‹ Histoire critique de l'école d'AlexandrieChapitre 8 sur 29 · ÉCOLE D'ATHÈNES. SYRIANUS · texte numérisé non relu

ÉCOLE D'ATHÈNES. SYRIANUS

n'avait pas cessé d'être le séjour des Muses. Toutes les révolutions qui avaient passé sur elle avaient respecté ses monuments, ses traditions et ses écoles. Le Christianisme lui-même n'avait pu la détacher de ses souvenirs. En Orient, la révolution morale et religieuse opérée par la nouvelle doctrine avait été radicale. L'étoile du Christ y avait dissipé , comme de vains fantômes , les traces de la civilisation grecque. C'est que cette civilisation , rapidement semée sur la surface de l'Orient, n'avait point poussé de profondes racines, et que son influence, quelque puissante qu'elle fût , n'alla jamais jusqu'à transformer la nature même de l'esprit oriental. Aussi le Christianisme n'eut-il, en quelque sorte , qu'à souffler sur cette empreinte légère de l'esprit grec, pour retrouver partout le vieux génie de l'Orient , toujours identique à lui-même , toujours enthousiaste et mystique. En Grèce , au contraire , et surtout à Athènes, la nouvelle religion , en pénétrant dans les âmes, n'avait point détourné les esprits du culte de l'antiquité. Chrétiens et païens s'y confondaient dans une commune admiration pour les merveilles de l'art et de la science grecque. La restauration du Polythéisme , qui avait soulevé de si violentes tempêtes , et avait comme ébranlé le sol de l'Orient, s'était accomplie, en Grèce, sans effort et sans réaction ; et de même lé triomphe définitif du Christianisme n'y fut point suivi de ces tristes représailles qui éclatèrent partout en Orient après la mort de Julien. Cette modération et cette sécurité profonde ne font pas seulement honneur à la sagesse du pontife préposé par Julien à l'administration des cultes de ce pays ; elles témoignent surtout de l'état II. 13

philosophique et religieux de la Grèce. Le plus habile gouvernement eût été impuissant à maintenir Tharmonie et la paix partout ailleurs, en Orient par exemple, où la force des choses entraînait irrésistiblement la volonté des hommes. Mais la Grèce , même devenue chrétienne, était restée le sanctuaire des Muses; Tamour de Tantiquité y rapprochait tous les esprite. Après comme avant la tentative de Julien , la philosophie y cultivait ses traditions dans une pleine sécurité. L'école d'Athènes formait une petite république où la sanction impériale ne faisait que confirmer les choix sortis de l'élection. On y enseignait, comme dans le Musée d'Alexandrie , toutes les sciences et tous les arts. Jusqu'à Justinien , les empereurs chrétiens respectèrent cette république , étrangère à la politique et vouée tout entière au culte de l'antiquité. La nouvelle religion, souveraine absolue en Orient , se contentait pour le moment d'avoir détruit les écoles de la philosophie et du Polythéisme au centre de l'empire, et laissait provisoirement subsister l'école d'Athènes dans son isolement et son impuissance.

C'est là que vient se réfugier la philosophie néoplatonicienne après les agitations et les malheurs qui avaient troublé les derniers temps de son séjour en Orient. Cette retraite convenait singulièrement à sa condition nouvelle et à la tâche qu'elle devait remplir dans sa dernière période. La philosophie, après le règne de Julien , n'avait plus de destinée politique ; elle devait se renfermer dans la science , et ne plus dépasser l'enceinte des écoles. Et dans la science ellemême , la plus difficile et la plus importante partie de sa mission était consommée. Ammonius, Plotin ,

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Poi^yre, Jaoïblique, avaient fondé la doctrine. Le Néoplatonifime,', teJ qu'ils l'avaient constitué, réalisait dans une puissante synthèse Talliance de tous les grands principes de la philosophie grecque. Dans cette vaste combinaison se retrouvaient le Péripaté* tisme, le Stoïcisme, admirablement fondus avec le Platonisme ; la Trinité alexandrine contenait à là fois le Dieu de Platon , le Dieu d'Aristote et le Dieu des Stoïciens, et résumait dans une pensée supérieure toute la théologie des écoles et des temples. Mais le Néoplatonisme n'avait accompli que la moitié de sa tâche. Plotin avait créé une doctrine complète , en ce sens qu'il avait éclairé tous les problèmes fondamen* taux d'une forte et profonde lumière. Mais il s'était plus préoccupé de l'ensemble que des détails ; il avait plutôt indiqué le principe et la substance de la démonstrittion en toute chose qu'il n'avait poursuivi régulièrement le développement de la thèse à démontrer. Porphyre, Jamblique, avaient insisté davantage sur quelques points, mais sans embrasser l'ensemble de la doctrine,

D'un autre côté, le système de Plotin ne réalisait pas toutes les prétentions éclectiques de l'école. Il ne siiffi«sait point de cmnbiner dans une synthèse supérieure les divers éléments de la philosophie antérieure; il fallait en outre ramener à l'unité et à l'harmonie d'une même doctrine, par une interprétation ingénieuse des textes, les pensées si diverses et si contraires en apparence de Pythagore, de Platon, d'Aristote, de TÂnm* En un mot, il ne s'agissait pas seulement d'une comi^naisc^, mais d'une conciliation. Plotin , de son regard profond , avait tout d'abord discerné k» parties vraies du Péripatétîsme et du Stoïcisme, et les avait

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fondaes avec le Platonisme ; mais l'éclectisme alexandrin devait tenter davantage. Partant de ce principe, que tout est vrai dans la tradition , il avait à effacer bien des divergences , à concilier bien des contradictions, à expliquer bien des difficultés. Ainsi Plotin avait bien pu réunir dans sa théologie, dans sa théorie des idées , et dans sa physique, les points de vue de Platon et d'Aristote. Mais il s'agissait en outre de montrer que Platon et Aristote avaient également dit vrai, l'un en développant, l'autre en réfutant la théorie des idées. La conciliation entre les grands systèmes est toujours possible pour un esprit supérieur comme Plotin, qui dégage les principes et néglige les détails. Mais quand il faut accorder des textes et non plus simplement des doctrines, la méthode toute philosophique des premiers Alexandrins ne suffit plus ; il est nécessaire de recourir à l'érudition , à toutes les subtilités de l'interprétation, à tous les artifices du commentaire. Enfin, l'école d'Alexandrie avait manifesté dès le principe son respect et sa sympathie pour toutes les traditions du Polythéisme. Mais elle avait procédé à l'égard des dogmes religieux comme envers les doctrines philosophiques; elle s'était bornée à expliquer les grands mythes, et à en dégager les profondes vérités qui y sont cachées, négligeant les détails poétiques et dédaignant les superstitions. Plotin retrouve tous les principes de sa théologie, le Bien, l'Intelligence, l'Ame divine, dans les mythes d'Uranus, de Saturne, de Jupiter; mais il s'en tient aux grands Dieux. Porphyre et surtout Jamblique descendent déjà dans la Démonologie et dans tout le système des Dieux inférieurs. Mais la philosophie de la my-

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thologie restait encore à faire après leurs ingénieuses explications. Il fallait trouver la place , le rang , la valeur de tous ces Dieux, de tous ces démons, de toutes ces puissances surnaturelles , et ramener cette infinie variété de conceptions mythologiques à un vrai système, correspondant dans toutes ses parties à la philosophie elle-^méme ; en sorte que la religion et la science pussent être considérées comme les deux expressions d'une même pensée.

Afnsi, tout comprendre , tout concilier, tout expliquer, tout confondre dans une seule et même vérité, tel était Tidéal du Néoplatonisme. L'école d'Alexandrie n'en avait point dit le dernier mot; elle laissait l'œuvre imparfaite ; il fallait que l'érudition achevât ce que le génie avait commencé. Ce fut la tâche de l'école d'Athènes, de Plutarque, de Syrianus, de Proclus, de Damascius, d'Olympiodore. Le séjour d'Athènes était favorable à ce travail d'interprètes et de commentateurs. L'influence des lieux , le prestige des souvenirs, entretenaient et vivifiaient dans ces grands esprits la méditation des chefs-d'œuvre de l'antiquité. Sans doute ils conservent au milieu de cette science toute grecque les vastes conceptions et les grandes images du génie oriental. Pourtant il est facile de voir que si l'érudition n'a pas glacé leur enthousiasme, elle l'a singulièrement tempéré. A vrai dire, on ne sent plus sous ces conceptions et sous ces images le souffle de l'Orient, et il semble que l'école d'Athènes ait gardé plutôt le souvenir que le sentiment de cet ardent mysticisme qui inspire Plotin , Porphyre et Jamblique. L'école d'Athènes excelle à tout expliquer; elle possède une science incomparable;

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elle est douée d*un sem critique bien supérieur à toUl ce qui la précède. Mais elle manque d'inspiration et de puissance créatrice; elle perd même jusqu'à un certain point» dans la subtilité de ses eiplications philosophiques et mythologiques, le sens intime, vivant, fé* eond de la vérité. C'est toujours la grande lumière de l'école d'Âleiandrie, mais la lumière sans cette flamme intérieure qui pénétrait la pensée de Plotin.

Le lien qui rattache la seconde de ces deux écoles à l'autre est évident : Syrianus et Proclus procèdent de Plotin , de Porphyre , de Jamblique . qu'ils citent sans cesse , et dont ils adoptent les doctrines en tout œ qu'elles ont d'essentiel; même méthode au fond, mêmes principes , mêmes résultats. Les philosophes d'Athènes puisent plus souvent et plus directement aux sources que les philosophes d'Alexandrie , et connaissent beaucoup mieux les détails et les textes de la philosophie de Platon et d'Aristote ; mais ils ne la comprennent et ne l'expliquent qu'à travers le mysticisme alexandrin. On sait donc d'une manière certaine que l'école d'Athènes vient de l'école d'Alexandrie ; mais il serait difficile de déterminer tous les intermédiaires qui l'y rattachent. Proclus remonte à Syrianus, celui-ci à Plutarque, fils de Nestorius; mais quel fut parmi les Alexandrins le maître de Plutarque? On reconnaît bien le disciple de Jamblique, mais un disciple assez éloigné. Le séjour de Chrysanthe à Athènes, et ses relations assez intimes avec Plutarque, ont pu faire supposer que le théurge alexandrin avait été le maître immédiat de Plutarque : cette hypothèse est peu probable. Chrysanthe nous apparaît dans le récit d'Eunape plutôt comme un grand pontife qui

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restaure et administre les cultes du Polythéisme que comme un philosophe enseignant et dogmatisant dans une école K On sait qu'il avait beaucoup écrit ; mais tout porte à croire qu'il a dû se renfermer dans ses études de prédilection. Ce prêtre» qu'Eunape nous représente vivant dans le temple , sans cesse occupé de la célébration des mystères et d'opérations magiques, ne paraît avoir rien de commun avec cette école savante dont Plutarque est le premier organe* Du reste , il importe peu de savoir quel fut le maître de Plutarque , pourvu qu'on connaisse parfaitement l'origine philosophique et l'origine historique de l'é-* cole d'Athènes. Or, on peut s'assurer, par la simple comparaison des doctrines et par les citations nom* breuses de Syrianus et de Proclus, que l'école d'Athènes n'est que la dernière phase d'une même pensée, laquelle naît et se développe à Alexandrie, se propage dans tout l'Orient, et vient se recueillir et se ranimer à Athènes avant de mourir* D'un autre côté, il est bien évident que cette direction nouvelle du Néoplatonisme ne doit être attribuée ni au génie d'un homme, ni aux tendances particulières d'une certaine école. L'école d'Athènes est le dernier effort d'une philosophie que le triomphe du Christianisme a réléguée , loin du centre de l'empire , dans l'inviolable asile des Muses« Eût-elle vécu dans d'autres lieux, elle n'eût pas porté d'autres fruits ; elle était nécessairement vouée au culte de l'antiquité et des traditions philosophiques. Si les circonstances politiques eussent permis au Néoplatonisme de continuer son

* Voyez Ëunape, Hes de Chrrsanthe et de Maxime.

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enseignement en Orient et à Alexandrie , il n'en eût pas moins changé de caractère et de direction; car après l'œuvre de l'inspiration devait venir le travail de l'érudition. Déjà au sein même de l'école d'Alexandrie, Porphyre et Jamblique avaient imprimé cette direction au Néoplatonisme, après les puissantes méditations de Plotin, L'école s'engagea de plus en plus dans la voie du commentaire ; et nous voyons l'un des derniers Alexandrins, Hiéroclès, s'attacher presque exclusivement à l'interprétation et à l'explication des antiques doctrines *• Ainsi , sauf l'influence toute particulière des lieux , le Néoplatonisme devait se modifier comme il l'a fait ; la nouvelle forme qu'il revêtit dans l'école d'Athènes n'eut pour cause ni le génie des hommes , ni même l'influence locale : en changeant de caractère , il ne fit qu'obéir à une nécessité tout intérieure do développement.

Plutarque eut pour disciple d'abord Syrien ,. et vers la fin dé son enseignement, Proclus. Des^iombreux traités de Syrien, il n'est resté qu'un commentaire sur

1 Hiéroclès est un philosophe alexandrin, déjà pénétré de Tesprit de Técole d'Athènes. Contemporain des premiers philosophes de cette école, il se voue comme eux au commentaire de la philosophie ancienne et à l'explication systématique des mythes. Cette tendance doit-elle être attribuée à Tinfluence' directe de récole d'Athènes ou à la nécessité commune, universelle, d'une transformation? c'est ce qu'on ne peut décider. Quoi qu'il en soit, les idées d'Hiéroclès sur les rapports de la religion et de la philosophie, sur la prièro, sa doctrine des nombres, offrent une remarquable analogie avec les théories de Proclus. Voyez le Co///mental le sur les vers dorrs de Pythaf;orc^ 6, 10, 18, ^222, 230, 233, 236.

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la Métaphysique d'Aristote *. Ce traité fort important est digne de la réputation du maître de Proclus. Il commence sérieusement l'œuvre de conciliation entre Platon et Aristote , que Proclus doit consommer. L'école d'Alexandrie avait combiné, mais non concilié les doctrines de Platon et d'Aristote. La première chose à faire, pour parvenir à une vraie conciliation , était de réduire à sa juste valeur la critique dirigée par Aristote contre la théorie des idées, et d'examiner si la lutte des deux systèmes ne tient pas plutôt à une différence de points de vue qu^à une opposition radicale de principes. Au premier abord, les deux doctrines apparaissent comme essentiellement contraires. Platon sépare les principes des choses elles-mêmes; Aristote les y rattache intimement. Platon attribue surtout l'être au genre ; Aristote l'attribue exclusive* ment à Tindividu. Comment concilier des pensées aussi contradictoires? Si les deux mondes sont réellement séparés, ainsi que l'affirment Platon et les Alexandrins, que devient la critique d'Aristote contre les idées? Si l'être pur, l'être vrai , l'être par excellence, existe en dehors des individus, que devient toute la doctrine péripatéticienne ? On ne concilie jamais des prétentions contraires qu'avec un terme moyen. Quel est ce terme moyen , quel est ce principe intermédiaire qui servira de lien entre les deux doctrines? C'était là une recherche dont l'école d'Alexandrie proprement dite ne s'était point occupée, et à laquelle Syrien consacre son commentaire tout entier.

> Le manuscrit grec de ce traité se trouve à la Bibliothèque royale. Il n'a encore é\é publié de Syrien que la traduction latine de BagoUni.

Il professe une profonde estime pour toutes les parties de la philosophie d'Aristote , pour sa physique^ sa logique, sa morale et même sa théologie; mais il n'admet aucune de ses objections contre les doctrines de Platon et de Pythagore *. Selon Syrien, la critique d'Aristote n'atteint pas jusqu'à la hauteur de > oes grandes spéculations ^, L'idée n'est point une abstrac* tion ; c'est un principe réel et substantiel , distinct à la fois des (dioses et de l'entendement, type idéal et immatériel de toute réalité sensible ^. LMdée ne difleré pas seulement de l'individu par Tét^nité , comme le prétend Aristote ; elle en diffère encore substantiellement^. Qu'y a-t-il d'absurde à supposer l'existence d'un oiel , d'un soleil autre que le ciel et le soleil sensible? Gomment au contraire serait -il possible qu'il n'y eût pas un ciel , un soleil plus vrai que les objets de ce nom qui nous apparaissent- dans le monde sensible? Entre le sensible et l'intelligible n'y a-t-il pas

' Man. .4 893, 38, tr. Bagol^ 44. C.)6x eifxe r€^ ^{Xaiif«;^6n^o>vv« où jutvv (AiSk Tc^v ht Xoyoïç ^ to?ç ti»^ov9( tov ApcçoTeXv^v ^^«vxaXov ciriypoc\|^^vaiv , àXXà twv raç Xoytxà; aùroy cuôo^ouç wç cTCtirow tc- 9oeufAaxora>v, xae tcdv ràç igOcxa? rc xat yuacxàç irpocypxrccaç urrep^caç a7ro^c;(o/jttv«i>v.

2 Ibid. Kfltc èitt^ci'Çott Totç Tt IluOayopou xal IIXcxtcdvoc içcpi rwn âp^âv ôtMpcaç ctviX^yrcu^ x<x^ awTWTOuç ^(apiC|U€yv}xutaç Apiç-ortXovç xarà To6r(h»y èiri^^itpi^^tcc va iroXXà fiW iroqpà 3up«ç «irocvreoffaç, sai où^ ToTç ^«(ocç ov^pa^rv cxicvorç irpo9vixovTa ffx^^ptara diiptuvof/evoeç-

3 Man., 17, trad. Bagol., 47. Oi» yàp èiret-Su ôvôpcoiroç rrfii xàxic ô <x{irbçavOp«i>fro; aï^toTïjrt piôvijj ^(oc^epccv.

* Man., 4 7, trad., 4 8. Kac t» «toitov, iTvat raOra xat voTjTot xat oivôiora; ira; ^ oûx àvocyxarov, cTvoii fùv cv to> ^fA(oupyÔ> rnv oiSrcatv TOV oupocvQv xai roO li^tov, cTv«i & xai iv TocTg 4^^(*S tcI>v âç^v âXv}- 9tçcpov ovporvov xac i^'Xcov rcÂv ^atvopicvojv ,

ECOLE D'ATHBNE:». SYHIANIS. t03

toute la différence de Tapparence à la réalité^ ? L'ar* gument du troisième homme n^att^nt paa les substances purement intelligibles. On conçoit sans aucune difficulté la coexistence de plusieurs idées dans un même sujet. La multiplicité et Tunité des idées se concilient dans le système de Platon tout aussi bien que la multiplicité et Tunité des causes dans la doctrine d' Aristotei De même que les causes , les idées se subordonnent sans s'dTacer* Elles coexistent et produisent de concert, chacune dans sa sphère , selon sa nature et son rang « sans confusion et sans contradiction, comm? les causes dans l'univers, tel que Ta conçu Aristote^. Aristotese trompe quand il sacrifie le genre à l'espèce , la dialectique à la défmition. En pressant le principe de son argumentation, on arriverait à la destruction des espèces aussi bien que des genres, et à ne reconnaître d'existence substantielle qu'aux individus ^. Car, si , comme le prétend Aristote, le genre contient moins d'essence que l'espèce , parce qu'il est plus général , il s'ensuit que l'être est en raison inverse du général, et que le type de l'être est l'individu. Aristote soutient que les espèces sont plutôt principes que les genres , parce qu'elles ont un caractère plus prononcé d'unité; mais il se trompe sur la nature du genre, dans lequel il ne voit qu'un simple composé d'espèces. Le genre constitue par lui-même une unité permanente et indi-

1 L. II, ms., Ô7, Bagol., 59. Ei yàp tal j^piC^wtv «ùtok to^v èv

rnç ^^fi^ Xoyôuc, xae tôv cv vXov xotXoufayov vouv ToTf içapHityfiartxot; xai ouXoc; ttStat xai raXç jiQf&(eu^cx«i; v^vi^i^tv.

^ Man., 60, trad. BagoL, 63.

3 Trad. BagoK, 19,20,21.

visible , qui contient virtuellement la multiplicité des espèces sans cesser d'être une unité*. Le genre subsiste par lui-même indépendamment des espèces, tandis que le composé ne subsiste point à part de ses éléments. C'est le genre qui impose son caractère et son essence propre à toutes les espèces , et partant à tous les individus. D'un autre côté , plus une essence est éloignée de la matière , plus elle est principe ; ce qui fait que le genre est plutôt principe que l'espèce , et l'espèce plutôt que l'individu 2. D'ailleurs la dialectique, en nous initiant à la connaissance des genres supérieurs, ouvre à l'intelligence le monde des choses divines *• C'est à tort également qu'Aristote a relégué parmi les abstractions les principes les plus élevés de la dialectique, comme le repos, le mouvement, le même , l'être , l'un. Sans doute tous ces principes , appliqués aux choses sensibles , n'ont aucune réalité substantielle ; ce sont de purs attributs des choses. Mais Platon les considère d'un point de vue supérieur ; il les applique au monde intelligible aussi bien qu'au monde sensible ^. Comprises ainsi , l'identité et la différence en soi ne sont point des accidents propres à tels ou tels êtres ; ce sont les premiers principes des choses , dominant à la fois les essences purement in-

1 trad. Bagol., 25.

2 Trad. Bagol., 36.

Man., 24, trad., 28. Taj^ Totury, t^ uiroOcVst Ta ^leorara t«v ovtwv àvttçara ycTievf , xat li/JiifÇ, w; co«x«, fxtxrvi'j Tcapà roi/ 5<oO tbv vow cîXylf«f»cv, intçr,ixY, tc oùx tçtv outc irap' li/utTv ourc wotpà to7; Bto7;^ cl fiTi TK xarot tov BcaiTijTov ri xarà tov IlpoTayoparv TViv afi- 9n«ytv CTTtc^'/jiYîv ovo/juiCcev £T«6*J]t/cT.

^ Trad. Bagol., 5.

ECOLE DATHENES. SYRIANUS. 206

telligibles, lésâmes, les natures, les corps, auxquels elles communiquent à des degrés divers, l'identité et la différence , l'égalité et l'inégalité. Quant à l'Être et à l'Un j ce sont les principes suprêmes et universels des choses. « Nous disons que toutes choses n'aspireraient point vers le premier être si elles n'en recueillaient, comme un fruit nécessaire , toute leur perfection. C'est le principe de leur dépendance pendant tout le temps, qui est aussi le principe de leur existence pendant tout le temps ^. Si donc le premier être est l'objet du désir de tous , il est par cela même pour tous cause d'existence. Les êtres n'en ont pas d'autres que le premier. C'est ainsi qu'il produit le nombre substantiel ('jTTOcaTixov) et les formes intelligibles. Mais comme, tout en étant le principe de tous les êtres, le premier être est coordonné aux êtres qu'il crée , il n'existe point absolument sans le multiple qu'on y rattache. Toutefois, il faut considérer le principe hypersubstantiel (uTrepinuocoTixov), l'Un dans sa simplicité et son excellence, en le concevant comme absolument séparé des autres êtres. Ce principe , dont aucune détermination ne peut exprimer la nature, reçoit plutôt le nom d'unité que tout autre, parce qu'il est cause d'unité pour tous les êtres, c'est-à-dire de ressemblance avec lui-même. C'est donc nécessairement que les Pythagoriciens ont posé rUn ei l'Être en tête de toutes choses, rUn comme principe d'unité et cause de tout

* L. Il, ms., 7 bis, Bagol., 8 bis. Kac «Syi ï.iyofttv c^ ovx a^ iroévToc rà ovra tw irpoTCj»ov Svroç tfuroii, ce fiii wap ocurov ixxp- TTOvvTO TfXct'oTT/Ta, xac izçihç «îtà iTfrvTÔ; toO al<l'>yoc avr!pi9T«r iropot

us ANALYSE. UVRE III.

bien , TÊtre comme principe de l'être et de V^mmc^ propre K »

On voit que Syrien est essentiellement et avant tout Platonicien. Est-ce à dire qu'il n'accueille dans aucan sens ni dans aucune mesure la critique et la doctrine d'Aristote? Syrien recoûnaît la vérité de la critique péripatéticienne, pourvu quon en restreigne la portée à l'ordre des choses naturelles et sensibles. Ainsi, quand Aristote prétend que les principes n'existent que dans les choses, et que les genres n'ont de réalité qu'au sein des individus , il a raison , s'il veut perler de ces- principes intermédiaires qui n'appartiennent point tout-àr-fait au monde intelligible. Mais cette critique n atteint ni les idées de Platon ni les nombres de Pythagore ^.

Voilà comment les deux doctrines de Platon et d'Aristote, en apparence contradictoires, sont au fond également vraies. Tous deux ont traité des principes dans un point de vue différent. Platon les a considérés en r^ard du monde intelligible, et Aristote en regard du monde sensible. Le premier s'est préoccupé des conditions de l'idéal ; le second a surtout rechercha les conditions de , la réalité. Tout ce que dit Platon des principes est vrai par rapport au monde intelli^ gible et faux par rapport au monde sensible. Au contraire tout ee que dit Aristote des principes, essen* tieliement vrai pour le sensible, est inapplicable à l'iii^

ï Ibid., ibid. Aifoyxaltaç ol^o. xae cv xat ov 0( Uxi^apàytioi icf/ourro- TfdkvTo t^v SX«i>v irpoyfiocTfov, xh fàv ivwfSM; noù t£>v âyocOcSv dcirbcvTcov e^Tiov TOK OTiorc, To ^ Tov avatt xott roTç âXXoiÇ tôîv ct^Âiv rtv x^%y

^l^V irG^pf)fOfACVOV.

2 L. II, ms., 44, ffW'od., Bagol., 43, 44.

ÉCOLE D*ATHÈNB8. SYRIANUS. f A7

telligibie. Les deux doctrines semblent se contredire et s'exclure parce qu'elles partent de points de vue opposés et qu'elles ne se rencontrent point dans un terme moyen. Mais quel sera ce terme moyen ? Syrien croit ravoir découvert. Toute forme extérieure et sensible n'est que le développement d'une essence intérieure, d'une raison primitive dont le type appartient à un monde plus élevé ^. Ce principe est distinct à la fois de l'idée proprement dite et de la réalité individuelle ; il vient de l'idée , mais il réside dans le monde sensible ; il est éternel et immuable comme l'idée, mais il est multiple comme la réalité elle-même. Ainsi il n'y a qu'une idée "pour tous les triangles réels, mais il y a autant d'e*sences ou de raisons triangulaires qu'il y a de triangles. Cette essence de la réalité , considérée d'une manière abstraite, est précisément ce que les Stoïciens appellent la raison séminale (Xoyoç (nrepfjLaTaoç) des choses ; c'est aussi ce que Platon entendait par l'être mathématique, TOC [iLa6Yi(x.àTtxdt, Ta (jL^TaEu. Il suit de là qu'il faut distinguer trois ordres de substances : 1" les substances purement intelligibles, telles que les idées ; 2" les substances simplement intellectuelles, telles que les êtres mathématiques : 8* les substances purement sensibles. Les premières sont perçues par l'intelligence proprement dite^ les secondes par l'entendement (c'est pour cela que Syrien les nomme intellectuelles), les troisièmes par la sensation et l'imagination. Si on appliquait cette division à l'exemple qui vient d'être cité, on trouverait que le triangle idéal est purement intelligible , le triangle

^ Sur les êtres mathématiques, 1. i, Bagol., 19, 20,24. — L. n,JNtrod., Bagol., 43, 44. — L. ii , Bagol., 45, 47, 48, 54.

abstrait simplement mathématique ou intellectuel , et le triangle concret purement sensible. Syrien combine très ingénieusement les deux conceptions platonicienne et stoïcienne, et les fond en un seul et même principe. I/ètre mathématique , tel qu'il le comprend, n'est pas seulement une essence abstraite et immobile ; c'est encore une force vivante dont le développement engendre la réalité. En vertu de ce double caractère, le principe intermédiaire explique le rapport des deux mondes et la participation du sensible à l'intelligible. Si on le supprime , ou bien les idées n'ont plus rien de commun avec la réalité , ou elles se confondent avec la réalité elle-même , deux hypothèses également absurdes. Ce principe est le seul point commun par où les doctrines de Platon et d'Aristote puissent se rapprocher et se concilier. Platon et Aristote ont tous deux raison , l'un de séparer des choses les principes intelligibles, l'autre de réunir à la réalité les principes purement naturels. La théorie des idées et la doctrine d'Aristote sont deux points de vue également vrais de la science. Seulement Platon regarde le monde intelligible, tandis qu' Aristote ^e v^it que la nature. L'erreur d'Aristote est de n'avoir point élevé ses regards au-delà du monde sensible; ses objections sont comme les flèches des Thraces qui n'atteignent pas les Dieux ^.

Voilà comment Syrien essaie d'accorder Platon et Aristote. On voit quil ne se contente pas de réunir diverses théories empruntées aux deux philosophes, mais qu'il concilie véritablement les deux

* L. I, ms., 4 7, Bagol., 18. Qri twv ^ceov nXcérwvo; ^oy/utaTuv

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