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CHAPITRE XV

Le donnas actuelles de P économie politique.

Le3 Interventionistes.

Les beaux jours de 1* orthodoxie économiste sont passés: l'école anglaise est en minorité et le vent est aux interventionistes.

Qu’est-ce donc que /’ interventionisme économiste^

On lit dans le Journal des économistes (Janvier 1873);

Les adhérents de la nouvelle école économique qui sont principalement répandus en Allemagne et qui sont arrivés, peu à peu, à posséder les chaires économiques des plus célèbres universités allemandes, ont tenté de se constituer en société agitatrice.....

Parmi les membre du congrès d’Eiscnach , on remarque :

MM. Brenlano, Duncher, Engel, Gneist, Hildebrandl, Max, Hirsch, De Haltzendorf, Meilzen, De Roggenbach, Roscher, Ræssler, Schmoller, Schœnbery, Stolp, Wagner etc.

Il y avait les professeurs de 17 universités; il s'était joint aux professeurs un certain nombre de savants libres, de jurisconsultes, de journalistes, de membres de

1 administralicn, et un grand nombre de libraires, quelques fabricants, des grands propriétaires, enfin deux ou trois ouvriers....

Ce qui distingue spécialement ce congrès c'est qu’ d a élé convoqué par des professeurs d’économie politique dans un but d’exclusion contre d’autres économistes. C'est quon a exclu systématiquement tl expressément ceux qui comptent Adam Smith parmi les maîtres de la science, ceux qu’on a appelé tantôt les hommes de Manchester ( Manchester! hum) tantôt libre-échanyisles, tantôt l'école abstraite; c’est, en un mot, qu’on a voulu établir un schisme.

La nouvelle école des socialistes en chaire répudie, la doctrine de Vaide-toi (self lielp; et réclame l'intervention de l’étal pour régler souverainement tontes les difficultés qui peuvent surgir entre patron et ouvriers , et généralement de manière à favoriser ces dernières dût (cela dit expressément) la liberté, et même le droit de propriété, en souffrir.

« La profonde discorde, dit Schraoller, qui régne « dans la société, I’ antagonisme violent qui sépare les « patrons et les ouvriers, les classes qui possèdent et « celles qui ne possèdent pas, le danger possible , quoi

* qu' encore éloigné , d'une récolulion sociale , ont fait « naître dans un certain nombre de personnes des doutes i sur la valeur permanente des doctrines économiques rèt gnanlcs el notamment sur leur efficacité , dans une société ,

* dans un époque de pleine liberté industrielle. Tant que < durèrent les restrictions et les entraves du moyen-âge,

* les efforts des économistes semblaient avoir leur raison « d'être ; mais maintenant que ce but est atteint , que ta

* liberté industrielle régne . les inconvénients du système

« se font, sentir .

« La question sociale, devenant de plus en plus im- « portante, ne peut évidemment plus être résolue par

* la non intervention de l’état, en d’autre termes par

* la doctrine de i égoïsme individuel.

. I! se forma donc une nouvelle école économique, qui

• ne croit pas, comme les hommes de Manchester, que

• lorsqu'un homme n’avance pas dans la société, c’ est

• nécessairement sa faute, que les associations profes-

• sionnelles sont inutiles.

* 11 parut presque que le parti (économiste) qui avait

• naguère demandé, au non des droits de l’homme, h

• dé'ivrance des classes non privilégiées s’élail maintenant'

• identifié avec le point de vue exclusif de la classe des

• patrons, comme s'ils ne comprenaient sous le nom de « liberté en matière économique que la liberté pour les

• grands industriels et les gros capitalistes d ’ exploiter le

• public (1).

« La nouvelle école conçoit l’état d’une façon qui est » aussi éloignée de la glorification de 1’ individu et de » son bon plaisir, comme d’une lui naturelle, que de la » théorie absolutiste de l’omnipotence dp P État. En » plaçant l’Etat dans le mouvement de l’histoire, ils » conviennent que, selon le degré de la civilisation, sa » lâche est plus ou moins large ou étroite... Pour eux

• l’état est P institution morale la plus grandiose desli- » née à l’éducation de l'humanité. Bien que partisan » sincère du système constitutionnel, Pécule n’est pas » pour le règne alternatif des diverses classes en lutte;

» elle demande un pouvoir politique fort, qui, placé au » dessus de P intérêt de classe, fasse les lois, dirige

• 1 administration selon la justice , élève les classes in- » férieures.... elle ne demande pourtant pas le nivelle-*

» ment, flans le sens socialiste ... elle veut une échelle

• de positions diverses, ede reconnaît sous tous les rap*

(P Ce sanglant reproche adressé par njo économiste réfor- ''li.ste aux fondateurs et aux disciples de l’économie orthodoxe

c#l juste et mérité,

» ports ce qui existe.... Mais elle ne renonce ni à la » réforme, ni à la lutte pour l’amélioraiion sociale »

.... Une commission spéciale résume les vœux de l’assemblée :..., ( Maurice Bloch ).

Ces vœux furent plus que modestes.

Liberté limiiée d’association et de coalition; prud’hommes à l’instar de ceux de France.

C’était bien la peine de faire tant de tapage. Les malthusiens eurent raison de dire que la montagne était accouchée d’une souris. Ce changement de front de l'éc, pol. n’en a pas moins son importance ; la logique entraînera ces économistes plus loin qu’ ils ne veulent aller.

La plupart des économistes italiens ont imité leurs confrères d’Allemagne. Au congrès de Milan (Janvier 1875) on prononça de longs discours. Lamperlico et Luzzati, annoncèrent que pour l’éc. pol., comme pour les autres sciences, le jour de la méthode expérimentale était venu que l’économie politique ne devait pas être la théologie de l’industrie, qu’elle devait tenir compte des faits nouveaux; enfin qu’il était temps de s’occuper des travailleurs, et l’on aboutit à des projets d’ enquête industrielle , de loi sur i émigration et d ’ extension des caisses d'épargne.

Ceux qui avaient eu des illusions sur ces prétendus réformistes furent vite guéris. Depuis, le chef de ce parti, Lampertico, a écrit de lourds volumes dont le 3 éme ( La Propriété) est au dessous de toute cri-

tique au point de vue philosophique. Il n'y entre aucun jour; c'est un rabachage de vieux arguments, rétrogrades, vingt-fois réfutés.

Ce n'est pas la que souffle l’avenir.

Les économistes collectivistes.

Un autre mouvement économiste plus rationnel et plus important, est celui que le plus grand des économistes de notre époque, John Sluarl-Mill a inauguré, et qui aboutit en plein au socialisme.

De Laveleye, Scheel, Spencer, Savage, en premier lieu, puis Horn et Courcelle-Seneuil etc ont suivi de plus ou moins loin les traces du maître.

Horn et Courcelle-Seneuil n’out guère fait que du radicalisme économique, très-avancé, est vrai; (1) mais Laveleye, Savage, Spencer et Dekeiser ont reconnu la nécessité de la propriété collective

(1) Impôt progressif, dans un bwl d'égalisation des fortunes instruction populaire universelle et sérieuse , association ouvrières, émancipation civile des femmes, etc.

Scheel dit Uheorie der socialen Frage) qu’ il est temps de réaliser iégalité économique , comme on a réalisé Légalité politique, et que létal doit agir révoluliomiairement pour cela. La forme actuelle de la propriété est mauvaise; il faut la remplacer par une autre (la propriété collective.) Les femmes doivent jouir des mêmes droits que les hommes.

Laveleye a fait une savante étude ( pubbliée par la Revue des deux Mondes) pour démontrer que dans Tétât de notre civilisation politique et économique, la propriété collective s'imposait comme une inévitable solution ; l’argumentation du célébré économiste belge a produit une sensation profonde ; plus d’un ami de Tordre Ta maudit naturellement; dans les rangs du socialisme il n’en a pas été de même. J’arrive à J. S. Mill.

J. S. Mill naquit à Londres en 1806, son père philosophe utilitaire l'éleva dans la haine des religions et surmena son enfance par des études précoces.

A 20 ans J. S. Mill vit à Paris les S. Simoniens qui l’enthousiasmèrent. (1)

(I) C’est particulièrement grâce aui écrits de Bazard et d’Eofantio, dit-il, dans son Autobiographie que je compris combien la vieille économie politique était limitée et temporaire dans sa valeur, surtout lorsqu'elle admet que la propriété individuelle et ihérilage sont des faits inéluctables et que la

Plus tard il se rapprocha des idées positivistes; mais il s’ en éloigua quand A. Comte eut publié son Système de philosophie, que le philosophe anglais condamna avec une grande sévérité, fl)

Enfin, il publia ses Principes d’Économie politique «qui le placèrent de suite au premier rang, par la science profonde qui s'y révèle et par la force et la lucidité de son argumentation, qui ont fait de

liberté de production et d ’ échange sont le dernier mot du progrès.

Je les admirais surtout pour le courage et l'affranchissement de tout préjugé, avec lesquels ils traitaient le sujet de la famille , le plus important de tous et celui qui de toutes les autres grands institutions sociales demande le plus de changements fondamentaux, quoi qu’ à peine quelques réformateurs aient eu le courage d’y toucher.

En proclamant l’égalité parfaite des hommfs et des femmes, et un ordre de choses tout à fait nouveau dans leurs rapports mutuels, les St. Simoniens, de même qne Fourier et Owen, ont droit à la reconnaissance éternelle des générations futures.

(I) « C’est le système les plus complet de despotisme temporel et spirituel qui soit jamais sorti d’un cerveau humain, sauf peut-être celui d’Ignace Loyola, un système, dans lequel le joug de l’opinion générale, manié par un corps organisé de professeurs et de maîtres spirituels, pèserait sur toutes les actions et autant qu’il est possible sur toute les pensées de chaque membre de la communauté »» (J. S. Mil!).

ce Traité un livre classique >. ( Journal des Economistes ).

Classique en effet était ce livre, qu'un économiste orthodoxe n’aurait pas désavoué; sauf cependant quelques vigoureuses critiques contre la société actuelle.

Mais Stuart Mill venait de connaître la femme qui devait avoir sur sa vie entière et sur ses œuvres futures une si salutaire et si puissante influence: Mme Taylor.

Je n’ai pas ici à parler de ces 20 ans d’une amitié si profonde, et si pure et de ces quelques années des mariage que la mort vint trop vite interrompre.

Mme J. s. Mill partagera l'immortalité du grand homme qu'elle inspira. Ce fut elle, il nous l’apprend lui-même, qui lui suggéra celte réflexion :

Si les lois de la formation des richesses ont quelques chose de fatal, il n’en est pas de même des lois de la distribution des richesses , car la distribution des richesses est subordonnée à l’état de civilisation, qui se modifie sans cesse ; ces lois ne peuvent donc pas être im-

modifiables.

Dans la 3ème édition de ses Principes d'économie politique , il ajouta de belles pages sur l'avenir des classes ouvrières et termina un chapitre sur la propriété par cette pensée: qu’a après tout, si l’organisation actuelle ne devait pas s’améliorer, un com-

munisme autoritaire, qui apaiserait du moins tant de maux, serait préférable.

Ses premières conclusions furent simplement philanthropiques, mais il était de ceux qui progressent toujours.

Voici en quels termes il glorifie les sociétés de résistance et les coalitions ouvrières :

La doctrine qu’ont enseignée jusqu’ici tous, ou presque tous, les économistes fel moi môme tout le premier) cl d’après laquelle, il ne serait pas possible d’élever le taux des salaires par des combinaisons entre les traxailleurs, ou qui limiteraient celte hausse à l’obtention plus hâtive d’une hausse que la concurrence aurait produite, un peu plus tard, toute seule; celle doctrine ne repose sur aucun fondement et doit être rejetée.

La puissance des unions ouvrières peut être exercée de manière à obtenir pour les travailleurs une pari plus forte en quantité et en valeur du produit du travail, l’une des deux bases sur les quelles se calcule la réurnnégation de l’ouvrier se trouvant accrue.

Pour le paiement du salaire , avant que la dernière limite soit atteinte , on peut, d'une manière absolue, retrancher non seulement le capital du patron , mais tout ce quil est possible de retrancher de ses dépenses personnelles.

Car il n'y a pas de lois naturelles, en vertu des quelles, il serait de toute impossibilité aux salaires de s * élever jusqu'au point oit ils absorberaient, non seulement les fonds que le capitaliste avait destinés à l'exercice de son industrie, mais encore tout ce qui s’ applique à ses dépenses personnelles, sauf les choses absolument tiécessaiies à In vie : les travailleurs ont besoin de capital et non pas de capitalistes

Laos la lutte de la souffrance, une coalition corn; lèlê

peut seule donner aux travailleurs la moindre chance de résister à leurs palrop.s.

Mais les unionistes ont des devoirs moraux à remplir envers le reste de la classe ouvrière ; il doivent considérer leur socié'è professionnelle comme le premier pas fait vers Vunion universelle . (1)

Nous étions (dit-il dans Y Autobiography) définitivement rangé* parmi les socialistés.

Nous regardions dans l’avenir, vers un temps on la société ne sera plus divisée en oisifs et en travailleurs, où la règle que celui qui ne travaille pas ne doit pas manger ne s’appliquera pas seulement aux pauvres, mais impartialement à tous; où la division des produits du travail, an lieu de dépendre de l’accident des naissances s’effectuera d’après un principe reconnu de justice ; où I’ on ne croira point impossible pour des humains de travailler avec entrain pour des bénéfices qui ne leur appartiendront pas exclusivement, mais qui seront partagés entre tous.

Le problème social de l’avenir nous semblait consister dans l’union de la plus grande liberté d’action individuelle possible avec la mise en commun de toute la matière première du globe, et une participation de tous aux bienfaits du travail associé,

Avec J. S. Mill finit la vieille éc. pol. par sa jonction avec le socialisme. Ces deux courants si violemment écartés, dont l’un ne voulait tenir compte que des faits, l’autre que des idées, se réuniront né-

(I) Les Unionistes anglais oublient trop celte reccomandalion.

cessairement, pusique leur terrain est commun, sous le nom de science sociale.

Ce que j'ai fait pour l’éc. pol. c’est à dire son histoire critique succincte et mise à la portée de tous je veux le faire pour le socialisme; après quoi, j'essaierai, selon mes faibles moyens, d’élaborer quelques données sociales, basées sur les réalités de la nature et de l’humanité, sur le mouvement intellectuel contemporain, et ayant pour but la recherche d’un état de société véritablement juste et humain.

«lu même auteur

à paraître prochainement

Histoire critique du socialisme.

Situation des prolétaires au 19 ne siècle

Exposé analytique du socialisme contemporain

La Guerre des Esclaves

Spp

Vente centrale pour l\ Suisse, la Frvnoe. l’Iialie et l'Espagne :

«Sosepli Favre — Lugano.

Vente centrale pour la Belgique., la Hollande l'Allemagne et l’Angleterre:

F# B*2eKe ei C>.

54 Rue de D>son, Verriers (BetgiqueJ

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