv àXr«6i!aç, t«v |(iK tm^Otov

t<vai ^at TçavTcXwç àXXQTptwTarov.

'^ jP/fl^. thcoL^ I, 4. Ûç yàp 0.^x6 TÔ ^eTov c$ripy,Ta{ t^ç b'/r/î f v- CTEO);, oOtw «îriTTou X7't Tovç -TTcp't ^cwv Xoyouç xotOotpsvïtv TTOtvTr/ Trpojyix£{ TYÎç TTfpt Tïjv <pÛ9tv Trj:ayuaTct:/;. Proclus adopte l'opinion do Platon en la citant.

37t ANALYSE. LIVRE III.

jet, la même vérité que Tun et l'autre expriment. Mais le mode philosophique est l'expression pure et parfaite de la nature divine, tandis que le mode mythique n'en est qu'une représentation imparfaite et plus ou moins grossière , un symbole. La science est la forme pure de la vérité, adéquate à la vérité elle-même ; le mythe, en y mêlant des images et des analogies empruntées au monde sensible , l'altère et la corrompt toujours plus ou moins. Voilà pourquoi le mythe, pour être absolument vrai, a besoin d'être interprété, expliqué, transformé par la philosophie. Jusque là, il n'est qu'un mélange équivoque de vrai et de faux , d'intelligible et de sensible, que l'imagination peut toujours disputer à la raison.

En montrant comment le mythe diffère de la science , et jusqu'à quel point il est l'expression du divin , Proclus révèle en même temps la méthode d'explication et de transformation qu'il convient d'y appliquer. Le mythe, étant un symbole, confond toujours plus ou moins l'intelligible et le sensible, mêle le corporel à l'incorporel , substitue des images à des conceptions pures , sépare là où la philosophie ne fait que distinguer, assimile la procession (-TupooSov) des principes intelligibles , toute spirituelle et toute indépendante du temps et de l'espace, à la génération corporelle , temporelle et locale des puissances de la nature (ylveaiv). Donc, quand il aborde un mythe pour l'interpréter et l'expliquer^, le philosophe doit toujours en écarter tout ce qui touche au monde sensible, l'espace, le temps, le mouvement, la génération,

1 Plat, thêol., I, 28.

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